‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 35 sur 55 · ON ET · texte numérisé non relu

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1er de frémissement et de vibration lumineuse à la peinture C'est lui qui clarifia la palette, la nettoya des ocres, des obscurcissements séculaires, et fixa enfin sur la toile toute la lumière, grâce a sa technique du ton simple, du ton fragmentaire, posé par toucht es et successiv

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géologique. Claude Monet a saisi ici un aspect du monde qu'on imagine immuable. Ces falaises, ce sable, cette mer, cette végétation maigre et ce ciel sévère semblent là pour l'éternité. Bientôt cette église en ruines ne sera plus qu'un tas de pierres. Rien d'important n'aura changé. Monet semble avoir prévu que les éphémères constructions humaines doiventse fondre dans l'essentiel... Vision d'observateur et presque de géologue, tableau de philosophe enclin à voir toutes choses du point de vue de l'éternité et qui, en toutes circonstances, est un admirable peintre, un visionnaire très ému de formes, de couleurs et de lignes. »

Même bonheur de pensée et d'expression dans la description des Cathédrales :

« Travail prodigieux et net d'élimination nécessaire! Ce portail est devant nous. Tout l'important est respecté et notre impression est celle d'un tleurissement de la pierre dans une masse énorme... La Cathédrale est pensive, grave et pourtant avenante, elle se dore parmi des bleus en suspens des reflets de soleil qui viennent se réfracter sur ces pierres avant de se perdre dans l'infini de l'atmosphère... La vibration de la pierre, de la lumière, de la matière colorante, de la main qui travaille et du cœur qui dirige, tout forme comme un hosanna unanime et glorieux. »

La série des Cathédrales inspira également Louis Lumet, qui écrivait, en mai 1895, dans sa revue de VEnclos :

« Sur le thème énorme et délicat d'une cathédrale sont vingt toiles évoq ueuses de strophes à la gloire de la lumière que mue, nuance en joie et lente mélancolie, exalte ou assombrit l'envol magique des heures. Et au recul, quand les lignes s'apparient, que les reliefs, comme un verre de haute frappe, sortent fortement des ombres, que les couleurs s'unissent harmonieuses, surgit, ainsi que d'une brume, l'impression une, violente vérité, d'exactitude sensibilisée. Sous la caresse fraîche de la lumière du matin, c'est le Portail dans l'air subtil, la pierre rosie, émue à l'éveil de

la vie, puis, le soleil monte, les tonalités s'enflent en gammes crescen Jantes jusqu'à l'éclat raJiant et sonore Je miJi. L'observation aiguë, qu'interprète une intense faculté J' élévation au Rêve, note les harmonies Jont le temps baigne la CathéJrale, qui se Jresse somptueuse dans les pourpres et les ors, s'estompe fantomale à travers la grisaille bleutée Ju brouillarJ, et s'enlise Jans l'alanguis violet Ju crépuscule. Ces vingt toiles, poëme J'art simple et complexe, vrai et irréel.

Et celui qui poursuivant sa tache, sans transiger, sans se mentir à lui-même, malgré les plaisanteries Jes sots, les colères intéressées Jes peintres tenant boutique sous le porche Jes AcaJémies, est un artiste fier et fort. »

La Tamise. — Préface de Mirbeau. — Étude de Georges Denoinville

Sous ce tilre : Vues de la Tamise à Londres, Claude Monet expose dans la galerie Durand-Ruel, trente-sept des toiles qu'il avait exécutées, en plusieurs séjours, de 1900 à 1904, devant trois motifs qu'il cataloguait ainsi : Charing Cross Bridge, Waterloo Bridge, Le Parlement. L'une des vues du pont de Gharing-Cross, par un ressouvenir peut-être de la fameuse inscription qui devait fournir son drapeau au groupe des exposants de 1874, portait en sous-titre : Fumées dans le brouillard; impression. La préface fut écrite par Octave Mirbeau qui en profita pour dauber sur la critique d'art dont il a pourtant été un des beaux représentants par sa hardiesse courageuse à servir les causes discutées, les talents méconnus. Il prit même à partie deux écrivains avec lesquels la discussion aurait été d'un ton plus facile. Mais ceci dit, Mirbeau célébrait avec sa justesse de vision et son don de poésie, confondus, la magie surprenante de l'art de Monet pour représenter Londres :

« Un thème unique, à ces toiles, unique et pourtant différent : la Tamise. Des fumées et du brouillard; des formes, des masses architecturales, des perspectives, toute une ville sourde et grondante, dans le brouillard, brouillard elle-même; la lutte de la lumière, ei toutes les phases de cette lutte; le soleil captif des brumes, ou bien perçant, en rayons décomposés, la profondeur colorée, irradiante, grouillante de l'atmosphère; le drame multiple, infiniment changeant et nuancé, sombre ou féerique, angoissant, délicieux, fleuri, terrible, des reflets sur les eaux de la Tamise; du cauchemar, du rêve, du mystère, de l'incendie,

de la fournaise, du chaos, des jardins flottants, de l'invisible, de l'irréel, et tout cela, de la nature, cette nature particulière à cette ville prodigieuse, créée pour les peintres et que les peintres, jusqu'à M. Claude Monet, n'ont pas su voir, n'ont pas pu exprimer, dont ils n'ont vu et exprimé que le mince accident pittoresque, l'anecdote étriquée, mais non l'ensemble, mais non l'âme fuligineuse, magnifique et formidable, que voilà devant nous, enfin, réalisée. »

Dans la sixième série de ses Sensations d'Art (Paris, Dujarric, 1906), Georges Denoinville consacre aux Vues de la Tamise à Londres un chapitre où il analyse les effets du Parlement, de Charing Gross Bridge, de Waterloo Bridge, et dont voici les conclusions :

« // est malaisé de définir exactement, d'apprécier avec des mots tout ce charme troublant qui émane de ces pages admirables... Quelques poètes professionnels peuvent s'émouvoir de cette griserie que nous procurent les peintures de Monet, qui émeuvent si intensément notre sensibilité, galvanisent notre cerveau, aiguisent en l'affinant exquisement notre compréhension artistique. Quelles rimes ont de telles couleurs!... »

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