‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 26 sur 54 · C. Pissarro · texte numérisé non relu

C. Pissarro

13 mai 1884.

Enfin j’ai pu toucher quelques sous, si peu, de quoi vivre trois ou quatre jours à Eragny, je suis à la dernière limite, je me verrai forcé de vendre coûte que coûte, car je reçois lettres sur lettres de ma femme m’exposant toute sa détresse : vendre! c’est facile à dire, à qui?... J’en perds la tête!

Eragny, par Gisors {Eure).

Mon cher Monet,

Votre télégramme m’est arrivé ici, bien en retard, naturellement; du reste je ne comptais pas aller à Paris, Lucien étant forcé d’y aller pour ses publications de gravures, j’étais forcé de rester. — Ne vous étonnez pas si je ne puis plus assister à nos dîners et déjeuners, les temps sont tellement durs que je suis forcé de regarder à la dépense. — Durand est parti en me donnant si peu de chose, que je suis dans la nécessité de vendre mes

toiles par ci par là, c’est à peine si j’arrive à joindre Iqs deux bouts. J’espère, cependant, que lorsque je sortirai de l’embarras actuel, nous pourrons nous retrouver ensemble comme par le passé. — Excusez-moi donc, mon cher ami, et ne m’en veuillez pas.

Votre vieil ami.

G. Pissarro.

Zola m'a envoyé l’OEuvre, je suis en train de le lire.

Je reçois à l’instant votre lettre, je n’osais vous écrire craignant que vous ne fussiez encore à Paris. — Je me suis mis au travail aussi, je vous donne de bonnes raisons pour mes absences à nos dîners, ce ne sera, je l’espère, que momentané. Je suis à la moitié du livre de Zola! non! ça n’y est pas, c’est un livre romantique, je ne connais point le dénouement, c’est égal, c’est pas cela! — Le Claude est peu étudié, le Sandoz est mieux, on voit qu’il l’a compris. — Quant à nous faire du tort, je ne le crois pas, c’est un roman peu réussi pour l’auteur de l’Assommoir et de Germinal, voilà tout.

Je suis embêté en ce moment de mes études, je travaille plus que jamais, au revoir.

Paris, 7 décembre 1885.

Mon cher Mo net.

On parle beaucoup d’exposition depuis quelque temps, de tous côtés il en est question.

Je suis allé faire une visite à Cassatt, il y avait longtemps que je lui avais promis d’aller la voir, sans parvenir à trouver le temps. Cloué ici sans le sou pour aller à Eragny, j’ai pu aller de côté et d’autre.

Les premières paroles échangées ont été pour parler de l’exposition. Ne pourrions-nous nous entendre à cet effet?

Nous, Degas, Caillebotte, Guillaumin, M'"® Berthe Morizot, M"^ Cassatt et deux ou trois autres formerions un excellent élément d’exposition, le difficile serait de s’entendre, je crois, qu’en

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Votre vieil ami.

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