‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 33 sur 54 · LE BLOC · texte numérisé non relu

LE BLOC

(paysage de la creuse)

Collection Clemenceau

CL Ai U I'. >!ON'K.T

réelle : c'est Ja lumière. Il suif, (jiw sans elle « tout serait de l’ombre », tout demeurerait d;ui>^ une nuit chaotique. C’est elle qui est toute-puissante, c’est « //<■ qui magnifie les formes, les fait apparaître en beauté, renouvelle leur éclat, métamorphose leurs apparences, déplace leurs conluurs et les anime; c’est elle qui peuple l’univers de ses impondérables atomes, le pare d’uné^ poésie sans cesse rénovée et éternelle. »

Dans son reciieü de f Elite : écrivains, orateurs sacrés, peintres, sculpteurs (Paris, Gliarpentier-Fasquelle, éditêur, 1899), Georges Rodenbach avait fait une placé à Claude Monet, dont il expliquait à son tour le rôle de novateur :

« Cette amitié de Manet s’explique d’autant plus que son propre art en bénéficia. Si, au début, M. Claude Monet subit un peu l’influence de Manet, il est dire que Manet subit

f influence de M ^ ■^mwàfweLi 3ff/ao.X»Yÿsq)/a seconde partie de son œuvre. On voit /jrvsane /■'> niomenl nréci.s où l’affluent

œuvre, un \ oit orvsqne , F ' i/BôonamalD nohoalIoO

se mêla au neuve en march- ,

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' - • ■ ' ' iixii enfin sur la toile toute la lumière,

, ■ . - v.( f, ‘clinique du ion simple, du ton fragmentaire, posé

pur toui bes brèves et successiv(‘s.

La peinture a suini ainsi parallèlement la science, les expériences de liood, les éludes de Cbevreul.

Toutes les couleurs associées donnent le noir. Par conséquent, le mélange des tons sur la palette est un acheminement vers le noir. Il fallait donc ne pas mélanger les tons, pour obtenir toute la lumière. » '

Plus tard, en 1911, en préface d’un catalogue de vente, je trouve et j’aime ces réflexions d’Achille Ségard sur les Falaises de Monet :

« C’est d’une beauté grave, sévère, géométrique et presque

géologique. Claude Monet a saisi ici un aspect du monde qu’on imagine immuable. Ces falaises, ce sable, cette mer, cette végétation maigre et ce ciel sévère semblent là pour l’éternité. Bientôt cette église en ruines ne sera plus qu’un tas de pierres. Rien d’important n’aura changé. Monet semble avoir prévu que les éphémères constructions humaines doiventse fondre dans l’essentiel... Vision d’observateur et presque de géologue, tableau de philosophe enclin à voir toutes choses du point de vue de l’éternité et qui, en toutes circonstances, est un admirable peintre, un visionnaire très ému de formes, de couleurs et de lignes. »

Même bonheur de pensée et d’expression dans la description des Cathédrales :

« Travail prodigieux et net d’élimination nécessaire! Ce portail est devant nous. Tout fimportant est respecté et notre impression est celle d’un fleurissement de la pierre dans une masse énorme... La Cathédrale est pensive, grave et pourtant avenante, elle se dore parmi des bleus en suspens des reflets de soleil qui viennent se réfracter sur ces pierres avant de se perdre dans l’infini de l’atmosphère... La vibration de la pierre, de la lumière, de la matière colorante, de la main qui travaille et du cœur qui dirige, tout forme comme un hosanna unanime et glorieux. »

La série des Cathédrales inspira également Louis Lumet, qui écrivait, en mai 1895, dans sa revue de l’Enclos :

« Sur le thème énorme et délicat d’une cathédrale sont vingt toiles évoque uses de strophes à la gloire de la lumière que mue, nuance en joie et lente mélancolie, exalte ou assombrit Tenvol magique des heures. Et au recul, quand les lignes s’apparient, que les reliefs, comme un verre de haute frappe, sortent fortement des ombres, que les couleurs s’unissent harmonieuses, surgit, ainsi que d’une brume, l’impression une, violente vérité, d’exactitude sensibilisée. Sous la caresse fraîche de la lumière du matin, c’est le Portail dans l’air subtil, la pierre rosie, émue à l’éveil de

la vie, puis, le soleil monte, les tonalités s’enflent en gammes crescendantes jusqu’à l’éclat radiant et sonore de midi. L’observation aiguë, qu’interprète une intense faculté d’élévation au Rêve, note les harmonies dont le temps baigne la Cathédrale, qui se dresse somptueuse dans les pourpres et les ors, s’estompe fantomale à travers la grisaille bleutée du brouillard, et s’enlise dans l’alanguis violet du crépuscule. Ces vingt toiles, poëme d’art simple et complexe, vrai et irréel.

Et celui qui poursuivant sa tâche, sans transiger, sans se mentir à lui-même, malgré les plaisanteries des sots, les colères intéressées des peintres tenant boutique sous le porche des Académies, est un artiste fier et fort. »

La Tamise. — Pbéface de Mirbeau. — Étude de Georges Denoinville

Sous ce litre : Vues de la Tamise à Londres, Claude Monet expose dans la galerie Durand-Ruel, trente-sept des toiles qu’il avait exécutées, en plusieurs séjours, de 1900 à 1904, devant trois motifs qu’il cataloguait ainsi : Charing Cross Bridge, Waterloo Bridge, Le Parlement. L’une des vues du pont de Charing-Cross, par un ressouvenir peut-être de la fameuse inscription qui devait fournir son drapeau au groupe des exposants de 1874, portait en sous-titre : Fumées dans le brouillard; impression. La préface fut écrite par Octave Mirbeau qui en profila pour dauber sur la critique d’art dont il a pourtant été un des beaux représentants par sa hardiesse courageuse à servir les causes discutées, les talents méconnus. 11 prit même à partie deux écrivains avec lesquels la discussion aurait été d’un ton plus facile. Mais ceci dit, Mirbeau célébrait avec sa justesse de vision et son don de poésie, confondus, la magie surprenante de l’art de Monet pour représenter Londres ;

« Un thème unique, à ces toiles, unique et pourtant différent : ta Tamise. Des fumées et du brouillard ; des formes, des masses architecturales, des perspectives, toute une ville sourde et grondante, dans le brouillard, brouillard elle-même; la lutte de la lumière, et toutes les phases de cette lutte; le soleil captif des brumes, ou bien perçant, en rayons décomposés, la profondeur colorée, irradiante, grouillante de l’atmosphère; le drame multiple, infiniment changeant et nuancé, sombre ou féerique, angoissant, délicieux, fleuri, terrible, des reflets sur les eaux de la Tamise; du cauchemar, du rêve, du mystère, de l’incendie.

de la fournaise, du chaos, des jardins flottants, de l’invisible, de l’irréel, et tout cela, de la nature, cette nature particulière à cette ville prodigieuse, créée pour les peintres et que les peintres. Jusqu’à M. Claude Monet, n’ont pas su voir, n’ont pas pu exprimer, dont ils n’ont vu et exprimé que le mince accident pittoresque, l’anecdote étriquée, mais non l’ensemble, mais non l’âme fuligineuse, magnifique et formidable, que voila devant nous, enfin, réalisée. »

Dans la sixième série de ses Sensations d’Art (Paris, Dujarric, 1906), Georges Denoinville consacre aux Vues de la Tamise à Londres un chapitre où il analyse les effets du Parlement, de Charing Cross Bridge, de Waterloo Bridge, et dont voici les conclusions :

« fl est malaisé de définir exactement, d’apprécier avec des mots tout ce charme troublant qui émane de ces pages admirables... Quelques poètes professionnels peuvent s’émouvoir de cette griserie que nous procurent les peintures de Monet, qui émeuvent si intensément notre sensibilité , galvanisent notre cerveau, aiguisent en l’affinant exquisement notre compréhension artistique. Quelles rimes ont de telles couleurs!... »

LES PEUPLIERS AU BORD DE l’epTE (1890)

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