‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 46 sur 54 · MONET · texte numérisé non relu

MONET

tomne, et pendant tout l’automne, et au commencement de l’hiver.

Les meules n’auraient pas été enlevées, qu’il aurait pu continuer, faire le tour de l’année, renouer les saisons, montrer les infinis changements du temps sur l’éternelle face de la nature.

Ces meules, dans ce champ désert, ce sont des objets passagers où viennent se marquer, comme à la surface d’un miroir, les influences environnantes, les états de l’atmosphère, les souffles errants, les lueurs subites. L’ombre et la clarté trouvent en elles leur centre d’action, le soleil et l’ombre tournent autour d’elles en une poursuite régulière : elles réfléchissent les chaleurs finales, les derniers rayons, elles s’enveloppent de brume, sont mouillées de pluie, glacées de neige, elles sont en harmonie avec les lointains, avec le sol, avec le ciel.

Elles apparaissent d’abord dans la sérénité des belles après-midi, leurs bords frangés des morsures roses du soleil, prenant des apparences d’heureuses chaumières en avant des feuillages verts, des coteaux mamelonnés d’arbres. Elles se dressent nettement au-dessus du sol clair, dans une atmosphère limpide. Aux mêmes jours, le soir plus proche, la descente du coteau bleuie, le sol diapré, leur paille se violacé, leur contour est sillonné d’une ligne incandescente. Puis, ce sont les fêtes colorées, somptueuses et mélancoliques, de l’automne. Par les jours voilés, les arbres et les maisons se tiennent à distance comme des fantômes. Par les temps très clairs, des ombres bleues, déjà froides, s’allongent sur le sol rose. Aux fins des journées de tiédeur, après des soleils obstinés qui s’en vont à regret, qui laissent une poudre d’or dans la campagne, les meules resplendissent dans la confusion du soir comme des amas de joyaux sombres. Leurs flancs se crevassent et s’allument, laissent entrevoir des escarboucles et des saphirs, des améthystes et des chrysolithes, — les flammes éparses dans l’air se condensent en feux violents, en flammes légères de pierres précieuses, — l’ombre de ces meules rougeoyantes s’allonge criblée d’émeraudes. Plus tard encore, sous le ciel orangé et rouge, les meules s’assombrissent et scintillent comme des foyers brûlants. Des voiles tragiques, d'un rouge de sang et d’un violet de deuil, traînent autour d’elles, sur le sol, au-dessus du sol, dans l’atmosphère. Et c’est enfin l’hiver,

VENISE

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