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PALAIS DUCAL

Voyage en Noiu’Ege. — Retouh en Noumandie Le BEAS DE LA SeîNE. — La CÔTE DE DiEPPE ET DE PofjBVlLLE

Ce même accord se retrouve dans les tableaux de neige rapportés de Norvège, malgré le dépaysement visible, la surprise de se trouver devant une nature diflerente de la nôtre, aux contours plus nets, aper- »;usdistinctementù travers uneatmosplièreglacéeettransparente. Au village de Samlviken, au flanc ruÿ^ÿÿfÿvde la montagne de Kolsaas, dans cet esuace frigide lianlé uour nous de la pensée d’Ibsen, au nord du fjord, près de ( Jiristiama, .uomu a jiciut (ies images impre- ' :•= ' .'ou! <juebjues-unes ont tou(!8(ï81>)s une parenté avec ies nettes • • • relèvent delà convaMilion

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io opaque, sous une ouate atmospbêrique, et <}ue l’on découvre éclairé par une lumière nette, avci un accord pur ci froid du blanc de la neige et du bleu de l'eau. Il y eut pourtant des jours où la nature eut cet aspect pressenti au village de Sandviken, qui nous apparaît alors dans une atmosphère grise, couvert d’une carapace de glace et de neige, les maisons à demi disparues, la solitude,- le silence, la mort d’un hiver qui semble éternel.

Revenu chez- lui, en son village paisible, en sa maison fleurie, parmi les champs familiers, aux bords du fleuve et de la rivière, Monet erre parmi les prairies, sous l’ombre légère des peupliers. 11 monte et descend le courant en bateau, côtoie les îles, cherche avec une lenteur et un soin infinis l’aspect de nature propice par son

arrangement, sa forme, son horizon, au jeu de la lumière, des ombres, des colorations. Car c’est une des nombreuses fantaisies nées au hasard de l’étiquette d’ « impressionnisme », que de croire au nonchoix des sujets par ces artistes réfléchis et volontaires. Le choix fut au contraire, toujours leur vive et importante préoccupation. Mais les légendes sont ainsi faites : on s’est accoutumé à représenter ces peintres comme des appareils indifféremment braqués sur tous les spectacles, et l’erreur va se répétant, même par ceux qui sont capables d’examen.

Comment pourrait-on croire, par exemple, que Monet n’a pas choisi expressément l’admirable décor de verdure qui ombrage le Bras de la Seine près Giverny, ce double découpage ornemental des branches profilées sur le ciel et reflétées par l’eau, celle ruelle de feuillage où glisse la délicieuse fantasmagorie du ciel et des nuées ? Il a regardé ce spectacle dans le brouillard du matin, au soleil levant, aux heures claires et grises, à l’heure dorée du couchant. Il s’est épris des nuances de ce grand passage de clarté, il les a poursuivies au profond du ciel et de l’eau, il les a exprimées par les assombrissements bleuâtres et les réveils verdâtres et dorés du feuillage. Paysages familiers et rêvés, formes sombres, fantômes lointains, évocations mystérieuses , miroirs limpides.

Le travail a sa diversion et son repos en un autre travail. Quittant les champs de Giverny, les bords de la Seine et de l’Eple, Claude Monet s’en va vers l’ouest, vers la mer aimée d’un amour fidèle.

En 1896, Claude Monet revint à Pourville, près de Dieppe, où il avait séjourné quinze ans auparavant. 11 était à ce moment d’une tristesse profonde, sortait d’une maladie, se voyait isolé, abandonné de ses amis : « Je suis un peu bien timide et tâtonnant, m’écrivaitil le 28 février, mais enfin je me sens dans mon élément et j’espère pouvoir un peu travailler. » Il retournait à Pourville l’année suivante, m’écrivait le 14 janvier 1897 ; « C’est une joie pour moi de revoir le mouvement de la mer. » Dans cette auberge de Pourville, où j’ai séjourné aussi, j’ai vu les portraits de l’aubergiste et de sa femme, le père Paul en marmiton, la mère Paul coiffée d’un bonnet.

avec son chien griffon entre les bras. Entre les deux, il y avait une autre toile, une galette avec une carafe de cidre, la nature morte aussi belle que les portraits étaient expressifs. Ces trois toiles étaient accrochées dans la lingerie, parmi les nappes et les serviettes. Aujourd’hui elles courent le monde. Ces toiles sont des intermèdes, des distractions de jours de pluie. Les autres jours, Monet est tout aux paysages.

Le val Saint-Nicolas, près Dieppe, les falaises de Pourville, la pointe et la gorge du Petit- Ailly, à Varengeville, lui offrent de beaux reliefs lumineux, de profondes échancrures d’ombre. Le sommet des falaises est couvert d’herbe rase, de fleurettes fanées, tapis laineux mollement adapté aux sinuosités du sol. Les lames étendent doucement sur le sable leur transparence glauque, leur frange bouillonnante . De grands ciels se lèvent des eaux, aspirent la masse océanique : c’est un échange et une confusion qui aboutissent à l’admirable unité. Dans les toiles de Dieppe et de Pourville, comme dans les toiles du Bras de la Seine à Giverny, Claude Monet est parvenu à créer une « peinture de l’air » qui semble bien n’avoir jamais été ainsi atteinte. Auprès de ces fluides harmonies, tous les paysages couraient le risque de paraître fragmentés et opaques.

On ne pouvait prévoir les phases d’évolution d’un tel artiste. Lui-même, acharné à comprendre et à apprendre, a toujours ignoré les découvertes que lui ménageait la nature. Ce que l’on peut affirmer sans crainte, c’est le développement logique, le renouvellement continu de ce grand peintre. Rien n’est perdu des qualités anciennes, la force est toujours présente, avec le don de la forme amplifiée, visible dans toutes les œuvres de Monet. Le nouveau, c’est une sorte d’évaporation des choses, un évanouissement des contours, un contact délicieux des surfaces avec l’atmosphère. On a toujours aperçu le même vouloir, devant les rochers mélancoliques de Belle- Ile-en-Mer et les ravins noirs de la Creuse, devant les Meules incandescentes et les Cathédrales granitiques, mais on n’avait pas encore aperçu cette peinture lointaine, comme « en dedans », qui exprime la brume errante sur les falaises de Dieppe, le calme paisible et frais de la solitude.

Il y eut une éclosion de fleurs dans l’art de Monet à cette époque.

des réunions de chrysanthèmes sur un fond de verdure, en effets de tapisseries. Ces belles fleurs créent des fêtes de couleurs, des repos voluptueux, parmi les paysages, elles sont des intermèdes de rare somptuosité pour ce voyage qui va de la mer normande au fjord norvégien, du monument gothique à l’humble maison de douanier, isolée sur la falaise, derrière sa haie, en face de l’immensité.

La Tamise

Toul a une forme : voyez la fumée.

Ingres.

Au moment où Claude Monet travaillait aux vues de la Tamise, en 1900, j’allai le voir avec Clemenceau et nous passâmes tous trois quelques jours à courir la ville, les musées, les expositions, les théâtres. Le peintre, toutefois, n’abandonnait pas son travail et lui consacrait les heures nécessaires. Nous le vîmes plusieurs fois installé au balcon de sa chambre qui dominait la Tamise, le pont de Charing- Cross à sa droite, le pont de Waterloo à sa gauche. II restait fidèle à sa méthode de travail, que l’on n’ose plus railler devant les résultats, et qui est le travail strictement accompli devant la nature. On peut faire des chefs-d’œuvres autrement, par la mémoire, par la science de la composition, mais on ne fera pas ces chefsd’œuvre-là, qui valent bien les autres, qui expriment ce que l'on n’avait pas encore su exprimer à ce point, la poésie magnifique de l’instant qui passe, de la vie qui continue. L’impressionnisme, que l’on a voulu, bien à tort, considérer comme une étude hâtive du détail, est précisément le contraire, je ne me lasserai pas de le répéter ; c’est une synthèse de l’existence universelle, surprise sur un certain point et pendant un certain état de son évolution. Bien des peintres ont tenté cette synthèse, mais ils l’ont laissée sous forme d’ébauche, faute de la perception qui est en Claude Monet, et qui lui a fait comprendre que les mêmes minutes fugitives se reproduisaient presque identiques, et qu’il pouvait en extraire sur place le résumé et la composition que les autres poursuivent, à grand renfort de théories, dans leur atelier.

Donc, Monet travaillait à ses vues de la Tamise. Il accumulait

les touches, comme on peut le voir sur ses toiles; il les accumulait avec une sûreté prodigieuse, sachant exactement à quels phénomènes de lumière elles correspondaient. De temps en temps, il s’arrêtait. « Le soleil n’y est plus », disait- il. Devant nous, la Tamise roulait ses vagues, presque invisible, dans le brouillard. Un bateau passait comme un fantôme. Les ponts se devinaient dans l’espace, sur lesquels un mouvement presque imperceptible animait la brume opaque : des trains qui se croisaient sur Cliaring- Gross, des omnibus qui défilaient sur Waterloo, des fumées qui déroulaient de vagues arabesques bientôt évanouies dans l’immensité épaisse et livide. Le spectacle était grandiose, solennel et morne, un abîme d’où venait une rumeur. On aurait cru que tout allait s’évanouir, disparaître dans une obscurité sans couleur.

Tout à coup, Claude Monet ressaisissait sa palette et ses brosses. « Le soleil est revenu », disait -il. Il était à ce moment seul à le savoir. Nous avions beau regarder, nous n’apercevions toujours que l’espace ouaté de gris, quelques formes confuses, les ponts comme suspendus dans le vide, les fumées vite effacées, et quelques flots houleux de la Tamise, visibles proche de la berge. Nous nous appliquions alors à mieux voir, à pénétrer ce mystère, et, en effet, nous finissions par distinguer nous ne savions quelle lueur lointaine et mystérieuse, qui semblait faire effort pour pénétrer ce monde immobile. Peu à peu, les choses s’éclairaient d’une lueur, et c’était délicieux de voir, faiblement illuminé par un soleil invisible, comme par une veilleuse stellaire, ce paysage grandiose qui livrait alors ses secrets.

Il les a livrés à l’artiste, et l’artiste nous les livre à son tour. Personne, mieux que lui, ne nous a révélé la beauté des choses. Toujours il a été plus avant dans la connaissance des spectacles multipliés de l’univers. Toujours il a été au plus profond du mystère de la substance. C’est, chaque fois, une œuvre nouvelle qu’il nous présente, toujours reliée aux œuvres anciennes par le même langage pictural, d’une puissance extraordinaire, fleurie et nuancée d’infinies délicatesses. Les champs de tulipes, les canaux, les rivières, les rochers et les vagues de l’Océan, les meules, les prairies, les peupliers, les pierres des cathédrales, que sais-je encore? tous tes

aspects de la terre et des eaux qui racontent le poème sans fin de la lumière, des matins, des midis et des soirs, s'augmentent ici de la magnificence fantomatique de Londres qui devait, tôt ou tard, avoir Claude Monet pour peintre.

Le pont de Charing-Cross, géométrique, rigide, métallique, inscrit ses lignes parmi les nuées soudain aperçues, les effilochements de brouillard, les fumées des trains. Une toile est particulièrement saisissante : Fumées dans le brouillard, avec son pont verdâtre, le mélange de ses nuées et de ses fumées aux lueurs rousses, vertes et dorées. La justesse de mouvement de ces formes éparses n’est pas moins exprimée dans les autres toiles : Passages des trains , Trains se croisant, Brouillard sur la Tamise, les fumées lilas, les reflets perdus à travers la brume, une barque surgissant légère.

Le pont de Waterloo, en pierre, massif, solide, s’élève au-dessus de l’eau comme une construction aérienne. Les omnibus passent, colorés, bigarrés comme des fleurs, étincelants comme une illumination, en un défdé incessant, parfois clair, gai, éclatant, parfois de couleurs riches et sombres, un seul rouge vif dans l’atmosphère verdâtre. Quelquefois, tout est vraiment allumé d’un coup de soleil : l’eau, le pont, les omnibus, le sommet d’une haute cheminée sur l’autre rive de la Tamise. Puis, le brouillard opaque revient, et la clarté du soleil suspendu dans l’air, n’est plus que la calme lumière de la lampe ou de la veilleuse. Le brouillard prend tous les aspects, doré d’un jaune citron, épais et vert comme une purée de pois, fleuri de capucine et d’hyacinthe. Des chalands se glissent, des fumées de bateaux à vapeur courent à ras de l’eau, des barques dansent parmi les reflets, d’autres se distinguent à peine dans la brume obscure, il y a de la suie qui tombe parmi les clartés.

La troisième série de toiles a pour sujet le Parlement, Westminster-House vu de l’autre rive, de la fenêtre d’un hospice où Monet avait obtenu accès. Le palais dresse, dans le soir, son architecture assombrie, d’un bleu puissant, ou violette ou verdâtre, ou parfois presque dissoute dans l’atmosphère, confondue avec elle : alors, tout est perdu, tout est mort, seules quelques mouettes vivent dans ce paysage anéanti, volent en cercle, et c’est miracle que les voir ainsi tracer leurs circuits argentés. Ailleurs une barque court sous

sa voile presque noire. Des nuages sont cernés de rouge et de dorure. Il y a une grande montée de ciel violet vers l’astre perdu.

Claude Monet a exprimé cette poésie de Londres avec un sens prodigieux de la beauté féerique du vaste fleuve et de la ville colossale. Son effort se rattache à celui de Turner, mais combien il est différent, dégagé de toute attache classique, et, d’ailleurs, d’une personnalité si tranchée, si complète, que jamais, dans la suite des temps, quand même toute signature aurait disparu, on ne pourrait prendre un de ces « Monet » pour un « Turner ». Les toiles de Monet sont d’une lumière plus unifiée, d’une coloration plus soutenue dans la clarté, n’ont pas les aspects de cuisson, de feu, d’émail, du grand paysagiste anglais, admirable précurseur de la peinture de paysage moderne. S’il me fallait établir une analogie, j e la verrais plutôt avec Whistler : bien que celui-ci ait peint, surtout des nocturnes, des nuits de velours bleu pointillées d’or, mais ce n’est pas de cette ressemblance-là qu’il s’agit. Claude Monet, comme Whistler, a peint des harmonies, et comme lui, aurait pu donner pour titres à ses tableauxdes dominantes de couleurs et de nuances. En réalité, Claude Monet est surtout luimême, un des plus subtils et des plus puissants peintres qui aient existé, mais il est aussi un grand poète, ardemment épris des spectacles qui sont offerts à notre joie et à notre mélancolie, et s’acharnant à vouloir les exprimer avec le caractère vrai et émotionnant de leur beauté d’un jour et de toujours.

Les Paysages d’eau, ou les Nymphéas

Claude Monet est l’un des hommes qui ont excité jusqu’à la fureur et la stupidité la polémique artistique. Il avait chez lui, à Giverny, dans sa charmante et simple maison des champs, une collection vraiment extraordinaire. C’était celle des articles de critique, chroniques, informations, racontars, mots d’esprit, etc., qui ont été inspirés à la presse par son art. Il en a encore la collection qu’il a pu réunir et garder, à travers les hasards de la vie, les déménagements, les mésaventures qui tiennent à la vie d’artiste. J’ai pu y puiser la documentation de la première partie de ce livre. C’est tout bonnement inénarrable de courte vue, d’ignorance, d’indifférence. Les critiques et les journalistes qui écrivaient ces choses ne se donnaient même pas la peine de regarder les œuvres qu’ils jugeaient et exécutaient en un rien de temps, juste le temps qu’il leur fallait pour aligner leurs improvisations. On peut croire aussi que ces personnages, si prompts à rendre leurs arrêts, n’avaient jamais regardé un paysage, à aucune heure, en aucune saison, pour être à ce point insensibles à la poésie grandiose et subtile que révélaient ces toiles lumineuses, fraîches comme les matins, riches et mystérieuses comme les soirs.

Tout le monde était d’accord, la critique officielle, la critique boulevardière, la plaisanterie des petits journaux, l’hostilité des jurys, la méfiance des amateurs, grand déchaînement contre le peintre qui se permettait de voir avec ses yeux et d’exprimer sa sensibilité particulière.

Depuis 1889, à peu près, on a renoncé à traiter Monet de barbouilleur. Il lui a donc fallu vingt-cinq ans, un quart de siècle, il lui a fallu ses paysages de la Hollande, de Belle-Ile-en-Mer, de la

VENISE

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