CI.AIOK MONK
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de peuplier cbi>wjê>-s en Imiisi d’or par les premières rp'ir-es hianehes; les loinjnes ombres portées des arbres, V hiver , sur tes guérels; la Seine a Bougival ; nu lu mer sur la côte, frissonnant sous le souffle du-malin; les eni-nds se vo\ilant dans les gazons pûjués de fleurettes. Ce .sont < nmine de petits fragments de la vie universelle^ et les ehoses ra/>itles et colorées, subtiles et charmantes, gui s'y rrltèteni, ont bien droit gu’on s’en occupe et gu on les célèbre. »
Le Charivari manquait à sa fraililion d’esprit français en écrivant sous la signature de P. Girard :
« Votis rappelez-vous une exposition gui s’installa naguère au boulevard des Capucin^^^j^;^g^.^!y^i^ igp^pÿal de Nadar le Grand? . Des peintres sebis!n:;l i<i lies y élevèrent autel contre autel et entreprirent de lutter c<>nti< b lutte ne fut pas heureuse.
‘ 'iuH(r(‘ de ces audy[r^^{ty< {dont une dame) ont orga-
?>:' K:.r i . I hotid Drouot. On appelle cotte école nouvelle
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les fausses exof uinr o v, .</ //>•-/ h -..p. rouunudc d' appeler l’attention en faisan; plus mauvais i/ue jiersonne n’osa jamais faire. »
Les prix des tableaux de Monet varièreiii ciPre î(}ô francs et 325 francs. Ceux des œuvres de Berthc cuir.* 80 francs et
480 francs. Ceux deSisley enlie 50 IVancr . i ;«H> iVancs. Renoir fut le plus ma]!i*ailé paries enchères : ï rr ■. iugi peintures, dix u’aiteignirenl pas !(K) francs, le prix !• uiu . i.-s è fut 300 francs. On ne se borna pas à rire, la «‘oière ; c mu ic- spectateurs qui brandirent • des cannes e( des parapluies . . i.i-'e les œuvres maudites.
Néanmoins, comme les I.cm. an-a s en vente étaient nombreuses, Burty put célébrer b' total obtenu. Le surlendemain, il écrivait dans la Bépubliijiie lérançaise :
« La venir des tableaux, des aguarelles et des pastels de y/iie Dcpthe Moi i'/ot et de M.M. Monet, Renoir et Sisley a eu à
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CLAUDE MON ET
triompher de rnauvuises volontés (/ni se sont traduites par un tumulte ridicule. Des amateurs quinteux et des désœuvrés (/ui avaient pris le mot d’ordre d’ateliers bien connus ont essayé d’interrompre des enchères, c/u’un groupe d’acheteurs sérieux soutenait très bravement. L’attitude du commissaire-jjriseur et de l’expert a été /pleine de convenance. Cette vente, en somme, a produit près de douze mille francs.
Le critique du Rappel écrivait au lendemain de la vente :
« Je ne dois pas dissimuler aux ennemis des impressionnistes — puisqu’impressionnistes il y a — que j’ai acheté une de ces toiles, et que mon collaborateur Émile Blémontena acheté deux. » Il ajoutait, il est vrai, cette inutile réflexion : « Nous ne voudrions pourtant pas abuser la postérité, Blémont et moi, en lui laissant croire que nous préférons Claude Monet à Eugène Delacroix. »
Gygès, du Paris-Journal, rendait compte aussi de 1a vente où l’on avait si bien ri :
« On s’est beaucoup amusé des campagnes violettes, des fleurs rouges, des rivières noires, des femmes jaunes ou vertes et des enfants bleus que les /iontifes de la nouvelle école avaient légués à l’admiration publique. »
\..e Figaro (Masque de Fer) avait écrit avant la vente :
« Tous ces tableaux nous ont un /jeu fait l’effet d’une /jeinture qu’on doit regarder à quinze /jas en fermant les yeux à moitié, et il est certain qu’il faut avoir un ap/jartement très grand /jour [jouvoir y loger ces toiles, si l’on veut en jouir même /jar l’imagination. C’est en couleur ce que sont en musi(/ue certaines rêveries de Wagner. L’im/jression que /jrocurent les impressionnistes est celle d’un chat qui sc promènerait sur le clavier d’un fuano, ou d’un singe (/ui .se .serait emparé d’une botte à couleurs.
» Cc/jendant , il y a peut-être là une bonne affaire /jour ceux qui s/jéculent sur l’art de l’avenir. »
Le meme Mas<|ue de Fer du Figaro disait après l’adjudication :
« Quelques-unes des toiles adjugées étaient à ce point révoltantes, qu elles ont soulevé de nombreuses marques d'improbation. »
Le journal VÊcho, déclarant la collection très remarquable et très intéressante, approuvait l’exposition et la vente des tableaux :
« Aux plus beaux Jours des grandes luttes du romantisme contre l'Académie, on n’a certainement pas entendu plus de malédictions et aussi plus d’expressions enthousiastes que cette après-midi, devant les tableaux de M*'® Morizot et de MM. Claude Monet, A. Renoir et Sisley. »
Deuxième exposition du Groupe en 1876. — Déchaînement
DE LA Presse
La seconde exposition eut lieu chez Durand-Ruel, 11, rue Le Peletier. En avril 1876, on put voir, dans les galeries de la rue Le Peletier, un ensemble de 252 peintures, pastels, aquarelles, dessins, gravures, de Béliard, Legros, Pissarro, Bureau, Lepic, Renoir, Caillebotte, Levert, Rouart, Cals, J. -B. Millet, Sisley, Degas, Claude Monet, Tillot, Desboutin, Bertbe Morizot, Jacques François, Ottin fils.
Entre autres toiles aujourd’hui célèbres, Caillebotte y avait exposé ses Raboteurs de parquets, maintenant au Luxembourg; Degas, ses Portraits dans un bureau (Nouvelle-Orléans) , qui sont au musée de Pau; Legros, ses portraits de Barbey d’Aurevilly et de Carlyle; Bertbe Morizot, le Bal, le Lever, la Toilette; Pissarro, des paysages de Pontoise; Renoir, des portraits, parmi lesquels celui de Frédéric Bazille, qui appartenait à Manet; Sisley, V Abreuvoir de Marly, les Inondations à Marly.
Claude Monet y avait exposé dix-huit toiles : le Petit bras (Argenteuil); la Seine à Argenteuil ; le Chemin d’Épinay (effet de neige); la Plage à Sainte- Adresse; le Pont du chemin de fer (Argenteuil); la Prairie; le Petit-Gennevilliers ; le Pont d’ Argenteuil; la Berge d’ Argenteuil; Effet d’automne; les Dahlias; les Bateaux d’ Argenteuil ; la Promenade; Panneau décoratif; le Printemps; les Bains de la Grenouillère; Bateaux de pêche (étude).
Possesseurs de plusieurs de ces toiles : MM. Faure et Cboquet.
On ne donna pas l’attention et l’admiration qu’ils méritaient à ces paysages, considérés maintenant comme uniques, et qui ne changent de collectionneurs que par des surenchères devenues
formidables. Une autre toile, le Panneau décoratif, désignée comme une Japonnerie, fut celle qui excita la verve des chroniqueurs et des écliotiers du temps. Une revue de la presse assez copieuse doit trouver sa place ici, où elle n’est pas sans intérêt.
Alexandre Pothey, dans la Presse, analysait avec une fine perspicacité les envois de ces artistes indépendants, à qui l’État avait refusé un local, deux ans auparavant, pour exposer leurs œuvres. Au sujet de Monet, il écrivait particulièrement :
« L’envoi de M. Claude Monet se compose d’une série de paysages pris sur nature au Petit-Gennevilliers ou aux environs d’Argenteuil ; ils se distinguent toujours par les qualités d’exécution franche, de sentiment réel et de belle lumière. Mais M. Monet a voulu prouver qu’il savait faire autre chose que du paysage. Il a attaqué une figure grande comme nature, du plus saisissant aspect. C’est une Parisienne à la figure mutine, aux cheveux blonds, vêtue d’un costume japonais d’une richesse inouïe. La robe, de molleton rouge, est couverte de broderies en soie et or avec des figures fantastiques d’un relief étonnant. Par un mouvement gracieux, la femme, qui joue avec un éventail, se retourne vers le spectateur. Le personnage s’enlève sur un fond bleu neutre et sur un tapis en nattes. Les amateurs qui recherchent la couleur solide, les empâtements résolus, trouveront un vrai régal dans ce moreeau quelque peu étrange. »
Dans la France du 4 avril, ceci, anonyme :
« Les impressionnalistes sont des gens qui se sont donné permission de ne suivre aucune règle, de faire tout au rebours des autres, sans se soueier le moins du monde du bon sens et de la vérité. Ils peignent les arbres en rouge ou en jaune, les maisons en indigo, les eaux en carmin ou en ponceau. Leurs personnages ressemblent à des pensionnaires de la Morgue, et, quand il leur en prend la fantaisie, ils mettent sans sourciller la charrue devant les bœufs. Ce n’est pas sain de voir de pareilles choses. »
Le Rappel du 9 avril publiait un article à tendance sympathique d’Émile Blémont :
(( Ou'esl-ce qu'un peintre impressionniste ? On ne nous a guère donné de définition satisfaisante ; mais il nous parait que les artistes qui se réunissent ou qu’on réunit sous cette qualification poursuivent, par divers modes d’exécution, un but analogue : rendre avec une sincérité absolue, sans arrangement ni atténuation, par des procédés simples et larges, f impression éveillée en eux par les aspects de la réalité.
» L’art n’est pas pour eux une imitation minutieuse et pointilleuse de ce qu’on appelait jadis « la belle nature ». Ils n’ont pas le souci de reproduire plus ou moins servilement les êtres et les choses, ni de reconstruire laborieusement, menu détail par menu détail, une vue d’ensemble. Ils n’imitent pas; ils traduisent, ils interprètent, ils s’attachent à dégager la résultante des lignes et des couleurs multiples que, d’un coup, l’œil perçoit devant un aspect.
» Ils sont synthétistes et non analystes, et ils ont en cela raison, croyons-nous ; car si l’analyse est la méthode scientifique par excellence, la synthèse est le vrai procédé de l’art. Ils n’ont d’autres lois que les rapports nécessaires des choses; ils pensent, comme Diderot, que fidée du beau est la perception de ces rapports. Et comme il n’y a peut-être pas deux hommes sur terre qui perçoivent exactement les mêmes rapports dans un même objet, ils ne voient pas la nécessité de modifier suivant telle ou telle convention leur sensation personnelle et directe.
» En principe, en théorie, nous croyons donc pouvoir les approuver pleinement. En pratique, c’est autre chose. On ne fait pas toujours ce qu’on veut faire, comme il faut le faire; on n’atteint pas toujours le but qu’on voit clairement. Les impressionnistes peuvent souvent dire avec Augustin : « Video meliora proboque, détériora sequor! » Ils ne lisent pas toujours couramment dans le grand livre de la nature; ils ne savent pas toujours en dégager, en préciser le sens, et parfois ils commettent des solécismes regrettables et de gros barbarismes. Mais ils ont cet immense avantage d’être affranchis de la routine et du poncif.
» Ils sont libres, et si beaucoup de fruits de cette liberté nouvelle sont verts encore et acides, il y en a déjà un certain nombre
de mûrs, de séduisants et de savoureux. Vienne Vexpérienee, et les œuvres seront de plus en plus satisfaisantes, nous en sommes persuadés
» Dans la seconde salle, nous trouvons l’exposition de M. Monet. Son tableau le plus important est une Jeune femme essayant une robe de théâtre japonaise. Elle est debout, l’éventail ouvert à la main et la main à la hauteur du visage, et s’en va, rieuse, jouant gaiement le rôle du costume, et retournant sa jolie figure parisienne pour jouir de l’effet de cette longue robe traînante aux bizarres ornements. Le fond de la robe est d’un ton rouge éclatant et doux, avec lequel s’accordent singulièrement l’épanouissement rieur de la carnation du visage et l’or brun à chauds reflets de la chevelure tordue.
» Parmi les paysages du même artiste, nous avons remarqué surtout la Plage de Sainte-Adresse, une marine solide de ton et large de touche; une Prairie d’une charmante couleur bleue et blonde; une Promenade où une figure de femme se détache dans un mouvement bien rythmé sur un ciel léger; un Effet d’automne, un Effet de neige et la Seine à Argenteuil. Nous aimons moins le Jardin aux dahlias. Les vigueurs sont trop heurtées, les miroitements trop violents. Dans plusieurs autres toiles, f artiste a poussé trop loin la décomposition du rayon solaire, le papillonnement des couleurs, f irisation de la lumière.
» Turner a fait des orgies de bleu; M. Monet fait parfois des orgies d’arc-en-ciel. Ni plus ni moins qu’un chimiste, il tirerait d’un morceau de charbon noir tout f éblouissement de f écharpe d’iris, toutes les couleurs et les nuances complémentaires. Qu’il se contente d’être coloriste, sans fêtre à outrance : et au lieu d’un défaut, il aura simplement la plus précieuse des qualités. »
Un rédacteur de Y Événement, Punch, écrit ceci :
« Autre toile bien remarquable : elle représente un grand Japonais (sic) tout de rouge vêtu, tenant à la main un éventail tricolore, ce qui est flatteur pour la France, et entouré d’écrans qui, par un incompréhensible miracle d’équilibre, se tiennent en suspension dans le vide. Cela est signé Claude Monet. »
Le Petit Moniteur universel, dans un article intitulé « L’École des Batignolles » :
« Hier a eu lieu, rue Le Peletier, l’ouverture d’une exposition organisée par un groupe de peintres appartenant à l’école dite impressionnaliste. Nous n’avons pas à apprécier ici la valeur de la méthode, ou, si l’on veut, du système invariablement suivi par les adeptes de la petite école à laquelle on a plaisamment donné le nom d’école des Batignolles. Tout le monde sait que ce système consiste à ne livrer au public que des ébauches où la couleur est parfois a ussi peu ménagée que le dessin . Le plus célèbre propaga teur de cette peinture est sans contredit M. E. Manet, auquel, d’ailleurs, en dehors de cette bizarrerie voulue, on reconnaît généralement du talent. M. Manet a eu presque un homonyme parmi les exposants de la rue Le Peletier, c’est M. Claude Monet, artiste de valeur, qu’on serait désireux de voir entrer dans une voie plus sérieuse où ses rares qualités se déploieraient in fa illiblem en t . Entre autres toiles, M. Claude Monet a exposé une jeune femme blonde drapée dans des étoffes japonaises du plus étrange effet. La figure a des ombres cramoisies par trop choquantes, mais les étoffes sont très habilement et très artistement traitées. »
Le Petit Journal émet ce doute étrange sur les marines de Monet :
« M. Monet, par exemple, a une Japonaise dont le costume éclatant est merveilleux de couleur et de ton; — à côté, il a des marines d’une fantaisie si bizarre qu’on ne sait où le peintre a vu la mer. »
Burty professait toujours son goût admiratif dans un article de la Bépublique française :
« Nousavons déjà dit quelles sympathies nous semblent mériter des artistes qui ne se réclament ni de l’administration, ni de la protection des professeurs, ni de la camaraderie transigeante. Ces messieurs, en étant parvenus à s’entendre sur tous les points qui constituent l’organisation d’une exposition libre, donnent un
bon exemple. Us font preuve de tact en ouvrant à ce moment-ci, c’est-à-dire en ne reconnaissant pas les pouvoirs.de jurys qu’ils n’auraient point élus, en ne protestant pas ensuite contre des refus injurieux quoique ridicules. »
Armand Silvestre écrivait une longue étude dans VOpinion nationale :
« Cette école intéressante, au moins par f ardeur de ses convictions et la persévérance de ses tentatives, mérite bien que nous nous arrêtions un instant à ses tendances. Elle procède d’un principe de simplification vraiment nouveau et auquel on ne saurait contester sa raison d’être. Uniquement préoccupée de la justesse, elle procède par harmonies élémentaires; peu soucieuse de la forme, elle est exclusivement décorative et coloriste. Son idéal est, à notre humble avis, absolument incomplet, mais ses travaux auront assurément une place dans la légende de fart contemporain. Ceux mêmes qui affectent le plus de dédain pour elle profitent inconsciemment de ses travaux, qu’il est plus aisé de railler que de nier.
» M. Monet a envoyé une japonnerie de grande dimension où se retrouvent toutes les qualités du peintre de la Robe de Camille. J’aime aussi beaucoup son Effet de neige sur le chemin d’Epinaj^ Mais quelques-uns de ses tableaux tombent dans une convention qui rappelle celle de Diaz et n’est pas, au fond, plus près de la réalité. »