SCENE XI
Reprisa en Chœur.
Pauvre paysan, voici la mort !
. ROSE, les arrêtant du geste.
Oh ! pas de cette chanson-là, elle est trop triste !
RÉ3IY.
Elle est Lien ancienne; je n'en sais que de celles-là.
FAUVE kM.
Mieux vaut ne point chanter que nous dire une chanson de mort un jour de gerhaude !
RÉ3IY.
La mort vous fait peur à vous autres parce que vous êtes jeunes! Si vous aviez mon âge, vous vous diriez que la mort et la vie, c'est quasiment une même chose. Ça se tient comme l'hiver et l'été, comme la terre et le germe, comme la racine et la branche. [Regardant Denis.) Un peu plus tôt, un peu plus tard, faut toujours souffrir pour vivre, et vivre pour mourir. Allons, puisque vous m'estimez point mes chansons de l'ancien temps, je vas vous faire un petit discours sur la gerbaude. Celui qui ne peut point chanter doit parler... Mais la voix me fait défaut. Donnez-moi un verre de vin blanc.
fuveu .
Si vous souhaitiez un doigt de brandevin, ça vous donnerait plus de force ; c'est souverain, après moisson. rémy, regardant Denis.
Oui, c'est ça, je veux bien, j'ai quelque chose à dire et je veux le dire. Donnez-moi du rude. CLA.IDIE, voulant l'empêcher de boire l'eau-dr-vie que lui présente la mère Fane, au.
Mon père, ne buvez point ça ; à votre âge, c'est trop fort! Rappelez-vous que l'an passé ça a manqué vous tuer!
RÉMY
Bah ! bah ! laisse-moi donc ! je me sens faible, ça me remettra.
DENIS, à demi-voix vers Rose et le. Cornemuseux.
Allons ! allons ! la musette ; c'est bien assez écouter ce vieux qui ne sait ce qu'il dit.
la mère, qui est près de lui, versant à boire aux moisson/Kurs.
Excusez, M. Ronciat; quand un homme d'âge veut parler, on doit l'entendre; et quand il parle sur la gerbaude, ça porterait malheur de l'interrompre. rémy, élevant son verre.
Criez avec moi, mes amis : à la gerbe ! à la gerbaude ! tous, criant.
A la gerbaude !...
Les personnages reprennent leurs mêmes places comme à
l'entrée de la gerbaude. rémy, se découvrant. Tous font de même. Un grand silence régna autour de Rémy.
« Salut à la gerbe ! et merci à Dieu pour ses grandes bontés ! De tous tes présens, mon bon Dieu, voilà le plus riche ! Le beau froment, la joie de nos guérets, l'ornement de la terre! la récompense du laboureur! Voilà l'or du paysan, voilà le pain du riche et du pauvre! Merci à Dieu pour la gerbaude!... » (Aux assistans.) Faites comme moi, mes enfans, buvez et arrosez la gerbaude...
Tous boivent, la mère Fauveau et les autres femmes ayant
fait le tour pour remplir les verres.
TOUS, avec respect.
Merci à Dieu pour la gerbaude !...
ils viennent faire du fond d«- leurs verres des libations sur la gerbe.