‹ Claudie; drame en trois actes et en proseChapitre 19 sur 60 · SCENE XL r>l · texte numérisé non relu

SCENE XL r>l

fai veau, reprenant sa place.

Ça va bien! vous avez bien parlé, père Rémy!... {At/.r attires.) Ce vieux-là n'est point sot! rémy, à ta gerbe.

« Que le bon Dieu bénisse la moisson de cette année dans la grange comme il l'a bénie sur terre! Le blé a foisonné, il ne sera point cher. Tant mieux pour ceux qui n'en recueillent qu'au profit des autres! Le pauvre monde peine beaucoup; le bon Dieu lui envoie des années qui le soulagent. Le riche travaille pour ses enfans, les pauvres sont les enfans du Dieu, et il fait travailler son soleil pour tout le monde. Merci à Dieu pour le pain à bon marché et pour la gerbaude!...

tous, répétant 'es libatUmi.

Merci à Dieu pour la gerbaude !

cl \.v die, prenant le goh'ii t que Rémy porte à ses lèvres.

Ne buvez plus, mon père, vous êtes pâle !

RÉ3IY.

Est-ce que j'ai mal parlé, cette fois?... (A Rose.) Ai- je offensé la bourgeoise?

ROSE

Non, mon vieux! Je ne suis point portée contre le pauvre monde. Parlez, parlez !

rémy, lui présentant le bouquet qui domine la gerbe. <( Que Dieu récompense les bons riches!... (Ht'em- Lrasêfi.) Qu'il les conserve tant qu'il y aura des pauvres!.. . {Regardant Ranciat.)Des gens heureux qui lèvent la tête et qui font le mal. Il y en a, le ciel les voit! Des gens bien à plaindre... il y eu a aussi : la terre les connaît!... [Sa replaçant près de la gerbe.) Gerbe! gerbe de blé, si tu pouvais parler ! si tu pouvais dire combien il l'a fallu de gouttas de notre sueur pour t'arroser! pour te lier l'an passé, pour séparer ton grain de ta paille avec le fléau, pour te préserver tout l'hiver.

40 ACTE î,

pour te remettre en terre au printemps, pour le faire un lit au tranchant de l'arrau, pour te recouvrir, te fumer, te herser, t'héserher, et enfin pour te moissonner et te lier encore, et pour te rapporter ici, où de nouvelles peines vont recommencer pour ceux qui travaillent... (En &'cœaltant.) Gerbe de blé ! tu fais blanchir et tomber les cheveux, tu courbes les reins, tu uses les genoux. Le pauvre monde travaille quatre-vingts ans pour obtenir à titre de récompense une gerbe qui lui servira peut-être d'oreiller pour mourir et rendre à Dieu sa pauvre âme fatiguée... (.1 Ronciat, av:c colère.) C'est qu'il y a des mauvais cœurs, Denis Ronciat, il y a de mauvais cœurs! Je ne dis que ça! »

devis, au Cornemuscux.

Vingt sous, si tu fais brailler ta musette !

LE CORVE5IISEUX.

?venni, monsieur... Couper la parole à un vieux... ça ferait crever mon instrument !

rémv, balbutiant et repoussant machinalement sa fille qui vi ut l'i mmener.

Laissez-moi... laissez-moi dire... Il y a des gens qui prennent à leur prochain plus que la vie... ils lui prennent l'honneur. Oui, oui, laisse-moi, ma fille... tu me fais perdre mes idées!...

Mon père est malade, voyez ses yeux ! Ce qu'il dit lui fait du mal. Aidez-moi à l'ôter de là. RÉEY, soutenu par Sylvain et Claudio. Le groupe est rvsserré autour de lui.

Oui, je me sens malade... je ne vois plus! Est-ce que vous n'êtes plus là, vous autres"?... Je vous ai attristés... je vas chanter encore... (Atteignant la r/erbe Ut tomber.) Pauvre paysan, voici la mort!... Il s'affaisse sur la gerbe.

SCEA'K XI.

Bonnes gens î mon père se meurt !

rose, à un moissonneur.

Vite ! le médecin, le curé !

SYLVAIN

Courez vite, c'est un coup de sang î rémy, '(( tel sur (a gerbe.

C'est trop tard î Dieu me fera grâce. J'ai tant souffert dans ce pauvre monde î... ma fille î... ma fille!... c'est une bonne fille, entendez-vous?... (Serrant convids,ivemeût la main a\ S y vain.) N'importe qui vous êtes, ayez soin de ma fille!

claedie, se jetant sur lui.

Mon père, mon pauvre père ! je veux mourir avec toi ! rémy, touchant la gerbe et se sou'evant un peu. Ali ! la gerbaude ! là gerbe ! l'oreiller du pauvre !... Il tombe sur la gerbe.

ROSE

Ayons soin de cette pauvre fille !

LA MÈRE

Ça fend le cœur !

falyeae, avec douleur.

Voilà une triste gerbaude!

DEnis, bus, se penchant vers Claudie.

Claudie, Claudie! je ne t'abandonnerai point, vrai!

SYLVAIN, de ■'autre côte.

Claudie, votre père vous a confiée à moi, c'est sacré !

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