‹ Claudie; drame en trois actes et en proseChapitre 56 sur 60 · IV MÈRE · texte numérisé non relu

IV MÈRE

Et moi pareillement! Et votre tille est digne de vous.

ROSE

Et il n'y a qu'un lâche qui puisse venir vous proposer de l'argent.

LA MÈRE

Ne les excitez point, dame Rose ! le père Rémy couve une grosse colère...

Sylvain se relève brusquement, semble sortir de sa rêverie,

et reste les yeux tixés sur Claudie.

RÉMY

N'ayez crainte, mère Fauveau. Je suis aussi tranquille à cette heure que je le serai au jour de ma mort... Ça vous étonne? Ça t'étonne aussi, maître Ronciat ! Tu t'es peut-être souvent demandé pourquoi j'ai patienté cinq ans avec toi. Pourquoi moi, un ancien soldat, un vieux paysan encore rude du poignet, et plus fort que toi qui n'as jamais travaillé, je ne t'ai pas mis sous mon genou pour te casser la tète contre une pierre. Je veux bien te le dire, et me confesser à mon tour... C'est que j'étais aveugle, j'étais injuste envers ma fille. Oui, je lui faisais cette injure de croire qu'elle avait un restant d'amitié pour toi. Je lui en demande pardon aujourd'hui. {Il embrasse Claudie. A Denis.) Mais j'avoue que plus elle le niait, plus je m'imaginais que ses larmes versées en secret et son éloignement pour l'idée du mariage provenaient d'une souvenance et d'un regret... Cent fois j'ai pris ma cognée pour aller l'attendre au quart d'un bois. Cent fois, j'ai jeté ma cognée derrière ma porte, en regardant ma fille qui disait sa prière, et qui, dans mon idée, la disait peut-être pour loi. Je n'ai pas voulu venger ma fille, dans la crainte d'être odieux à ma fille, voilà tout.

dems, ému.

Dame ! écoutez donc, père Rémy, si j'avais pensé que Claudie eût encore des sentimens pour moi... maiselle

Page 1