SCENE VU. 9I
m'a dit elle-même ici, quand je l'ai revue à la gerbaudc, qu'elle ne m'aimait plus... et différemment... je ne pouvais plus lui rien offrir.
RÉMY
Elle disait la vérité et je le sais, moi. Je Iesaisd'aujourd'hui seulement. Voilà pourquoi tu me vois tranquille, parce que je me sens enfin libre de te punir.
fauveau. Père Rémy. pèreRémyl apaisez-vous! de>is, remontant un peu.
Eh! laissez-le faire. Je ne me défendrai pas contre un homme de celàge-là. Je m'en irai plutôt!
RÉMY
N'aie donc pas peur, Denis Ronciat. Je ne t'en veux plus. Je t'ai cru méchant, et je vois que lu n'es que lâche. La seule punition que je t'inflige, c'est celle de ma pitié. Va-t'en là-dessus, malheureux, je te fais grâce... Va-t'en avec ton ambition et ta paresse, avec ton argent et la honte de me l'avoir offert.
FAUVE AU
Ça, c'est bien îvrai !ça fait honneur à un pauvre homme de pouvoir parler comme ça.
LA MÈRE
Oui, c'est bien, père Rémy, c'est bien.
ROSE
C'est bien parler et bien agir.
dénis, écrasé par tous 1rs regards et se débattant contre la ! ou te.
C'est donc comme ça? Voilà le piège que vous m'avez tendu pour mettre lout le monde contre moi? Oh da ! il faudra bien que je trouve un moyen de vous fermer la bouche!... je ne sais pas encore ce que je ferai pour ça... mais j'y réfléchirai et je trouverai quelque chose... à quoi vous ne vous attendez point... ni moi non plus ! H se r« tourne pour sortir.
ROSE
En attendant, vous allez trouver la porte pour sortir d'ici, pas vrai?
ronciat, m nant.
Vous pensez me renvoyer comme ça, tout penaud, tout écrasé, tout mortifié? Eh bien ! c'est ce qui vous trompe, et je vas vous montrer que je. vaux mieux que vous ne voulez liien le croire... Père Rémy, faites attention. Claudie, veux-tu me dire que tu m'aimes toujours, que c'est pour moi que tu as refusé d'en écouter d'autres..:. {Mwtœmmt de Sylvain.) et le diable me soulève si je ne me marie pas avec toi... {Un si!c?ice.) Eh bien! Claudie. vous ne m'écoutez point? Je suis Denis Ronciat, et je vous offre ma main, foi d'homme î Ah ça ! dépèchons-nous pour que le diable ne m'en fasse pas dédire !
RÉtfY, à Clauli? qui est resté? comme pétrifiée durant toute c> ttc scène.
Ma fille ! entends-lu? c'est à toi de répondre. claudie, avec fermeté, se Uvant.
Mon père, pour épouser un homme, il faut jurer à Dieu de l'aimer, de l'estimer et de le respecter toute sa vie. Et quand on sent qu'on ne peut que le mépriser, c'est mentir à Dieu, c'est faire un sacrilège. Je refuse.
RONCIAT.
La. sérieusement?
CLAlDIE.
Je refuse.
ROSE
Et j'en ferais autant ù sa place.
rémy, à Ronciat. Tu a$ offert une réparation, on l'a refusée; maintenant j'ai le droit d'exiger celle qui me convient.
SCENK Vil. 95
rouciàt, remettant son chapau.
Ah ! nom d'une bouteille ! je ne vois pas ce que vous pouvez exiger de plus.
RÉMY
J'exige que tu quittes le pays.
R0NCI.VT.
Par ma foi ! avec plaisir. Il y a longtemps quej'en ai l'idée. Différemment, je n'ai point envie d'être montré au doigt. Bonsoir la compagnie ! je m'en vas chez mon oncle Raton, à plus de trente lieues d'ici, et j'y ferai tout de même une bonne fin et un bon mariage... (.4 Rémy.) Pourvu que vous ne veniez pas en moisson de ce côté-là. Promettez-vous de me laisser tranquille?
rémy, le prenant au caïtet et le secouant un peu.
Je n'ai pas de conditions à recevoir de toi... Je te défends de jamais remettre le pied dans la paroisse, nulle part enfin où ma fille pourrait te rencontrer. Jurele î
ROIVCIAT.
J'en jure... (Regardant Rose.) et sans regrets !
rémy, l'éloignant du qeste.
Que le bon Dieu te pardonne comme nous te pardonnons! Puisses-tu t'amenderet réparer ta mauvaise conduite par une bonne. Maintenant, tu peux t'en aller. . . Adieu î
ROMnvr, hésitant pour saluer Cfaudie qui ne le regarde pas ; il hf6fe pas, et dit :
Adieu, père Rémy... {Remettant son chapeau, il rort, avec an r<?tc drapTotnb.) Serviteur à tout le monde !
8CEXE V1BI.
les mêmes, excepté DENIS RONCIAT.
La mère Fauveau, inquiète deFaïtilude morne et forcée de Sylvain, reste auprès de lui. Rose s'approche de Claudie. Fauveau va au père Rémy.
fauveau, à Rémy, ramenant sur le devant. Diache ! Savez-vous que c'est courageux, ce que vous faites là, votre fille et vous, d'avoir refusé un mariage qui vous rendait la bonne renommée!
RÉMY
Oui, ça nous relevait dans l'estime des hommes, mais c'est acheter ça trop cher, quand il faut mentir à Dieu, à sa propre conscience et à lavérité de son cœur. IXous sommes chrétiens avant tout, père Fauveau.
FAUVEAU
Et francs chrétiens qu'on peut dire ! Tenez, c'est une fière femme que votre Claudie, et ça la relève assez d'avoir forcé, sans dire un mot, sonenjoleuxà lui faire amende honorable. Et vous, père Rémy, vous êtes un homme tout-à-fait comme il faut. Savez-vous que j'ai eu grand tort à ce matin de vous faire de la peine? j'en suis chagriné, vrai ; et si vous me voulez croire, vous me baillerez la main... là, de bonne amitié! rémy, lui serrant la ma'ni.
C'est de tout mon cœur, père Fauveau ! de tout mon cœur, entendez-vous?
fauveau, s? apercevant que Sylvain les observe et les
écoute avec un commencement d'agitation ; la mère
Fauveau prête aussi l'oreille.
Parlons plus bas, c'est inutile de revenir là-dessus devant... ces enfans.
rémy, sans baisser la voicc.
Pourquoi donc ça? Si quelqu'un a eu une mauvais»