DENIS, CLAUDIE
[Claudie rentre par la porte de droite, va au baquet et te remet à laver quelques gobelets sans faire attention à Denis.)
DENIS, à part, ta voyant passer. Qu’estce que c’est que celle fillc-li?... une nouvelle servante?... Je vas lui parler. .. Faut toujours mettre les servantes dans ses intérêts... ( Appelant Claudie, qui est entrée d gauche.) Dites donc, la fille 1 [Elle rentre, tenant une serviette, et reconnaissant /fondât elle tressaille, laisse tomber sa serviette, et reste immobile. Denis fait une exclamation, et recule comme terrifié.) Qu’est-ce que ça veut dire?... A quelles fins êtes-vous céans, Claudie?
claudie, froidement. Qu’est-cc que ça vous fait, monsieur Ronciat?
Denis. Ça nie fait, ça ine fait., différemment ça ne me fait rien... mais je ne m’attendais point à vous voir.
olaudie, tombant assise, même jeu. Ni moi non plus.
dénis, fort troublé. Et., différemment, votre santé est bonne?... depuis le temps que... alors, pour lors que... sans doute que... (S'essuyant le front.) Ça fait rudement chaud, pas vrai?
CLAUDIE, se levant, même jeu. Si c’est là tout ce que vous avez à me dire, ne me dérangez point pour si peu. Je reprends mon ouvrage. (Elle ramasse sa serviette et essuie ses gobelets. )
DENIS. Je ne prétends point vous molester, Claudie. Et si votre ouvrage est pressante... mais quelle ouvrage donc est-ce que vous faites céans, Claudie? Si vous y êtes servante, il n’y a pas grand temps I
claudie. J’y suis venue en moisson, et je in’en vas ce soir.
DENIS. Vous êtes venue en moisson! C’est donc vous celte fille qu’on m’a parlé, qui mène si bien la faucille? Si j’avais connu que c’était roosî...
claudie. Vous ne seriez point venu ici, aujourd’hui?...
DENIS. Je ne dis pas!... différemment...
sans doute que pour travailler comme ça, il faut que vous soyez un peu dans la peine; et si vous êtes comme ça dans la peine... ça serait à moi de...
clauoie. Eh bien?
dénis. Ça serait à moi de vous assister.
claudie, laissant tomber la serviette elle goUUt, et allant à lui. — Avec fierté. Où aut ic-z-vous doue pris le droit de m’assister, Denis Ronciat?
DENTS, d part. Diable, diable I je pensais qu’elle allait me rappeler ça... et la voilà qui fait celle qui ne a’en souvient tant seulement point... Ali ! ma foi, tanspis, je vas brusquer les choses, moi. ( Haut. ) Ça donc, vous ne souhaitez rien de moi?
CLAUDIE. Rien du tout.
DENIS. Ah ! vous êtes toujours fière ! cette fierté-là ne vaut rien, Claudie, et j’ai dans mon idée que vous êtes venue ici pour tirer une vengeance de moi.
claudie. Ça serait un peu tard! après cinq ans...
dénis. Après cinq ans. .. de... comment dites-vous?
claudie. Cinq ans doubliance, dénis. D’oubliance de ma part que vous voulez dire?
claudie. Autant de ma part que de la votre I
dénis, avec joie. Vrai? oh! bien ! si c’est réciproque, nous pouvons bien nous entendre et faire la paix à cette heure. Voyons, Claudie, parlons bien ; différemment, coin^ bien veux-tu en dédommagement pour ..
claudie, le fixant. Pour?...
dénis, hésitant. Pour...
claudie, avec force et douleur. Pour qui?... puisqu’il est mort!
DENIS, se découvrant. Il est mort 7. .. ( A part, et mettant la main sur sa poitrine. ) Tout de même, ça me fait quelque chose !
ça me donne un coup dans l’estomac 1 claudie. Il est mort l’an dernier, Denis !
et vous ne l’avez seulement pas su ! Vous ne l’avez assisté ni quand il est venu au inonde, ni quand il en est sorti. Il a vécu de misère avec moi, il est mort de misère malgré moi, et c’est malgré moi aussi que je ne suis point morte avec lui! Vous ne vous en êtes jamais tourmenté ! Tous les ans, pendant trois ans qu’il a vécu, je vous ai fait écrire une lettre par le curé de notre paroise, pour vous réclamer votre promesse ; vous n’avez jamais fait réponse. Depuis une année vous n avez plus reçu de lettre ; vous auriez dû comprendre que ça signifiait : la pauvre Claudie a perdu sa consolation et son espérance, elle n’a plus besoin de rien !
dénis. Dame ! dame !. .. pauvre Claudie I ... c’est ta faute aussi, tu aurais dù écrire plus son vent, venir une trouver...
claudie. Moi?...
dénis. Ou tout an moins.. . différemment, m’envoyer ton père.
claudie, avec fierté. Mon père ! un homme comme lui? un ancien soldat? un homme de quatre-vingt-deux ans, qui est fier, qui n’a jamais tendu la main, et qui piochera la terre jusnu’à ce qu’il tombe dessus l Vous auriez souhaité le voir mendier le pain de sa fille ? à vous, Denis, à vous qui l’avez séduite à l’âge de quinze ans, et qui ne l’avez détournée de son devoir qu’en lui faisant toutes les promesses, toutes les prières, toutes les menaces d'un homme qui veut se périr par grande amour et par grande tristesse? Si j’avais voulu de vous une promesse de mariage, nome l’auriez-voas point signée ? Est-ce que vous ne mel’avez pas offert? est-ce que je ne l’ai point refusée? Ah ! je n’étais qu’une enfant, bien simple et bien sotte, et cependant j’avais déjà plus de coeur que vous n’en avez jamais eu, car j’aurais cru vous faire injure
en (foulant de Totre parole ! El mon père, qui savait tout ça aurait été vous prier de vous en souvenir! Mon, non, le pauvre vieux, s'il en avait eu la force, il n'aurait été vers vous que pour vous tuer... et sans moi, qui l'ai retenu, qui sait s'il n'aurait point fait un malheur (
df.ms. Diable! diable!... et différemment, est-co qu’il est ici, ton père T
r.i AUDtt. Oh I n'ayez crainte; le voilà trop vieux pour sc venger, mon pauvre père ! il travaille encore... {pleurant) nuisit s’cn va, et bientôt je pourrai m'eu aller aussi, car i'aurai tout perdu, et personne n'aura plus besoin de moi.
dénis. Claudio, voyons, écoute-moi. .
j’ai été oublieux, c’est vrai ; je me suis mal comporté envers toi, c’est encore vrai, et tu as le droit de vouloir me punir en faisant du tort à ma réputation ; mais il ne faut pas comme ça donner son cœur à la rancune.
Tout peut s’arranger.
ci a udi F.. Non, Denis! rien ne peut plus s’arranger, car il y a longtemps quo je ne vou* estime plus, et que, par suite, je ne vous aime point.
dénis. Voyons, Claudie, voyons! sijet’offrais... là, cent bons écus,..
a. AUDI B, U repoussant du geste. Malheureux que vous êtn!
dénis. Eh bien, quatre cents francs !.!.
cinq cents, la !
f'LAülWF. Taisez vous donc! vous m'offrit û-t lotit ce que vous avez, que je regarrais ça comme un affront que vous me faites.
' EU» passe à droite. )
omis. Ah! dame! aussi... tu eu veux trop ! tu veux que je t’épouse I cm uni a. Tant que mon pauvre enfant a vécu, j'ai dû le vouloir à cause de lui ! mais A présent, j'aimerais mieux mourir que d'éponser un homme queje méprise.
D l Nls. Ahl que vous êtes mauvaise, Clan-lie! vous voulez vous revenger, je vois ça ! on vous a dit que j’allais ine marier avec la bourgeoise de céans, mais ça n'est pas vrai, c’est des propos.
CMUDie. Je ne sais rien devons. Je ne von * savais seulement pas dans le paya d’ici.
DENIS. Parole d’honneur, Claudie, que je ne -<»nge point au mariage ! par ainsi tu n’as pas Ivesoin de me décrier, cl différemment. .. si tu y tentais, je nierais tout, d’abord ( CLAUDIE. Je m’en rapftorte à vous pour savoir mentir I (On entend la cornemuse. ) DENIS. Chut ! rhult Claudie, pa- de querelles devant le inonde! Voilà la gerbaude qui arrive! Sois bonne, ma pauvre Claudie, va, je l’en récompenserai l [Elis remonte vers le fond. Denis reste sur le devant , à droite.)