‹ Claudie drame en trois actesChapitre 13 sur 37 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

On voit paraître le comemuseur, suivi d'enfants, ensuite Us mou'Onneurs, — Sylvain et sa mûre, suivis de piles de ferme gui sortent de gauche, la Grand' Rote donnant le bras d Fauveau. Viennent parmi les travailleurs, ensuite, U père Remy aree claudie. Puis, au fond, on aperçoit une énorme charrette de blé en gerbes, surmontée d'une autre gerbe ornée de flrur* et de rubans, tenue par deux hommes. — La charrette, trainée par deux bœufs , s'arrête drrant Centrée de la ferme. — Les deux hommes qui sont sur le charroi

CLAUDIE

font glisser la gerbe qui est reçue par deux moissonneurs qui l'apportent au milieu du thedtre. — Le père Fauveau conduit la Grand’ Rote d droite prit de la gerbe, et va à gauche prêt de «m pis et de ta femme. Rémy est au fond avec Claudie. Dénié est à droite entre la Grand’ Rose et le cornemuseux. Les autres personnages, ainsi que les enfants , te placent nu fond et de ehaque côté.

FAUVEAU, SYLVAIN, LA MÈRE FAU- VE AC. CLAUDIE, LE PÈRE REMY, LA GRAND’ROSB, DENIS RO.NCIAT, le

CORNEMUSEUX , MOISSONNEURS , GLA- NLUSES, OUVRIERS, ENPAN1S ET SER- VANTES DE LA MÉTAIRIE.

rAUVRAU. Allons, Sylvain ! voilà la gerbaude!... C’est à toi dedéttchcr le bouquet pour le pi éuenter à la bourgeoise !

SYLVAIN. Non, mon père, c’est contre la coutume; il faut que ça soit le plus jeune ou le plus vieux de la bande, et je ne suis ni l'nn ni l'autre.

la MfeRK fauveau. C’est juste! ta coutume avant tont, et mêinernent dans ma jeunesse c'était toujours le plus vieux, on estimait que ça portait plus de bonheur.

RÉMY, descendant pris de la gerbe. Le plus vieux sans contredit, c'est moi, et je connais la cérémonie mieux que personne...

( Regardant la gerbe.) D'abord, est-elle faite comme il faut, la gerbe ? Il y faut autant de liens que vous avez eu de moissonneurs !...

Et puis il ne faut point épargner l'arrosage, le vin du bon Dieu... {A ce moment les piles de ferme, «tir un signe de Sylvain, rentrent à gauche et reviennent avec des brocs de t*n et des gobelets quelles déposent sur la table. — Le père Rémy continue de parler pendant ce jeu de scène.) Et puis après, vivent la joie, la santé, l'amitié, l'abondance! vivent les jeunes. .. [Regardant les enfants qui se groupent autour de fui.) Et vive au>si le petit monde... Tout ça ira, chantera, dansera... {dvec respect.) Mai* avant tout, faut consacrer la gerbe, car on ne doit point se jouer des vieux us.

rose. Faites donc tout à votre idée, vieux, et à l'ancienne mode, vous aurez la gerbe pour lécompense.

rkmy, souriant. J'aurai la gerbe? et me donnerez -vous aussi des bras pour l’emporter chez moi, à six lieues d’ici?

rose. J’entends! on y mettra le prix, mon brave bonune, et vous choisirez le blé ou ce qu'il y aura dessous. Allons, voilà mon estimation, cinq francs pour la gtrbaude! Que chacun fasse comme moi, suivant scs moyens.

Les plus pauvres mettront ce qu’il pourront.

Ca ne serait qu’un petit cadeau, un petit sou, ça porte toujours bonheur I qui le donne.

( FUc met une pièce de cinq francs au fiied de la gerbe. )

LF. Père rêmv, la saluant. Vous êtes bien honnête, la bourgeoise. {Le père Fauveau approche lentement et fouille dans sa poche peur choisir une petite pièce de monnaie.)

rf.my, gaiement. Mettez y une idée de bonne amitié et le compte y sera. ( Faureau met une petite pièce de monnaie et serre fa main à Rémy qui s'incline.)

LA MÈRE FAUVEAU s'approche aussi et retire de set poches un dè à coudre, une paire de ciseaux, un couteau, une pelote, du pi, et met le tout au pied de la geibe. — A

l Rémy, lui donnant la main. Ça sera pour la jeune fille.

RÉMY, lui montrant Claudie , qui est près de. la gerbe. Merci pour elle, mais elle n'a point besoin de ça pour vous aimer. {La mire Fauveau embrasse Claudie.)

SYLVAIN rien/ à son tour et tire sa montre qu’il veut aussi déposer.

RÉMY, Carrelant. Oh! ça! c’est trop beau pour du monde comme nous !

Sylvain. Vous n'avez peint le droit de rien refuser . . vous êtes lieutenant de gerbaude; je connais la coutume aussi, moi !

{Il met sa montre et serre la main d Rémy.

En prenant sa place, il salue Claudie qui fait u» mourrmen/ qrut n’est aperçu que de .S’y ira in. — Une toute petite pile aporie bravement «ne grosse pomme verte.)

RÉMY, prenant la pomme et embrassant r enfant. Merci, ma vieille. .. Je reçois votre bénédiction, mon pe’.it cœur. {Divers autres viennent plus rapidement apporter leurs offrandes. Rote s'approche de Denis Ronciat qui se tient d l’écart, et lui dit:)

rose. Eh bien I est-ce que vous ne voulez rien donner pour ce pauvre homme, vous qui avez le moyen T

ronciat, fouillant dans sa poche. Si fait ' si fait! (Il approche pour faire te mime jeu de scène que les autres. Rémy fait un mouvement et f arrête.)

rêmy, le pxant. Denis Ronciat I {Avec colère et mépris. ) Retire ta main et ton offrande. .. je n'en veux point. {Dans le mouvement des personnages qui occupent la scène, on ne fait pas grande attention aux pamlrt de Rémy. Rose , qui est plus prètde Ronciat, les remarque.)

ROSE, à Denis. Eh bien I qu’est-ce qu'il a donc contre vous ce vieux-là ?

dénis, d Rose. Ah ! ma fol, je ne sais point. Différemment... je ne le connais pas.

C’est si vieui, ça radote 1 fauveau, criant. Allons, la chanson, vieux, la chansoul Silence, là -bas!

It EUT, .'Auniflnr d'une voit rouit.

A. U autur do ion

Tu gagneras ton paavra sort!

arraits tu caatua.

A la soeur de (on vitaige...

Tu gagneras ton pauvre sort!

tUv.

Aprèa grand'peine et grand effort.

Après travail et long usaige ..

Après grnod' peine et grand effort,

Pauvre paysan voici la mort!

REPHISI K» «.UitClI.

Pauvre paysan, voici 1a mort!

rose, les arrêtant du geste. Oh ! pas de cette chanson-là, «die est trop triste !

rémy. Elle est bien ancienne ; je n'en sais que de celles-là.

fauveau. Mieux vaut ne point chanter ue nous dire une chanson de mort un jour e gerhaude f

rêmy. La mort vous fait peur à vous autres parce que vous êtes jeunes! SI vous aviez mon â«e, vous vous diriez que la mort et la vie, c'est quasiment une mèrne chose. Ça *e tient comme l'hiver et l’été, comme la terre et le germe, comme la racine et la branche.

* Pa y o»t la »«!» «yllab# daa« la langago raatiqu* totntn? dan. la virai fnnçaiv.

( Regardant Den is.) Un pou plus tôt, un peu plus lard, faut toujours souffrir pour vivre, et vivre pour lüutirir. Allons, puisque vous n’estimez point, iges chansons de rancîeu tempo, je vas vous faire un petit discours sur la gerbaude. Celui qui ne peut point chanter doit parler... .Mais la voit me fait défaut Donnez-moi un verre de vin blanc.

FAI VEAU. Si vous souhaitiez un doigt de brandevin, ça vous donnerait plus de force; c’est souverain, après moisson.

RfcUY, regardant Denis. Oui, c’est ça, je veux bien, j’ai quelque chose it direct je veux le dire. Donnez-moi du rude.

CLAUDIE, voulant l'empécher de boire l'eaa-d'-ric que lui présente la mire Faut eau. Mon père, ne buvez point ça ; à votre Age, c'est trop fortî Rappelez-vous que l’an passé ça a uian iué vous tuer î

RfeUY. flah! bah! laisse-moi donc? je me sons faible, ça me remettra.

DENIS, à demi-voix vers Itose et le cnrnemureux Allons! allons! la musette; c’est assez écouter ce vieux qui ne sait ce qu’il dit.

LA MÈRE FAUVEAU, qui est prit de lai, versant d boire aux moissonneurs. Excusez, monsieur Donnât ; quand un homme d'âge veut parler on doit l’entendre; et quand il parle sur la gerbaude, ça porterait malheur de l'interrompre.

îiêmy, élevant son verre. Criez avec moi, mes amis: à la gerbe I h la gerbande !

TOUS, criant. A la gerbaude l (Les personnages reprennent leurs mimes places comme à l’entrée de la gerbaude.)

ki mv, se découvrant. Tous font de même.

Un grand silence règne autour de Rémy.

« Salut à la gerbe 1 et merci à Dieu pour

• ses grandes bontés! De tous tes présents,

• mon hou Dieu, v oi à le plus riche ! Le beau » froment, la joie de nos guércts, l'orne- » nient de la terre I la récompense du lahou- » rcur! Voilà l’or du pavsan, voilà le pain » du riche et du pauvre 1 Merci a Dieu pour ,

• la gerbaude! » (4«z auulaiib. ) Failen connue moi, mes enfants, buvez, et arrosez a gerbaude. [ Tous boivent, la mire Fauveau et (es autres femmes ayant fait le tour pour remplir tes ver res . )

TOUS, avec rtspect. Merci à Dieu pour la gerbaude ! {/!< viennent faire du fond de leurs verre» des libations sur la gerbe.)

fauveau, reprenant ta place, Ça va bien!

vous avez bien parlé, père Réiuyl (.lux autres.) Le vieux-là n’esL poiut sol !

ufcM Y, à la gerbe. « Que le bon Dieu bér> nis.se la moisson de cette année dans la » grange comme il l’a bénie sur terre ! Le » blé a foisonné, il ne sera poiut cher. Tant » mieux |K>ur ceux qui n’en recueillent qu’au » profil des autres 1 Le pauvre inonde peine d beaucoup; le bon Dictr lui envoie des anj* nées qui le soulagent. Le riche travaille » pour ses enfants, les pa irres sont les en-

• fants de Dieu, et il fait travailler son soleil » pour tout le monde. Merci à Dieu pour le

• pain à b»n marché et pour la gerbaude ! »

tous, répétant les libations. Merci à Dieu

pour k gerbaude !

CLAUDIE, prenant le gobelet que Rémy porte à ses lèvres . Ne buvez plus, mon père, , vous êtes pâle I

RfeMY. Est-ce que j’ai mal parlé, cette fois? (d Rose. Ai-je offensé la bourgeoise?

Rose. Non, mon vieux ! Je tic mi ht point

CLAUDIE

portée contre le pauvre monde. Parlez, parlez !

RêMY, lui présentant le bouquet qui domine la gerbe. « Que Dieu récompense les » bons riches !... (Il l’ embrasse.) Qu’il les » conserve tant qu’il y aura des pauvres!

» (Regardant Ronciat. Des gens heureux » qui lèvent la tête cl qui font le mal... Il y » y en a, le ciel les voit ! Des gens bien à o a plaindre... il y en a aussi: la terre les » connaît ! (Se replaçant prés de la gerbe.) » Gerbe ! gerbe de blé, si tu pouvais parler 1 » si tu pouvais dire combien il t’a fallu de » gouttes de notre sueur pour t’arroser!

» pour te lier l'an passé, pour séparer ton » grain de ta paille avec le fléau, pour te » préserver tout l'biver, pour te remettre » en terre au printemps, pour te faire un » lit au tranchant de I arreau, pour te re- * couvrir, te fumer, te herser, t’héserber, » et colin pour te moissonner et te lier en- » core, et pour te rapporter ici, où de nou - » v elles peines vont recommencer pour ceux » qui travaillent... (En s’exaltant.) Gerbe » de blél tu fais blanchir et tomber les clie- » veux, tu courbes les reins, tu uses lesge- » noux. Le pauvre monde travaille quatre- » v ingts ans pour obtenir à titre de récotn- » pense une gerbe qui lui servira peut-être » d'oreiller pour mourir et rendre à Dieu sa » pauvre âme fatiguée. . (A Ronciat avec » colère.) L'est qu’il y a des mauvais cœurs, » Denis Honriat, il y a de mauvais cœur ! Je » ne dis que ça ! »

DENIS, au cornemtitfux. Vingt sous, si tu fais brailler ta musette !

LE CORNEMJSBWL Nenui, monsieur...

Louper la parole à un vieux.. . ça ferait crever mon instrument!

RÉMY. balbutiant et repoussant machina louent sa fille qui veut l emmener. Laissez moi... laissez-moi dire... Il y a des gens qui prennent à leur prochain plus que U vie...

Ils lui prenneut l'honneur. Oui, oui, laissemoi, tua fille.. . tu nu* fais perdre mes idées ! . ..

CLAUDIE. Mon père est malade, voyez ses yeux ! Ce qu’il dit lui fait du mal. Aidez-moi à l’ùter de là.

RÉMY, soutenu par Sylvain et Claudie. Le groupe est resserré autour de lui. Oui, je me sens malade... je ne vois plus I Est-ce que vous n’étes plus là, vous aulret ? Je vous ai attristés... je vas chanter encore. (Atteignant ta gerbe qu’il fait tomber.) Pauvre paysan, voici la inortl (// s'affaisse sur ta gerbe.)

CLAUDIE, avec détresse, bonnes gens, mon père se meurt !

ROSE, à un f/ioûtftmnrur. Vile le médecin, le curé !

Sylvain. Courez vite, c’est un coup de Ming!

RÉMY, la iite sur la gerbe. C’est trop tard î Dieu me fera grâce. J'ai tant souffert dans ce pauvre monde!... ma fille!.. . uia fille!...

c'est une bonne (U!c, entendez -vous? (.Verront convulsivement la main de Sylvain.) N’impuric qui vous êtes, ayez soin de ma fille! I

CLAUDIE, se jetant sur lui. Mon père, mon , pauvre père ! ic veux mourir avec loi !

nf.MY, touchant la gerbe et se soûleront un peu. Ali! la gerbaude I la gerbe! l'oreiller du pauvre ! (Il tombe sur la berge.)

ROSE. Ayons soin de celte pauvre fille !

i la U Lu K FAUVEAU- Ça fend le cœur !

FAUYEAU, arec doultur. Vui|à une triste I gerbaude!

DEMS, bas, se penchant irert Claudie .

Lijudie, Liaudîe, je ne l'abandonnerai point, vrai !

SYLYAIN, de l’aune côté. Claudie, votre père vous a confiée à moi, c'est sacié !

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