‹ Claudie drame en trois actesChapitre 28 sur 37 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

FAUVEaU, LA MÈRE FAUVEAU. (Fnuccau est assis à la table où son soupnr est' servi; il n'y fait pas attention. Il fait face au public. )

LA MfeBE FAUVEAU, a«i#f près de lui à gauche. Eh bien, mon mari, mangez donc votre souper.

FAUVEAU, fuir contrarié. Merci, femme, je n'ai pas faim.

la mère fauveau. Avalez une verrée de vin blanc. Ça vous remettra en appétit.

fauveau. Non, femme, je n’ai pas soif.

la mère fauveau. C’est donc que vous «Mes malade ?

CLAUDIE

FAUVEAU. Eli I non, femme, je me porte bien.

LA MfcnE fauveau. Tenez, mon homme, vous avez du souci.

fauveau. Ma foi, non» je suis plutôt content.

la mère fauveau. Ah ! vous êtes content, vous? Il u’y a pas de nuoi.

fauveau, avec colère. Voyons, qu’est-ce qu’il y a? Tredienne, depuis tantôt deux heures vous me boudez, vous ne me parlez point, et à cette heure, voilà que vous me regardez avec des yeux tout moites, qui ne valent rien.

la mère fauveau, tristement. Mon pauvre cher homme, les yeux de votre femme sont le miroir de votre conscience, et vous n'étes point content de mes yeux, quand vous n'étes point content de vous-méme.

fauveau. Tu veux que notre garçon ait raison d’aimer cette Claudio. ? Eh bien, tu es folle! j’aimerais mieux me couper les deux bras que de donner la main à un mariage comme ça.

la mère fauveau. Vous aimeriez mieux perdre votre fils?

fauveau. Femme, femme, je ne sais pas si c’est pour m'endormir; mais vous me dites là des paroles I. ..

la MfeBE fauveau. Mil que les hommes sont aveugles I

fauveau, avec colère. Aveugle, inoi ?

LA mère fauveau. Vous n’avez donc point vu ce que Sylvain a tenté quand b charrette qui emmenait Cbndie et son père est sortie do la cour?

fauveau. Tenté? non t j'ai bien vu qu’il blêmissait et qu’il tombait comme en faiblesse ; mais ça s'est passé tout de suite.

LA mère fauveau. Vous avez cru qu’il tombait en faiblesse, là, tout justement sous la roue de b voiture à bœufs ?

fauveau. Ma fine, quand on est pris de pâmoison, on ne sait point où l’on tombe.

la Mère fauveau. Pas moins, une minute de plus, cl la roue lui passait sur la tôle.

Sans le bouvier, 1e bon Thomas, que Dieu bénisse ! qui s’est trouvé là tout à point pour arrêter ses bêtes, il était mort 1

fauveau. Tu veux donc absolument croire qu’il l'a fait exprès ?

LA MÈRE fauveau, $c levant et se rapprochant de son mari. Je ne le crois pas, Fauveau, j’en suis sûre! Sylvain n’était point en faiblesse. Il ôtait blanc comme an linge, mais il avait toute sa force, tout son vouloir ; mémement il a pris son temps, il a regardé si on ne l’observait point, et quand il a cru «pie je ne le voyais plus, quand il a eu appelé nnc dernière fois Claudie, qui n'a pas seulement voulu tourner b tête de son côté, il a dit :

C’est bien I Et il s'est jeté sous la voiture pour se faire écraser. Deraandcz-le à Thomas, qui lui a dit en le relevant malgré lui ; « Qu'estce que vous faites là, mon maître? vous voulez donc mécontenter le bon Dieu ? » — Demandez-le à madame Rose, qui lui a dit :

« Qu’est-ce que vous faites là, Sylvain? vous \oulez donc faire mourir votre mère?» — J’ai accouru, j’ai questionné, personne n’a voulu me répondre . Vous ave* crié à Thomas : Marche, marche ! Sylvain a dit que le pied lui avait coulé en se retournant. Il a fait comme s'il voulait me sourire. Ah 1 quel sourire, mon homme! si vous l’aviez vu comme

je l'ai vu, vous uc dormiriez pas cette nuit. (Elle sanglote.)

fauveau, tout démoralisé. Si tu crois ça, il faudrait... il faudrait. . .

la mère fauveau, $c levant. Qu'est-ce u'il faudrait? Jamais ces gens-là ne vouroot revenir céans Ion les a trop molestés, en leur reprochant leur mauvais sort !

fauveau. Je sais que j'ai été trop loin, ça c’est vrai, dt j’en ai été repentant tout de suite ; mais j'ai fait tout mou |vosuible pour les raccoiser. ils n’ont voulu entendre à rien. Ils sont trop orgueilleux, aussi ! Laissons-les aller. Ou se raccommodera plus tard... à l'occasion... (Se levant.) Tiens! on leur enverra cinq boisseaux de blé pour leur hiver ! mais faut d'abord tâcher de reconsoler Sylvain. Où est-il à celte heure ?

LA MÈRE FAUVEAU, sans tourner la télé.

Il est dans la grange, étendu sur un tas de paille, 1a tête tout enterrée en avant, comme quelqu'un qui ne Teut plus rien dire, rien voir et rien entendre.

rAUVEAU, après un temps (4 faisant tourner sa femme devant lui. Peut-être qu’il dort?

LA MÈRE FAUYfiAU, le fixant. Obi uou , qu'il ne dort pas ! 11 étouffe l’envie qu’il a de gémir et de crier. Il s'est jeté b comme un homme qui a plus de peine qu’il n'ca peut porter. Quand je m’approche de lui, il fait comme s’il dormait; mais votre neveu Jean, qui est là caché derrière b crèche, et qui m’a juré de ne pas le perdre de vue, m'assure qu’il pleure en dedans et qu’on entend son pauvre cœur qui saute et gronde comme une rivière trop pleine.

fauveau, prenant un air sombre. 11 finira par entendre raison, bissoos-le pleurer son saoul.

la mère fauveau, comme avec reproche.

Qui! oui! trouvez-lui des larmes! comme si c’était bien aisé à un homme qui a de la force de se fondre comme une neige au soleil! Je vous dis qu’il ne pleurera point et qu’il en mourra, soit d’un coup de colère et de folie, soit d’une languition d'ignorance et de dégoût.

rAUVEAU, s'éloignant d'elle, et répondant à son reprocAe. Femme ! vous me menez trop durement ! À vous entendre, je suis un mauvais père et j’ai tué mon fils!

LA Mère fauveau, allant d fut avec douceur. Non, mon homme ! mais vous avez voulu suivre vos idées d’ambition, vous avez humilié des malheureux, et voilà que Dieu vous en punit. Votre fils veut mourir, et notre maîtresse vous blâme et nous quitte.

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