SCÈNE XU
SYLVAIN, ROSE, CLAUDIE. conduisant son père gui te traîne lentement, mais (fut montre «ne certaine inquiétude qu’il nav ait pas au commencement de l'acte ; LE PERE ET LA MERE FAUVEAU entrent en même temps. Fauvtau te lient à l'écart; sa femme s'occupe de Rémy et de Claudie avec bonté.
LA MÈRE FAUVEAU, au fond du théâtre.
Mais non, mais non, père Rémy, on ue vous renvoie point d’ici. On vous quitte de bonne amitié, et vous allez boire un coup devant que de partir.
SYLVAIN, à Rose, haut. Tenez, les voilà qui partent I II ne faudrait pourtant pas avoir l’air de renvoyer comme ça des gens qui ont eu un bon comportement chez nous et qui voulaient deux -mêmes s’en aller Encore tantôt ma mère les avait priés de rester.
Madame Rose, ça nous fait passer pour de ■ gens rudes et sans paroles, ces maniérés- là ! Et vous qui d'accoutumance êtes très-bonne, vous devriez leur dire au moius une douce parole pour les consoler.
rose. Vous êtes les maîtres cbez vous.
Gardez-les si ça vous convient.
FAUVEAU , «ww humeur, descendant >i droite, près de Rote. Minute I Après vous, madame R< se, c'est moi qui suis le maître céans. I.a femme et le garçon n'ont rien à dire quand j'ai parlé, et je parle. Je ne me plains pas de ces gens-là. Je leur ai fait du bien, je ue le regrette point; nuis je dis qu’ils peuvent et qu'ils doivent s'en aller tout de suite, c'est ma volonté.
nÈOT, faisant un effort pour parler. Us i doivent s’en aller ?
Sylvain, a gauche, prés desamere. Mon père, vous êtes le main e ici, personne n’ira jainm à l’enconire. Mais vous êtes un hoimuc juste, et vous ne devez rien croire à la légère. Si ou vons avait menti, vous regretteriez, le restant de vos jours, d’avoir été dur au pauvre moude ?
| RDSE, acre dépit. Allons, Fauveau ! dis < leur donc de rester ! Qu'est-ce que ça me
fait à moi ? Tu vois bien que ton fils en tient pour celte fille et qu'il te faudra les marier un jour ou l’autre. Quant à moi, j’y donne les mains, c’est le moyen de faire prendre fin à toutes les sottises qu'on s’est mises dans la tête à mon sojet. Sy lvain est peut-être assez simple pour croire que j’ai souhaité d’être recherchée par lui, taudis que. ..
Sylvain. Eh non. notre maîtresse! je n’ai jamais cru ça, et je ne sais pas pourquoi vous venez dire toutes ces choses-là 1
FAUVEAU. Je ne saispas non plus, madame Rose, pourquoi vous dites devant celle fille que mou garçon a idée de l'épouser, quand il m'a dit lui même ce qu’il pensait d’elle, il n'y a pas un quart d’heure.
RtMY, même jeu. Cette filfe! qui donc cette fille?
Sylvain. Pour cette chose-là, czcnsezmoi, mon père. Je ne vous ai rien dit du tout ni en bien ni en mal. et ce que je pen e d'cUc pour le moment, le bon Dieu toui seul en a connaissance.
fauveau. C’est bien parlé, mon fils ; on ne doit faire rougir personne ; mais je peux dire à madame Rose que vous avez connaissance de la vérité.
Sylvain. Mon père , vous vous avancez trop. Je ne sais rien de mauvais sur le compte de Claudie, partant je ne dois croire à rien.
fauveau. J’ai cru que Denis Roncial t'avait dit ce qu'il vient de me dire ?
RÉMY. Denis lloneiatl Sylvain. Denis Roncial ne fait pas autorité pour moi.
FAUVEAU. Ma» les registres de l’état civil font autorité, et si l'on veut consulter ceux de son endroit ( montrant Claudie), h l'article des naissances, on y verra le nom d'on enfant dont Cette fille-là est la mère et dont j le père est inconnu.
Sylvain. Mon père, mon j>ère ! vous êtes sûr de ce que vous dites là ?
fauveau. Deniande-iui à elle-même, cl si elle le nie... ( Claudie s a PP proche pour répondre; le père Rémy, qui pendant toute cette scène s est agité de plu* en plus, retrouve enfin ses faculté* et arrête Claudie. )
ut ii y. Tais- loi, tna fille; ne dis rien ! c'est à ton père de répondre !
la mEre fauveau. La! vous avez cru que ce pauvre vieux ne faisait plus cas de rien, et voilà que vous lui faites boire son calice!
rèmy, d une voix qui s’éclaircit et e' élève pets d j>eu. Hélas I c’est bieu dit : mon calice ? je me croyais mort, et je me tenais en re f os, sans vouloir comprendre où j'étais et ce que je faisais encore en ce monde. Mais vous m'avez réveillé, et je veux vivre ! vivre quand ça i e serait qu'un moment, pour vous dire que vous êies des malheureux, plus malheureux que moi ! Vous accusez ma fille I ma fille qui vaut mieux que vous tous, qui ne vous demande rien pas plus que moi, qui travaille comme un galérien pour me Caire vivre, qui a été bonne mère autant qu elle est bonne fille I Ma Claudie, ma pauvre Claudie! { Claudie se cache en sanglotant dans le sein de son père. ) Eh bien, oui, c'est vrai, qu’elle a été trompée, c’est vrai qu'à l'Age de quinze ans elle a écouté un garçon saus coeur et sans religion. E le l'a aimé, elle | l’a cru honnête; il n’y a que celles qui u 'aiment point qui »e méfient 1 Oui, c'est vrai
qu’un enfant méconnu et abandonné de son père a été élevé dans notre pauvre logis !
(5y/cain tombe assis à gauche près de ta mère, te cache ta figure dans scs maint , et reste dans cette position le restant de l'acte. Jlèmy continuant, aux autres personnages .) Le pauvre enfant I si beau, si doux, si caressant, si malheureux 1 un ange du bon Dieu qui nous consolait de tout, et qui ne nous faisait pas bonté, nous l’aimions trop pour ça!... Et, dans notre endroit, chacun l'aimait et le plaignait d’être si ebélif qu’il ne pouvait pas vivre I Pautrc petit ! il avait été nourri de larmes I El vous nous reprochez, ça ! Vous chassez ina fille comme un vagabonde, et vous ne chassez point à coups de fourche et de fourchât un infâme qui. après lui avoir juré le mariage, l’a délaissée, oubliée dans sa misère, et qui ose encore venir aupiès de vous l’accuser du tort qu’il lui a fait? Vous avez pourtant tu comme celle fille souffre et travaille! vous ne lui avez jamais entendu faire une plainte ni un reproche, ni une bassesse, ni une avance ! et vous osez dire qu’elle veut se faire épooser par votre garçon l ( Montrant Sylvain. ) Est-ce qu’il est digne d’elle, votre garçon?
Qu’il soit honuéle homme et bon ouvrier tant qu'il voudra, est-ce qu’il a montré sa vertu par des épreuves comme les nôtres?
est-cc qu’il a été foulé de misère et de chagjin comme nous? est-ce qu’il connaît comme nous la patience et b soumission aux volontés du bon Dieu?... Non, non F ne soyez pas si fiers! Vous êtes plus aisés que, nous, et voilà tout ce que vous avez de plus ! que nous dans ce monde ; mais nous verrons là-haut, nous autres, qui sera le plus près du Dieu juste 1... (Entraînant C taudis dans le fond. ) Viens, ma Claudîe ; allonsnous-en ! il me reste encore assez de force pour gagner ma pauvre cabane, où je veux mourir en paix !
la mère fauveau et ROSE, éperdues. Non, vous ne partirez pas comme ça... père Rémy !
père Rémy!...
r.ÊMY, s'exaltant toujours. Retirez-vous !
nous ne voulons plus rien de vous autres. ..
Ah I vous croyez que je n'aurais plus la force défendre ma fille : essayez-y un peu ! ( // sort avec Claudîe en menaçant avec égarement les personnages qui feulent s'opposera son départ.)