‹ Claudie drame en trois actesChapitre 34 sur 37 · FA U VEAU · texte numérisé non relu

FA U VEAU

BOSF, entrant la première. Eh bien I si vous vo.nîez vons expliquer, ça se passera devant m«i a devant imite la famille.

DENIS, la suivant. Ça ne me fait rien, je n’ai j**ur de personne.

fAlivtAL, mirant avec Rémy. Père Rémy,

CLAÜD1E.

soyez calme! Pas de bruit chez nous, hein?

Il va à gauche et s’assied sur le coin de la table ; la mire Fauveau le suit cl s'approche de Sylvain arec inquiétude, lient y te plate derrière, la chaise desa fille et la rega » de sans rien dire.)

dénis, au milieu du théâtre. Par ainsi, différemment, vous êtes étonné- de me voir.

ROSE. Oui, car je vous avais prié de ne plus revenir. Vous avez encore l'intention de faire du mal, mais vous ne le ferez plus en cachette, et les gens que vous accusez seront là pour se défendre.

HOXCIAT. Si je reviens, malgré que vous m'avez chassé, comme je ne reviens pour vour, la belle Rose, vous pouvez bien me soulTrir parler à ce vieux dans la demeurait re à vos métayers... Pour lors je me présente dans de* intentions... simplement pour causer, à seules fins de s’entendre. Vous voulez appeler tout votre monde en témoignage de ce que je vas dire, eh bien ! j’v donne mon consentement. La ! y sommes-nous ?

fauveau. de sa place. Nous y sommes, sous la condition qu'on ne disputera point. Il y eu eu assez comme ça, aujourd’hui, des paroles I

rémy, irés-calme. Soyez donc tranquille, père Fauveau, c’est moi qui vous répond* de monsieur Denis RonciaL

ROI* CI AT, s’enhardissant. Pour ça, vous avez raison, père Rémy !... Et tiens, mon vieux, d'après ce que j’ai & te dire, nous a lion s nous entendre vilement, jo l'espère. (// lui frappe sur l’épaule. )

ut vi y, raillant. Ah ! vous me donnez du tu, monsieur Roncial ! Vous tue touchez sur l’épaule 1 C’est bien de l'honneur que vous me faite» !

ronciat, inferdt/. Vous êtes gai, à ce soir, p^e Rémy l ça va donc mieux ! j’en suis content !

RÉMY. Ça va très-bien- Vous ôtes bien honnête.

FAUVEAU, à part. Ça va se gâter! {Dr. sa place, au père Rémy.) Dites donc, père Rémy... ne...

rémy, aux autres. Souffrez-moi d'entendre ce que M. Ronciat lue veut dire : j’attends, y sommes-noos?

ronciat. M’y voilà! écoulez bien. Différemment... je vous ail lait du tort, vous m'en avez fait aussi. Vous voulez me faire passer pour un sans-cœur. Vous faite* bruit de vou e histoire, ça sc répand vite ! Vous voulez ameuter U population contre ma personne : car en revenant ici, j’ai trouvé toute la paroisse eu émoi, u Ah ! coquin I tu as fait » chasser le père Rémy ; mais voilà la Grand’ n R ose qui le ramène eu triomphe ! •• Et le» femmes me montraient le poing, et les enfants voulaient me jeter d«a* pierres 1. .. Tout ça, ça me donne du ridicule! Vous m’avez fait congédier par 1a bourgeoise de céans qui ne me voyait point d’uo mauvais œil.

rose, insolent! vous vous trompez bien.

RONCIAT. Oh ! ne nous fichons mie ! Vous me voulez parler en public, je parie en public! Différemment, je ne peux pas rester comme ca. père Rémy ! il faut en finir. Faut vous prononcer. <)u’est-ce que vous exigez de moi en réparation dn chagrin dont je vous ai mortifié dans les temps? Si la somme n'est point trop forte... on peut s’accorder.

rémy, toujours calme. La somme? Ah!

vous m'offrez de l’argent, monsieur Roncial ? Et... à cause, sans être trop curieux ?

RONCIAT. Voyons! est-ce que vous m’entendez point?

RÉMY'. Non I excusez-inoi, je suis trèsvieux ; je sors ri'tiue grosse maladie ; j’ai quasiment perdu la souvenance.

ronciat. Est-ce un jeu, père llémy ? Vous lie vous souvenez plu» de. .

rêmv. Je ne me sobvieus plus de rien, et ne peux poiut accepter votre argent sans savoir comment je l’ai g igné.

RONCIAT, troublé. Gagné, gagné! Je ne dis point ça Ne sais bien que vou- it'avez jamais été' consentant de ma sottise. Vous •‘tes un honnête liomme, je nevas pas contre. Vous avez cru que je recherchais votre fille pour le mariage.. .

rémy. Voua me l’avez donc demandé en mariage? La, sérieusement? en famille? avr-a parole d'honneur? Attendez donc que je me souvienne !

RONCIAT. Allons, allons! vous vous ««niveliez de tout et je ne prétends pas nier. Oui, je vous ai donné parole de mi pari et celle de mes parents... Mais je ne croyais pas vous tromper ! Vrai ! je ne le croyais point ! J’étais tout jeune, tout franc, tout bête l J'étais amoureux et je ue me méfiais [vomt de moi.

Votre fille était une enfant, elle nu connais-, sait poiut le danger. On allait ensemble, comme deux accordé." 1 , sans songer à mal.

Et pois voilà qu’on succombe sans savoir comment, on se marie, le bon Dieu pardonne tout, et le mal o’est pas bien grand.

rémy, avec reproche. Le mal est grand quand le garçon n’épouse point. Ça prouve qu’il a de bonnes raisons pour se dédire ; ei sans doute que vous, honnête humilie, vous avez connu que ma fille ne serait point une honnête femme ? EHe était coquette, dite ?

Elle vous donuaii de la jalousie? Elle écoutait d’autres galants? ( Ici Claudiem 1ère et pnnd le main de son pire gui semble la protéger et la fait asseoir tout en regardant Denis.)

ronciat. Non ! je n’irai point contre la vérité, malgré que je vois bien que vous forcez ma confession. Le tort est de mou côté. Claudie... je le dis devant elle, Claudio était sage, elle n 'écoutait que moi et j’étais aussi sûr d’dle...

Kf.iiY. Comment! vous l’avez quittée sans sujet !

ronciat. Sans autre sujet que la crainte de devenir gueux en épousant une fille qui n'avait rien.

rémy. Ab I c’est vrai! die n’avait plus rien. Cette tante riche dont elle devait hériter, a pris fantaisie de se marier sur ses vieux jours... au moment où vous a llez é(iou»er Claudio. . et alors vous avez tout d’un coup changé d'idée. Je ne pouvais pas croire que ce fût la toute votre excuse ; mais puisque vous le dites...

ronciat. Sacrislil c’est vous qui me le faites dire !

rose. Et vous ne pouvez pas le nier.

ronciat. Eh bien, mardi ! bien d'autres auraient fait comme moi. Mes parents avaient de la fortune, mais ils travaillaient Moi, on ne m'avait pas élevé à travailler. Amuse-toi, qu'on me disait, t’es riche, épouse qui tu voudras ; t’es fils unique. Tu seras bourgeois. — Eh bien, j’ai eu l'ambition de vivre comme ça,., je me suis dit eu vous voyant ruinés

qu'il inc faillit, ou reprendre la pirche que mes parents n’avaient jamais pu lâcher, ou mettre la main sur une grosse dot pour me soutenir dans la fainéantise. Voila mon tort, je le confesse , mais c’est comme ça. J'ai trahi l'amour pour la fortune, j’ai fait comme tant d'autres! Je me suis peut-être trompé, ma faute m'a porté nuisance et j'ai manqué plus d’un mariage. Voilà pourquoi j’ai quitté notre endroit et suis venu chercher femme par ici, avec l'intention de vous faire un sort aussitôt que j'aurais payé mes dettes. Mais au lieu de m'y aider, vous m'avez traversé encore une fois. Finissons-en donc, detnandoz-moi ce que vous voudrez, et quaud on saura que j'ai réparé mon tort, on ne me rebutera plus par a 'Heurs.

Ht mv. Vous êtes bien généreux, monsieur Rom i.it, de vouloir contenter un homme capable de demander de l’argent en échange de «on honneur, ou il faut que je sois bien avili pour que vous osiez m'en faire l'oiïre! (F autant un pas en muni et s'adressant atuc au/res.) Braves gens, qui m'avez recueilli et assisté depuis la moisson dernière, dites-ilioi donc si, pendant que j 'étais malade et peutêtre hors de sens, je n'ai point fait quelque bassesse qui ait pu autoriser monsieur Roociat à venir tue faire un pareil affront devant vous!

fauveau. Oh ! par exemple, non! vous êtes un homme bien respcc table, j’enlève la main t

la mère fauveau. Kl moi pareillement !

Et votre fille est digne de vous.

kusk. Et il n'y a qu’un lâche qui puisse vous offrir de l'argent.

la mère paI veau. Ne les excitez point, dan*o Rose! le père Rémy couve uue grosse colère. Sylvain se relève brusquement, semble sortir de sa rêverie, et reste les yeux fixés sur ( laudie . j

RÉMY. N'ayez crainte, mère Fauveau. Je suis ainsi tranquille à cette heure que je le lierai au jour Je ma mort Ça VOUS étonne. ’ Ça t’étonne aussi, maître Ronciat ! Tu t’es |M*nt-être souvent demandé pourquoi j'ai patienté cinq ans avec toi. Pourquoi moi, un ancien soldat, un vieux paysan encore rade du poignet, et plus fort que toi qui n'as jamais travaillé, je ne l’ai pas mis sous mon genou pour te casser h tête contre une pierre. Je veux bien te le dire, et me confesser 5 mon tour. C’est que j’étais aveugle, j'étais injuste envers ma fille. Oui, je lui faisais cette injure de croire qu'elle avait un restant d’amitié pour toi. Je lui en demande pardon aujotird’hui. (Il embrasse ( lundie, A Déni*.) Mais j'avoue que plusellele niait, plusjc m'imaginais que ses larmes versées en secret et son éloignement pour l'idée du mariage provenaient d'une souvenance et d’un regret.

Cent fois j'ai pris ma cognée pour aller t’attendre au quart d'un bois- tient fois j'ai jeté' ma cognée derrière ma porte, en regardant !

ma fille qui disait sa prière, et qui, dans mot) idée, la disait peut-être pour loi. Je n’ai pas voulu venger ma fille, dans la crainte d éli todieux à ma fille, voilà tout.

dénis, ému. Dame ! écoutez donc, père Rémy, si j’avais pensé que Claudie eût encore des sentiment* pour moi... mais die m'a dit elle-même ici, quaud je l’ai revue à la gc-rbaude, qu’elle ne m'aimait plus... et différemment.. . je ne pouvais plus rien lui offrir.

RÉMY. Elle disait la vérité et je le sais, moi. Je le sais d’aujourd'hui seulement.

CLAUDIE

Voilà pourquoi tu nie vois traiiqui’le, parce que je me sens enfin libre de le punir.

le père fauveau. Père Rémy , père Rémy! appaisez-vous!

DENIS, remontant un peu. Eh I laissez-lc faire. Je ne me défendrai pas contre un homme de cet âge-là. Je m’en irai plutôt !

Rémy. N’aie donc pas peur, Denis Ronciat. Je t’ai cru méchant, et je vois que tu n'esque lâche. La seule punition que je l’io- I flige, c’est celle de ma pitié. Va-t'en là-dessus, malheureux, je te fais grâce. Va-t’en avec ton ambition et ta paresse, avec ton ar- | gent et la honte de me l’avoir offert.

| fauveau. Ça c'est bien! v rai ! ça failhon- | ncur à un pauvre homme de pouvoir parler comme ça.

la MERE fauveau. Oui, c’est bien, pire Rémy, c’est bien.

rose. Cett bien parler et bien agir.

RONCIAT, écrasé par tous les regards et se débattant contre la tumte. C’est donc comme ça? Voilà le piège que vous m'avez tendu) pour mettre tout le monde contre moi? Oh] da I il faudra bien que je trouve un moyen de j vous fermer la bouche !. .. je ne sais pas en- ! core ce que je ferai pour ça. mais j’y réflé- 1 durai et je trouverai quelque chose... à quoi vous ne vous attendez point... ni moi non plus ! (Il se retourne pour sortir.}

ROSE. Eli attendant, vous allez trouver la porte pour sortir d'ici, pas vrai ?

ronciat, revenant. Vous pensez me renvoyer comme ça, toutqveuaud, tüut écrasé, tout mortifié? Eh bien! c'est ce qui vous trompe, et je vas vous montrer que je vaux mieux nue vous ne voulez le croire... Père Rémy, faites attention, Claudie, veux-tu mu dire que tu m’aimes toujours, que c’est pour uioi que tu as refusé d'en écouter d’autres.. . mouvement de Sylvain) et le diable me soulève si je ne me marie pas avec toi... (Un silence.) Eh bien ! Claudie vous ne m’écoulez point ? Je suis Denis Ronciat, et je vous offre ma main, foi d’homme! Ah çà, dépêchons nous pour que le diable ne m’en fasse pas dédire l Rémy, d Claudie qui est restée comme pétrifiée durant toute celte scène. Ma fille ! entends-tu ? c’est à loi de répondre.

claudie, avec fermeté, se levant. Mon père, pour épouser un homme, il faut jurer à Dieu de l’aimer, de l'estimer et de le respecter toute sa vie. Et quand on sent qu'on ne peut que le mépriser, c'est menlirà Dieu, c'est faire un sacrilégo. Je refuse.

ronciat. La, sérieusement?

claudie. Je refuse.

rose. Et j'en ferais autant à sa place.

h£uy, à llonciat. Tu asofftrt uue réparation, on l'a refusée; maintenant j’ai le droit d’exiger celle qui me convient.

RONCIAT, remettant son cha/vau . Ah !

nom d'une bouteille I je ne vois pas ce que vous pouvez exiger de plus.

RÉMY. J’exige que tu quittes le pays.

ronciat. Par ma foi! avec plaisir. Il y a longtempsquej'en ai l'idée. Différemment, je n’ai poiut envie d'être montré au doigt. Bonsoir la compagnie! je m'eu vas chez mon oncle Raton, à plus de trente lieues d’ici, et j’y ferai tout de même une bonne fin et un bon mariage. ( A Rémy.) Pourvu que vous ne veniez pas eu moissou de ce côté-là. Promctliz- < vous de me laisser tranquille?

I RÉMY, le prenant au collet et le secouant | un peu. Je n'ai pas de condition à recevoir de

toi... Je te défends de jamais remettre le pied dans la paroivse, nulle part enfin où ma ft le pourrait le rencontrer. Jure -le!

ronciat. J'en jure (regardant Rose) et sans regrets l

RÉMY, l’éloignant du geste , Que le hou Dieu te pardonne comme nous te pardonnons! Puisses-tu t’ainender et réparer ta mauvaise conduite par une bonne. Maintenant, tu peux t'en aller... Adieu I

RONCIAT, hésitant pour saluer Claudie qui ne le regarde pas ; il n'ose pas, et dit : Adieu, père Rémy... ( Remettant son chapeau, il sort, avec un reste d’aplomb ) Serviteur à tout le monde!

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