‹ Claudie drame en trois actesChapitre 35 sur 37 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, excepté DENIS RONCIAT.

(La mire Faneeau, inquiète de l'altitude morne et forcée de Sylvain, reste auptès de lui. Rose s’approche de Claudie. Fauveau ira au père Rémy. )

FAUVEAU, à Rémy, l’amenant sur te devant. Diache I savez- vous que c'est courageux, ce que vous faites là, votre fille et vous, d'avoir refusé un mariage qui vous rendait la lionne renommée?

REMY. Oui, ça nous relevait ds ns l'estime des hommes, mais c’est acheter ça trop cher, quand il faut mentir à Dieu, à sa propre conscience cl à la vérité de son coeur. Nous sommes chrétiens avant tout, père Fauveau.

FAUVEAU. Et francs chrétiens qu’on peut dire! Tenez, c’est une fière femme que votre Claudie, et ça la relève assez d’avoir forcé, sans dire un inut, son cnjoleut à lui faire amende honorable. Et vous, père Réray, vous êtes un homme tout à fait comme il faut. Savez-vous que j’ai eu grand tort à ce matin de vous faire de la peine? j’en suis chagriné, vrai: et si vous me voulez croire vous me baillerez la main... là, de bonne amitié!

RÉMY, fut serrant la main. C’est de tout mon cœur, père Fauveau! de tout mon cœur, entendez-vous?

fauveau, s* apercevant que Sylvain les observe et les écoute avec un commencement if agitation; la mère Fauveau prête aussi l’oreille. Parlons plus bas, c’est inutile derevenir-là-de.-sus devant., ces enfants.

RfcMY, snnsbaisscr la voix. Pourquoi donc ça ? Si quelqu’un a eu une mauvaise pensée sur ma fille, ne voulez-vous point donner l'exemple du respect qu'on lui doit?

fauveau, à demi-voix. Oni, oui, ça viendra ; mais pour l'instant, faut de la prudence. Si vous voulez la marier un jour ou l’autre faut pas tant ébruiter son malheur.

RÉMY. Ab ! vous croyez qu'elle ne mérite pas de rencontrer un honnête garçon qui regarde à la bonté de Dieu plus qu'à la ligueur des hommes?

fauveau, avec intention. C'est de la rigueur, si vous voulez... mais ça règne partout, et les parents regardent à ça, si les enfants n’y regardent point 1

RÉMY, bas en poussant Fauveau du coude et lui montrant Rose, qui est toujours prit de Claudie. Et pourtant madame Rose a fait parler d’elle plus souvent que ma fille. Estce qu'à cause de sou bon cœur et de >a grande charité, un honnête homme ne pourrait pas l'aimer ?

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fauveau. Si fait ! où roulez-vous en venir?

RÉMY, arec intention el toujours bas. Et, comme elle est riche avec ça, il y a bien des parents qui voudraient, malgré le préjugé, ft /aire épouser à leur fils?

fauveau, piqué et oubliant de parler bas.

est-il pour me blâmer que vous dites ça 7

rémy, parlant haut. Non! je ne pense qu’à ma fille, moi. Pour moi, Claudie est sanctifiée, et ce n'est pas k moi qu’il Lut venir dire que les idées du monde peuvent prévaloir. contre elle.

fauveau, très-haut avec colère. Les idées du monde, c’est les miennes, et je ne veux point les voir démolir. ( Appuyant sur ses mots, j Faut pas, parce que vous savez mieux parler que moi, chercher à me prendre pour une bêle.

LA MfeRE fauveau, se mettant entre eux.

Kh bien, eh bien! allez-vous point vous quereller à cette heure?

ROSE, de même , attirant flcmy à elle.

Qu’est-ce qu’il y a donc?

fauveau. Il y a que ce vieux -lâ est trop entêté de son orgueil.

RÉMY, se calmant et s'exaltant ensuite.

Monorgeuill nou ! ce n’est point ça, père Fauveau, vous ne me comprenez pas. 11 est tombé, mon orgueil, je l'ai mis aujourd’hui sous mes pieds I J’ai rendu cet hommage au grand juge qui m'a fait retrouver ma force et ma raison comme par miracle au moment où ma fille outragée en avait besoin 1 J’ai été colère, j’ai été fou un moment. C'était la maladie qui se débattait en moi avec la guérison. Mais an moment après, tenez , ma vue s’est éclaircie, et il m’a semblé, comme je m'en allais d'auprès de vous autre-, que je voyais la vérité du ciel face à face. Alors, tous vos ménagements... et ma fierté à moi, mon orgueil, comme vous dites, tout ça se dissipait comme un brouillard devant le soleil du bon Dieu. Oui, Dion est grand ! Dieu est juste ! Il veut que la justice règne sur la terre! ( Le pire Fauveau a repris ia place et garde le silence. Sylvain, gui s'est levé, rient s'agenouiller devant Rémy avec res ptef. )

sylyair. Vous dites vrai, homme de bien !

CLAUDIE

C’est pourquoi, mon orgueil, mon mauvais orgueil à moi, s'humilie devant vous Je vous demande la main de votre fiile, que vous m’avez enseigné k estimer comme elle le mérite. ( Rémy lui fait signe que c'est à Claudie de répondre. — Sylvain, se levant, à Claudie. ) Claudie, pardonnez-moi, acceplez-mot pour votre soutien. Je vous aimais à en mourir, et quand j'ai appris la vérité, ce n’était pas du blâme que je sentais. Non !

comme Dieu m’entend ! c’était de la jalousie. Mais je ne serai même plus jaloux. Je n’ai plus sujet de l’être. Fiez-vous à moi, je tout aimerai, et vous défendrai d'un coeur pareil & celui de votre père. Fiez-vous à moi, je vous dis, je ne crains pis le monde, moi, cl je saurai faire respecter ma femme !

claudie, se tournant vers Sylvain. Non, Sylvain 1 j’ai juré de me punir moi-même, en portant seule la peine de ma fantc.

lamëre fauveau, passant devant Sylvain, Rémy, et allant d Claudie. Claudie, c’est par crainte de nons déplaire que vous parlez comme ça ; mais moi, voyez-vous, je vous ai toujours souhaitée pour ma fille.

CLAUDIE, se tournant entre lanière Fauveau et Rose. Mère Fauveau, deiuandez-moi ma vie, c'est tout ce que je peux vous donner.

rose. Claudie l c’est moi qui vous ai offensée le plus ici! Faudra - t-il que je me mette à genoux ?

claudie. Madame Rose, c’est moi qui me met trais aux vôtres pour vous remercier d'être si bonne, mais ne me demandez pas ce que je ne peux pas accorder. (Sylvain, désespéré du refus de Claudie, se jette dans le sein de son père. )

fauveau, vaincu, à Claudie. Ma fille, c’est bien à vous de vous défendre comme ça ; mais, par pitié pour vous-même et pour mon pauvre enfant, fiez-vous à sa parole el à la mienne.

Sylvain. Oh I merci l père, merci 1

claudie. Père Fauveau, je vous remercie, je vous respecte, je vous aime, mais je ne peux point vous obéir.

Sylvain, pleurant. Ohl mon Dieu, mon Dieo 1 elle ne m’aime point !

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