SCENE IV
LA Al ÈRE FAUVEAU, SYLVAIN. F\l r VEAU.
pauveau, à Sylvain qui entre du fond. \ Il tient une fourche qu'il dépose à droite à : l’ei'trée. — Costume de travail. Grand chapeau de paiUe. Sa blouse est attachée sur son do». Eli bien ! mon fils? le voilà si tôt rentré? As-tu rencontré la bourgeoise?
Sylvain. Non, mon père, je rentre pour vous dire de tirer le vin, la gerhaude me suit. (Su mire fui essuie la figure el l'embrasse.)
PAUVEAU. Va donc vilement te faire propre pour présenter le bouquet à La bourgeoise.
SYLVAIN. Oh ! pour ça, mon père, je ne m’y entends point.. Je ne sois point d'hu-:
nienr à galanliner autour des femmes... c’est vous que ça regarde.
pauveau. Galan tiser ! est-ce que c’est de mon âge?
•YLVAiH. Cent peut-être trop lard a..ssi
CLAtmiE.
pour moi. (Su mère passe au milieu et tire de sa poche un dé à coudre, du fi!, et remet un boulon à la chemise de Sylva in qui n’y fait pat attention et quisst tout à ton père )
pauveau, étonné. Qu’est-ce que ça veut dire, cette parole-là, trop tard à vingt-cinq ans ? et quand il s’agit de la rose des roses ?
Sylvain. Oui, la Grand'llo-* comme on l'appelle... c'est une très-bonne maîtresse pour nous, je n’en disconviens pas. F.lle a le cœur franc et la main donnante... Je lui porte le sentiment que je lui dois; mais faut pas m’en demander plus que je n’en peux donner!
LA MÈRE PAUVEAU, qui a fini,' à $‘>n marC Tu vois bien ? (Elle va prêt du puits et fange différentes choses; puis elle vide son panier où u trouvent des légumes.)
PAUVEAU, à Sylvain. A qui eu as- lu ? Sur quoi me rechignes-tu là ?
SYLVAIN', allant ri son père. Il te troure au milieu. C’est que je vous entends, mon père, et que depuis une quinzaine vous me voulez pousser à des idées qui ue sont point les miennes. De ce que j’ai ri quand vous m'en avez causé encore hier au soir, je ne 1 voudrais pas vous laisser croire que je peux me rendre à votre commandement
pauveau. Je te conseille de faire le fa* rouche ! comme si ou courait après toi.
Sylvain. Je ne dis point ça. ,. la Rose n’a pas à courir après un homme ; assez courront après elle ; mais je ne nie mettrai point j sur les rangs .. à chacun le sien.
pauveau. QuVst-ce que tu as donc à lai reprocher? d’être un peu coquette? d’aimer à se faire brave ? à se faire dire des compliments, à danser, à se divertir? Quel mal y trouves-tu ?
Sylvain. Je s'en trouve point . mais mon goût ne me porterait point pour une femme à qui il faudrait bailler tous ces diversemeiits-là.
pauvf.au. Oui, tn prétends être jaloux !
Ah ! mon pauvre gars. .. tu n’auras jamais de bonheur en ménage avec une pareille maladie.
SYLVAIN. Je prétends être jaloux, vous dites? F.h bien, pourquoi non. cher père?
Je veux aimer ma femme à ce point-là et je i ne saurais être jaloux de madame Rose; partant je ne saurais l’aimer. Mais nous perdons le temps, là... J’étais venu aussi pour vous dire, mon père, que nous avons là quatre ou cinq moissonneurs do louage qui veulent s’en aller tout de suite, et qu’il faudrait vilement payer... ( Allant à gauche.) Je m'en vas chercher l’argent ?
pauveau. Non, je l’ai sur moi... c'est tous les ans la même chose,., je sais qu’ils n’atieudeiil point et qu'ils viennent vous déranger au milieu de la gerbaude... Allant \ s'asseoir à la table,) As-tu luis leur compte en écrit?
SYLVAIN, se plaçant debout près de la iulde. C'est inutile, je l’ai dans la tête. (A ton père qui écril sur une ardoise.) Nous devons quinze journées à cet homme de Boussac, qui est borgne. Treize et demie à Lkuizou du MaranbiTl. Vingt journées b ÉlieQuc Bigot et autant à son frère.., ça jfail,..
LA MÈRE PAUVEAU, ni deh >rs du hangar.
En voilà encore deux qui demandent leur paye parce qu'ils veuleut partir.
Sylvain, tressaillant. Qui donc?
LA mère pauveau. C’est ce vieux, avec sa petite-fille. (Mouvement de Sylvain. — La mire Fauveau parlant au fend ) th bien ! approchez donc, mes amis, ou va vous contenter. (Elle s'assied près du puits et épluche des légumes.)