CLAUDIE, SYLVAIN
Claudie. s’est approchée du puits et puise de l’eau. Sylvain est allé à droite prendre sa fourche et se dispose fi sortir, quand il voit le mal que se donne Claudie pour faire monter le seau.)
Sylvain. Voilà que vous prenez encore de la peine, Claudie, au lieu de vous reposer. Les femmes de chez nous ne sc fatiguent guère, elles ne moissonnent point, surtout I Après tantôt un mois de travail, c’est pour vous achever 1
CLAUDIE, triste, mais calme, parlant d'un ton doux, mais résolu. Ne faites pas attention à moi, maître Sylvain.
Sylvain, quittant sa fourche et allant au puits où il atteint le seau et en verse le contenu dans un petit baqutt qui est prés du puits. Excosez-moi, je fais attention à vous. Il n’y a pas moyen, quand on a le cœur un peu bien placé, de ne point voir le courage et la peine que vous avez. (Claudie prend trois assiettes qui sont sur le bord du puits, qu’elle lave dans le baquet; et ensuite les essuie, sans regarder Sylvain. Sylvain revenant à droite.) Elle ne m'écoute point!
elle a mèmement la mine de ne vouloir point m’entendre. Quel âge donc est-ce qne vous avez, Claudie?
claudie, tout en faisant son ouvrage.
J’ai vingt-un ans.
SYLVAIN. Et vous moissonnez comme ça pour la première fois ?
claudie. C'est la troisième année.
Sylvain. Faut que vous soyez bien dans la gêne?
claudie. Sans doute.
SYLVAIN. Vous étiez bien jeune quand vous avez perdu votre père et votre mère ?
CLAUDIE. Oui, j'avais cinq ans.
Sylvain. Votre grand-père n'a pas un bout de champ ou de jardin ?
claudie. Nous n'avons pas môme de maison; nous payons loyer d’une petite loeature.
Sylvain. C’est loin d’ici où vous demeurez?
claudie. Je crois qu’il y a plus de six lieues de pays.
Sylvain. Ah l il y a plusde six lieues d'ici à Jeux-les-Bois!.. . (Claudie, ayant tssuyé ! Us assiettes, étend sa serviette sur le dos éTune chaise et entre d gauche, puis en sort de tuitc avec son panier où sont des serviettes, des nappes et quelques gobelets. Sylvain d fui- meme.) Il n'y a pas moyen de causer avec elle!... Je ne sais plus quelles questions lui faire!... Comme elle est triste avec son air tranquille!... Elle a trop de misère, c’cjt sûr... (d Claudie , qui met les
CLAUDIE
quelques gobelets dans 'c baquet, et ensuite qui pose et compte le linge sur la table.) Est-ce que vous avez Jes parcnls dans votre endroit?
olaudie, même jeu. Nous n’en avons plus.
Sylvain. Vous êtes seule avec voire grandpère?
claudie. Oui, seule.
Sylvain. Mais il y a des voisins qui vous aident ?
claudie. Nous ne demandons rien, Sylvain. Si vous veniez demeurer par ici vous seriez peut-être mieux ?
claudie. J’en ignore.
Sylvain. Vous trouveriez toujours de l’ouvrage dans notre métairie... Et puis, ma mère est très* bonne; si vous veniez à être malade, elle vous assisterait.
claudie. Oh l c’est vrai qu’elle est trèsbonne t
Sylvain. La , bourgeoise Rose n’est pas mauvaise non plus.
claudie. Elle passe pour charitable.
Sylvain. Eh bien! ça ne vous tenterait point de vous établir par chez nous?
claudie. Non, mon père a son accoutumance là-bas.
Sylvain. Et vous y voulez rester ?
claudie, pcmanf devant Sylvain et faisant un moucamenf de respect et en même temps de douleur. Mon Dieu ! oui. f Elle sort en emportant le linge par la porte de droite. )