ACTE I, SCENE V
FAUVEAU, comptant de l'argent.
On va toujours vous payer, si vous le souhaitez... (Regardant Rémy.) Ail ! c*est le père Rémy de Jeux-les-Bois, un homme ancien, quatre-vingts ans, pas vrai ?
RÉMY, se dressant.
Quatre-vingt-deux ans, et qui moissonne encore...
SYLVAIN
Un ancien militaire, qui a été sous-officiei^ et qui a reçu de l'éducation, mon père.
RÉMY
Oh ! de réducation, pas plus que vous, maître Sylvain ! mais on a fait son devoir à la guerre, et à présent on fait sa corvée dans les champs de blé !
FAUVEAU, avec intention, regardant Glaudie.
Un peu grâce à votre petite-fille, qui fait la moitié de Touvrage. Allons, je ne me plains pas de vous... A vous deux, vous avez sans doute fait ce que vous pouviez.
LA MÈRE FAUVEAU, qui est passée, à droite, à Glaudie.
Vous paraissez vannée de fatigue, ma fille; vous allez manger un morceau devant que de partir, et votre père aussi ?
GLAUDIE.
Grand merci, mère Fauveau, nous n'avons besoin de rien.
LA MÈRE FAUVEAU
Si fait, si fait !...
(Elle regarde Sylvain qui lui fait signe d*insister, puis elle retourne à son ouvrage près du puits.)
FAUVEAU
Nous disons donc que vous avez une vingtaine de journées, je crois ?
SYLVAIN, debout près de lui.
Une trentaine, mon père...
CLAUDIE, près de son père.
Faites excuse tous les deux, nous en avons vingt-cinq.
FAUVEAU, étonné.
Tant que ça?
RÊMY, regardant Claûdie«
Vingt-cinq journées; pas une de plus, pas une de moins.
FAUVEAU
Je ne dis pas non.*. Et vous demandez pour ça?...
BÉMY.
Comptez vous-même; vous savez bien ce que vous donnez aux autres.
FAUVEAU
Ce que je baille aux autres, oui 1 mais à vous deux, vous ne m'avez pas fait Touvrage de. . .
RÉMI, l'interrompant.
L'ouvrage de deux ; aussi nous ne vous demandons pas de nous payer comme deux.
FAUVEAU
Diache ! je le crois bien que vous ne me demandez point ça !
RÉMY, s'animant.
Eh bien 1 après ! Où cherchez-vous le désaccord? Nous