‹ ClaudieChapitre 15 sur 83 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

voilà deux qui vous demandons la paye d'un seul, et vous trouvez ça injuste ?

SYLVAIN, qui est allé puiser de l'eau pour sa mère, venant près de son

père.

Eh ! non ! il n'y a pas de désaccord 1 Vingt-cinq fois cinquante sous, ça fait tout juste soixante-deux francs et cinquante centimes... et mêmement si mon père me veut croire...

F AU VEAU

Attends donc, attends donc ! Comme tu y vas, toi ! vingt écus et deux livres dix sous pour le moissonnage d'une homme de cet âge-là !

REMY

Eh bien! et ma petite-fille, la comptez-vous pour rien ?

FAUVEAU

Votre fille, votre fille, on dit qu'elle a bon courage ; mais elle n'est point forte, et l'ouvrage d'une femme en moisson, ça ne foisonne guère...

SYLVAIN, coupant la parole à Rémy, qui veut répondre.

Pardonnez-moisi je vous contredis, mon père; mais l'ouvrage d'une femme comme cette Claudie , ça doit compter. Tenez, pour être juste, vous devriez payer le père Rémy et sa petite-fille comme un et demi.

FAUVEAU

Ah bien ! par exemple!. ..

Nous n'avons pas demandé tant que ça, maître Sylvain, nous avons fait un accord avec vous, etnousnousy tenons... Nous vous avons off'ert de tenir uiie rège, et nous l'avons aussi bien tenue à nous deux qu'un bon moissonneur.

FAUVEAU, se levant, à Claudia.

Vous, vous parlez sagement, ma fille. Si vous avez fait un accord avec mon garçon, je ne reviendrai pas sur sa parole et ne le blâmerai point sur son bon cœur... C'était une charité à vous faire ; vous êtes malheureux ; il a bien agi ! Il n'y a guère de monde qui ferait de ces marchés-là pas moins ! On sait bien que deux faucilles dans un sillon, dans une rège, comme vous dites, ça embarrasse et que ça détence^ les autres coupeurs plus que ça ne les aide... mais enfin...

SYLVAIN, se trouvant à la droite de son père.

Mon père, je vous ferai observer que votre jambe malade ne vous a point souffert de venir aux champs pour voir comment l'ouvrage marchait. .. mais je Tai vu, moi ! J'ai moissonné toujours en tête de la bande, et je vous atteste que cette jeunesse là travaille autant qu'un homme. Elle serait morte à la peine si, à chaque fin de rège, son père n'eût point pris sa place. Par ainsi, à eux deux, l'un se reposant quand l'autre travaille, ils avancent autant et plus qu'un fort ouvrier... C'est pourquoi je vous dirai qu'en considération de leur pauvreté, de leur fatigue et de leur grand cœur à l'ouvrage, vous agiriez comme un homme juste que vous êtes en leur payant la journée à raison de trois francs, et si vous vouliez être encore plus juste, juste comme le bon Dieu, qui mesure son secours à la misère d'un chacun, vous les payeriez comme un et demi!

FAUVEAU^ avec humeur et élevant la voix.

C'est ça! et puis comme deux, peut être! Es-tu fou, Sylvain, de me pousser comme ça. . . tu veux donc ma ruine et la tienne que tu soutiens mes ouvriers contre moi?

' On a écrit le mot comme il se prononce; mais la véritable orthographe serait détempsery faire perdre du temps.

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