ACTE I, SCENE X
qu'on m'a parlé, qui mène si bien la faucille? Si j'avais connu que c'était vous] .. .
GLAUDIE.
Vous ne seriez point venu ici, aujourd'hui?...
DENIS
Je ne dis pas!... différemment... sans doute que pour travailler comme ça, il faut que vous soyez un peu dans la peine, et si vous êtes comme ça dans la peine. . . ça serait à moi de...
GLAUDIE.
Eh bien?
DENIS
Çâ serait à moi de vous assister.
GLAUDIE, laissant tomber la serviette et le gobelet, et allant à lui. —
Avec fierté.
OÙ auriez-vous donc pris le droit de m'assister, Denis Ronciat ?
DENIS, à part.
Diable, diable! je pensais qu'elle allait me rappeler ça... et la voilà qui fait celle qui ne s'en souvient tant seulement point... Ah! ma foi, tant pis, je vas brusquer les choses, moi. (Haut.) Ça donc, vous ne souhaitez rien de moi ?
GLAUDIE.
Rien du tout.
DENIS
Ah ! vous êtes toujours fière ! cette fierté-là ne vaut rien, Claudie, et j'ai dans mon idée que vous êtes venue ici pour tirer une vengeance de moi.
GLAUDIE.
Ça serait un peu tard! après cinq ans...
DENIS
Après cinq ans... de... comment dites- vous?
Cinq ans d'oubliance.
DENIS
D'oubliance de ma part que vous voulez dire î
Autant de ma part que de la vôtre !
DENIS, avec joie.
Vrai ? oh ! bien ! si c'est réciproque, nous pouvons bien nous entendre et faire la paix à cette heure. Voyons , Claudie, parlons peu et parlons bien; différemment, combien veux-tu en dédommagement pour...
CLAUDIE, le fixant.
Pour?, Pour..
DENIS, hésitant.
CLAUDIE, avec force et douleur.
Pour qui?... puisqu'il est mort!
DENIS , se découvrant.
Il'est mort ?. .. (A part, et mettant la main sur sa poitrine.) ÏOUt
de même, ça me fait quelque chose ! ça me donne un coup dans l'estomac !...
Il est mort Tan dernier, Denis! et vous ne l'avez seulement point su ! Vous ne l'avez assisté ni quand il est venu au monde, ni quand il en est sorti. Il a \écu de misère avec moi, il est mort de misère malgré moi, et c'est malgré moi aussi que je ne suis point morte avec lui ! Vous ne vous en êtes jamais tourmenté ! Tous les ans, pendant