ACTE I, SCENE X
trois ans qu'il a vécu, je vous ai fait écrire une lettre par le curé de notre paroisse, pour vous réclamer votie promesse ; vous n'avez jamais fait réponse. Depuis une année vous n'avez plus reçu de lettre ; vous auriez dû comprendre que ça signifiait : la pauvre Claudie a perdu sa consolation et son espérance, elle n'a plus besoin de rien !
DENIS
Dame ! dame !... pauvre Claudie! ... c'est ta faute aussi, tu aurais dû écrire plus souvent, venir me trouver...
Moi?...
DENIS
Ou tout au moins... différemment, m'envoyer ton père.
CLAUDIE, avec fierté.
Mon père ! un homme comme lui ? un ancien soldat ? un homme de quatre-vingt-deux ans, qui est fier, qui n'a jamais tendu la main, et qui piochera la terre jusqu à ce qu'il tombe dessus ! Vous auriez souhaité le voir mendier le pain de sa fille ? à vous, Denis, à vous qui l'avez séduite à l'âge de quinze ans, et qui ne l'avez détournée de son devoir qu'en lui faisant toutes les promesses, toutes les prières, toutes les menac^^s d'un homme qui veut se périr par grande amour et par grande tristesse ? Si j'avais voulu de vous une promesse de mariage, ne me l'auriez-vous point signée? Est-ce que vous me l'avez pas offert? est-ce que je ne Fai point refusée? Ah ! je n'étais qu'une enfant, bien simple et bien sotte, et cependant j'avais déjà plus de cœur que vous n'en avez jamais eu, car j'aurais cru vous faire injure en doutant de votre parole ! Et mon père^ qui savait tout ça, aurait été vous prier de vous en souvenir! Non, non, le pauvre vieux, s'il en avait eu la force, il n'aurait été vers vous que pour
vous tuer... et sans moi, qui Fai retenu, qui sait s'il n'aurait point fait un mallieur !
DENIS
Diable! diable!... et différemment, est-ce qu'il est ici, ton père ?
Oh ! n'ayez crainte, le voilà trop vieux pour se venger, mon pauvre père! il travaille encore... (pleurant) mais il s'en va, et bientôt je pourrai m'en aller aussi, car j'aurai tout perdu, et personne n'aura plus besoin de moi.
DENIS
Claudie, voyons, écoute-moi... j'ai été oublieux, c'est vrai ; je me suis mal comporté envers toi, c'est encore vrai, et tu as le droit de vouloir me punir en faisant du tort à ma réputation ; mais il ne faut pas comme ça donner son cœur à la rancune. Tout peut s'arranger.
Non, Denis! rien ne peut plus s'arranger, car il y a longtemps que je vous estime plus, et que, par suite, je ne vous aime point.
DENIS
Voyons, Claudie, voyons! si je t'offrais... là, cent bons écus. . .
CLAUDIE, le repoussant du geste.
Malheureux que vous êtes !
DENIS
Eh bien, quatre cents francs!... cinq cents, la!
Taisez-vous donc ! vous m'offririez tout ce que vous
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avez, que je regarderais ça c jixime un affront que vous me faites.
(Elle passe à droite.) DENIS.
Ah! dame ! aussi... tu en veux trop ! tu veux que je t'épouse !
GLAUDIE.
Tant que mon pauvre enfant a vécu, j'ai dû le vouloir à cause de lui ! mais à présent, j'aimerais mieux mourir que d'épouser un homme que je méprise.
DENIS
Ah ! que vous êtes mauvaise, Claudie ! vous voulez vous revenger, je vois ça ! on vous a dit que j'allais me marier avec la bourgeoise de céans, mais ça n'est pas vrai, c'est des propos.
Je ne sais rien de vous. Je ne vous savais seulement pas dans le pays d'ici.
DENIS
Parole d'honneur, Claudie, que je ne songe point au mariage ! par ainsi tu n'as pas besoin de me décrier, et différemment... si tu y tentais, je nierais tout, d'abord!
Je m'en rapporte à vous pour savoir mentir !
(On entend la cornemuse.) DENIS.
Ghut! chut ! Claudie, pas de querelles devant le monde! Voilà la gerbaude qui arrive! Sois bonne, ma pauvre Claudie, va, je t'en récompenserai !
(Elle remonte vers le fond. Denis reste sur le devant, à droite.)