LA MÈRE FAUVEAU, SYLVAIN
SYLVAIN, à sa mère, qui revient près de la table.
Eh bien, mère, ave^-vous réussi?
LA MÈRE FAUVE4U, levant la tête.
Sylvain, j'ai fait ce que j'ai pu. Une mère n'a que sa parole. J'ai eu tort peut-êire de te la donner, mais je ne sais point résister à ce que tu veux.
/i8 CLAUrJIE.
SYLVAIN
Et... elle restera?
LA MÈRE FAUVEAU
Encore une quinzaine pour nous aider à teiller le chanvre.
SYLVAIN
Une quinzaine ? Rien que ça ? elle veut donc toujours nous quitter ?
LA MÈRE FAUVEAU, prenant sa quenouille et la portant sur le bas de
buffet.
Son idée ne changera point, sois-en assuré. C'est une fille qui pense trop bien pour pour vouloir mettre du désaccord dans une famille,
SYLVAIN, descendant.
Mère, je ne sais pas quelle idée vous avez I vous croyez que je pense à cette fille, et... je n'y pense point.
(Il regarde au dehors, du côté où est sortie Claudie.) LA MÈRE FAUVEAU, l'attirant à elle.
Sylvain ! faut pas dire des menteries à sa mère !
SYLVAIN. 1
Je n'y pense point tant que vous croyez ! Ecoutez donc, je suis un peu le chef de la famille, depuis que le père est éboité; et je vois bien qu'une servante comme Claudie porte profit à notre ménage. Ce n'est pas deux, trois servantes qui vous la remplaceront, convenez-en. Une fille si adroite, si prompte, si épargnante, si fidèle 1 Une malheureuse enfant qui n'a rien et qui n'est jalouse que de faire prospérer le bien d'autrui! Est-ce peu de chose ça? fautil pas bien de la raison et de la religion pour avoir ces sen* timents-là?