ACTE II, SCÈNE IL /i
LA. MËRE.
Oui, oui, mon enfant, c'est vrai! mais si tu prends tant de feu à la chose, c'est moins par intérêt pour l'épargne que par inclination pour cette jeunesse. Tu voudrais bien t'en faire accroire à toi-même là-dessus, mais je vois clair : elle te plaît.,, et tu le lui as dit !
SYLVAIJN.
Non, mère, jamais ! ça, j'en jure !
LA MÈRE
Jamais?
J'ai jamais osé
SYLVAIN
LA MÈRE
Alors, elle l'a deviné, lar { our sûr, elle le sait.
SYLVAIN, avec joie.
Si elle le sait, c'est donc que vous le lui avez dit? Oh! la bonne brave femme de mère que vous êtes !
(Il l'embrasse ) LA MÈRE.
Voyez le traître d'enfant! il me flatte pour me fourrer dans ses folletés ! Non, Sylvain, non ; je n'ai rien dit, et je ne dirai rien. Tu ne dois point courtiser cette Glaudie, parce que tu ne peux point l'épouser.
SYLVAIN
L'épouser? Et où serait donc l'empêchement? est-ce que nous sommes riches pour que je chercha une dot? Nous avons nos bras et notre courage au travail, et Glaudie apporterait celte dot-là, bien ronde et bien bille!
LA MÈRE
Mais ton père a son idée contraire, et s'il se doutait de
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la tienne, il n'aurait point de repos que Claudie ne soit hors de chez nous.
SYLVAIN
Mon père ! mon père entendra la raison !
LA MÈRE
Pas sûr ! depuis qu'il est certain que la bourgeoise a tout de bon du goût pour toi, il est comme fou de contentement, et si on venait lui dire que tu veux épouser Claudie, Claudie la moissonneuse, Claudie la servante, ça lui ferait une mortification !..
Mon père a la tête vive, mais non point dérangée. Il m'écoute toujours, quand je lui bataille tout doucement ses fantaisies. Mère, l'empêchement dont j'ai crainte, ce n'est point ça ! c'est que Claudie ne m'aime point.
LA MÈRE
Elle a toujours bien peur de t'aimer, puisqu'elle veut partir ?
SYLVAIN
Ou bien elle a peur d'être oubliée par un autre qui l'attend peut-être dans son pays.
LA MÈRE
Ce n'est point chose impossible. Tu vois donc bien qu'il ne faut point te presser. Après tout, nous ne la connaissons point. C( t(e fille ; ni ellr ni personne de son endroit, excepté Denis Ro? ciat, qui dit ne point se souvenir d'elle. Nous l'avons gardée par charité sans nous informer de rien; c'était notre devoir ! mais enfin, j'ai observé (fu'elle était fort secrète, autant sur elle-même que sur les autres, et qu'elle