ACTE II, SCENE XTTI
RÉMY, même jeu.
Cette fille ! qui donc cette fille?
SYLVAIN
Pour cette chose-là, excusez-moi, mon père. Je ne vous ai rien dit du tout ni en bien ni en mal, et ce que je pense d'elle pour le moment, le bon Dieu tout seul en a connaissance.
F AU VEAU
C'est bien parlé, mon fils; on ne doit faire rougir personne ; mais je peux dire à madame Rose que vous avez connaissance de la vérité.
SYLVAIN
Mon père, vous vous avancez trop. Je ne sais rien de mauvais sur le compte de Claudie, partant je ne dois croire à rien.
FAUVEAU
J'ai cru que Denis Ronciat t'avait dit ce qu'il vient de me dire?
RÉMY
Denis Ronciat !
Denis Ronciat ne fait pas autorité pour moi.
FAUVEAU
Mais les registres de l'état civil font autorité, et si l'on veut consulter ceux de son endroit (montrant Giaudie), à l'article des naissances, on y verra le nom d'un enfant dont celte fille-là est la mère et dont le père est inconnu.
SYLVAIN
Mon père, mon père ! vous êtes sûr de ce que vous dites là?
FAUVEAU
Demande-lui à elle-même, et si elle le nie...
(Claudie s'approche pour répondre; le père Rémy, qui pendant toute cette scpne s'est agité déplus en p'us, retrouve enfin ses facultés et arrête Claudie.)
KÉMY.
Tais-toi, ma fille; ne dis rien ! c'est à ton père de répondre 1
LA MÈRE FAUVEAU
La! vous avez cru que ce pauvre vieux ne faisait plus cas de rien, et voilà que vous lui faites boire son calice !
RÉMY, d'une voix qui s'éclaircit et s'élève peu à peu.
Hélas! c'est l)ieu dit : mon calice ! je me croyais mort, et je me tennis en repos, sans vouloir comprendre où j'étais et ce que je faisais encore en ce monde. Mais vous m'avez réveillé, et je veux vivre! vivre, quand ça ne serait qu'un moment, pour vous dire que vous êtes des malheureux, plus mdheureux que moi! Vous accusez ma fille! ma fille qui vaut mieux que vous tous, qui ne vous demande rien pas plus que moi , qui travaille comme un galérien pour me faire vivre, qui a été bonne mère autant qu'elle est bonne fille ! Ma Claudie, ma pauvre Claudie !
(Claudie se cache en sanglotant dans; le sein de son père.) Eh bien,
oui, c'est vrai, qi^elle a été trompée, c'est vrai qu'à l'âge de quinze ans elle a écouté un garçon sans cœur et sans religion. Elle l'a ai né, elle l'a cru honnête; il n'y a que celles qui n'aiment point qui se méfient! Oui, c'est vrai qu'un enfant méconnu et abandonné de son père a été
élevé dans notre pauvre logis ! (Sylvain tombe assis à gauche prè's de sa mère, se cache la figure dans ses ntains, et reste dans cette position le restant de l'acte. Rémy continuant, aux autres personnages.)
Le pauvre entant! si beau, si doux, si caressant, bi mal-