ACTE III, SCÈNE VII
connaissait point le danger. On allait ensemble, comme deux accordés, sans songer à mal. Et puis voilà qu'on succombe sans savoir comment, on se marie, le bon Dieu pardonne tout, et le mal n'est pas bien grand.
RÉMY, avec reproche.
Le mal est grand quand le garçon n'épouse point. Ça prouve qu'il a de bonnes raisons pour se dédire ; et sans doute que vous, honnête homme, vous avez connu que ma fille ne serait point une honnête femme ? Elle était coquette, dites ? Elle vous donnait de la jalousie? Elle écoutait d'autres galants?
(Ici Claudia se lève et prend la main de son père qui sembbe la protéger et la fait asseoir tout en regardant Denis»)
RONGIAT.
Non ! je n'irai point contre la vérité, malgré que je vois bien que vous forcez ma confession. Le tort est de mon côté. Glaudie... je le dis devant elle, Claudie était sage, elle n'écoutait que moi et j'étais aussi sûr d'elle.. .
RÉMY
Comment ! vous l'avez quittée sans sujet?
RONGIAT.
Sans autre sujet que la crainte de devenir gueux en épousant une fille qui n'avait rien.
RÉMY
x\h ! c'est vrai ! elle n'avait plus rien. Cette tante riche dont elle devait hériter, a pris fantaisie de se marier sur ses vieux jours. . . au moment où vous alliez épouser Claudie... et alors vous avez tout d'un coup changé d'idée. Je ne pouvais pas croire que ce fût là toute votre excuse ; mais puisque vous le dites. . .
RONGIAT.
Sacristi ! c'est vous qui me le faites dire !
ROSE
Et vous ne pouvez pas le nier .
RONCIAT.
Eh bien mardi ! bien d'autres auraient fait comme moi. Mes parents avaient de la fortune, mais ils travaillaient. Moi, on ne m'avait pas élevé à travailler. Amuse-toi, qu'on me disait, t'es riche, épouse qui ta voudras ; t'es fils unique. Tu seras bourgeois. — Eh biea, j'ai eu l'ambition de vivre comme ça... je me suis dit en vous voyant ruinés qu'il me fallait, ou reprendre la pioche que mes parents n'avaient jamais pu lâcher, ou mettre la ruain sur une grosse dot pour me soutenir dans la fainéantise. Voilà mon tort, je le confesse; mais c'est comme ça. J'ai trahi l'amour pour la fortune, j'ai fait comme tant d'autres ! Je me suis peut-être trompé, ma faute m'a porté nuisance et j'ai manqué plus d'un mariage. Voilà pourquoi j'ai quitté notre endroit et suis venu chercher femme par ici, avec l'intention de vous faire un sort aussitôt que j'aurais payé mes dettes. Mais au lieu de m'y aider, vous m'avez iraversé encore une fois. Finissons-en donc, demandez-moi ce que vous voudrez, et quand on saura que j'ai réparé mon toit, on ne me rebutera plus par ailleurs.
RÉMY
Vous êtes bien généreux, monsieur Ronciat, de vouloir conienter un homme capable de demander de l'argent en échange de son honneur, ou il faut qu(^ je sois bien avili
pour que vous osiez m'en faire l'offre ! (Faisant un pas en avar.t
ets'adressant aux autres.) Braves gens, qui m'avez recueilli et assisté depuis la moisson dernière, dites-moi donc si, pen-