ACTE III, SCENE VII
dant que j'étais malade et peut-être hors de sens, je n'ai point fait quelque bassesse qui ait pu autoriser monsieur Ronciat à venir me faire un pareil affront devant vous !
FAUVEAU
Oh ! par exemple, non ! vous êtes un homme bien respectable, j'en lève la main !
LA MÈRE FAUVEAU
Et moi pareillement ! Et votre fille est digne de vous.
ROSE
Et il n'y a qu'un lâche qui puisse venir vous proposer de l'argent.
LA MÈBE FAUVEAU.
Ne les excitez point, dame Rose ! le père Rémy couve une grosse colère.
(Sylvain se relève brusquement, semble sortir de sa rêverie, et reste les yeux fixés sur Glaudie.)
RÉMY
N'ayez crainte, mère Faaveau. Je suis aussi tranquille à cette heure que je le serai au jour de ma mort. Ça vous étonne? Ça t'étonne aussi, maître Ronciat ! Tu t'es peutêtre souvent demandé pourquoi j'ai patienté cinq ans avec toi. Pourquoi moi, un ancien soldat, un vieux paysan encore rude du poignet, et plus fort que toi qui n'as jamais travaillé, je ne t'ai pis mis sous mon genou pour te casser la tête contre une pierre. Je \eux bien te le dire, et me confesser à mon tour. C'est que j'étais aveugle, j'étais injuste envers ma fille. Oui, je lui faisais cette injure de croire qu'elle avait un restant d'amiiié pour toi. Je lui en
demande pardon aujourd'hui, (il embrasse Claudie. A Denis.)
Mais j'avoue que plus elle le niait, plus j<^ m'imaginais que ses larmes versées ea secret et son éloignement pour l'idée
du mariage provenaient d'une souvenance et d'un regret. Cent fois j'ai pris ma cognée pour aller t'attendre au quart d'un bois. Cent fois, j'ai jeté ma cognée derrière lua porte, en regardant mi» fille qui disait sa prière, et qui, dans oion idée, la disait peut-être pour toi. Je n'ai pas voulu venger ma fdle, dans la crainte d'être odieux à ma fille, voili tout.
DEîIS, ému.
Dame! écoutez donc, père Rémy, si j'avais pensé que Claudie eût encore des sentiments pour moi... mais elle m'a dit elle-même ici, quand je l'ai revue à la gerbaude, qu'elle ne m'aimait plus... et différemment... je ne pouvais plus lui rien offrir.
RÉMY
Elle disait la vérité et je le sais, moi. Je le sais d'aujourd'hui seulement. Voilà pourquoi tu me vois tranquille, parce que je me sens enfin libre de te punir.
LE PÈRE FAUVEAU
Père Rémy, père Rémy! apaisez-vous!
DENIS, remontant un peu.
Eh ! laissez-le faire. Je ne me défendrai pas contre un homme de cet âge-là. Je m'en irai plutôt!
KÉMY.
N'aie donc pas peur, Denis Ronciat. Je ne t'en veux plus. Je t'ai cru méchani, et je vois que tu n'es que lâche. La seule punition que je t'inflige, c'est celie de ma pitié. Va-t'en là -dessus, malheureux, je te fais grâce. Va-t'en avec ton amb tion et ta paresse, avec ton argent etla honte de me l'avoir offert.
FAUVEAU
Ça, c'est bien ! vrai ! ça fait honneur à un pauvre homme de pouvoir parler comme ça.