‹ Claudine à l'écoleChapitre 56 sur 58 · Resouper, châtier remettre dans le bon chemin · texte numérisé non relu

Resouper, châtier remettre dans le bon chemin

me seyait, que mes cheveux et ma couronne me

faisaient une petite figure pas méprisable du tout,

* — mais les regards sournois, les physionomies

soudainement figées des jeunes filles qui se reposent et s’éventent m’en rendent certaine, et je me

- sens mieux à mon aise. Je peux examiner la salle

sans crainte.

Les « habits noirs », ah! ils ne sont pas nombreux! Tout le cortège officiel a pris le train de

- six heures; adieu ministro, général, préfet et leur

suite. Il reste juste cinq ou six jeunes gens, secrétaires quelconques, gentils d’ailleurs et de

- bonne façon, qui, debout dans un coin, parais- . sent s'amuser prodigieusement de ce bal comme,

à coup sûr, ils n’en virent jamais. Le reste des danseurs ? Tous les gars et les jeunes gens de Montigny et des environs, deux ou trois en habit mal

- coupé, les autres en jaquette; piètres accoutre-

r'äla no DORE, :' ns dès

ments pour cette soirée qu’on a voulu faire croire officielle.

Comme danseuses rien que des jeunes filles,

car, en ce pays primitif, la femme cesse de danser

sitôt mariée. Elles se sont mises en frais, ce soir,

les jeunesses ! Robes de gaze bleue, de mousseline rose, qui font paraître tout noirs ces teints vigou-| , reux de petites campagnardes, cheveux trop lisses |

et pas assez bouffants, gants de fil blanc, et, quoi que prétendent les commères de la porte, pas assez de décolletage; les corsages s'arrêtent trop

tôt, là où ça devient blanc, ferme et rebondi.

L’orchestre avertit les couples de se joindre et, dans les coups d’éventail des jupes qui nous frô- …

lent les genoux, je vois passer ma sœur de lait Claire, alanguie et toute gentille, aux bras du beau sous-maître Antonin Rabastens, qui valse avec. furie, un œillet blanc à la boutonnière.

Ces demoiselles ne sont pas encore descendues (je surveille assidûment la petite porte de l’esca-. lier dérobé, par où elles apparaîtront) quand un

monsieur, un des « habits noirs » s’incline devant -

moi. Je me laisse emmener; il n’est pas déplaisant, trop grand pour moi, solide, et il valse bien, sans trop me serrer, en me regardant d’en haut d’un. air amusé.

Comme je suis bête! Je n’aurais dû songer qu’au. plaisir de danser, à la joie pure d'être invitée

avant Anaïs qui lorgne mon cavalier d’un œil"

d'envie. et, de cette valse-là, je ne retire que du chagrin, une tristesse, niaise peut-être, mais si. aiguë que je retiens mes larmes à grand’peine.…. Pourquoi? Ah! parce que... — non, je ne peux pas être sincère absolument, jusqu’au bout, je peux. seulement indiquer. — je me sens l’âme tout endolorie, parce que, moi qui n’aime guère dan-

Ce CUT

ser, j'aimerais danser avec quelqu’un que j'adore:

rais de tout mon cœur, parce que j'aurais voulu avoir là ce quelqu’un, pour me détendre à lui dire: tout ce que je ne confie qu’à Fanchette ou à mon oreille (et même pas à mon journal), parce que ce quelqu'un-là me manque follement, et que j'en suis

LÉELS

es

- humiliée, et que je ne me livrerai qu’au quelqu’un . que j'aimerai et que je connaîtrai tout à fait, — - des rêves qui ne se réaliseront jamais, quoil - Mon grand valseur ne manque pas de me de- mander :

— Vous aimez la danse, Mademoiselle ?

— Non, Monsieur. ; — Mais alors... pourquoi dansez-vous?

— Parce que j'aime encore mieux ça que rien.

Deux tours en silence, et puis il reprend :

> — Est-ce qu'on peut constater que vos deux . compagnes vous servent admirablement de repous- | soirs?

. — Oh! mon Dieu, oui, on peut. Marie est pour- . tant assez gentille...

L — Vous dites?

| — Je dis que celle en bleu n’est pas laide. + — Je... ne goûte pas beaucoup ce genre de beauté... Me permettez-vous de vous inviter dès maintenant pour la prochaine valse ?

— Je veux bien.

— Vous n'avez pas de carnet?

je n’oublierai pas.

Ilme ramène à ma place et n’a pas plutôt tourné le dos qu'Anaïs me complimente par un « Ma chère! » des plus pincés.

— Oui, c’est vrai qu’il est gentil, n'est-ce pas? Et puis il est amusant à entendre parler, si ta savais | |

» dos fes ne ft) jee. à osent dt ns DAS DDR 2.

— Ça ne fait rien; je connais tout le monde ici,

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d'huit Moi je suis invitée pour la prochaine, par Féfed. 4 — Et moi, dit Marie qui rayonne, par Monmond. Ah! voilà Mademoiselle! À

En effet; voilà même Mesdemoiselles. Dans la petite porte du fond de la salle elles s’encadrent= tour à tour : d’abord la petite Aimée qui a mis. seulement un corsage de soirée tout blanc, tout vaporeux, d’où sortent des épaules délicates et” potelées, des bras fins et ronds; dans les cheveux. L près de l’oreille, des roses blanches et jaunes avi-= vent encore les yeux dorés — qui n avaiont pas besoin d’elles pour briller ! “4

Mie Sergent, toujours en noir, mais pailleté, très peu décolletée sur une chair ambrée et solide, les cheveux mousseux faisant ombre ardente sur la figure disgraciée et laissant luire les yeux, n’est pas Re du tout. Derrière elle, serpente la file des pensionnaires, blanches, en robes montantes, quelconques ; Luce accourt vers moi me raconter qu’elle ; s’est décolletée, « en rentrant le haut de son cor-« sage » malgré l'opposition de sa sœur. Elle a bien fait. E:

Presque en même temps, Dutertre entre par la grande porte, rouge, excité et parlant trop haut.

À cause des bruits qui circulent en ville, on sur veille beaucoup, dans la salle, ces entrées simultanées du futur député et de sa protégée. Ça ne fait.

traine hardiment avec lui. Elle, rouge, les yeux demi clos, ne dit mot et danse, gracieuse-

* ment, ma foi! Les couples se reforment et l’atten-

| tion se détourne. -

* La Directrice reconduite à sa place, le délégué cantonal vient à moi, — attention flatteuse, très

(à remarquée. Il mazurke violemment, sans valser,

? mais en tournant trop, en me serrant trop, en me

parlant trop dans les cheveux :

k —Tues jolie comme les amours!

k — D'abord, Docteur, pourquoi me tutoyez-vous?

4 Je suis assez grande.

__ — Non, je vais me gêner? Voyez-moi cette | grande personne! Oh! tes cheveux et cette cou- * ronnel J'aimerais tant te l’enlever!

D — Je vous jure que ce n'est pas vous qui me

+ l’enlèverez.

# —Tais-toi,oujet’embrasse devant toutlemondet

- — Ça n’étonnerait personne, on vous en a vu faire tant d’autres.

à — C'est vrai. Mais pourquoi ne viens-tu pas me roir ? Ce n est que la peur qui te retient, tu as des jeux de vicel.. Va, va je te rattraperai quelque

à jour ; ne ris pas, tu me fâcherais à la fin!

LE ë — Baht Ne vous faites pas si méchant, je ne vous crois pas.

Il rit en montrant les dents, et je pense en moimême: « Cause toujours: l'hiver prochain, je serai Paris, et tu ne m'y rencontreras guère ! »

| jus moi, il s’en va dre avec ti pete Ai:

mée, tandis que Monmond, en jaquette d'alpaga, m'invite. Je ne refuse pas, ma foi non! Pourvu qu’ils aient des gants, je danse très volontiersavec les gars du pays (ceux que je connais bien), qui sont gentils avec moi, à leur façon. Et puis je redanse avec mon grand @ habit noir » de Ja pre- … mière valse, jusqu’au moment où je souffle un peu pendant un quadrille, pour ne pas devenir rouge, et aussi parce que le quadrille me paraît ridicule. - Claire me rejoint et s’assied, douce et languissante, attendrie, ce soir, d’une mélancolie qui lui sd 4 Je l’interroge : | à — Dis . on parle beaucoup de ne à propos des assiduités du beau sous-maître ?

— Oh! tu crois? On ne peut rien dire, puisqu'il n'y a rien. k — Voyons! tu ne prétends pas faire de cachot- " teries avec moi ? É — Dieu non! mais c’est la vérité qu'iln'ya rien. Tiens, nous nous sommes rencontrés deux … fois, celle-ci, c’est la troisième, 1l parle d’une fa- . con... captivantel Et tout à l'heureil m'a demandé si je me promenais parfois le soir du côté de la Sapinière. | rs — On sait ce que ça veut dire. Tu vas répondre … quoi? LT Elle sourit, sans parler, d’un air hésitant et con. voiteur. Elle ira. C’est drôle, ces petites filles! En voilà une qui, depuis l’âge de quatorze ans, jolie …

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