SCÈNE PREMIÈRE
Ambroise, Claudine , habillée en jockey
élégant.
AMBROISE
J&Îe laisseras-tu parler ? Ton imagination va un train
De grâce , écoutez-moi , avant de prononcer.
Eh ! depuis une heure, je ne fais que cela. Ecoute-moi à ton tour.
Qu’entendrai-je, qui ne m’afflige davantage ? Vous êtes désespérant.
AMBROISE
C’est que je ne suis pas amoureux , moi ; que je ne rêve pas tout éveillé ; c’est que j’ai [une expérience qu’on n’a pas à vingt ans , quoique , d’ailleurs , on soit très-jolie et fort intéressante. En un mot , comme en cent , ton entreprise est folie.
Quel plaisir trouvez-vous à me répéter cela ?
AMBROISE
Je ne veux pas que tu oublies que j’ai tout fait pour t’en dissuadef. J’ai employé l’autorité 5 je t’ai parlé raison , amitié
J’ai tout entendu.
AMBROISE
Et tu n’as rien écouté. Finissons. Veux-tu partir? veux- 1 Ci rester ?
Partir ! je ne le peux pas je ne le peux pas.... l’effort
est impossible. L’espérance et la crainte me séduisent, me tourmentent tour-à-tour. L’amour , cet aveugle amour, qui ne sait rien calculer , qui ne peut rien prévoir , mais qui subjugue toujours , l’amour m’entraîne vers Be’lton; les convenances m’éloignent de lui; la nature m’y ramène , et la nature trompet-elle jamais !
AMBROISE
Je me rends. Je ne veux pas que tu me reproches un jour de t’avoir fait perdre l’occasion de ramener à soi le père de Benjamin.
Voilà de la raison. C’est senti , ce que vous me dites-îà.
AMBROISE
Je dois cependant te faire part d’un obstacle que tu n’as pas prévu , et qui n’est pas facile à surmonter.
Est-il rien d’impossible à l’amour ?
AMBROISE
Non, quand on est deux; mais quand on aime un homme, qu’un autre objet engage ....
CLAUDINE, s’écriant.
Il en aimeroit une autre !
AMBROISE
Charmante, pour ton malheur,
Mon cœur se serre.
Biche, considérée.
Mais êtes-vous bien sûr de ce que vous me dites ? La connoissez-vous bien cette femme charmante ?
AMBROISE
Si je la connois ! c’est madame Dernetty , que tu as vue avec lui.
Claudine, tristement.
Elle est bien belle , cette dame-là.
AMBROISE
La plus belle femjue de Turin.
Sait-elle aimer ?
AMBROISE
Qu’importe ? elle sait plaire ; voilà le grand art.
Claudine, soupirant.
Et je l’ignore : je n’ai pour moi que mon cœur.
AMBROISE
Et tu crois le réduire au silence , leur cacher à tous deux tes combats, ta jalousie et tes larmes ? La moindre indiscrétion te décèle , te fait congédie^.
Je me contiendrai.
AMBROISE
Ta tristesse donnera des soupçons.
J’apprendrai à sourire ; je composerai mon visage , je paroitraî gaie.
C’est bien difficile.
Claudine, riant cVun air forcé.
Vous voyez bien que je le suis.
AMBROISE
Ta gaieté est d’une vérité..... {Lui prenant la main. ) Paii- Vre Claudine! pauvre Claudine !
Plaîgnez-moi ; mais ne m’ôtez point ^espérance. Si c’est une illusion, elle me soutient et me console. J'attendrai tout du terns , des circonstances ; j’aurai l’esprit du moment jrj’y pioyerai mon caractère; je caresserai -l’indifférence ; je flatterai une rivale redoutable ; je ferai je ferai ce que m’ins-
pireront mon cœur et Benjamin.