CLAUDINE, AMBROISE
A MB R o I s E , d9un ton sévère .
Ah cà, Claudine, expliquons-nous. Je n’ai pas été maître
tantôt- d’un certain mouvement là dont un bon cœur ne
peut pas se défendre; mais un soldat ne badine pas avec l’honneur , et je ne serai pas votre complice.
Claudine, très-animée pendant cette scène.
Mon complice ! Eh , quel crime ai-je donc médité ?
Belton est un libertin.
Il n’est plus à craindre pour moi. C’est lui c’est lût-..
AMBROISE
Eh bien , c’est lui? Achève.
C’est le père de mon fils.
AMBROISE
Belton ?
Lui-même.
AMBROISE
Cfest une raison de plus pour le craindre.
C*en est une de le cherpher , de l’attendrir, de le vaincre^
AMBROISE
Vous avez perdu votre innocence , gardez du moins votre Vertu.
Je la conserverai * je le jure au ciel , à mon père , à vous.
AMBROISE
Vous n’avez qu’un moyen ; c’est de fuir.
Claudine, en desordre.
Cet homme, que je n’ai vu qu’un moment , que je ne con- 11015 cp0 pm nies malheurs , m’a toujours été présent. Je ne sais queîle voix: intérieure me répétoit sans cesse : tu le yeyerras , et il te rendra justice.
AMBROISE
Qu’espères-tu ? réponds. Te jetter à ses pieds ? le gagner par tes larmes ?
Je ne sais , ni ce que je veux , ni ce que je ferai. Ce n’est pas par des soupirs , par des plaintes qu’on inspire de, l’amour. Non, l’amour ne se persuade pas. Celui-là seul a tort, qui ne sait pas plaire , et ce tort-là ne se pardonne jamais.
Tout-à-l’heure ce sera le séducteur qui aura raison.
Claudine, dans une sorte de délire.
Jl ne m’a pas séduite ; il n*en a eu , ni le tems , ni la pensée. Mon cœur a volé au-devant du sien : c’est mon cœur seul qui m’a perdue ; etc’est-là qu’il est gravé en traits inef» façables.
AMBROISE
Claudine, écoutez-moi ; revenez à vous.
cdaud ine, reprenant avec plus de force.
Et mon fils n’a-t-il pas des droits sacrés .? Dois-je les oublier? Puis-je ne pas les soutenir ? Cher et malheureux Benjamin , t’arracherai-je à ton père au moment où tu viens de le retrouver ? Tu vivras près de lui ; il te verra , il ta parlera, il t’aimera , je me plais à le croire : un sentiment secret éclairera sou aine. Voilà ma consolation; voilà mou
COMÉDIE. 27
pniqne espoir. Eli ! quelle mère ne s’y livreroît pas comme moi !
A M BROISE
Elle n’entend plus rien 5 sa .tête se trouble.
Claudine, dans le plus grand désordre.
Plus de considératioi|s qui m’arrêtent , plus d’obstacles qm m’intimident. Je vais’, j’entre dans cette maison.
AMBROISE
Je t’y suis.
CLAUDINE, s'éloignant de lui .
Pourquoi faire ?
T’abandonnerai-je dans l’état où je te vois ?
ÇLAUDiîfEjSe rapprochant y et lui prenant la main:
Ali venez , venez , fai besoin d?un cœur sensible , dans lequel je puisse répandre le mien. Eli! que deviendrait l’amour malheureux , s’il ne lui reatoit pas l’amitié. ( Ils en? trent à l’hoteL )
fïM PU ÎBUMIEÈ ACTE.