CLAUDINE, HONORINE
HONORINE
Il est galant, votre parrain.
Vous n’en devez pas être étonnée.
HONORINE
Cela ne m’étonne pas^u tout. C’est assez l’habitude de tous les hommes qui me connoissent.
Ah! vous y êtes accoutumée ?
HONORINE
Très-accoutumée, j’en conviens.
Ainsi, cela vous flatte peu ?
HONORINE
Au contraire. U est toujours flatteur de plaire, même à celui qu’on ne veut pas aimer.
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à . CLAUDINE.
Mais c’est de la coquetterie , cela.
■Honorine*
Il en faut pour mener les hommes.
«T'entends. L’amour n’est pour vous qu’un simple aœü^ sement. . r
Les dupes seules en font due affaire sérieuse.
Je connois bien des dupes
HONORINE
Et moi aussi ; voilà pourquoi j’ai grand soin de ne pas fêtr©> / Claudine, cherchant à la pénétrer .
Mad. Lernetti pense-t-elle comme vous ?
HONORINE
Je l’ai prise pour modèle.
Ainsi, elle ne tient à mon maître que par une sensation agréable , mais légère ?
HONORINE
Je ne sais pas précisément à quel degré est son amour % mais, fidelle à son système, elle badine le sentiment, elle rit d’un soupir , elle résiste pour enflammer davantage- elle évite, pour attirer; elle s’arrête enfin, car il faut bien finir par là. Quand les grâces fuient devant l’amour, c’est toujours pour se laisser prendre.
Vous ne me donnez pas une haute idée de votre maîtresse,' HONORINE.
Soyez tranquille; madame vaut bien monsieur. CLAUDINE.
Je conclus de tout ceci que nos maîtres ne se conviennent pas du tout.
HONORINE
Ce ne sont pas nos affaires.
Non , ils ne se conviennent pas ; il fautrompre cett& liaison { absolument , il le faut.
HONORINE
Comme il décide! comme il tranche, ce petit Claude!
Entendons-nous pour cela , ma chère Honorine.
mon o R I N e ^ souriant à p/irt.
Ma chère Honorine ! cela promet.
Unissons nos efforts ; détournons-les tous deux d’un penchant c£ui feroit le malheur de leur vie.
HONORINE
Ce seroit, je crois, le parti le plus sage; mais la sagesse a tort, quand le cœur a parlé. Dire du mal à une femme de l’amant en faveur , c’est bien le moyen de se faire écouter vraiment ? Et vous , croyez-vous réussir auprès de votre maître, en attaquant ses goûts, en lui parlant raison? Prétendez-vous, avec vos dix-huit ans et votre jolie figure, vous ériger en Caton ? Mon cher ami , j’ai promis à votre parrain de- faire votre éducation ; je vois que je vous suis nécessaire ^ et je tiendrai ma parole.
Vous êtes trop bonne assurément.
Oh! je ne ferai rien que moi ; j’ai certains petits projets... cl audine, souriant .
Auxquels je vous conseille de renoncer.
HONORINE
Vos yeux me disent le contraire.
Mes yeux vous trompent.
HONORINE
Oh ! je les en défie, je me connois en hommes.,
Je le vois bien.
HONORINE
Vous manquez d’usage du monde; cela viendra*
Croyez-vous ?
HONORINE
Je vous en réponds ; vous avez de l’esprit beaucoup d’esprit
même , pour un savoyard.
COMÉDIE
Vous me flattez.
HONORINE
En trois ou quatre leçons, je ferai de vous un petit liomme accompli. Je retourne près de madame , il faut quelquefois sacrifier ses plaisirs à son devoir. Nous nous reverrons dans le courant de la journée. Adieu , Claude , adieu , mon bon ami.