‹ Claudine de FlorianChapitre 21 sur 38 · CL AUDITE · texte numérisé non relu

CL AUDITE

Que le père n’a pas rejettée.

21 faudroit être un monstre......

Il y a pourtant des hommes comme cela.

Impossible.

J’en connois , moi , monsieur.

En vérité , Claude ?

Qui méprisent, qui oublient la victime infortunée,...

De tels êtres sont une erreur de la nature.

Qui , toujours inaccessibles à la honte , se livrent au délire de leur imagination ; tracent gai ment des scènes de bonheui;.?. B E L t o N,

Tu ne sais pas ? celle-ci, je vais la réaliser.

Claudine, avec effroi.

Vous allez, dites-vous ...

J’épouse madame Dernetti.

Claudine, s'écriant*

Vous vous mariez !

Cela t’étonne ? le mariage seul peut fixer un homme dissipé.

S’il m’étoit permis de m’expliquer librement....

Parle, mon ami, ton esprit est vif , cultivé ; et je t’avoue que je tiens à toi par un sentiment que je ne puis définir, mais

qui m’attache fortement. Explique-toi, Claude, sans crainte,

sans détour.

Vous me le permettez ?

Je t’y engage. -

ïth bien , monsieur , les vertus domestiques n’ont de charmes cpe pour celle qui a été élevée dans la médiocrité et le travail.

Il est d’heureuses exceptions.

Claudine, se livrant davantage.

Non, monsieur; ce n’est pas dans un état distingué qu’on trouve une femme sensible.

b e L t o n, avec sévérité.

Claude.

La dissipation , suite ordinaire delà fortune ; l’orgueil , que donne la considération; les jouissances continuelles de l’amourpropre ; l’indifférence , qu’amène insensiblement la satiété; tout éloigne vos grandes dames des plaisirs simples et innocens. Elles plaisent; on les épouse; bientôt le prestige se dissipe. Il ne reste qu’une femme frivole „ dont la tête est toujours exaltée, et le cœur toujours froid ; à qui l’imagination tient lieu de sentiment, l’affectation de naturel. Charmante pour tout le monde, hors pour son mari, on la rencontre partout; lui seul ne la trouve jamais. Elle sourit avec grâce au mot le plus insignifiant; lui seul n’est jamais écouté. Le mépris ulcère son cœur; il veut s’expliquer ; il parle raison; on le persifle. Il s’emporte, on en rit; il déplore son malheur, on lui refuse jusqu’à la compassion , qui ne guérit pas les plaies de l’ame , mais qui en adoucit l'amertume.

Comme ce garçon pense ! comme il parle !

Par combien de nœuds , au contraire, celle qui tient tout de son mari , ne s’y attache- t-elle pas ? Elle ne peut jouir de sa fortune présente, sans se rappeler son état passé. Elle ne met à son amour d’autres bornes que celles de sa reconnoissance, et sa reconnoissance n’en connoit pas. Elle voit, dans un seul

homme , son amant, son époux et son bienfaiteur. Quels droits il a acquis sur elle! quel doux empire est le sien! s’il est sans éclat, qu’il a de charmes, cet empire qui soumet les âmes! Convenez-en, monsieur, vous qui êtes fait pour l’apprécier et en jouir.

Diles-moi, Claude : qui vous en a tant appris ?

cl audin E, avec timidité.

Àpprend-on à sentir ?

On apprend à parler.

Les mots viennent d’eux-mêmes au-devant de la pensée;

Claude.

Monsieur ?

Mon étonnement seul m’a fait vous entendre just[u’à la fin; .Te vous conseille, à vous qui savez tant, d’apprendre encore à respecter les convenances, les affections de votre maître; à ménager sur-tout une femme, que vous ne connoissez encore que par ses bienfaits, mais qui s’est acquis des droits à votre reconnoissance et à votre respect. Souvenez-vous de cette leçon , et ne me forcez pas à vous parler un langage , que vous entendriez avec peine, et dont je ne me servirois qu’à regret.

les precédens, Mde. DERNETTÏ.

Pendant celte scène , Claudine s9 approche , s9 éloigne , et écoute

en feignant de s'occuper de ranger , etc. ELle exprime , par

un jeu muet , ses allarmes , sa douleur , etc.

Mde. dernetti, d9 un petit air piqué.

Vous êtes bien aimable, M. Belton. Depuis une grande heure, on est seule : on vous attend , on vous desire... On vous croit à des affaires sérieuses , et onvous trouve en conversation réglée avec votre Jockey.

Et même avec mon iockev iP ^ '

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Mad. D E r N E T T I

Çui ne vaut p, s celle que je vol ai ménagée.

AT. , Mad- nERNETTI.0

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pour étaler un œrtlnî ’f^ste* n”'31 T1" Un6 fét6’ cr,ie

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AU. ce ne sont pas là vos motifs ?

Mad. D E R N e T T I.

et un liaTnTm^nité

communiquer. Au moment où certaines da^es L “éms ’

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tVn^l P 1 6 ?6nS ’ mais cfue vous savez si bien en-

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COMEDIE. 4C

» la salle du bal ». Je m’amuse intérieurement de l’embarras de ces dames ; vous jouissez du dépit de vos rivaux : nous nous regardons ; nous nous entendons ; nous sommes contens l’un de 1 autre , et tout cela ne vous a coûté , ni adresse , ni pré*» voyance.

C’est quelque chose , que cela • il faut que j’en convienne.

Mad. dernetti.

Ah ! vous en convenez ?

Oui , j aime a vous rendre justice. Cependant ^ votre prévoyance pouv oit a] 1er plus loin. Au reste , j?ai prévu pour vous , et cela revient au même.

Mad. D E R N E T' T I.

.Voyons ce qu’a produit votre féconde imagination.

A l’instant , où on ne respire que le plaisir , où il anime tous les yeux ; où une douce chaleur colore toutes les joues de 1 incarnat du désir ; à l’instant, enfin , où on ne danse plus pour es autres, mais pour soi ; je fends la presse, je parois au milieu du cercle tracé par l’amour et la folie. On s’arrête , on s’étonne a l’aspect de l’homme noir que je conduis par la main , et dont rien n’altère l’extérieur sérieux , maniéré et important. Cet liompr.e , madame , est un notaire.

Mad. D E R. N E T T ï.

Ah ! Ah !

B E L T O îf.

«Te pique la curiosité , j’éveille l’attention. On se presse, on nous entoure ; je prends la parole à mon tour , et je dis , avec une dignité tragique : « Mesdames et Messieurs , Madame * Dernettl vo»s a fait part de son mariage; moi, je vous in- » vite a signer au contrat. Cela vous fatiguera moins qu’une > ang aise , et seia bien aussi agréable ». L’un arrache le parchemin , l’autre saisit une plume , un troisième court après l’écntotre. b 11 cinq minutes , soixante personnes ont si<mé , et vous aussi, madame, sans réflexion et sans lire. Voulsaveà que 1 amour a rédigé les articles , et il n’est pas spéculateur,

Mad. D E R N E T T L,

Ç’esfc quelque chose ? que cela.

Ah ! vous en convenez ?

Mad. DERNETTI.

Oui , j’aime à vous rendre justice.

Voyons la suite.

Mad. DERNETTI.

Ali! il y a une suite !

fi E L T O N.

Mon chapelain est prêt, il nous attend où vous savez , à quatre pas d’ici. Je dis un mot , je pars comme l’éclair; on vous entraîne , et vous êtes toute étonnée cl’ être femme , sans que cela vous ait coûté, ni adresse , ni prévoyance.

McVe. DERNETTI,

Ah! par exemple, ce tour-là est un peu gai.

Je crois quÙl vaut bien tous les vôtres.

Mde, DERNETTI.

Je suis vaincue , il faut que je l’avoue , mais je me vengerai. Vous allez être mon mari, c’est là que je vous attends.

Un mari toujours sensible, toujours délicat, toujours empressé, n’a jamais rien à craindre.

Mde. DERNETTI.

Mon cher ami, voilà la véritable recette 5 tâchez de vous en souvenir.

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