CL AUDITE
Que le père n’a pas rejettée.
21 faudroit être un monstre......
Il y a pourtant des hommes comme cela.
Impossible.
J’en connois , moi , monsieur.
En vérité , Claude ?
Qui méprisent, qui oublient la victime infortunée,...
De tels êtres sont une erreur de la nature.
Qui , toujours inaccessibles à la honte , se livrent au délire de leur imagination ; tracent gai ment des scènes de bonheui;.?. B E L t o N,
Tu ne sais pas ? celle-ci, je vais la réaliser.
Claudine, avec effroi.
Vous allez, dites-vous ...
J’épouse madame Dernetti.
Claudine, s'écriant*
Vous vous mariez !
Cela t’étonne ? le mariage seul peut fixer un homme dissipé.
S’il m’étoit permis de m’expliquer librement....
Parle, mon ami, ton esprit est vif , cultivé ; et je t’avoue que je tiens à toi par un sentiment que je ne puis définir, mais
qui m’attache fortement. Explique-toi, Claude, sans crainte,
sans détour.
Vous me le permettez ?
Je t’y engage. -
ïth bien , monsieur , les vertus domestiques n’ont de charmes cpe pour celle qui a été élevée dans la médiocrité et le travail.
Il est d’heureuses exceptions.
Claudine, se livrant davantage.
Non, monsieur; ce n’est pas dans un état distingué qu’on trouve une femme sensible.
b e L t o n, avec sévérité.
Claude.
La dissipation , suite ordinaire delà fortune ; l’orgueil , que donne la considération; les jouissances continuelles de l’amourpropre ; l’indifférence , qu’amène insensiblement la satiété; tout éloigne vos grandes dames des plaisirs simples et innocens. Elles plaisent; on les épouse; bientôt le prestige se dissipe. Il ne reste qu’une femme frivole „ dont la tête est toujours exaltée, et le cœur toujours froid ; à qui l’imagination tient lieu de sentiment, l’affectation de naturel. Charmante pour tout le monde, hors pour son mari, on la rencontre partout; lui seul ne la trouve jamais. Elle sourit avec grâce au mot le plus insignifiant; lui seul n’est jamais écouté. Le mépris ulcère son cœur; il veut s’expliquer ; il parle raison; on le persifle. Il s’emporte, on en rit; il déplore son malheur, on lui refuse jusqu’à la compassion , qui ne guérit pas les plaies de l’ame , mais qui en adoucit l'amertume.
Comme ce garçon pense ! comme il parle !
Par combien de nœuds , au contraire, celle qui tient tout de son mari , ne s’y attache- t-elle pas ? Elle ne peut jouir de sa fortune présente, sans se rappeler son état passé. Elle ne met à son amour d’autres bornes que celles de sa reconnoissance, et sa reconnoissance n’en connoit pas. Elle voit, dans un seul
homme , son amant, son époux et son bienfaiteur. Quels droits il a acquis sur elle! quel doux empire est le sien! s’il est sans éclat, qu’il a de charmes, cet empire qui soumet les âmes! Convenez-en, monsieur, vous qui êtes fait pour l’apprécier et en jouir.
Diles-moi, Claude : qui vous en a tant appris ?
cl audin E, avec timidité.
Àpprend-on à sentir ?
On apprend à parler.
Les mots viennent d’eux-mêmes au-devant de la pensée;
Claude.
Monsieur ?
Mon étonnement seul m’a fait vous entendre just[u’à la fin; .Te vous conseille, à vous qui savez tant, d’apprendre encore à respecter les convenances, les affections de votre maître; à ménager sur-tout une femme, que vous ne connoissez encore que par ses bienfaits, mais qui s’est acquis des droits à votre reconnoissance et à votre respect. Souvenez-vous de cette leçon , et ne me forcez pas à vous parler un langage , que vous entendriez avec peine, et dont je ne me servirois qu’à regret.
les precédens, Mde. DERNETTÏ.
Pendant celte scène , Claudine s9 approche , s9 éloigne , et écoute
en feignant de s'occuper de ranger , etc. ELle exprime , par
un jeu muet , ses allarmes , sa douleur , etc.
Mde. dernetti, d9 un petit air piqué.
Vous êtes bien aimable, M. Belton. Depuis une grande heure, on est seule : on vous attend , on vous desire... On vous croit à des affaires sérieuses , et onvous trouve en conversation réglée avec votre Jockey.
Et même avec mon iockev iP ^ '
Mad 7, 6 06 m 0CCUP01S (ïue de vous»
m!.r.Zi 363* sr '« 7«“- Mr ,aï“ *** •#* > » "7 *v, a. “.üz
peia.h 16 ”e 3313 r'en |,1< l‘:'lr '• ie ne conviendrai jamais do
Mad. D E r N E T T I
Çui ne vaut p, s celle que je vol ai ménagée.
AT. , Mad- nERNETTI.0
Vous avez^eut ^pf01 ^ Eh bl6n ! ,e Vais V0lls en convaincre, ront ce soir 1 eCru > comme beaucoup d’autres qui se-
pour étaler un œrtlnî ’f^ste* n”'31 T1" Un6 fét6’ cr,ie
«ar d. 1. S’/™ •**» ’ . * h V
AU. ce ne sont pas là vos motifs ?
Mad. D E R N e T T I.
et un liaTnTm^nité
communiquer. Au moment où certaines da^es L “éms ’
ÏÏSmÆS FrèS de VOÜS ’ Ces W* ^eS
tVn^l P 1 6 ?6nS ’ mais cfue vous savez si bien en-
m’excèdent 'le rilT ÏIieS*leurs ’ Vès-complettement ennuyeux ,
dis , urnde ’ ï m? lève ’ et i«.
• .. rMîrJ^52t5
■ sa s- f ~
*tz"mw; «nbrassons-nous, ef pqssojw da«s
COMEDIE. 4C
» la salle du bal ». Je m’amuse intérieurement de l’embarras de ces dames ; vous jouissez du dépit de vos rivaux : nous nous regardons ; nous nous entendons ; nous sommes contens l’un de 1 autre , et tout cela ne vous a coûté , ni adresse , ni pré*» voyance.
C’est quelque chose , que cela • il faut que j’en convienne.
Mad. dernetti.
Ah ! vous en convenez ?
Oui , j aime a vous rendre justice. Cependant ^ votre prévoyance pouv oit a] 1er plus loin. Au reste , j?ai prévu pour vous , et cela revient au même.
Mad. D E R N E T' T I.
.Voyons ce qu’a produit votre féconde imagination.
A l’instant , où on ne respire que le plaisir , où il anime tous les yeux ; où une douce chaleur colore toutes les joues de 1 incarnat du désir ; à l’instant, enfin , où on ne danse plus pour es autres, mais pour soi ; je fends la presse, je parois au milieu du cercle tracé par l’amour et la folie. On s’arrête , on s’étonne a l’aspect de l’homme noir que je conduis par la main , et dont rien n’altère l’extérieur sérieux , maniéré et important. Cet liompr.e , madame , est un notaire.
Mad. D E R. N E T T ï.
Ah ! Ah !
B E L T O îf.
«Te pique la curiosité , j’éveille l’attention. On se presse, on nous entoure ; je prends la parole à mon tour , et je dis , avec une dignité tragique : « Mesdames et Messieurs , Madame * Dernettl vo»s a fait part de son mariage; moi, je vous in- » vite a signer au contrat. Cela vous fatiguera moins qu’une > ang aise , et seia bien aussi agréable ». L’un arrache le parchemin , l’autre saisit une plume , un troisième court après l’écntotre. b 11 cinq minutes , soixante personnes ont si<mé , et vous aussi, madame, sans réflexion et sans lire. Voulsaveà que 1 amour a rédigé les articles , et il n’est pas spéculateur,
Mad. D E R N E T T L,
Ç’esfc quelque chose ? que cela.
Ah ! vous en convenez ?
Mad. DERNETTI.
Oui , j’aime à vous rendre justice.
Voyons la suite.
Mad. DERNETTI.
Ali! il y a une suite !
fi E L T O N.
Mon chapelain est prêt, il nous attend où vous savez , à quatre pas d’ici. Je dis un mot , je pars comme l’éclair; on vous entraîne , et vous êtes toute étonnée cl’ être femme , sans que cela vous ait coûté, ni adresse , ni prévoyance.
McVe. DERNETTI,
Ah! par exemple, ce tour-là est un peu gai.
Je crois quÙl vaut bien tous les vôtres.
Mde, DERNETTI.
Je suis vaincue , il faut que je l’avoue , mais je me vengerai. Vous allez être mon mari, c’est là que je vous attends.
Un mari toujours sensible, toujours délicat, toujours empressé, n’a jamais rien à craindre.
Mde. DERNETTI.
Mon cher ami, voilà la véritable recette 5 tâchez de vous en souvenir.