‹ Claudine de FlorianChapitre 31 sur 38 · A M B R O I S E, HONORINE · texte numérisé non relu

A M B R O I S E, HONORINE

AMBROISE

Que je suis aise de vous rencontrer, mademoiselle Honorine !

Honorine, d’un petit air piqué.

Vous n’y gagnerez pourtant rien, monsieur Ambroise.

Quoifrefuserez-vous de m’instruire des desseins de madame sur cette pauvrg Claudine ?

Vous instruire' vous adresser à moi , dont vous vous êtes éloigné avec affectation • que vous n’avez pas jugée digne de votre confiance • Vous etes perdu dans mon esprit , mais perdu sans retour.

AMBROISE

Pou vois- je vous confier un secret qui n’étoit pas le mien; demander vos bons offices clans une entreprise que je condamnois , et dont j’aurois voulu détourner cette infortunée P Mademoiselle Honorine, ne vous jouez pas de mon inquiétude; rassurez-moi sur le sort de cet enfant. Je vous ai laissée avec madame ; qu’a-t-elle fait ? qu’a-t-^lle dit ? qu’a-t-elle résolu ? Réponclez-moi , de grâce, répondez-moi.

CLAUDINE DE FLORIAN f HONORINE.

Ce cher Ambroise ! Dissipez vos al larme s : une femme enjouée ; sensible et généreuse concevoir une méchanceté et la consommer froidement ! Cela ne se peut pas. Claudine n'a rien à Craindre.

AMBROISE

Je ne sais , mademoiselle Honorine ; mais je ne suis pas sans inquiétude. Madame écoutoit mon récit avec bonté ; elle parois-

soit touchée, lorsqu'un sentiment contraire a paru l’agiter

Elle se lève, me fait retirer. ...

HONORINE

Et se promène à grands pas dans son appartement. Elle s'assied , se lève encore , s'arrête devant une glace , se regarde avec complaisance , et dit, à demi-voix : oui, je le fixerois., si un tel homme se fixait jamais. Un soupir alloit s’échapper ; elle voit que je l’observe , et se met à son piano. L’instrument est sourd, discord; deux ou trois morceaux sont détestables : on essaie des pastels , la main est pesante ; on efface , on recommence , on déchire, et les crayons volent en éclats. Enfin, on s'apperçoit qu’on fait l’enfant ; on en convient de bonne foi; un sourire annonce le calme , et on me fait la grâce de m’adresser Ta parole. On conçoit d’abord mille projets extravagans , inexécutables ; on réfléchit ensuite , et on s'arrête à celui-ci : nous avons , dans les vallées du Piémont , une jolie habitation et quelques arpens ; Claudine en aura la propriété; mais elle partira sans voir Belton , et sans espoir de le revoir jamais.

AMBROISE

INon, mademoiselle, non. Claudine est malheureuse , elle n'est pas méprisable, et personne n’a le droit de l’avilir. Qui osera mettre un prix à son honneur , et se flatter de le lui faire recevoir ? Tant que je lui resterai, elle ne sera à la merci de personne. Qu’on me la rende , qu’on me la rende à l’instant. Je l’arrache de cet hôtel; je la conduis hors de la ville; je lui donne tout ce que je possède au monde , et je me repose , sur l’active et bienfaisante providence , du soin de la soutenir et de la consoler.

Plaisanterie à part, voilà de la véritable grandeur. L'entourage n'est quelque chose, que quand l’individu n’est rien. J'entends quelqu’un. C'est madame , sans doute. Laissez-moi,

COMÉDIE. 53

je vais lui parler encore , et vous pouvez tout attendre de l’intérêt que vous m’inspirez.

AMBROISE

Veillez, mademoiselle Honorine, veillez exactement sur cette triste victime ; irfstruisez-moi des moindres détails ; et , sur-tout , que personne ici n’oublie que je représente son malheureux et respectable père, et que j’ai seul le droit de prononcer sur son sort.

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