A M BR O I SE
Ne pleure pas, mon ami , ne pleure pas. Les fautes sont personnelles. Ce n’est pas à toi qne j’en veux — ( Cherchant. )
« D’espoir qu’en vous. ».M’y voilà. « Mon repentir et et
? mes Jarmes.,.,, « Ah ! elle a pleuré ; c’est quelque chose.
» M’ont peut-être rendue tbigne de votre pitié , et si vous ■» me refusez votre.. .. votre assistance , il ne me reste que le .» désespoir et la mort. Votre filleule, Claudine. « Tout ça est bel et bpn ; mais avant de m’attendrir , je veux savoir de quoi il est question. Tu es sans doute au fait ; voyons : qu’est-ce que c’est que cette faute ? Ça me chiffonne , ça. CLAUDINE.
Mon récit sera court.
AMBROISE
Tant mieux î je n’ai pas de tenis à perdre.
Claudine avoit quatorze ans.
Bon.
On la trouvoit jolie.
AMBROISE
Après.
Tous les jours , elle menoit paître le troupeau de son père sur le Montanverd.
ambroise, impatienté .
Ah ! voilà une histoire qui ne va plus finir.
Te printems ramenoit déjà Les voyageurs, qui viennent, tous les ans, visiter nos glacières. Claudine êtoit à l’écart avec son troupeau. Un étranger passe près d’elle; elle regarde par curiosité; il lui parle; l’honnêteté l’oblige à répondre. Il étoit jeune: la jeunesse intéresse. U étoit beau; Claudine trouvoit
du plaisir à le regarder. ( avec embarras ) Enfin enfin ....
-AMBROISE
E1Σ oublie son troupeau.
Elle s’oublie elle-même.
ambroise, avec chaleur.
Et son devoir 3 et son père !
Elle ne connoissoit de devoirs que ceux qu’elle rempîissoit depuis sa naissance. Elle ne savoit pas qu’elle pût offenser son père. L’étran ger jura . promit
COMEDIE
AMBROISE
Et ne tint rien ? c’est la règle.
Claudine n’étoit pas revenue à elle, qu’il étoit déjà loin : elle pressentit son malheur, et soupira.
AMBROISE
C’est la réponse des filles trompées. Elles, pleurent , elles soupirent.
Plus de gaîté, plus de chansons. Triste et pensive ,• elle erroitsur le Montanverd ; ellepassoit, repassoitau lieu fatal....
AMBROISE
Enfin ?
Enfin, elle s’apperçut que sa faute avoit des suites funestes.
AMBROISE
Ah ! nous y voilà.
Elle se confia à sa sœur Nanette
Et que fit-elle, cette sœur Nanette ?
Elle se cîiargea d’adoucir son père.
AMBROISE
Et n’y réussit pas ?
Vous connoissez la sévérité de mon père. Il s’écria qUe Claudine l’avoit perdu d’honneur, et qu’il ne la verroit plus. Je prends le ciel à témoin que la pauvre fille ignorolt ce que c’est que l’honneur.
AMBROISE
Voilà le diable. Si on connoissoit le danger, ou se tiendroit
sur ses gardes Heureusement aujourd’hui les jeunes filles
savent à quoi s’en tenir. Ah ça, mais cet étranger ? il a donc passé comme la fondre ^ qui ne laisse de souvenirs que par ses ravages ? son pays ? son nom.
Hélas ! que me demandez-vous ? Il ne me reste de lui. . ..
AMBROISE
Que son enfant , n’est-il pas vrai ?
ï2 CLAUDINE DS FLORIAN,
soifcœuix k"2"6 qUe’ Qlaudîn'e a **>jouM portée sur
AMBROISE
ünSu qu’est-elle devenue , cette pauvre fille ?
ba soeur, la conduisit chez le curé de Salenches, qui l’acuei avec douceur, qui fut. touché de sa peine. Il la mit chez une femme honnête, qui parvint à calmer le chagrin qui la consument ; madame Félix éclairoit son esprit ; elle lui
ITeVJ i ' éCri-6’ à Pe“er’ et ïorsquP>eli;
®’ 1 a,c ’e et comPatissante amitié répandit sur ses blessuies un baume consolant.
, ■ , AMBROISE
Voila d honnêtes, de braves gens. Est-il sûr de ne jamais taiiiu, celui qui ne sait pas pardonner une foiblesse ?
c. L A XJ v I N E.
M. le curé vouloit éloigner l’enfant; Claudine voulut le n~m.ni.. oiio voiis otez tout espoir de retour auprès de votre pre lui disoit-il. Je ne réparerai pas mie faute par un crime, lui répond it-ede , en pleurant : je n’ abandonnerai pas cet in-
nocentades mains étrangères; je ne le punirai pas du malheur cretre ne.
AMBROISE
C’est une braye fille , ma filleule. Ça me remue ; ca me touche. * *
, ,Les an.nées s’écou! oient. M. le ruré avoit beaucoup fait pour ej<e, et il a des pauVres , qu’il doit également soulager. Madame Félix n’est point opulente. Ils s’expliquèrent enfin avec Claudine. Humiliée d’être à charge, décidée de repousser la imsere a force de travail, elle prend son fils par la main; elle soit de Salenches , et s’achemine vers Turin après m’avoir remis cette lettre pour vous.
Dans le fait c’est un terrible homme, que Je père Simon. Quel chien oe plaisir trouve -t- on à haïr ? Eh bien, où estelle ta sœur ? à tout péché miséricorde : que diable , je ne sais çjueça,moi.
Psut-elle se flatter de quelcju’indulvenc© ?
AMBROISE
Eh ! sam cloute. Où est-elle ?
Compter sur votre secours ?
AMBROISE
Eh oui, oui, oui, cent fois oui. Où est-elle ? finissons, c L a u D 1 n e, se jeticint à ses pieds.
Elle est à vos genoux.
. A MB r o I s E . , la relevant.
Relève-toi, mon enfant. C'est celui qui t'a trompée , trahie abandonnée, qui doit tomber à tes pieds. Mes bras s'ouvrent au repentir. Viens, que je te presse sur mon cœur. Jamais le cœur du père Ambroise ne fut sourd au cri de l’innocence cfe de la douleur. ( elle se jette dans ses bras ) Eh bien , ne voilà t-il pas que nous pleurons tous deux. Remettons-nous , mon enfant ; des larmes ne servent à rien. Voyons : quels sont tes projets P J
Je pouvois chercher une condition ; mais on ne m’eut pas îeçue avec mon enfant. 1
AMBROISE
C'est clair*
Je me suis dit : ce déguisement me mettra à l’abri des écueil#, de mon âge.
AMBROISE
Oui, un garçon est toujours moins exposé qu’une fille.
J'irai trouver mon parrain; je travaillerai sous ses yeux • je mangerai à sa table; je logerai sous son toit; et, si jamais son témoignage peut m’être utile , il attestera mon repentir , ma sagesse, ma patience, et peut-être qu’un jour, jelui devrai la paix de l’âme , et lepardon de mon père.
J’approuve ton plan : je te fournirai les outils du métier. Si ton travail ne suffit pas d’abord, je t’aiderai de mes épargnes. Reprends courage, mon enfant; je te plains, je t’estime * et je mériterai la confiance que tu as en moi. Tu vois cette maison ? monte jusqu’au toit; la petite porte à gauche de l’escalier; voilà la clef. La huche en lace de la croisée; tu y trou-
veras de quoi te rafraîchir 3 un méchant lit à droite ; tu t’y reposeras avec ton fils, et moi, je penserai aux moyens de te servir , et je te servirai. A^a , ma filleule, va.
( Claudine lui baise les mains avec transport : il lui tend les bras , elle /’ embrasse et sort avec Benjamin * )