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glaner dans les médisances baveuses de ce débineur, toujours prêt à manger le morceau, tous les morceaux : nous déjeunâmes ensemble.
Il était, ce jour-là dans sa meilleure forme et nous achevions à peine les hors-d'œuvre, qu'il m'avait déjà communiqué, lui qui ne m'avait précédé à Béziers que de quarante-huit heures, la liste officieuse et complète de tous les massacreurs d'amazones de l'endroit qui ne perdent pas leur temps avec les femmes; connaissant le jeanfesse, je ne doutai point qu'il se fût mis en bonne posture pour être renseigné et, tout en lui prêtant une esgourde attentive, je songeais qu'il y aurait une belle étude à écrire, intéressante et neuve, sur la Viticulture et l homosexualité dans leurs rapports avec la production musicale. Jean de Katorzeur voulut-il me convaincre qu'en dépit de sa réputation bien établie, il ne buvait pas de ce vin là? ou bien touche-t-il une bédide gommission? je ne sais, mais, a[)rcs le mégot digestif, il me proposa de m'emmener chez (( la comtesse ».
Je craignis d'abord que « la comtesse » ne fût le sobriquet féminin de quelque entubé local, et déjà je me voyais j)résenlé par mon guide à quelque inconnu vêtu de noir lui ressemblant comme une tante ; mais non la comtesse est tout
simplement une vieillarde qui gère, dans le quartier réservé aux filles damour, une maison assez bien achalandée, ma foi. Les Biterrois, ces grands seigneurs (dans Biterrois, il y a roisi font bien les choses : ils ont donné aux rues discrètes dudit quartier les désignations les moins prosaïques. C'est ainsi que le nom d'Alfred de Vigny indique la maison du berger, celui de Musset le refuge d'une nuit d'excès, Victor Hugo le couvent de Fantine: Mistral même guide ces messieurs que, dans ces parages hospitaliers, un bon vent amène.
Epatante, la vieille gonzesse ! Si jamais Renaud passe par Béziers, je m'engage fort à ne pas oublier de visiter cette curiosité que Biedeker omit. Vous l'y autoriserez, indulgente Claudine, — à charge de revanche — , d'autant plus que rien n'oblige, après avoir conversé avec la comtesse, à prendre langue avec ses pensionnaires; dans ce chaud climat, on recommande la flanelle.
Quelque soixante ans, des cheveux blancs roulés en bourrelets aux tempes, une chaîne d'or au cou, des lunettes chevauchant son nez bourbonnien. M"" la comtesse, assise près de la cheminée dans un grand fauteuil de velours rouge, m'accueillit avec une distinction toute aristocratique.
de douairière les fagots; d'un geste noble, après que Jean de Katorzeur m'eut nommé, elle m'indiqua un siège et (ce que c'est que la gloire!), elle témoigna que mon nom ne lui était pas inconnu.
— Ah! Maugis? articula-t-elle lentement, Maugis est un écrivain célèbre; et il veut entendre l'œuvre de notre grand, de notre cher Saint- Saëns. ?S'ous sommes si artistes à Béziers, si artistes î
— Tu,., vous parlez, Madame, iîs-je avec déférence.
— Moi, monsieui* Maugis, j'adore la musique de Saint-Saëns... je ne mets rien au-dessus.
Je redoutai que la comtesse me barbât exagérément; la critique musicale, j'en vends; celle des autres me donne des vents; pour le signifier nettement à cette digne femme, je syllabai, calme :
— Oh! moi, vous savez, j)ourvu (jue mon ventren'ait pas de plis, je me fousde tout le reste !
Elle ne [)arut point choquée et sourit un peu, toujours grande dame :
— J'admire le jùttoresque du langage de Maugis, et je devine qu'il souhaite i)rtsentemeDt la société de quelque jeune femme aimable el jolie...
CLAUDINE SEX VA 28o
— Justement.
— Je vais vous envoyer cela... Vous restez, M. de Katorzeur?
Le Serbe m'interrogea du regard :
— Mon cher, lui dis-je, je ne vous retiens pas : vous ne me seriez d'aucune utilité.
La comtesse se leva, salua, et sortit en frétillant mollement du croupion, suivie de Katorzeur; l'instant d'après, deux hétaïres vinrent m'offrir leurs services : Juliette était blonde, Carmen brune. J'hésitai : serais-je Roméo ou don José? Je fus l'un et l'autre — c'est comme j'ai l'honneur de vous le dire !
Le lendemain, ahl le lendemain, ce fut moins gai. Réveillé trop tard, je dus m'habiller à la sixquai'-deux (Galliope dit « à la soi.xante-neuf », c'est plus pittoresque), puis il fallut, faute de sapin , monter dans une tapissière hostile aux fessiers, avaler la poussière d'une route en ventre d'àne, et ce furent, sous un cochon de soleil quia s'était mis de la partie )> — la rosse! — les Arènes où 12o9.') méridionaux transpiraient, tels un secret mal gardé.
Dessalé comme je suis, je sus tout de môme trouver un coin d'ombre derrière le postère, copieux, d'une vigneronnesse. et je me rinçai le cristallin en contemplant le décor de
Jambon et Bailly. Un cliouette décor, sans (lan : le propre palais qu'habita Artaxerxès Mnemon « en 401 avant Jésus-Christ », précise le prog^ramme : c'est ça qui ne nous rajeunit pas. Des frises crémail bleu turquoise, (les lions ailés, et des colonnes, et des portiques, et des jardins en terrasse, de petits gredins, de hauts gradins, de vieux gradés fpages, escaliers, capitaines), oh ! des escayers surtout, en veux-tu en voilà : le pauvre pipelet qui s'envoyait le balayage de ça, tous les matins, ne devait pas trouver le temps de se les chaulTer au soleil. Lacune mesquine qui surprend dans une si luxueuse installation : pas d'ascenseur.
Les trois coups — je ne sais pas pourquoi je pense à la comtesse — des appels de trompette; Paul Viardot, chef d'orchestre grassouillet, lève une baguette impérieuse, Panjsatis sévit.
Ah! nom de Dieu! qu'est-ce que j'ai bien pu faire au ciel pour endurer ce supplice ? Je sais bien, je ne possède point toutes les vertus d'un Louis de Gonzague : je suis un j)eu porté sur ma bouche et î-rur celle des femmes : j'ai mérité pour le moins vingt ans de purgatoire et dix ans d'interdiction de séjour, mais pas ça! Seigneur, pas ça !
Oyez : Parysatis, c'est la mère d'Artaxerxès.
CLAUDLXE SEN VA 287
qui exerce le métier de roi de Perses (tout le monde ne peut pas être président de la République\: elle a un autre lardon, Gyrus, qu'elle porte dans ses petits boyaux et qui, naturellement, conspire contre son monarque de frère. Ça ne lui réussit pas, au frangin, il est battu et tué à Cunaxa, en même temps que ce bassin de Xénophon. Dans les bagages du défunt, on dégole une esclave grecque nommée Cora Laparcerie, dont le rôle est tenu par une actrice célèbre nommée Aspasie. Indéniablement g-ironde, cette Cora avec son air de Tanag-ra un peu « forci », de Tanagra... double, donne dans l'œil au môme Darius, fils d'Artaxerxès, qui s'emballe à fond sur elle quoiqu'elle ait pagnotté avec feu son oncle : il veut coucber sous la lente, ce loupiot vicieux 1 Quand à elle, elle ne demande qu'à marcber. Mais voilà qu'Artaxerxès entend lui aussi, se lappuyer : Aspasie rouspète; alors, Artaxerxès tue Darius — ça va de soi ; vous croyez peut-être qu'il va pouvoir enlin coucber avec Aspasie? des nèQes! elle s'occit, la roublarde!
Et Parysalis, dans tout ça, qu'est-ce qu'elle fabrique?
Parysatis, lié bien î elle donne son nom à la pièce — joli cadeau à faire à une tragédie — ; en outre, quand le décès d'Aspasie porte à trois
le nombre des macchabées, elle fait un foin de tous les diables et devient tellement insupportable qu'Artaxerxès, l'expulse, comme une congrégation ; en parlant, la vieille râleuse lâche un mot historique : « Voilà la royauté qui passe ». Un point, c'est tout. Confectionner de la bonne musique sur un sujet pareil, ça me paraît aussi impossible qu'à une chèvre de se curer les dents avec sa corne gauche.
Je ne veux \m\s évaluer sous combien de centaines de pieds de matières excrémentielles j'aimerais mieux être enfoui que d'ouïr une seconde fois ce drame fuligineux dont la perpétration emplit M'"'^ Jane Dieulafoy d'un vésanique orgueil. Ah! elle n'est pas difficile, l'exploratrice, et elle peut se vanter de joindre un (ichu brin de plume à sa pioche d'archéologue ! Sans charrier, Ponson du Terrait in'apparaît un styliste exceptionnel auprès de cetle authoress qui découvre, avec le même ravissement que si elle exhumait un autre palais antique, les larmes « qui coulent amères », les ^ visages « chargés de soucis », la jeunesse et la gloire « qui sèchent comme l'herbe » : Parysatis. interrompant une scène de pelotage entre Darius et Laparcerie (( elïarouche tout un vol de baisers »; la môme, résolue à jouer de ruse avec Artaxerxès, décrète :
« A la peau du serpent, il faut coudre celle du renard. )> Mince de stoppage! Et quant à cette autre peau dWspasie, incertaine, à Tentendre, si elle a « touché le fond de la douleur » elle est du moins sûre, compensation point moche, d'avoir « atteint la cime de la félicité ». Oh î la, la! Oiis qu'est mon alpenstock?
Et cette prose, putride comme celle d'Hanry Ner, est piquée de vers tels que le plus vétusté roquefort lui-même s'en détournerait, pris de nausées. Pigez ce chœur de gonzesses expectantes, qu'on croirait torché par son Son Insolence Perilhou-le-Baveux :
Depuis trois mois déjà notre vaillante armée.
(A la victoire accoutumée),
Fière de prendre son essor,
A quitté Suse aux portes d'or...
Nous attendons toujours près des hautes murailles Nos valeureux guerriers quenivrent les batailles.
Le même lyrisme purotin s'exalte dans les strophes où des chasseurs célèbrent Darius parce que cet éphèhe, qui n'aime pas rester inactif, a profité de l'entrée du corps de ballet pour allrr tuer un léopard. Pan ! une flèche dans l'œil !...
Le monstre bondit, rugissant :
C'était du fru, c'était du sang
Qui jaillissaient de ses piunellos.
Mais alors deux flèches nouvelles Volèrent, et le léopard Tomba percé départ en part.
Nom (l'un pétard ! nom d'un pétard î
Ce fut, d'ailleurs, la seule joie de la pièce, ce léopard ; une carpette de 5 fr. 95 au dos d'un canasson étique rej)résenlait la dépouille de ce fauve de façon cocassement piteuse, et j'éprouvai un instant, à contemuler cette descente de lit pour meublés à vingt sous la passe, la même allég-resse que j'avais connue, Tan passé, quand le salé, qui représentait le vautour prométhéen s'était écrié, suintant d'angoisse : « Mamin. pipi! »
Cette figuration, nombreuse, décharde et ridicule : ces cavaliers, ces mages, ces satrapes, ces immortels (j'en ai compté plus de quarante), ces captifs, ces piqueurs, avec leurs coitTures en forme de tourtes — symbolisme ingénu — . avec leurs robes d'indienne et leurs sarraux blancs qui laissaient passer des pantalons elTrangés et des godillots pas cirés, tout (;a, c'était sale, et ça tenait de la place ; aggravé de bassets qui jouaient faux et d'instrumentistes qui aboyaient, ça faisait un boucan pas ordinaire.
Entre nous, Aspasie Laparcericliepin, fùt-elle sans voiles, m'exciterait [dus que le général
André, fût-il en grande tenue; elle sait accrocher ses bras purs, le plus càlinement du monde, au cou d'Odette de Fehl, encore qu'un jobard du Monde musical ait constaté chez elle un manque de sincérité dans la passion, ajoutant, poire bénie : «: La passion ne peut être sincère quand on travestit le sexe de Famant... » (Hein, Claudine, quelle hé-Rézi!) En tous cas, je la gobe quand elle soulève les rideaux de sa litière parmi les glissandos des harpes (qui, sans pédales, ô Lyon, m'eussent plu davantage), cependant qu'une flûte enroule des spirales d'extase [mode hypophrijgien).
L'entrée de Parysatis n'est pas de la moucherie de pauvre, surtout quand le rythme solennel des cymbales vient la scander lentement [mode hypodorien).
Quant au machin dit « Le Rossignol et la Rose )), je me relèverai la nuit pour en rire. Comme musique, c'est des gargouillades plutôt coco, mais quel ruissellement de poésie ! Allumez... le rossignol sopranise : « Ah!... ah!... ah î... » Alors le ch(r;ur y répond : « lia !... lia !... Ha!... » N'est-ce pas, on en mangerait sur du pain ! [mode Jiypolijdien).
Mon meilleur ^souvenir musical c'est une énorme choriste, rouge comme une nuit de noce,
292 claudim: s i:n va
moustachue comme va[i \\'aefelghem. massive et carrée comme une tour de la cathédrale Saint- Nazaire [mode hippojjolanie].
Telles sont les réflexions diirnes, justes, équitables et salutaires que m'ins[)ire Parijsatis, collection de réminis (saint) saëns... En voilà un musico qui se connaît soi-même!... Sans être aussi crevant que les compositions au chloral du sommifère Georges Hiie, son machin persan ne m'emballe pas. C'est bien fait, c'est froid, c'est lisse ; on dirait le derrière de la Rose- Chou.
La petite fête se termina par le spectacle de trois messieurs, apparus sur la scène aux acclamations d'un peu[)le en délire, et qui, elïrontément, s'embrassèrent : ces trois fantaisistes, c'étaientM. (^astelbon de Beauxhôtes, Saint-Saëns et... M"" Dieulat'oy. Ben, mon cochon I
Après le dîner, j'ai rencontré Pierre Lalo qui, camaro de Durand, l'éditeur à Saint-Saëns, inclinait vers l'indulgence : u En somme, vaselinait-il, ça vaut mieux que d'aller au... » — J'ai répondu fermement : « Je ne trouve pas! » — et je suis retourné chez la comtesse, dans l'immeuble riant qu'elle sut aménager avec le confort moderne (Eau et garces à tous les étages).
C'est à cette débauche supplémentaire que
VOUS devez une lettre pour laquelle je vais cracher au moins vingt et un sous de port : mes reins, un peu affaiblis, eussent malaisément supporté la trépidation de l'express et j'ai retardé mon départ de vingt-quatre heures ; alors, gagné par cette furie de meurtre qui détermina le fâcheux Artaxerxès à tuer son frère, puis son fils, j'ai voulu tuer le temps : de là cette relation — longuette.
Je baise, Claudine, vos mains que je devine expertes. Dites à Renaud qu^il vous continue ses sages conseils, sans lesquels vous bafouilleriez incontestablement dans le choix de vos amies. Balancez-vous entre le désir des brunes sveltesses d'Annie, ou le souvenir de Hézi, viennoise potelée? A votre place je n'hésiterais pas... C'est la grasse que je vous souhaite!
Henry Maugis.
Une mauvaise fatigue assombrit cette heure claire. Qu'avait-on besoin de me rapprocher de ces gens-là, de ces jours-là? Le « volume » de Maugis, prétentieux et grossier comme tout ce qu'il écrit, je n'ai pas eu la patience de le terminer, mais je relis la lettre de Claudine, et sa malencontreuse sollicitude ravive en moi des images effacées, à travers lesquelles je regarde fixement, sans bien voir, l'enveloppe carrée et l'écriture raide d'Alain... Dakar, Dakar... où donc ai-je vu ce nom-là, inscrit en noir gras dans un petit rond ? Pourquoi Dakar? La dernière fois, c'était Buenos- Ayres...
Avec un cri, je sors de ma brume. Dakar! Mais il revient, il est en route, il se rapproche, il sera ici demain, tout à l'IieurG !... Voilà donc ce que couvait le calme de celte matinée?
296 Cl. A LDI m: S K.N VA
Mes mains maladroites déchirenl la lettre avec l'enveloppe, l'écrilnre si nette tremble devant mes yeux... Je lis à peu près : « Ma chère Annie... en (in... le retour... rencontre de nos amis X... qui voyagent en touristes... me retiennent... alTaire de dix jours... trouver lamaison prête, Annie heureuse... etcetc... » Dix jours, dix jours ! Le sort ne m'accorde pas davantage pour réfléchir. C'est peu. Ce sera assez.
— Léonie !
— Madame?
Elle tient trois chatons nouveau-nés dans son tablier relevé, et m'explique, pour s'excuser, en riant :
— C'est que je vas les noyer,
— Faites vite, alors. Les malles, le sac de toilette, tout cela bouclé pour l'express de cinq heures. Nous rentrons à Paris.
— Encore !
— Ça vous gêne ? Je serais désolée de vous imposer une minute de plus un service qui contrarie vos goûts.
— Je ne disais pas ça, Madame...
— Dépêchez- vous. Monsieur m'annonce son retour.
Je l'entends, au premier étage, se venger sur les tiroirs de commode et les serrures des placards...
Tous ces cartons, tous ces paquets! Une odeur composite flotte, de cuir neuf, de papier noir goudronné, de laine rude et non portée, de bitume aussi, à cause du grand manteau imperméable. J'ai bien occupé mon temps, depuis mon retour précipité. On n'a vu que moi chez le bottier, le tailleur, le chapelier... Je parle comme un homme, mais la faute en est à la mode, plus qu'à moi.
En cinq jours, je me suis commandé et fait livrer tanl, lant de choses! J'ai gravi tant d'étages, mandé lant de fournisseurs à faces de domestiques enrichis, enlevé tant de fois ma jupe et mon corsage, bras nus et frissonnants sous les doigts froids des « premières » que la tête me tourne. N'importe, cela est bon. Je me secoue parle collet.
Assise, un peu étourdie, j'admire mes trésors. Les beaux grands souliers lacés, plats et effilés comme des yoles, bas sur leurs talons anglais I On doit marcher d'aplomb, longtemps, sur ces petits bateaux jaunes. Du moins, je le suppose. Mon mari préférait pour moi les talons Louis XV, plus a féminins »... Puisqu'il les préférait, je n'en veux pas î II n'aimerait guère non plus ce complet de bure rousse, pelage d'écureuil, dont le volant en forme s'évase si net et si simple... Je l'aime, moi. Sa sobriété m'amincit encore, sa couleur fauve souligne le bleu de mes yeux, l'exagère jusqu'à faire venir l'eau sous la langue... Et ces gants masculins à piqûres, ce feutre correct, traversé d'une plume d'aigle !... Tant de nouveautés, tant de désobéissance me grisent, comme l'imprévu de cette chambre d'hôtel. Vi\ hôtel très bien, à deux pas de la maison, — on ne dira pas que je me cache.
Sans souci de la vraisemblance, j'ai dit à Léonie : « La maison a besoin de réparations urgentes, Monsieur me rejoindrait l'Impérial-
300 CLAUDINE S i:.\ VA
Voyage. » Depuis, la pauvre fille vient ici tous les matins, pour prendre les ordres et se plaindre :
— Madame croirait-elle ? L'architecte est pas encore venu pour les réparations que Madame y a écrit.
— Pas possible, Léonie ! Au fait, il a peutêtre reçu de Monsieur des instructions particulières?
Et je la congédie, avec un sourire si bienveillant qu'elle s'intimide.
Fatiguée, j'attends l'heure du thé, caressant de l'œil seulement — parce qu'il m'impressionne quand je le touche — le plus beau de mes joujoux neufs, dont j'ai fait emplette tout à l'heure : un petit revolver mignon^ mignon, noir, qui ressemble à ïoby... (Toby, je le prie de ne pas lécher ce carton verni I Tu vas te faire mal au ventre!)... 11 a deux crans de sûreté, six coups, une baguette, un tas d'alTaires. Je l'ai acheté chez l'armurier d'Alain. L'homme qui me l'a vendu m'a soigneusement expliqué le mécanisme, en me
regardant furtivement , d'un air fataliste, comme s'il pensait : « Encore une ! Quel malheur ! si jeune ! Enfin, il faut bien que je vende mes bibelots... »
Je suis bien. Je goûte un repos oublié depuis longtemps. Un choix assez sûr a meublé ce petit salon jaune et la chambre Louis XVI qui l'accompagne. Mon instinct irritable et dégoûté ne flaire pas ici les tapis sales, les capitonnages aux recoins inquiétants. La lumière glisse sur des meubles lisses, sur des boiseries mates d'un blanc-gris tranquille. Un petit téléphone de service grelotte discrètement dans une paix de maison bien tenue. Quand je sors, un vieux monsieur en jaquette, qui trône dans le bureau, me sourit comme à sa fille... La nuit, je dors des heures, sur les bons matelas fermes et carrés.
Je rêve une minute que je suis une mûre demoiselle anglaise, paisible et sèche, et que j'ai pris pension dans un family très chic... <( Toc-toc-toc... »
— Entrez !
« Toc-toc-toc... »
— Entrez donc, je vous dis...
La petite femme de chambre drôlette passe son museau de souris.
— C'est le thé, Marie?
— Oui, Madame, et une visite pour Madame.
— Une visite !
Je bondis sur mes pieds, tenant encore par leshicets un de mes souliers jaunes. Le museau de souris s'eiïare :
— Mais oui, Madame ! C'est une dame.
(Je tremble, mes oreilles bourdonnent.)
— Vous êtes siire que... que c'est une dame ?
Marie éclate de rire comme une soubrette de comédie ; je l'ai mérité.
— Vous avez dit que j'étais là?... Faites monter.
Appuyée à la table, j'atlends, et cent sottises tourbillonnent dans ma cervelle... Cette dame, c'est Marthe, et Ahiin la suit... Ils vont
CLAUDINE SEX VA 30a
me prendre... Je regarde follement le joujou noir...
Un pas vif frôle le tapis... Ah, mon Dieu, c'est Claudine! Que je suis contente, que je suis contente I
Je me jette à son cou avec un tel « Ah ! » de délivrance qu'elle s'écarte un peu, étonnée.
— Annie... qui attendiez-vous ?
Je presse ses mains, je passe mon bras sous le sien, je la pousse vers le canapé de canne dorée, avec des gestes nerveux qu'elle écarte doucement, comme inquiète...
— Qui j'attendais? Personne, personne!
Ah I que je suis heureuse que ce soit vous !
(Ln soupçon assombrit ma joiei :
— Claudine... on ne vous envoie pas? vous ne venez pas de la part de... ?
Elle lève ses sourcils déliés, puis les fronce d'impatience :
— Voyons, Annie, nous avons l'air de jouer la comédie de société... vous surtout! Qu'est-ce qui se passe? Et que craignezvous?
— Ne vous fâchez pas, Claudine. C'est si compliqué î
— Croyez-vous? C'est presque toujours si simple !
Docile, je ne la contredis point. Elle est jolie, comme toujours, à sa manière, mystérieuse sous son chapeau noir enguirlandé de chardons blancs et bleus, toute en yeux et en cheveux bouclés, le menton ironique et pointu...
— Je veux tout vous dire, Claudine... Mais d'abord, comment saviez-vous que je suis ici?
(Elle lève le doigt) :
— Chut!... Il faut remercier une fois de plus le Hasard, avec un il majuscule, Annie, le Hasard qui me sert, à moins qu'il ne me commande... Il m'a conduite au magasin du Louvre, qui est un de ses temples, puis sous les arcades du Théâtre-Français, non loin d'un armurier connu, où une petite créature mince, aux yeux brillants et bleus, achetait...
CLAUDINE S'EiX VA 305
— Ah ! c'est pour cela...
(Elle aussi, elle a eu peur. Elle a cru... C'est gentil. C'est gentil, mais un peu naïf. Je souris en dessous).
— Quoi, vous pensiez... Non, non Claudine, ne craignez rien ! On ne fait pas, comme ça, pour un oui, pour un non...
— ... Parler la poudre... D'ailleurs votre raisonnement est faux, c'est le plus souvent, pour un oui, pour un non, au contraire...
Elle se moque, mais tout mon cœur se gonfle de gratitude vers elle, non pas pour sa crainte un brin feuilletonesque de tout à l'heure, mais parce qu'en elle, en elle seule, j'ai rencontré la pitié, la loyauté, la tendresse un instant fougueuse, tout ce que m'a refusé ma vie...
Elle me parle dur et me regarde tendre. Le malaise perce sous sa raillerie. Elle n'est pas bien sûre de ce qu'il faut m'ordonner. C'est un petit médecin ignorant, intelligent et superstitieux, un rebouteux un peu devin, mais sans expérience... Je sens tout cela et
me garderai de le lui dire. 11 est trop lard pour changer mes habitudes.
— Ça n'est pas dégoûtant du tout, cet immeuble, constate (llaudine en regardant autour d'elle. Ce petit salon jaune est drôlet.
— N'est-ce pas? Et la chambre, tenez... Ça ne sent pas riiotel.
— Ma foi non, on dirait plutôt une chouette maison de pass... oui, passez-moi l'expression, une maison de rendez-vous.
— Ah? je n'en sais rien.
— Xi moi non plus, Annie, répond-elle en riant. Mais on m'a l'ait des descriptions.
Cette révélation me laisse songeuse : « Une maison de... » La rencontre est ironique, pour une femme qui n'attend personne!
— Prenez du thé, Claudine.
— Bouac, qu'il est fort î Beaucoup de sucre au moins. Ah ! voilà Toby ! Toby charmant, ange noir, crapaud carré, front de penseur» saucisson à pattes, gueule d'assassin sentimental, mon chéri, mon trésor ! .. .
La voilà redevenue tout à fait Claudine, à
quatre pattes sur le tapis, son chapeau tombé, embrassant le petit chien de toutes ses forces. Toby, qui menace tout le monde de ses dents inégales et solides, Toby charmé se laisse rouler par elle comme une pelote...
— Fanchette va bien ?
— Toujours, merci. Elle a eu encore trois enfants, croyez-vous! Ça lui en fait neuf cette année. Je l'écrirai à M. Piot. Des enfants indignes, du reste, grisâtres, jaunâtres, mal marqués, fils du charbonnier ou du blanchisseur... Mais quoi, ça lui fait du bien.
Elle boit sa tasse de t-hé à deux mains, comme une petite fdle. Ainsi, au Jardin de la Margrave, elle tint renversée une minute, une seule minute, ma tète à la dérive...
— Quoi?
(Ressaisie, je veux me taire).
— Uien...
— iiien quoi, Annie?
— Kien... de nouveau. (Test à vous de me questionner.
Ses yeux de collégien malicieux redeviennent des yeux de femme, pénétrants et sombres :
— Je le puis ? Sans restriction ?. . . Sans discrétion?... Bon ! Votre mari est revenu?
Assise près d'elle, je l)aisse les yeux sur mes mains croisées, comme au confessionnal :
— Non.
— Il revient l)ientot?
— Dans quatre jours.
— Qu'est-ce que vous ave/ décidé?
(J'avoue tout bas) :
— |{ien.
(Elle s'étonne) :
— Hien ! Hien ! Alors qu'est-ce que c'est que ce fourbi ?
Elle désigne, du menton, la malle, les vêtements, les cartons pêle-mêle... Je me trouble.
— Des babioles pour la saison procbaine.
— Oui-dà?
Elle m'inspecte d'un regai'd del)ête soupçonneuse... Je n'y tiens plus. Qu'elle me blâme.
mais qu'elle ne suppose pas une escapade indigne, je ne sais quel ridicule enlèvement... Vite, vite, je parle, je raconte une histoire décousue :
— Ecoutez... Marthe m'a dit, là-bas, qu'Alain, avec Valentine Chessenet...
Ah ! la rosse
— Alors, je suis venue à Paris, j'ai... j'ai démoli à peu près le bureau d'Alain, j'ai trouvé les lettres...
— Très bien !
Les yeux de Claudine pétillent, elle tord son mouchoir. Encouragée, je m'emballe...
— ... et puis j'ai tout laissé par terre, les lettres, les papiers, tout... il les trouvera, il saura que c'est moi... Seulement, je ne veux plus, je ne veux plus, vous comprenez, je ne l'aime pas assez pour rester avec lui, je veux m'en aller, m'en aller, m'en aller...
Je suiïoque de larmes et de hâte, levant la lête pour chercher l'air. (Claudine embrasse délicatement mes deux mains et demande à voix très douce :
310 clal'dim: s'i:n va
— Alors... c'est le divorce que vous voulez?
(Je la regarde, hébétée comme si elle m'avait battue) :
— Le divorce... pourquoi faire?
— Comment?... Elle est extraordinaire!
Mais voyons, puisque vous ne voulez plus vivre avec lui?
— Bien sûr. Mais, est-ce que c'est nécessaire, le divorce?
— Dame, c'est encore le plus sûr moyen, sinon le plus court. Quelle enfant ! Elle prononce ce mot-là comme le nom d'une vilaine maladie!...
(Je n'ai pas le cœur à rire. Je m'affole peu à peu) :
— Mais comprenez donc que je ne voudrais pas le revoir ! J'ai peur, moi !
— C'est bravement dit. Peur de quoi?
— De lui... qu'il me reprenne, qu'il me parle, peur de le voir... H sera peut-être très méchant...
(Je frissonne.)
— Ma pauvre petite I murmure Claudine tout bas, sans me regarder.
(Elle semble réfléchir très fort.)
— Qu'est-ce que vous me conseillez, Claudine?
— C'est difficile. Je ne sais pas très bien, moi. 11 faudrait demander à Renaud...
(Terrifiée, je crie) :
— -Non. A personne, personne î
— Vous êtes bien déraisonnable, mon petit. Voyons... Avez-vous pris les lettres de la dame? me demande-t-elle tout à coup.
— Xon, avoué-jeun peu interloquée. Pourquoi faire? Elles ne m'appartiennent pas.
— En voilà une raison ! (Et Claudine hausse les épaules, très méprisante) Et, zut ! je ne trouve rien. Avez-vous de l'argent?
— Oui... Tout près de liuil mille francs. Alain m'en avait laissé beaucoup.
— Je ne vous demande pas ça... De l'argent à vous, une fortune personnelle?
— Attendez... trois cent mille francs de dot, et puis, cinquante mille fi'ancs liquides.
que m'a laissés, il y a Irois ans, grand'mère Lajamsse...
— Ça va bien, vous ne mourrez pas. Ça ne vous fait rien, pour plus tard, que le divorce soit prononcé contre vous ?
(Je réponds par un geste hautain.)
— Moi aussi, dit drôlement Claudine. Eh bien, mon cher petit... partez.
(Je ne bouge pas, je ne dis rien.)
— Ma consultation, mon ordonnance ne vous font pas pousser des cris d'enthousiasme, Annie? Je comprends ça. Mais je suis au bout de mon rouleau, et de mon génie.
Je lève sur elle mes yeux noyés de nouvelles larmes, je lui montre sans parler la malle, les rudes vêtements, les longues chaussures, le manteau imperméable, tout ce puéril appareil de globe-trotter, acheté ces jours derniers. Elle sourit, son regard prenant se voile :
— Je vois, je vois. J'avais vu tout de suite. Où allez-vous, mon Annie que je vais perdre?
— Je ne sais pas.
— C'est vrai?
— Je vous le jure.
— Adieu, Annie.
— Adieu... Claudine, (^je l'implore, pressée contre elle) dites-moi encore...
— Quoi, ma chérie ?
— Qu'Alain ne peut pas me l'aire de mal, s'il me rattrape?...
— Il ne vous rattrapera pas. Du moins, pas tout de suite. Vous verrez avant lui des gens déplaisants, qui tripoteront des papiers, puis ce sera le divorce, le blâme sur Annie, et la liberté...
— La liberté... (J'ai parlé à voix imperceptible, comme elle). La liberté... est-ce très lourd, Claudine ? Est-ce bien difficile à manier? ou bien sera-ce une grande joie, la cage ouverte, toute la terre à moi?
Très bas, elle répond en secouant sa tête bouclée :
— Non, Annie, pas si vite... Peut-être jamais... Vous porterez longtemps la marque de la chaîne. Peut-être, aussi, êtos-vous de
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celles qui naissent courbées?... Mais il y a pis que cela. Je crains...
— Quoi donc?
Elle me regarde en face. Je vois luire dans leur beauté les yeux et les larmes de Claudine, petites larmes suspendues, yeux dorés qui m'ont refusé leur lumière...
— Je crains la Uencontre. Vous le rencontrerez, l'homme qui n'a pas croisé encore votre chemin. Si, si, répond-elle à mon geste de révolte, celui-là vous attend quelque part. C'est juste, c'est inévitable. Seulement, Annie, ù ma chère Annie, sachez bien le reconnaître, ne vous trompez pas, car il a des sosies, il a des ombres multiples, il a des caricatures, il a, entre vous et lui, tous ceux qu'il faut franchir, ou écarter...
— Claudine... si je vieillis sans le rencontrer?
Elle lève son bras gracieux, (h\ns un geste plus grand qu'elle-même :
— Allez toujours ! Il vous alLend de l'autre côté de la vie î
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Je me tais, respectueuse de cette foi dans l'amour, un peu fière aussi d'être se.ule, ou presque seule, à connaître la vraie Claudine, exaltée et sauvage comme une jeune druidesse.
Ainsi qu'à Bayreuth, me voici prête à lui obéir dans le bien et dans le mal. Elle me regarde, avec ces yeux où je voudrais retrouver Féclair qui m'éblouit au jardin de la Margrave...
— Oui, attendez, Annie. 11 n'est peut-être pas d'bomme qui mérite... tout cela.
Son geste effleure en caresse mes épaules, et je m'incline vers elle, qui lit sur mon visage l'offre de moi-même, l'abandon où je suis, et les paroles que je vais dire... Elle appuie vivement sur ma bouche sa main tiède, qu'elle pose après sur ses lèvres, et qu'elle baise.
— Adieu, Annie.
— Claudine, un inslanl, rien qu'un instant î Je voudrais... je voudrais que vous m'aimiez de loin, vous qui nnri<»/ )m m'nimei'. voii< qui restez î
— Je ne reste pas, Annie. Je suis déjà partie. Ne le senlez-vous pas ? J'ai tout quitté. . . sauf Renaud... pour Renaud. Les amies trahissent, les livres trompent, et je n'aime presque plus la beauté inutile du mensonge, quoiqu'il me prête encore ce vêtement brillant de futilité, de gaminerie attardée, que vous connaissez tous,... que j ote pour vous, Annie. Quand je Totcrai tout à fait, Paris ne verra plus Claudine, qui vieillira parmi ses parents les arbres, avec son ami. Il vieillira plus vite que moi, mais la solitude rend les miracles faciles, et je pourrai peut-être donner un peu de ma vie pour allonger la sienne...
Elle ouvre la porte, et je vais perdre ma seule amie... Quel geste, quel mot la retiendraient...? N'aurais-je pas dû...? Mais déjà, la porte blanche a caché sa sveltesse sombre et j'entends décroître sur le tapis le frôlement léger qui m'annonça tout à l'heure sa venue... Claudine s'en va!
Je viens de lire la dépêche d'Alain. Dans trente-six heures, il sera ici, et moi... Je prends ce soir le rapide de Paris-(^arlsbad. qui nous conduisit jadis vers Bayreuth. De là... je ne sais encore. Alain ne parle pas allemand, c'est un petit obstacle de plus.
J'ai bien réfléchi depuis avant-hier, ma tête en est toute fatiguée. Ma femme de chambre va s'étonner autant que mon mari. Je n'emmène que mes deux petits amis noirs : Tobyle chien, et Toby le revolver. Neserai-je pas une femme bien gardée ? Je pars résolument, sans cacher ma trace, sans la marquer non plus de petits cailloux... Ce n'est pas une fuite folle, une évasion improvisée que la mienne ; il y a quatre mois que le lien, lentement rongé, s'effiloche et cède. Qu'a-t-il
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fallu? Simplement que le geôlier disirait tournât les talons, pour que l'horreur de la prison apparut, pour que brillât la lumière aux feules de la porte.
Devant moi. c'est le trouble avenir. Que je ne sache rien de demain, que nul pressentiment ne m'avertisse, Claudine m'en a trop dit déjà! Je veux espérer et craindre que des pays se trouvent où tout est nouveau, des villes dont le nom seul vous retient, des ciels sous lesquels une Ame étrangère se substitue à la vôtre... Ne trouverai-je pas, sur toute la grande terre, un à peu près de paradis pour une petite créature comme moi?
Debout, de roux vêtue, je dis adieu, devant la glace, à mon image d'ici. Adieu, Annie ! Toute faible et vacillante que tu es, je t'aime. .le n'ai que loi, hélas, à aimer.
Je me résigne à tout ce (jui viendra. Avec une triste et passagère clairvoyance, je vois ce recommencement de ma vie. Je serai la
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voyageuse solitaire qui intrigue, une semaine durant, les tables d'hôte, dont s'éprend soudain le collégien en vacances ou l'arthritique des villes d'eaux..., la dîneuse seule, sur la pâleur de qui la médisance édiOe un drame... la dame en noir, ou la dame en bleu, dont la mélancolie distante blesse et repousse l'insinuante curiosité du compatriote de rencontre..., la passante aux paupières meurtries qui n'ose, certains matins pesants, lever les yeux de peur qu'on y devine sa nuit d'épuisants mirages... Celle aussi qu'un homme suit et assiège, parce qu'elle est jolie, inconnue, ou parce que brillent à ses doigts des perles rondes et nacrées... Celle qu'on assassine une nuit dans un lit d'holel, dont on retrouve le corps outragé et sanglant... Xon, Claudine, je ne frémis pas. Tout cela, c'est la vie, le temps qui coule, c'est le miracle espéré à chaque tournant du chemin, et sur la loi duquel je m'évade...
KVKKIX, IMFin.MEHIE DE CHAULES 11 E lU S S K Y
Librairie OLt-ENbaRfp
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Université d'Ottawa
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The Library
University of Ottawo
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