DE LA VIE ET DÉ LA MORT
DE
JACOB BOEIIME.
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* . our bien • écrire la vie de Jacob Bœhme , de cet bomme si profond et si inspiré de Dieu , il faudrait une plume pkis exercée et plus éloquente que la mienne : maisi aucun de ses confrpatrioteB n'ayant, jusqu'à présent, osé prendre la plume, je vais essayer de le faire -, moi son voisin , qui ai été intimément lié avec lui pendant les années i6a3 et 1624 ; je dirai tout ce que je sais de lui , brièvement et dans la plus grande simplicité , mais je serai fidèle à la vérité la plus pure, :
2. Jacob Bœhme naquit, Tan de Jesus-Christ i5n5 , dans une petite ville de la Haute Lusuce, nommée le vieux Seidenburgy éloignée, d'unç lieup et demie de GœrlUz. Ses païens, étaient de. la dernière classe du peuple, pauvres, niais honnêtes. - * ' m -A ' l'
3. Ils l'occupèrent , quand U fut un peu avancé en âge, à garder les bestiaux, comme les autres enfans de l'endroit. -<->
. 4.. S'étant un jour éloigné v .4 l'heure de midi, de ses camarades, et ayant gmmpé seul sur une
montagne escarpée et assez éloignée, nommée la Couronne du pay&, il trouva sur le sommet une espèce de caverne ouverte , mais embarrassée et pour ainsi dire fermée par un tas de pierres rouges: il y entra dans sa simplicité, et aperçut un grand tas d'argent, ce qui lui causa une si grande frayeur qu'il en sortit sans rien toucher ( 11 m'avait montré cet endroit, en nous promenant un jour ensemble ). Quoiqu'il fût monté sur cette montagne plusieurs fois dans la suite, avec ses camarades, il n'avait jamais trouvé cette caverne ouverte, ce qui pouvait fort bien avoir été une bonne augure de son entrée spirituelle dans le trésor caché de la science et des mystères divins et naturels. Le trésor avait été enlevé au bout de quelques années , à ce qu'il disait lui-même, par un artiste étranger. Cette trouvaille, probablement frappée de malédiction , causa une mort funeste a son possesseur.
5. Il ne faut pas être surpris de cette entrée de Jacob Bœhme dans la montagne creuse, attendu que beaucoup d'anteurs font mention de pareilles montagnes merveilleuses ; les plus connus sont Léonard Thurnheisser , Stammelman dans sa chronique du Holstein , Theophrasté Paracelse , jigricoiû, Mathésius* Aldrovartdu», Théobalde* Kircker* Zeiller et autres. 11 y a des montagnes Semblables dans la Silésie , principalement sur FÀventrot, sous la pierre à sept angles, et en beaucoup d'autres endroits. Le pieux et savant JeanBeer, de Schweidnitz, a, par une faveur particulière de Dieu , pénétré dans le Zottenberg ,
H y a tu les grandes merveilles et les trésors renfermés dans la terre , et il s'est entretenu avec les trois esprits bannis dans cette montagne , comme on peut s'en convaincre par le petit livre imprimé â Amsterdam , sous le titre : Du profit et de la perte des biens spirituels et temporels, par Jean Beer.
6. Revenons à notre auteur : ses parens , découvrant en lui des dispositions particulières , l'envoyèrent à l'école , où il apprit à lire et à écrire : ensuite Us lui firent apprendre le métier de cordonnier. Son apprentissage fini, il voyagea, se maria à Gœr(itz, et eut de ce mariage quatre garçons , à l'un desquels il enseigna son métier de cordonnier.
7. Jacob Bœhme ayant donc été, dès sa jeunesse , adonné à la crainte de Dieu , dans toute l'humilité et dans toute la simplicité du cœur, et ayant particulièrement aimé à assister aux serinons, se réveilla enfin en lui-même, par la promesse consolatrice de notre Sauveur : Combien plus votre père céleste donncra-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent. ( St.-Luc , chapitre XI, v. 1 3. ) H y fut porté en même temps par les combats et par les disputes d'école, auxquels il ne pouvait jamais se conformer que pour reconnaître la vérité. Il avait , dans toute la simplicité de son cœur, ardemment et constamment demandé, cherché et frappé, jusqu'à ce qu'enfin ( dans son voyage ) il fut, par le passage du Père dans le Fils , mis , selon l'esprit , dans le Sabbath saint et dans le repos glorieux de l'âme , et que
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sa prière fut amsiexatfcée ; alors ( selon son propre aveu ) il fut entouré d'une lumière divine , et resta pendant sept jours dans la dernière contemplation divine et dans le royaume d'alégresse.
8. Dans cette école vraiment apocalyptique de l'esprit de Dieu, mais à présent rejetée par le grand aveuglement et la méchanceté des hommes i les saints patriarches , les rois, les prophètes, les apôtres et les hommes de Dieu ont toujours fait leurs études , et ils y ont découvert le mystère du royaume et du jugement de Dieu et de Christ (et que Christ est la sagesse éternelle du Père luimême ) , ils l'ont ensuite expliqué par diverses paraboles et par des figures , par des sentences et par des discours profonds et sublimes , ainsi que par des témoignages et des prodiges , et ils l'ont toujours publié sérieusement en offrant et sacrifiant leur propre corps et leur vie.
9. Il se pourrait aussi, que du dehors et par une inqualification magique astrale des esprits étoiles, il eût été communiqué et infusé, pour ce feu saint de l'amour , comme une étincelle cachée ou une matière inflammable : car il me raconta lui-même , que pendant qu'il était en ap pren tissage , son maître et sa maîtresse étant ah sens pour le moment, un étranger vêtu très-simplement , mais ayant une belle figure et un aspect vénérable, entra dans la boutique, et prenant une paire de souliers, demanda à l'acheter. Mais il n'osa pas les vendre; l'étranger insistant , il les lui fit un prix excessif, espérant par là se mettre à l'abri de tout reproche de la part de son maître ,
ou dégoûter Tacheteur. Celui-ci donna le prix demandé, prit les souliers, et sortit. Il s'arrêta a quelques pas de la maison , et là d'une voix haute et ferme, il dit : Jacob, Jacob, viens ici. I*e jeune homme fut d'abord surpris et effrayé d'entendre cet étranger qui lui était tout-à-fait inconnu , l'appeler ainsi par son nom de baptême ; mais s*étant remis , il alla à lui. L'étranger., d'un air sérieux mais amical, porta les yeux sur les siens, les fixa avec un regard étincelant de feu, Je prit par la main droite, et lui dit : Jacob, tu es peu de chose y mais tu seras .grand , et tu deviendras un autre homme, tellement que tu seras four le monde un objet d y èionnemenU C'est pourquoi sois pieux , crains Dieu, et révère sa parole; surtout lis soigneusement les Ecritures saintes, dans lesquelles tu trouveras des consolations et des instructions , car tu auras beaucoup à souffrir ; tu auras à supporter la pauvreté, la misère et des persécutions ; mais sois courageux et persévérant , car Dieu t'aime et t'e*t propice. Sur cela ^étranger lui serra la main , le fixa encore avec des yeux perçans , et s'en alla , sans qu'il y ait d'indices qu'ils se soient jamais revus. Jacob Bœhme ne fut pas peu étonné et de celte prédiction et de cette exhortation. La physionomie de cet inconnu lui planait toujours devant ies yeux. Depuis ce temps-là Jacob Bœhmc devint plus austère et plus attentif dans toutes ses actions, ensortc que cette exclamation spirituelle ci-dessus mentionnée et le Jour de Sabbath s'en suivirent bientôt.
1 o. Etant revenu à lui , il avait de plus en plus
renoncé aux plaisirs de la jeunesse folâtre , quow qu'il n'eût jamais négligé d'aller à l'église, qu'outre la lecture de l'écriture sainte , il avait toujours assisté aux sermons , qu'il s'était souvent approché des sacremens saints, èt que, poussé par un zèle divin, il n'avait jamais pu ni entendre ni souffrir qu'on proférât des mots et des plaisanteries équi* voques, et .particulièrement des discours et des juremens blasphématoires ; qu'il avait même été obligé de reprendre sévèrement le maître chez lequel H travaillait. En conséquence il s'était appliqué par amour pour la vraie piété et pour la vertu , à mener une vie retirée et honnête , et à *c priver de tout plaisir et de toute société; ce qui étant absolument contraire aux usages du monde , lui avait attiré beaucoup d'ennemis , et le força à quitter son maître, qui, disait-il, ne voulait plus souffrir un prophète pareil chez lui.
1 1 . Après avoir gagné sa vie à la sueur de son front, comme un ouvrier laborieux doit le faire, il fut drfhouveau saisi , au commencement du 1 6.° siècle, c'est-à-dire en 1600, à l'âge de a5 ans, <ie la lumière divine , avec son esprit astral animique 9 par l'aspect subit d'un vase d'étain (c'est-à-dire de Vétat agréable jovial ) dans le fond le plus profond, ou dans le centre de la nature secrètes Voulant bannir, dans le doute où il était, cette idée de son cœur, il passa le pont de Gœrlxtz, qui était près de sa maison , pour se dissiper dans les champs couverts de verdure, et néanmoins il ressentit de plus en plus l'aspect qui venait de
se présenter à lui , en sorte que par le tnojen (les empreintes ou figures naturelle» , dé* ligameos et des couleurs , il avait pu , pour ainsi dire, pénétrer dans le cœur et dans la nature' ia plus secrète de toutes les créatures. Son litre intitulé : Dé l'empreinte des choses ( de signatitra rerum) explique et développe clairement cette impression produite en lui. Il en fut comblé de joie , se tut , loua Dieu , se livra aux devoirs de père de famille, à l'éducation de ses enfans, et vécut avec tout le monde en paix et en amitié; il ne parla jamais â personne ni de la lumière ' qu'il avait reçue , ni de sa connaissance profonde de Dieu et de la nature. \ * : 1
1 2. Mais il est, au bout de dix ans , appelé une troisième fois , selon la volonté et le cônseil secret de Dieu; il est inspiré de l'Esprit saint, doué et fortifié par une lumière nouvelle et : par un don nouveau. Pour ne point oublier une si grande grâce qu'il venait d'obtenir , et pour ne point désobéir à un maître 6Î saint et si consolateur , il se mit à composer en 1612, n!étant pas riche et n'ayant d'autre livre que la Bible ( cependant uniquement pour lui-même ).
1 3. Son premier livre, intitulé : X Aurore naissante (appelé ensuite par le docteur Balthasar Walter, Aurora ; ) quoiqu'il ne l'eût confié à personne, excepté à un gentilhomme bien connu , qui l'avait vu chez l'auteur par hasard , et qui demandait avec beaucoup d'instances â le parcourir, ne devait jamais voir le jour, et encore moins être imprimé. Mais ce gentilhomme
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désirant posséder &e trésor caché, partagea cet ouvrage en plusieurs feuilles, se mit à le copier .avec < quelques-uns de ses amis Jour et nuit ; de cette manière * le bruit s'en répandit dai^s ,1e public , et par^ipt jusqu'aux orejïjes du premier juisr t£ur de* QœrJitZy appelé Grftgaiw Rickter, k qui, sans Ta voir vu ni examiné ; le condamna du haut de, ia.chagje 4 . comme p'^st tut âge. ordinaire, fies éqolqtïft publiant la charité, chrétienne* il c ar iorania et injuria l'auteur, au, point, que le.n^a,gistrat de Gqçrjjlz fijt obligé de le faire comparaître devan^ lui, ; de lui faire .apporter le manu-v
^rjtt^u.togar^ 6 » 4e luiim^iner de ne plus, rien écrire, et de lui dire de se renfermer dans, le pro r verbe : Sytor< ne,uUrà crepidpm^ Jacob Bœhme se soumit à oe$ ordre avec, la plus grande résignation. Le manuscrit original de cet ouvrage resta déposé aux archives de rhôtel-de^ville pendant vingt-sept ans ; le 2 6 novembre 1 64 1 , il fut remis à M; Georges Pflûger, maréchal de la cour de Dresde, protecteur de notre auteur; et des mains de. M. Pflûger il passa dans celles de M. A.^-W f . de Beyerland^ négociant à Amsterdam.
14. D'où nous voyons, comment le prince des ténèbres, comme ennemi juré de la vraie lumière divine, s'oppose, par le secret de la méchanceté qui se manifeste de plus en plus, dans ses membres et dans ses instrumens, à tout ce qui s'appelle Dieu , ou ce qui provient de Dieu, comment il s'oppose à Christ et s'élève contre Christ , le Verbe essentiel vivifiant, qu'il s'oppose à Dieu son Seigneur, méchamment et aveuglement , et qu'il n'a
de repos que quand il fait tomber l'innocent. Mais il faut qu'il souffre pour cela la colère éternelle dans les flammes infernales ; qu'il soit privé d'éternité en éternité > de la lumière bienheureuse, et de la face de Dieu. Malheur à lui ! malheur à ses enfans infernaux ! malheur aux langues de vipère et calomniatrices et irréconciliables ! malheur aux coeurs de tigre l
16. L'homme saint et patient a donc , par soumission à ses supérieurs , observé un sabbath parfait pendant sept ans, sans mettre la plume à la main. Mais ayant été fortifié et réveillé par une quatrième, impulsion de son fonds intérieur , et ayant été excité par des gens craignant Dieu et versés dans les sciences naturelles , à ne pas cacher la lumière sous le. boisseau , mais à la répandre de plus en plus, il se décida à reprendre la plume et à faire les ouvrages snivaus.
Lan 1619. N 0 ,,?.. Des Trois Principes, avec un appendice de la triple vie de l'homme.
L'an 1620. 3. De la Triple Vie de l'Homme.