‹ Clef, ou, Explication des divers points et termes principaux /Chapitre 2 sur 23 · DE LA VIE ET DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA VIE ET DE LA MORT

DE

JACOB BŒHME.

1. Pour bien écrire la vie de Jacob Bœhme, de cet homme si profond et si inspiré de Dieu, il faudrait une plume plus exercée et plus éloquente que la mienne : mais aucun de ses compatriotes n'ayant, jusqu’à présent, osé prendre la plume, je vais essayer de le faire, moi son voisin, qui ai été intimement lié avec lui pendant les années 1623 et 1624 ; je dirai tout ce que je sais de lui, brièvement et dans la plus grande simplicité, mais je serai fidèle à la vérité la plus pure.

2. Jacob Bœhme naquit, l’an de Jésus-Christ 1575, dans une petite ville de la Haute Lusace, nommée le vieux Seidenburg, éloignée d’une lieue et demie de Gœrlitz. Ses parens étaient de la dernière classe du peuple, pauvres, mais honnêtes.

8. Ils l’occupèrent, quand il fut un peu avancé en âge, à garder les bestiaux, comme les autres enfans de l’endroit.

4, S’étant un jour éloigné, à l’heure de midi, de ses camarades, et ayant grimpé seul sur une

Con

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montagne escarpée et assez éloignée, nommée la Couronne du pays, il trouva sur le sommet une espèce de caverne ouverte, mais embarrassée et pour ainsi dire fermée par un tas de pierres rouges : il y entra dans sa simplicité, et aperçut un grand tas d’argent, ce qui lui causa une si grande frayeur qu’il en sortit sans rien toucher (Il m'avait montré cet endroit, en nous promenant un jour ensemble). Quoiqu'il fût monté sur cette montagne plusieurs fois dans la suite, avec ses camarades, il n'avait jamais trouvé cette caverne ouverte, ce qui pouvait fort bien avoir été une bonne augure de son entrée spirituelle dans le trésor caché de la science et des mystères divins et naturels. Le trésor avait été enlevé au bout de quelques années, à ce qu'il disait lui-même, par un artiste étranger. Cette trouvaille, probablement frappée de malédiction, causa une mort funeste à son possesseur.

9. Il ne faut pas être surpris de cette entrée de Jacob Bœhme dans la montagne creuse, attendu que beaucoup d’auteurs font mention de pareilles montagnes merveilleuses ; les plus connus sont Léonard Thurnheisser, Stammelman dans sa chronique du Holstein, Théophrasie Paracelse, Agricola, Mathésius, Aldrovandus, Théobalde , Kircher, Zeiller et autres. Il y a des montagnes semblables dans la Silésie, principalement sur l’Aventrot, sous la pierre à sept angles, et en beaucoup d’autres endroits. Le pieux et savant Jean Beer, de Schweidnitz, a, par une faveur particulière de Dieu, pénétré dans le Zottenberg,

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il y a vu les grandes merveilles et les trésors renfermés dans la terre, ct il s’est entretenu avec les trois esprits bannis dans cette montagne, comme on peut s’en convaincre par le petit livre imprimé à Amsterdam, sous le titre: Du profit,et de la perle des biens spirituels et temporels, par Jean Beer.

6. Revenons à notre auteur : ses parens, découvrant en lui des dispositions particulières, l’envoyérent à l’école, où il apprit à lire et à écrire : ensuite ils lui firent apprendre le métier de cordonnier. Son apprentissage fini, il voyagea, se maria à Gœærlitz, et eut de ce mariage quatre garcons, à l’un Per il enseigna son métier de cordonnier.

7. Jacob Bœhme ayant donc été, dès sa jeunesse, adonné à la crainte de Dieu, dans toute l'humilité et dans toute la simplicité du cœur, et ayant particulièrement aimé à assister aux sermons, se réveilla enfin en lui-même, par la promesse consolatrice de notre Sauveur : Combien plus votre père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. (St.-Luc, chapitre XI, v. 13.) Il y fut porté en même temps par les combats et par les disputes d'école, auxquels il ne pouvait jamais se conformer que pour reconnaître la vérité. Il avait, dans toute la simplicité de son cœur, ardemment et constamment demandé, cherché et frappé, jusqu’à ce qu'enfin (dans son voyage) il fut, par le passage du Père dans le Fils, mis, selon l'esprit, dans le Sabbath saint et dans le repos glorieux de l’âme, et que

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sa prière fut ainsi exaucée ; alors (selon son propre aveu) il fut entouré d’une lumière divine, et resta pendant sept jours dans la dernière contemplation divine et dans le royaume d’alégresse.

8. Dans cette école vraiment apocalyptique de l'esprit de Dieu, mais à présent rejetée par le grand aveuglement et la méchanceté des hommes, les saints patriarches, les rois, les prophètes, les apôtres et les hommes de Dieu ont toujours fait leurs études, et ils y ont découvert le mystère du royaume et du jugement de Dieu et de Christ (et que Christ est la sagesse éternelle du Père luimême), ils l’ont ensuite expliqué par diverses paraboles et par des figures, par des sentences et par des discours profonds et sublimes, ainsi que par des témoignages et des prodiges, et ils l’ont toujours publié sérieusement en offrant et saerifiant leur propre corps et leur vie,

9. Il se pourrait aussi, que Su dehors et par une inqualification magique astrale des esprits étoilés, il eût été communiqué et infusé, pour ce feu saint de l’amour, comme une étincelle cachée ou une matière inflammable : car il me raconta lui-même, que pendant qu'il était en apprentissage, son maître et sa maîtresse étant absens pour le moment, un étranger vêtu très-simplement, mais ayant une belle figure et un aspect vénérable, entra dans la boutique, et prenant une paire de souliers, demanda à l'acheter. Mais il n’osa pas les vendre ; l’étranger insistant, il les lui fit un prix excessif, espérant par là se mettre à l’abri de tout reproche de la part de son maître,

ou dégoûter l’acheteur. Celui-ci donna le prix demandé, prit les souliers, et sortit. Il s'arrêta à quelques pas de la maison, et de là d’une voix haute et ferme, il dit : Jacob, Jacob, viens ici. Le jeune homme fut d’abord surpris et effrayé d'entendre cet étranger qui lui était tout-à-fait inconnu, l’appeler ainsi par son nom de baptême ; mais s'étant remis, il alla à lui. L’ètranger, d’un air sérieux mais amical, porta les yeux sur les siens, les fixa avec un regard étincelant de feu, le prit par la main droite, et lui dit: Jacob, tu es peu de chose, mais lu seras grand, el {u deviendras un autre homme, tellement que tu seras pour le monde un objel d'élonnement. C’est pourquoi sois pieux, crains Dieu, et révère sa parole ; sur-tout lis soigneusement les EÉcrilures saintes, dans lesquelles lu trouveras des consolations et des instructions, car tu auras beaucoup à souffrir ; {u auras à supporter la pauvreté, la misère et des persécutions ; mais sois courageux el persévérant, car Dieu laime et Fest propice. Sur cela l’étranger lui serra la main, le fixa encore avec des yeux perçans, et s’en alla, sans qu'il y ait d'indices qu'ils se soient jamais revus. Jacob Bœhme ne fut pas peu étonné et de cette prédiction et de cette exhortation. La physionomie de cet inconnu lui planait toujours devant les yeux. Depuis ce temps-là Jacob Bæœhme devint plus austère et plus attentif dans toutes ses actions, ensorte que cette exclamation spirituelle ci-dessus mentionnée et le jour de Sabbath s’en suivirent bientôt.

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