‹ Clef, ou, Explication des divers points et termes principaux /Chapitre 3 sur 23 · Etant revenu à lui, il avait de plus en plus · texte numérisé non relu

Etant revenu à lui, il avait de plus en plus

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renoncé aux plaisirs de la jeunesse folâtre, quoiqu'il n’eût jamais négligé d’aller à l’église, qu'outre la lecture de l'écriture sainte, il avait toujours assisté aux sermons, qu'il s'était souvent approché des sacremens saints, et que, poussé par un zèle divin, il n'avait jamais pu ni entendre ni souffrir qu'on proférât des mots et des plaisanteries équivoques, et particulièrement des discours et des juremens blasphématoires ; qu’il avait même été obligé de reprendre sévèrement le maître chez lequel il travaillait. En conséquence il s'était appliqué par amour pour la vraie piété et pour la vertu, à mener une vie retirée et honnête, et à se priver de tout plaisir et de toute société ; ce qui étant absolument contraire aux usages du monde, lui avait attiré beaucoup d’ennemis, et le força à quitter son maître, qui, disait-il, ne voulait plus souffrir un prophète pareil chez lui.

11. Après avoir gagné sa vie à la sueur de son front, comme un ouvrier laborieux doit le faire, il fut de nouveau saisi, au commencement du 16e siècle, c'est à-dire en 1600, à l'âge de 25 ans, de la lumière divine, avec son esprit astral animique, par l’aspect subit d’un vase d’étain (c’est-à-dire de l’élat agréable jovial) dans le fond le plus profond, ou dans le centre de la nature secrète. Voulant bannir, dans le doute où il était, cette idée de son cœur, il passa le pont de Gerlitz, qui était près de sa maison, pour se dissiper dans les champs couverts de verdure, et néanmoins il ressentit de plus en plus l’aspect qui venait de

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se présenter à lui, en sorte que par le moyen des empreintes ou figures naturelles, des ligamens et des couleurs, il avait pu, pour ainsi dire, pénétrer dans le cœur et dans la nature la plus secrète de toutes les créatures. Son livre intitulé : De l'empreinte des choses (de signalura rerum) explique et développe clairement cette impression produite en lui. Il en fut comblé de joie, se tut, loua Dieu, se livra aux devoirs de père de famille, à l'éducation de ses enfans, et vécut avec tout le monde en paix et en amitié ; il ne parla jamais à personne ni de la lumière qu'il avait reçue, ni de sa connaissance profonde de Dieu et de la nature.

12. Mais il est, au bout de dix ans, appelé une troisième fois, selon la volonté et le conseil secret de Dieu ; il est inspiré de l'Esprit saint, doué et fortifié par une lumière nouvelle et par un don nouveau. Pour ne point oublier une si grande grâce qu'il venait d'obtenir, et pour ne point désobéir à un maître si saint et si consolateur, il se mit à composer en 1612, n'étant pas riche et n'ayant d'autre livre que la Bible (cependant uniquement pour lui-même).

13. Son premier livre, intitulé : l'Aurore naissante (appelé ensuite par le docteur Balthasar Walter, Aurora;) quoiqu'il ne l'eût confié à personne, excepté à un gentilhomme bien connu, qui l'avait vu chez l’auteur par hasard, et qui demandait avec beaucoup d’instances à le parcourir, ne devait jamais voir le jour, et encore moins être imprimé. Mais ce gentilhomme

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désirant posséder ce trésor caché, partagea cet ouvrage en plusieurs feuilles, se mit à le copier avec quelques-uns de ses amis jour et nuit : de cette manière, le bruit s’en répandit dans le public, et parvint jusqu'aux oreilles du premier pasteur de Gœærlitz, appelé Grégoire Richter, qui, sans l’avoir vu ni examiné, le condamna du haut de la chaire, comme c’est l’usage ordinaire des écoles ; et oubliant la charité chrétienne, il calomnia et injuria l’auteur, au point, que le magistrat de Goœrlitz fût obligé de le faire comparaître devant lui, de lui faire apporter le manuscrit autographe, de lui intimer de ne plus rien écrire, et de lui dire de se renfermer dans le proverbe : Sultor ne ultrà crepidam. Jacob Bœhme se soumit à cet ordre avec la plus grande résignation. Le manuscrit original de cet ouvrage resta déposé aux archives de l’hôtel-de-ville pendant , vingt-sept ans ; le 26 novembre 1641, il fut remis à M. Georges Pflüger, maréchal de la cour de Dresde, protecteur de notre auteur ; et des mains de M. Pflüger il passa dans celles de M. A.-W. de Beverland, négociant à Amsterdam.

14. D'où nous voyons, comment le prince des ténèbres, comme ennemi juré de la vraie lumière divine, s'oppose, par le secret de la méchanceté qui se manifeste de plus en plus, dans ses membres et dans ses instrumens, à tout ce qui s’appelle Dieu, ou ce qui provient de Dieu, comment il s'oppose à Christ et s’élève contre Christ, le Verbe essentiel vivifiant, qu’il s'oppose à Dieu son Seigneur, méchamment et aveuglement, et qu'il n’a

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de repos que quand il fait tomber l’innocent. Mais il faut qu'il souffre pour cela la colère éternelle dans les flammes infernales ; qu’il soit privé d’éternité en éternité, de la lumière bienheureuse, et de la face de Dieu. Malheur à lui ! malheur à ses enfans infernaux ! malheur aux langues de vipère et calomniatrices et irréconciliables ! malheur aux cœurs de tigre !

16. L’homme saint et patient a donc, par soumission à ses supérieurs, observé un sabbath parfait pendant sept ans, sans mettre la plume à la main. Mais ayant été fortifié et réveillé par une quatrième impulsion de son fonds intérieur, et ayant été excité par des gens craignant Dieu et versés dans les sciences naturelles, à ne pas cacher la lumière sous le boisseau, mais à la répandre de plus en plus, il se décida à reprendre la plume et à faire les ouvrages suivans.

L’an 1619. N° 2. Des {rois Principes, avec un appendice de la triple vie de l’homme.

L'an 1620. 3. De la Triple Vie de l'Homme.

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