‹ Clef, ou, Explication des divers points et termes principaux /Chapitre 6 sur 23 · Ou le Tout puissant ne peut-il pas disposer · texte numérisé non relu

Ou le Tout puissant ne peut-il pas disposer

( xxiv®)

de ce qui lui appartient, selon son bon plaisir ? Pharisiens orgueilleux, grands prêtres envieux et docteurs de la loi présomptueux, n’êtes-vous pas fâchés de ce que notre Seigneur, notre père, notre Dieu plein de miséricorde est si bon envers ses enfans ? Allez mordre vous-même votre langue de rage et de colère, et grincez les dents ; arrachez et dévorez vous-mêmes votre cœur jaloux et imbpie, prouvez par là que le vieux serpent et l'enfer vindicatif vous ont engendré : et que toutes vos ruses et tout votre art proviennent des enfers, et nullement de Dieu en Christ, ni de l'Esprit Saint, ni du Verbe de la grâce et de la vérité.

44. Et ne serait-il pas nécessaire de nos jours, dans un temps où le christianisme est bouleversé et détruit, que Dieu parlât une fois, par une autre bouche, à ces peuples séduits et à leurs conducteurs aveugles ? Toute chair ayant corrompu sa voie devant le Seigneur, et particulierement le méchant dans sa dévotion appelée spirituelle et chrétienne, mais reconnue charnelle et anti-chrétienne, qui couvre tous ses vices par un dehors brillant, et qui sous ce brillant dehors porte encore dans son cœur la soif du sang et le glaive de la vengeance infernale.

45. Je ne veux pas m’étendre davantage là-dessus, car la publicité générale et la triste expérience des cœurs aimant vraiment Dieu, font foi combien il y a de témoignages et d’exemplesincontestables ; que celui qui a une oreille pour entendre ou des yeux pour voir, voie et écoute, ce que le Verbe et la lumière de la vérité dit et montre dans

(xxv )

ses témoins appelés et élus à cela : il trouvera que Je ciel et la terre font la guerre à l'espèce humaine actuelle, et qu'il se prépare un autre temps et un autre engendrement, qui se manifestera à tout l'univers comme un éclair de l’orient à l'occident, en moins de rien, et qui amènera le septième jour férié ou igné et le jour du dernier jugement ou sabbath, que les Saints prophètes, les apôtres ct d’autres hommes éclairés de Dieu ont toujours vu dans l'esprit, et l’ont annoncé dès le commencement au dernier monde. C’est pourquoi bien heureux sera le serviteur qui veillera Lots le maître arrivera.

46. Enfin que personne ne se heurte contre cette pierre angulaire de la simplicité, afin qu'il ne se brise pas, mais qu'il relève plutôt son courage, et qu'il pense que le ciel est le plus haut là où la terre est la plus basse, et que selon le Verbe du Seigneur toutes les collines et toutes les hautes montagnes seront abaissées et les vallées élevées, afin que tout soit applani, et qu'on puisse marcher sans se heurter dans le pays du vivant.

Que le Seigneur, le Très-Haut soit loué, qui abaisse l’un et élève l’autre, et qui donne son esprit quand et à qui il veut, afin qu'aucune chair ne se vante devant lui.

48. Mais quant au talent particulier, c'est-àdire au don de la grâce, que Dieu le dispensateur suprême et unique de tout bien a versé du haut du ciel dans ce vase de terre et méprisé du monde prudent et orgueilleux, comme un grand trésor et une perle précieuse : il est d’une telle dignité

( xxvj )

et d’une telle bonté, qu'à mon avis (si toutefois on a des fenêtres ouvertes vers Jérusalem) depuis les temps des apôtres, on n’a pas manifesté et annoncé aux habitans de la terre une base aussi sublime et aussi profonde de la connaissance essentielle de la très-sainte triple unité de Dieu, et de la lumière de la nature secrète et manifeste, de la sainteté et de la grâce.

49. Où il faut principalement considérer, pourquoi Dieu a particulièrement favorisé par un don si sublime, notre nation bouleversée et dévastée tant spirituellement que corporellement ; et encore par une personne si faible et si peu considérée, et dans des temps aussi embrouillés, où tout est comme enseveli dans la mort, dans un profond sommeil, dans la fange, dans le tourment des soucis temporels de la volupté et de la bonne chère, ensorte qu’on néglige les grâces éternelles visibles et le royaume céleste de Dieu et de Christ, et qu’on ne se débat que de l’écaille et de l’écorce de la lettre morte, et de cette vie et de ce corps périssable terrestre ; qu’on se fait la guerre, qu’on se tue, qu’on détruit tout par le fer et par les flammes, qu’on se persécute et se condamne réciproquement, et cela par amour pour les propres honneurs vains et ignominieux, pour la volupté et les vils intérêts, on se précipite impitoyablement dans la misère, et on se conduit comme s'il n'y avait ni justice ni jugement, ni une félicité ni une condamnation éternelles, ni foi ni connaissance, ni ciel ni enfer, ni anges ni démons, ni vie ni mort: oui, comme s’il n’y avait

(xxvij ) jamais eu de Dieu, ou qu'il n’y eût jamais rien à espérer ni à craindre.

50. Notre auteur a prouvé jusqu'à l'évidence par ses argumens incontestables, combien on doit rougir de l’aveuglement et de la dépravation des hommes : il a montré d’une manière irrésistible la grande bonté, la sagesse et la toute-puissance de Dieu sur les hommes ; il a fortement et non pas sans peine prêché la pénitence ; le lecteur s’en convaincra en lisant ses ouvrages avec quelqu'attention, et se pénétrant bien de la simplicité du christianisme.

91. Notre auteur a aussi parlé de certaines choses, particulièrement des mystères jusqu'alors inconnus de l’engendrement divin et humain, céleste et terrestre, angélique et démoniaque, de leur nature et qualité), que beaucoup de lecteurs ne concevront et ne saisiront pas au premier abord ; il faut s’en remettre, pour ce temps, à l'esprit de Dieu, jusqu'à ce qu’une lumière à venir le reconnaisse mieux, et le manifeste à l’homme digne d’en avoir l'intelligence. Car Dieu ne manifeste pas tout de suite et tout d’un coup, selon sa sagesse éternelle, à l'homme, la profondeur de ses secrets, il ne lui en donne que de temps en temps quelques éclairs ou rayons.

52. Il faut bien remarquer, qu'on ne peut pas juger des écrits inspirés de Dieu par des raisonnemens communs payens (comme on est d'ordinaire accoutumé à mêler dans les œuvres et dans les paroles de l'Esprit saint la dialectique impie et lourde d’Aristote, la rhétorique babillarde et la méta-

( xxviij )

physique folle, pour les censurer et les critiquer d'une manière blasphématoire) ; car comment peut juger le Scyte aveugle de la lumière divine ? ou que peut dire le Juif paresseux du Verbe vivant ? ou le Grec insensé de l'esprit de la sagesse éternelle (qu’il n’a ni vue, ni entendue, ni comprise) ? Il y faut la manifestation divine et la régénération dans l'esprit de l’âme c’est-à-dire la lumière de la vérité et de la grâce cachées de Jésus-Christ avec la manifestation du royaume de Dieu, avec le regard et l'avant goût des vertus de l’autre monde et du Verbe bienveillant de Dieu en nous.

53. Les hommes éclairés parmi les payens, les juifs et les chrétiens, qui vécurent dans le point principal du Verbe éternel et vivant, étudièrent d’une toute autre manière leurs oracles, leurs paroles, et opérèrent leurs prodiges d’une manière bien différente de celle des synagogues des hauteurs de Babel et d’Israel (particulièrement cette femme, Philautia de Laodicée, si pieuse, si sage, si clairvoyante et si riche).

54. Nous pourrions citer bien d’autres exemples, s’il était à propos de le faire ici. Mais on n’a qu'a jeter les yeux dans les ouvrages suivans: de Oculo sydereo ; de Triade mystlica, de Vià@ velerum sapientium de Evangelio exulantum, copie de l'Horreur de la désolation, de Judicio theomantico, Seriphiele, Raphaele, etc., etc.

Page 1