XXXIV
n’aÿant rien trouvé de repréhensible ni dans’ses paroles, ni dans ses actions, ni dans ses gestes, on lui demanda quel mal il avait donc fait au prédicateur ; il répondit qu'il l’ignorait, et qu'il n'avait jamais pu le savoir ; qu’il suppliait en conséquence le Magistrat de vouloir bien faire venir l’accusateur, ou le prédicateur, pour exposer les plaintes qu'il avait contre lui. Le Magistrat ayant trouvé cette demande juste, il députa deux de ses collègues vers le pasteur, pour le prier de se rendre à l'Hôtelde-Ville, et de spécifier au moins aux députés les griefs qu'il avait contre l’accusé. Là déssus il se mit en colère, et fit dire au Magistrat qu'il n’avait rien à faire à l'Hôtel-de-Ville ; ce qu'il avait à dire, il le dirait à la place de Dieu du haut de la chaire, que là était sa chaise curule ; que le Magistrat n'avait qu'à suivre ce qu'il avait dit, ét de chasser de la ville cet hérétique impie, méchant et téméraire, afin qu'il ñe résiste plus aux saintes fonctions du sacerdoce, et n’attire pas sur la ville entière la punition de Coré, Dathan et Abiram. Ces Messieurs s'étant consultés ensemble, et ñe sachant comment justement remédier à l'affaire, ét craignant la véhémence du prédicateur sur la chaire, ils résolurent de bannir de la ville l’innocent Jacob Bœhme, à laquelle résolution quelques membres du Magistrat : ne voulaient pas consentir. Ils se lévèrent donc et s’en allèrent : mais les autres firent exécuter la décision, et ordonnèrent aux sergens de la ville de conduire immédiatement l’innocent Bæœhme au-delà du territoire de la ville. Le brave homme ne dit autre chose que ces