‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 14 sur 89 · ÉTAT DB LA COVFAGME DE JÉSUS. G · texte numérisé non relu

ÉTAT DB LA COVFAGME DE JÉSUS. G

n’aie connaissance certaine. Chaque année on peut compter plusieurs milliers de protestants, de toutes sectes, et de schismatiques qui sont ramenés dans le sein de l'Église romaine leur mère , par les soins de ces pères et les bénédictions que ' Dieu verse sur leurs travaux. Je puis dire la même chose des biens qu’ils font en donnant à tous ceux qui le désirent les exercices spirituels ou pieuses méditations dont leur fondateur a tracé le plan , emplois où ils fout éclater le talent marcfué qu’ils ont pour la direction des âmes, qui en retirent de grands avantages spirituels. Je ne puis m’empêcher de faire part à Votre Éminence de la consolation qu’ils me procurent par cet exercice depuis sept ans ; lorsque je rassemble dans cette ville de ma résidence tout le clergé qui est sous ma juridiction, j’ai soin qu’ils s’appli(juent à ces méditations salutaires que leur donnent, par mes ordres, quelques [)ères de la compagnie de Jésus, i’ abonde et surabonde de joie dans le Seigneur , lorsque je vois ceux mêmes qui ont déjà fait ces retraites y accourir de nouveau avec une joie et une ferveur toujours nouvelles, de sorte que jamais je ne me suis repenti le moins du monde des retranchements considérables qu’il a fallu faire aux dépenses de ma maison pour subvenir annuellement à cette bonne œuvre , que je suis résolu de continuer toujours dans la suite. Pour ce qui est de leurs ministères ordinaires et réglés , ils s’en acquittent avec l’exactitude la plus grande et la plus infatigable. Elle parait dans la manière dont ils en remplissent les fonctions , en ce qui regarde le culte divin , soit dans leurs églises soit ilans celles où ils sont envoyés ou appelés, dans leurs sermons ou instructions , où ils ont en vue de faire le bien et non de s’attirer des applaudissements , bien (ju’ils jouissent constamment de l'un et de l’autre de ces avantages; dans l’adininislration des sacrements de pénitence et d’eucharistie , qui attirent continuellement une foide de persr>nnes qui se succèdent les unes aux autres dans leurs églises; enfin dans le soin qu’ils ont de porter à tout ce qui contribue à la beauté de la maison du SeU

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giieur, en quoi ils donnent certainement d’illustres exemples qui sont tout ù fait dignes d’imitation. Ils visitent assidûment les iniséraLlt^ criminels dans leui's prisons; et partout où ils peuvent ils ivclament> comme une occupation qui leur est propre , le soin de les assister jusiju'au dernier moment; et leur procurent toutes sortes de secoui-s spirituels et temporels, demandant publiquement l’aumûne pour eux. Nuit et jour ils s’empressent d’aller chez les malades sitôt qu’ils sont appelés. Us fré(iuentent surtout les hôpitaiu de soldats, de ceux particulièrement qui sont attaqués de maladies contagieuses; et je ne dirai rien que ce qui est au su de tout le monde, en leur rendant ce glorieux témoignage qu’il n’est point d’année où plusieurs de ces pères ne meurent, en cet exercice , de inalatlies contractées dans les hôpitaux et au service des malades, c’est môme pour- eux le comble du Iwnheur; et il n’y a point de considérations d'âge, de science et de talents qu’ils ne croient devoir sacrifier à cette héroïfpie charité... (Coll. V. G.)

Jlelution authentique de l’entretien du cardiml Calitii avec le pape Pie Vf. (1" avril 1780.)

Ce document a déjà été cité dans le cours de l’ouvTage , au chap. III, p. 59, et au chap. x, p. 436. Par son importance, il mérite d’étre repmduit en entier.

Le samedi de la Pâque close, t" avril 1780, le cardinal Caliiii eut, pour la dernière fois, une audience de notre saint-père le pape Pie VI, heureusement régnant, dans laquelle le cardinal pi-it congé de Sa Sainteté , pour se retirer à Urescia, son lieu natal, à cause de son Age et de ses infirmités.

Dans cette audience, après avoir demandé A Sa Sainteté quehjues faveurs pour sa personne et son âme , le cardinal prit la parole et dit ; « Très- saint-père, je me suis bien spécialement recommandé à Dieu ce matin dans la sainte messe, et il m’a mis dans le cœur de recourir à Votre Sainteté pour

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une aiToire importante , démarche à laquelle je me crois obligé comme cardinal et cardinal avancé en âge. Je ne veux pas comparaître coupable de cette omission au tribunal de la justice divine , devant lequel je serai cité bientôt, si je considère mes quatre-vingts ans de vie. »

A c.es mots , le pape l’encouragea avec beaucoup d'affabilité à parler librement.

Alors le cardinal reprit la parole : « Très-saint- père , dit-il , je vous recommande la compagnie de Jésus injustement détruite par un complot de quatre ou cinq ministres, lesquels, n’ayant aucune religion , ont travaillé à déti-uire ceux qui employaient tous leiurs efforts à défendre et à propager la religion. Par une conséquence légitime , ennemis du saint-siège , ils avaient conjuré contre ceux qui toujours se sont lancés sur le champ de bataille et ont versé leur sang pour le défendre de leurs insultes impies. Ce n’est pas moi qui parle ainsi , c’est Clément XIII, aucpiel vous devei votre élévation, qui parle par ma Ixmrhe. Plusieurs fois ce saint pontife m’a dit que la guerre était faite à la compagnie par quatre ou cinq ministres qui avaient circonvenu leurs princes nullement instmits de la cabale ; et que , s’étant faits des[>otes de cabinet , ils avaient formé cette cabale et l’avaient maintenue contre la compagnie de Jésus et le saint-siège, toujours forte et unie.

« J’ai une longue expérience du monde. J’ai résidé comme évêque pendant vingt années. J’ai dit traiter avec les jésuites, et je puis ilirequo généralement j’ai remarqué parmi eux une doctrine saine , une comluite exemplaire , un zèle infatigable au confessionnal, dans la chaire, dans les missions, dans les écoles, dans l’assistance des moribonds et dans tous les exercices du ministère apostolique prescrits par leur saint institut. Ce bien fait universellement par les jésuites, je l’ai vu et, pour ainsi dire, touché de mes doigts. Quant au mal qu’on prétend être universellement répandu dans tout le corps, le relâchement de leur murale, le scandale de leur

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vie, leurs maximes ]M‘micieuses à la Foi, aux Ëtats, aux peuples, aux souverains, j’en ai bien entendu parler et je l’ai lu aussi dans les livres; mais je serais bien insensé , saintpf>rc, si, au lieu de croire àmoi-ménie, je cixivais contre ma propre connaissance à ceux qui écrivent ou perlent mal des jésuites.

M Aussi ai-je demandé, dans dilFérentes occasions, à ceux qui me jwrbiient mal des jésuites, s’ils avaient été témoins oculaires du mal qu’ils attribuaient f'énéralemcnt à tout le corps. Ils réjsindaient qu’ils l’avaient lu ou ouï dire. Je tournais la question et disais : Mais le bien lait généralement par les jésuites, l’avez-vous vu vous-mêmes, ou en avez-vous entendu parler? Ils répondaient qu’ils pouvaient rendre témoignage d’avoir vu Ijeaucoup de bien cpie les jésuites faisaient par leur ministère. Alors je disais poiu conclure : J’ai pour maxime de croire à mes propres yeux et de ne pas croire au dire des autres, dans les choses dont ils me parlent contrairement à ce que j’ai vu.

« Ce n’est pas que dans quelques particuliers je n’aie observé certains défauts; mais c’étaient des défauts inséparables de l’humanité. Et certes on ne pouvait pas les commettre impunément, parce que je suis certain que les supérieurs, dès qu’ils en étaient avertis, s’empressaient de les faire réparer; et d’ailleurs, ce n’étaient pas des défauts capables de détruire l’ordre tout entier : le corps de la religion restait toujours intact. Aussi ai-je souvent entendu des jésuites déplorer euxmémes la conduite imprudente de quelques-uns de leurs confrères.

« Votre Sainteté est témoin si l’on jouit actuellement du bien que Clément XIV prétendait devoir résulter de la destruction de la compagnie. J’ai donné ma voix à ce pape; mais je n’ai jamais pu approuver sa cxmduite... L’unique excuse qu’on peut apporter, c’est qu’il était fou. Les gens de sa maison m’ont raconté des choses qui prouvent indubitablement sa folie; par exemple qu’il a voulu sc jeter par la

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fent'tre qu’il s'est précipité de son lit craignant d’étre assassiné par les jésuites tléjà détruits, que pendant la nuit il tremblait de peur, s’imaginant voir des jésuites. Je tiens ces choses et d’autres semblables du fils de mon doyen ( chef des domesti(|ues], qui le veillait pendant la nuit. Je supplie donc Votre Sainteté de rétablir cet ordre. Qu’Elle veuille bien me croire : ce n-tablissement sera l’honneur de son pontificat, et l’Église entière lui en demeurera il jamais reconnaissante.

« Je sais que la difficulté vient des souverains ; mais ceux-ci se réduisent à un petit nondire, et les difficultés qu’ils font, ils ne les font pas parce qu’eux-mêmes en jugent ainsi, mais parce que , circonvenus par des ministres, ils croient que les circonstances leur dictent ce jugement. La seule personne de Votre Sainteté peut renverser cet obsLicle et faire jx'-nétrer immédiatement la vérité jusi|u’aux souverains. Le moyen de le faire ne peut manquer k un vicaire de Jésus-Christ qui est en même temps prince d’un ample État. Ainsi ont fait plusieurs de vos prédéces-seurs ; et le résultat de leur conduite a été de dissiper les ténèbres et de faire reconnaître la vérité; ce qui eut poiu" suite la déchéance de tel ou tel ministre de son poste ou des faveurs de son prince.

« Je viens d’apprendre que quelques membres du coiq» diplomati(|ue à Home font des instances auprès de Votre Sainteté , pour qu’elle confirme par une bulle la destruction de la compagnie, et déclare schismatiques les jésuites de la Uussie Blanche, parce qu’ils continuent d’être ce qu’ils étaient; le bref d’abolition n’y ayant pas été promulgué. Très-saint-père, ces messieurs, tout en faisant la guerre la plus vive aux bulles dogmatiques, et à la bulle In cœna Doniini, qui se promulguait solennellement à Rome , prétendent faire les zélés pour ce bref de destruction. C’est pour ce bref seul qu’ils montrent de la déférence , et c’est peut-être le seul dont ils tiennent l’autorité pour infaillible; il est pour eux comme un cinquième évangile. Mais Votre Sainteté est trop éclaiiée pour se laisser surprendre. Dans toutes les autres cours catho-

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liques on ne pcrinet pas la promulffation des brefs do pure et simple discipline occK^siastique, s’ils nVmt eu leplacet royal. Ce système pratique est adopté dans tous les pays , et jamais le saint-siège n’a réprouvé cette conduite des souverains catholiques. Aussi un bref do pure discipline qui peut être utile à un royaume , peut être nuisible h un autre, à cause des circonstances dans lesquelles les sujets peuvent se trouver et qui sont connues au souverain , parce qu’il est sur les lieux. De là les auteurs catholiques du premier ordre ailmetlent euxmèmes le jiu jtrecum ou droit de reprosenter au pape les inconvénients qui résulteraient de l’exécution de certains brefs. En vertu de cette représentation , hmdis que le recours ad primam tedem est pendant, l'eflctdu bref pour lequel ce recours a lieu reste suspendu ; parce que le pape, qui doit gouverner l’Église avec prudence , ayant égard à ces prières ou représentations des souverains, suspend alors lui-mème l’obligation que ce bref ou précepte, entraîne avec lui. C’est une doo- Iriiie solide et vraie. J’avoue que les légistes l’ont étendue et en ont abusé énorméinoiit, en soutenant que la suspension du précepte ecclésiastirpie naît de la non-acceptation de la part des princes; chose à mon avis aussi erronée que si l’on disait que de la non-acceptation par le peuple d’une loi civile quelconque résulte la nullité de cette loi. La nou- acceptation de la part du peuple est un motif prudent pour le prince de suspendre sa loi ou d’en suspendre l’effet, de sorte qu’il n’en exige pas l’exécution. Autrement ce ne serait plus le prince mois le peuple qui serait législateur.

« 11 ne fut pas donné cuurs dans la Russie Rlanohe au bref de Clément XIV, parce que l’évêque qui, eu vertu du même bref, devait l’intimer aux jésuites, n’avait pu l’intimer à cause des circonstances où il se trouvait. Les jésuites do Russie restèrent donc en possession pacifique de ce qu’ils avaient depuis deux cent (luai'ante ans, et de ce qui leur était confirmé par tant de bulles et do brefs de dix-neuf souverains pontifes, c’est-à-dire ils continuèrent d’être vrais jésuites. Où

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est donc leur hérésie? Où est leur désobéissance? L'évéi|ue ne leur intima pas le bref, parce que la cour de Saint-Péterslwurg menaçait d’exil quiconque l’intimerait. Les préceptes ecclésiasti(jues n’obligent passons doute, quand l’exécution serait si onéreuse. Ensuite les princes, même catholiques, pouvaient ne pas donner cours au bref sans encourir aucun blAme, et cela non-seulement pour la raison déjà donnée, mais encore ptmr un motif spécial fourni par le pape même, qui détruisait l’onlre; car Clément XIV n’employa pas d’autres termes envers les princes que ceux d’une pure exhortation : kortamur principes. C’est donc l’intention du {«pe Clément lui-même, que les princes ne soient pas obligés de lo faire. Et comment aurait-on pu en faire une obligation aux princes qui ne communiquaient pas avec Home?

a Enfin les annales de l’l*'glise nous as.surent que des brefs de destruction n’ont pas été exécutés dans plusieurs royaumes et provinces , et Home n’a jamais fait une bulle de condamnation contre des religieiu qui continuaient à vivre d’après leur ancien état. C’est ce que nous savons de l’ordre des Servîtes , que le pape Innocent V déclara compris dans la suppression ordonnée et faite au concile général de Lyon. L’or.lre des frères de Saint-Jean de Dieu, supprimé à Rome, se maintint en Espagne, parce que le bref donné par Clément VIH n’y avait pas été promulgué. 11 en est encore de même de l’ordre des écoles pies, qui quoique formellement détruit et déchu du rang d’ordre régulier à Home, se maintint comme ortlre régulier en Pologne, et dans d’autres contrées du nord.^ Il existe aussi deux lettres de saint Joseph de Calasanz insérées dans le sommaire du procès de sa béatification, en 1716, quand Mgr Lambertiiii, qui fut plus tard pape, homme d’un si grand savoir en cette matière, était promoteur de la foi. Le serviteur de Dieu, alors général des écoles pies, quoique empêché d’exercer sa charge, écrit expressément ces lettres pour que ses religieux continuent à suivre leur institut aiiui longtemps que le bref ne leur aura pas été intimé par les ordi~.

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mh'es, parce qu’en vertu du bref de destnicüon donné par Innocent X , les orilinaires locaux devaient l’intimer aux écoles. Lambertini ne lit sur ces lettres aucune remarque qui pùt rendre l’auteur suspect de maximes coupables ou contraires à l'obéissanro due aux décisions apostoliques. Aussi lit-on dans la Aie du saint, imprimée à Home, dans l’imprimerie de Saint-Michel a Ri/M, et écrite par un religieux des écoles pies, que le saint général, déjà très-avancé en Age, prévoyant le coup fatal , envoya le vénérable, frère Onuphre du Saint-Sacrement en Pologne et dans d’autres contrées septentrionales, où leurs écoles étaient plus nombreuses, afin d’obtenir que le bref ne fût pas promulgué dans ces contrées, comme il arriva en effet. L’auteur dit aussi que plusieurs ouvrages sur la nullité du bref d’innocent parurent pendant la vie du saint , ouvrages qui se conservent encore dans les archives de l’onlre à Rome.

a Je parlerai aussi de ce qui est arrivé de mon temps. La cause de la béatification du vénérable Jean Peccador a été traitée devant Votre Sainteté. Or il était frère de Saint-Jean de Dieu en Espagne , en 159i , année où parut à Rome le bref de destructiou donné par le pape Clément Vlll , bref qui , comme je l’ai déjà dit, ne fut pas exécuté dans ces royaumes. Le serviteur de Dieu mourut au temps même de la suppression faite à Rome, c’est-à-dire l’an 1600 , onze ans avant que Paul V rétablit l’ordre. Malgré cela le vénérable Peccador avait continué d’être religieux buon fratello, comme auparavant; dans les procès on lui donne le titre de religieux profès, et Votre Sainteté l’a déclaré religieux profès de l’onlre de Saint-Jean de Dieu dans le bref ipii déclare l’héroïsme de ses vertus, faisant ainsi ni plus ni moins que ce qui se fait pour les serviteurs de Dieu qui sont morts profès «lans les ordres réguliers encore existants , indiquant ce qui est actuel , c’est-à-dire qu’ils sont morts dans ces mêmes onlres religieux , dans lesquels ils avaient fait leur profession solennelle.

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ÉTAT D£ LA COMPAGME DE JÊSl'S.

« Je fais ces remarques à Votre Sainteté pour montrer combien (juelques-uns s’ébùgnent de la véribî quand ils traitent la question des jésuites. On foule aux pieds toutes les lois, pour\n qu'on puisse en mettre la faute sur d’autres. Il est certain que cet ordre a été détruit sans avoir été cité , sans avoir été admis à se défendre, et les faits du cardinal Malveizi à Bologne , et d’autres canlinaux à Rome et & Frascati , faits antérieurs à la suppression, ainsi que les faits qui accompagnèrent et ceux qui suivirent la suppression, sont un déshonneur pour le saint-siège , et , je le dirai librement pour l’humanité elle-même.

a Votre Sainteté connaît l’innocence du corps, du chef, des principaux dignitaires. Elle a eu sous les yeux les procès faits dans un temps de rigueur. Le général Ricci était un saint homme, avantageusement connu de Votre Sainteté. Toutes ces choses réunies doivent être un aiguillon qui excite Votre Sainteté à faire toutes les tentatives pour laver cette tache d'infamie qui souille le saint-siège , en restituant à l’innocence la bonne réputation qu’on lui a ravie, en rendant à l’Église et à l’éducation un ordre qui a si bien mérité de l’une et de l’autre. »

Telles furent , en substance , les choses que le cardinal dit au pape , non pas d’une manière continue , mais par interruption comme il arrive dans un entretien , et en réponse à ce que le pape disait lui-même pour conlirmer ce qui était ' dit par le cardinal.

Le pape , dans cette circonstance , montra son penchant pour la vérité et la justice. Il dit que la destruction de la compagnie avait été un vrai mystère d’iniquité; que tout ce qui s’était fait avait été fait injustement et sans égard aux règles prescrites ; que le mal qui avait été fait à l'Église par la suppression des jésuites lui était connu ; que , de son cMé , il était très porté à rétablir l’onlre ; que la chose n’était pas impossible , qu'elle dépendait de la vie d'un seul; que, dès qu’il verrait une voie onverte , il y entrerait de cœur ; que

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Clément XIV n’avait pas seulement été fou après la suppression , mais qu’il l’était déjà avant.

a Pour nous , dit-il , il faut que nous agissions aveo ciroons* B portion ; les ministres nous font passer auprès de leur cour B comme des tertiaires des .jésuites. Nous devons permettre B certaines choses qui ne sont pas favorables aux jésuites, « pour empêcher que de plus grands maux ne tombent sur B eux. Nous prions Dieu qu’il ouvre la voie par laquelle B nous puissions venir au but auquel nous tendons. Le réta- « blissement n’est pas impfissible parce que la destruction a « été faite injustement et sans égard aux règles établies. »

B Nous, soussigné, attestons que tout ce qui est contenu dans celte feuille est la substance d’un entretien que nous avons eu oa ec Sa Sainteté le pape Pie VI pendant une longue entrevue , dans la matinée du samedi de Pâques close de l’nnné-e susdite 1780, quand nous fiimes admis à l’audience du saint-père pour prendre congé à l’occasion de notre départ pour Drescia , notre ville natale. En foi de quoi nous avons ordonné à notre secrétaire de faire la présente attestation, que nous avons signée de notre propre mainy pour faire cette même foi qu’elle ferait et avoir cette même authenticité qu’elle aurait, si elle avait été reçue par les mains d’un notaire public avec les plus grandes légalités possibles. En foi de quoi , etc.

a Signé : Ctird. Caiini.

a Je soussigné , François-Joseph Masini, citoyen et notaire public de Bfilogne , .à ce légitimement re(]uis , atteste que cette copie s’accorde avec l’autographe reconnu publiquement par moi , le 17 du mois courant, après l’avoir soigneusement collationnée, b

LETTREj D£d KVigUES A CLÙ(£.NT Xllt.

ÉTAT DE LA COMPAGNIE DE JÊSL’S. — LETTHES DES ÉVÊQUES A CLÉMENT XIII ; DDEFS ET RÉPONSES DU PAPE AUX ÉVÊ- QUES DANS l’affaire DES JÉSUITES'. (1 LoO-ITCO.)

Leltrt de tévèque de Ségovie à Clément XIII.

Très-saint-pèbe ,

L’ëvôque de St'govie, en Espagne, représente (rès-humblement à Votre Sainteté (ju’il s’aper(;oit depuis longtemps, avec les plus vifs sentiments de douleur, que rennemi du genre humain est déchaîné, et que chacun se croit permis de lancer à son gré les invectives et les injures les plus atroces contre tous ceux (pii professent le saint'institut de la compagnie de Jésus. Les vrais fîdèh's n’ont pas de peine à reconnaître à ces traits l’effet de la fureur de ce lion rugissant, qui voit avec indignation tant de prodiges opérés dans l’Eglise de Jésus-Christ par le soin et le zèle infatigable des enfants d’Ignace; maison ne peut dissimuler qu’il est d’autres personnes (pii, animées par l’esprit de malice, ne sont nullement touchées des dons éclatants et tout à fait merveilleux de

' Voir dans rouvrage, chap. m. p. 68 et 80; chap. iv p. 158 et passim quel (ot l’objet, le but et le résultat de ces lettres des évêques A Clément XIIL On peut aussi voir l'ouvrage intilulé : Osservationi aopra l’istoria dtl ponli/tcalo di Clemenle XIV, etc. — L'auteur (le P. Bocro S. J.), à la page 87 du tome I , fait remarquer que 100 lettres d’évêques adressées i Clément XIII , de 1769 à 1765 , furent enlevées des arebives pontiScales api;ès la mort de ce pape; que cependant le P. Lagomarsini, qui en avait reçu des copies des évêques mêmes qui les avaient écrites , se proposait de les publier avec d’antres pièces sous ce titre : Clarontm Yirorvm Judicia ac leslimonla de Soc. Jetu, abanno 1736 ad annum 1765. Mais la chose n’eut pas lieu} et l’on conserve encore au collège de Païenne on volume mamucrit du P. Lagomarsini renfermant un nombre asseï considérable de ces lettres.

Les traductions françaises, que nous donnons ici de plnsionrs de ces lettres , ont pour auteur le P. de Clorivièrc , ancien jésuite , rentré dans la compagnie do Jésus en 1814, et mort à Paris en 1811,

IXKOMENTS. CUAF. III.

vertu , de science, de vigilance, de modestie et de piété, qui, comme autant de ruisseaux découlant de l institut, se répandent jus<iu’aux extrémités de la terre pour arroser tout l’univers. Uemplies de haine et d’envie à la vue de ce (jui devrait le plus exciter la reconnaissance de tout le monde , elles ne sont «niquement occupées qu’à inspirer aux autres ces s«‘ntiments. J’en suis d’autant plus touché que je ne puis penser et réfléchir à ce qu’une expérience journalière m’a démontré, depuis sept ans que je gouverne ce diocèse, sans reconnaître dans ces religieux d’excellents ouvriers de la vigne du Seigneur. Ils prennent soin de l’enfance, forment la jeunesse , nourrissent tous les Ages du pain de l’enseignement, éclairent les aveugles, remettent dans le chemin ceux qui s’en sont écartés, soulagent les infirmes, viennent au secours des morihonds et remplissent avec exactitude et fidélité tout ce qui est du ministère apostolique. Le bras du Seigneur leur a été révélé; de sorte que, si l’on en excepte l’état épiscopal, il parait qu’ils pounaieut absolument suppléer au iléfaut de tout* autre en particulier. Ces réflexions, très-saiut-père , m’ont engagé à présenter avec sincérité mes humbles demandes à Votre Sainteté, vous suppliant de rassembler sous les ailes de votre protection un troupeau attaqué par des loups furieux; de conserver, vous qui ôtes le père de l’Église, ceux qui souffrent de si grand maux pour le bien de cette môme Église. Ne permettez pas que ceux que la Providence a comme nous affermis sur la base solide de notre foi , et qu’elle nous a donnés pour aides, succomlient à la jrersi'cution et aux insultes de leurs ennemis. Que ceux-ci éprouvent la sévérité dCjUotre justice, et que le frein contienne ceux qui n’ont point été ari-ôtés par le devoir. L’Église se glorifiera d’avoir un pasteur qui connaît scs brebis, l'els sont mes désirs auxquels je joins les vœux les plus ardents pour la conservation de Votre Sainteté.

Dans l’année 1759. Emmanuel , évêque de Ségovie.

^ {Coll. Lag.)

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