‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 13 sur 89 · ÉTAT DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

naissance de cette blessure qui terrassa Ignace dans le lieu même où est érigée en son honneur la chapelle dont j’ai parlé...

Mais cette chapelle , (jue l'on peut regarder comme le berceau de la compagnie, et par là-inéine comme un rempart de notre sainte religion et une forteresse redoutable à l’hérésie, est si étroite et si peu ornée, que les étrangers qui passent par cette ville sont étonnés de notre négligence et ne peuvent s’empêcher de la blâmer : ils se contentent de riKuieillir les belles inscriptions que l’on y trouve à l’honneur du saint fondateur de la compagnie. Ces raisons, sire, jointes au profond respect dont il est jvénéfré pour ce grand saint, à l’amour qu’il se croit obligé d’avoir pour la compagnie et à l’utilité qui doit en résulter pour son diocèse, sont les motifs (jui portent l’évêque de Pampelune à vouloir ronlribuer à la splendeur (1« la;lite chapelle, et promouvoir le culte de saint Ignace et l’honneur de sa compagnie. Il a pour cela formé le projet de bâtir une église , une maison île retraite , et un séminaire où puissent demeiu'er commodément cinq ou six pères. L’emploi de ces pères sera d’y donner les exercices de saint Ignace aux personnes ecclésiastiijues et séculières , tant de ce dioccse que de ceux des environs.. Ceux qui se préparent au sacerdoce y pourront <à loisir faire une confession générale de leur vie et être formés à la discipline ecclésiastique; les. clercs et les laïques, dont les mœurs seraient dissolues, pourront y être rappelés à une meilleure vie; enfin, ce qu’il y a de jeunes gens choisis y sera instruit dans la piété, dans les lionnes mœurs et dans tout ce qui peut servir à la vie civile. Il en résultera nécessairement de très-grands fruits spirituels et temporels , comme en témoigne hautement l’expérience, comme le prescrit le concile de Trente, comme le proclament universellement la France, l’Allemagne, Fitalic, comme l’enseignent les saints, les souveraiiis pontifes, les évêijues et tous les pasteurs des âmes.

Pour l’exécution de ce projet, l’évêque a pris les arrange-

BOCtTMENTS. CHAP. HI.

nient» nécessaires vis-à-vis du général de la compagnie qui, à sa demande, a envoyé au provincial de Castille une permission expresse à cet effet : de plus, une maladie qu’il a eue au mois d’avril dernier ne lui ayant pas permis d’en faire davantage, il a fait compter aux jésuites 4,000 piastres pour commencer cet ouvrage, espérant que la piété de ses diocésains, excitée pai' son exemple , contribuera à l’envl à iierfectionner un ouvrage dont ils doivent retirer de si grands avantages.

Cependant U ne serait pas jiossible de poursuivre ime œuvre si propre à procurer la gloire de Dieu, à moins qu’il ne plaise à Votre Majesté d’accorder au recteur et au collège de la comjiagnie qui est dans cette ville de Painjielune, un certain terrain inculte qui est contigu à ladite chapelle, et appartient à la même citadelle où elle est située, afin d’élargir l’espace où le nouvel édifice doit être construit, et d'augmenter le jaidin que cette môme chapelle a déjà. Cette donation sei’a une suite de celle par laquelle votre auguste père, notre glorieux souverain Philippe V, a accordé une partie de ce terrain pour (ju’on y fit le jardin que possédait la chapelle et l’ancienne maison du prêtre qui en est le gardien ; comme il parait par les registres royaux datés du 2 février 1704 et du 6 septenabre 1718. La vive piété de Votre Majesté donne à l’évéque qui lui fait cette demande une vive conilanoe qu’elle voudra bien étendre le bienfait de cette donation à ce qui reste dudit teirain vide et inculte. Cet espace a tout au plus 80 à 00 verges de long et environ la moitié de large , et d'ailleurs ne peut servir à aucun autre usage... (Coll. Lag.)

ÉTAT DB LA COMFAONIE DB JÉSCS.

Lettre de l’archevêque de Colocta , métropolitain de Hongrie , au

cardinal Torregiani, secrétaire d’État de N. S. P, Clé'

ment XIU, (13 mai 1759.)

Le commencement de cette lettre se trouve ci-tlessus , au chap. I, page 6.

« C’est pourfjuoi j’adresse à Votre Éminence les plus humbles et les plus pressantes prières pour la compagnie de Jésus, également reoommanilahle par son innocence et l’éclat de ses vertus religieuses. Je vous conjure le plus in.stamment qu’il est possible de seconder le zèle et la vigilance que je montre pour elle, en lui donnant vous-même quelque part dans votre bienveillance et dans votre amour, et en portant mes vœux et mes prières au fi-ône de Sa Sainteté, afin qu’elle lui fasse ressentir les effets de saclémence. Pour moi, parfaitement informé de ce qui regarde les pères de cette compagnie, non-seulement pai' la connaissance particulière que j’ai moi- même de ces excellents ouvriers dans la vigne du Seigneur, mais encore par celle que me donnent de leurs travaux , en différents diocèses, les évêques mes suffragants, dont quelques-uns président à des provinces entières d’une assez vaste étendue , je suis en état de rendre à Votre Éminence un témoignage certain de la vie, des mœurs et de la conduite irréprochables de ces pères; et je vous prie de vouloir bien présenter ce témoignage au très-saint-père, notre père commun.

Je ne puis ni ne veux dissimuler que j’ai toujours eu pour la compagnie une constante et sincère affection, depuis le temps que j’ai été capable de discerner l’excellence et la supériorité de ses lumières; j’en ai souvent donné des marques publiques par ma promptitude à me servir du ministère des pères de cette compagnie , et par les rapports que j ’ai eus a vcc eux pour l’avantage de l’Église catholique dans ce royaume, à qui des ouvriers aussi laborieux et aussi intelligents sont

DOCl’MENTS. CILVP. IH.

tout à fait nécossairos. Copen<Iant, quelque juste que soit mon alIVclioii pour res pf'res, et (juelque cajiable quelle puisse t'tre de faire impression sur moi, je ne consulterai dans ce que je \'ais dire que la vtrrité pure , et c’est à elle seule qu’on doit attrilmer le témoignage que je rendrai de leur innocence et de leurs vertus.

Le lustre qii’a toujours conservé et que conserve encore la religion catholique dans ce pays, au milieu des hérésies dont il est infecté , nous en sommes en grande partie redevables aux pères de cette compagnie, et surtout aux soins infatigables qu’ils prennent d’élever la jeunesse dans les classes publiques. Ils la forment admirablement dans les collèges et autres écoles, aux lettres et aux beaux arts, et principalement aux mœui's vraiment chrétiennes et à ce que la piété a de plus d’excellent : ce qui fait regarder leui-s classes comme autant de pépinières d’ecclésiastiques et de religieux. Hors des classes, ils prennent aussi toute la peine imaginable pour cultiver la jeunesse et le peuple grossier de la campagne ; ils ont à cette fin établi des missions qu’ils appellent catéchétiqtm, dont ils s’acquittent avec im zèle et une patience admirables; et malgré la diversité de langage, qui varie presque en autant de manières que ce royaume a de parties ditlérentcs, ils ne cessent de distribuer la parole divine aux personnes ignorantes et plus destituées de secours , ce qu’ils font avec une ardeur qui ne se ralentit jamais. Les fruits (ju’ils recueillent par le moyen des autres missions, particulièrement de celles qu’on nomme de la pénitence, sont aussi immenses. U y a piès de trente ans qu’ils sont dans l’usage de les donner en plusieurs endroits à la fois, et l’on ne saurait exprimer le gi’and nombre d’àmes qu’ils gagnent par là , soit en les arrachant à la servitude du péché et leur rendant la lil)crh^ des enfants de Dieu ; soit eu dissipant les ténèbres de l’erreur et les ramenant à la connaissance de la cxmfcssion de la vérité catholique. Je n’exagère en rien : je n’écris qu’après y avoir bien [tensé, et je ne dis rien dont je

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