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DOCCMENTS. CHAP; IV.
qui reçoit M. le procureur général appelant comme d’abus de leurs constitutions m’en fournit la juvuve.
On y voit, à la page 10, une iléleuse formelle du P. Aquaviva, leur général, sous peine d’excommunication, de tenir ou d’enseigner cette doctrine en public ou particulier, ni souffrir qu’elle soit enseignée par eux. Cette défense inouïe, dans les termes les plus forts, fut sollicitée par la société; et ce qui ne peut être oublié, par des jésuites de France, (jui, non contents de s’être munis de l’attestation du cai'dinal de Gondi pour rendre justice à leiu^ sentiments et à leur conduite , jugèrent à propos de se précautionner du cêté du général, pour empêcher (jue la témérité de quebjues écrivains particuliers ne suscitât dans la suite à tout le corps une affaire semblable à celle qu’ils éprouvent aujourd’hui. Une défense aussi précise , qui exprime la doctrine du corps bien mieux que quelques auteurs particuliers, semblait devoir mettre pour toujours à l’abri d’une pareille accusation, la société entière, et surtout les jésuites de France , qui l’avaient procurée. Elle est pourtant apportée contre eux cette même défense, en preuve de leur attachement à cette affreuse doctrine, et on fait valoir à ce sujet l’obéissance aveugle que leurs constitutions leur recommandent euvere toute volonté du général, sans examen de la justice d’aucun ordre émané de lui : ce sont les termes de l’arrêt. A-t-on donc montré dans les textes qui y sont rapportés quelques traces de cette volonté du général qui mette eu péril la vie des rois? 11 n’y en a aucun qui soit contraire ou qui mette des bornes au décret d’Aquaviva. Je lis le texte cité sous la page fi, en preuve de cette obéis-sance aveugle qui se livre , dit-on , à tout , sans examiner rien : j’y vois, à la vérité , le pouvoir du général bien établi pour tout ce qui concerne la discipline et la manutention des règles; ime olxlissance qui exclut toute résistance des inférieurs à cette même discipline et h ces règles; et c’est i ce pouvoir du général , à cette obéissance des inférieurs, qu’est dù le maintien de cet institut dans la pureté de sa nais-
sance ; mais ces textes ne disent ni n’insinuent rien au delà. Qui pourrait être effrayé du terme d’obéissance aveugle? On trouve la même expression dans tous les instituts monastiques ; les raisons et les comparaisons dont on l’appuie n’ont rien qui ue doive édifier, quand cette obéissance n’a pour objet que les règles d’un institut reçu et approuvé par l’Église. Il suffit de connaître le pencliant de l’homme à se révolter contre ses supérieurs et le désordre que le défaut de subordination produit dans tous les états pour justifier cette obéissance qu’on reproche aux constitutions des jésuites ; elle n’est point illimitée , comme on pourrait le conclure de l’arrêt. Cette obéissance parfaite qui regarde le supérieur, quel qu’il soit , c’est-à-dire le supérieur particulier aussi bien que le général, comme tenant la place de Jésus-Christ même, connaît des bornes ; elle doit s’arrêter quand il y a péché ; elle n’a lieu que dans les cas où il n’y a aucune sorte de péché. C’est ainsi que parlent les constitutions en plusieui-s endroits ; les déclarations publiées avec les constitutions mêmes et qui ont la même autorité les confirment expressément sur ce point. Cette restriction essentielle se trouve surtout à l’endroit des constitutions cité dans l’arrêt, page 6. Elle précède immédiatement les paroles qu’on objecte aux jésuites; qu* ne la rapportait-on 1 Cette restriction seule aiuait tout expliqué, tout justifié, et surtout elle ôterait jusiju’au soupçon d’une obéissance qui porterait les inférieurs à commettre le plus horrible des crimes.
Je n’entreprends pas. Monseigneur, de renfermer sous les bornes d’une lettre tout ce qu’il y aurait à dire pour la justification des jésuites sur tous les articles qui leur sont reprochés. L’esprit d’équité qui vous règle vous fera sentir mieux que je ne le pourrais dire ce qu’il faut penser des griefs multipliés contre eux dans l’anêt , et ce sentiment d’équité vous portera à représenter à Sa Majesté le tort que reçoit im corps entier d’être rendu responsable des sentiments affreux qu’il a toujours hautement désavoués; d’être, en conséquence.
DOCIUENTS. CBAP, IV.
flétri et proscrit par un avn't , sans de nouveaux griefs , et sîuis avoir été appelé ni entendu dans ses défenses. C’est pourtant on corps utile à i’État, par l’éducation de la jeunesse, h laquelle il se dévoue , par les belles lettres et le goût des sciences , qu’il cultive en tout genre avec soin et avec succès ; c’est un corps utile à la religion , par son attacberaeut à la saine doctrine , par l’étude de la théologie , par la prédication et la direction des dînes, par les congrégations, les retraites, et les missions auxquelles il est employé avec fruit; c’est un corps enfin établi dans le royaume par lettres patentes, dûment enregistrées, qui jouit de son état depuis 800 ans. Pourrait-il en être privé par une autre autorité que celle cpii l’a établi î 11 doit son existence au bienfait du prince; c’est au prince qu’il appartient de soutenir son bienfait, quand celui qui l’a reçu ne s’en est pas rendu indigne. Votre amour pour la religion et pour l’État vous rendra sensible , Monseigneur, d la destruction d’un corps qui travaille aussi utilement et depuis si longtemps pour le public ; et c’est le même motif qui m’intéresse à sa conservation , et qui m’anime à lui rendra le témoignage que méritent ses services.
J’ai l’honneur, etc.
Signé: B., évêque (PUxès.
Lettre de Jean- Baptiste-Joseph de Fontange, évêque de Lavaur, au chancelier. (12 octobre 17GI.)
Mo.nseignecr ,
Je viens avec confiance déposer dans votre cœur la vive douleur dont le mien est pénétré à la vue de la manière indécente dont le parlement de Paris vient de traiter les jésuites. La droiture de vos intentions, votre attachement à l’État et votre amour pour la religion m’encouragent à prendre la défense d’une société respectable, uniquement occùpée du bien de l’Église et de l’État. Dans les temps les plus orageux
ACTES DES ÉyÉQUES DE FRANCE, elle trouva une protection assun^e dans vos illustres aïeux ‘ ; son innocence et la justice de sa cause lui assurent aujourd’hui la viMre , que j’ose solliciter pour elle.
Fut-il jamais un temps, Monseigneur, où elle en eut plus de besoin? Le parlement de Paris, déchaîné contre elle, semble avoir juré sa perte, sans que rien soit capable de l’arrêter. Le roi lui adresse-t-il une déclaration pour suspendre son activité? ne reconnaissant d’autre autorité que la sienne, s’il fait semblant d’obéir, c’est pour marquer avec plus d’éclat le mépris le plus formel pour ses ordres, et, n’écoutant que la pa^ion , il donne dans le même moment deux arrêts où e}le se montre si h découvert que les personnes qui aiment le bien et qui sont le plus sincèrement attachées au roi en son. consternées, et que les ennemis mêmes des jésuites en sont surpris. Et qui ne serait étonné, Monseigneur, dé voir un corps où doit toujours présider la justice , et qui se donne dans ses remontrances pour un oracle infaillible de la vérité, flétrir avec ignominie une société respectable, et réputer comme coupables d’une doctrine impie , détestable et régicide , plus de trente auteurs , recommandables par leur science et leur vertu et par les dignités dont quekpies-uns étaient revêtus, ne rapportant que le titre de leurs livres, sans citer leurs textes, sans les confronter avec les théologiens des autres ordres qui écrivaient dans leur temps ou qui avaient écrit avant eux , sans exposer les principes de leur décision et les conséquences qu’ils désavouaient, sans taire attention aux temps et aux pays dans lesquels ils écrivaient ?
Quelque passionnée que soit cette première partie de l’arrêt, elle ne l’est pas assez pour prépai*erà la deuxième un esprit même prévenu contre les jésuites ; on ne lit qu’avec indignation les dispositions (pi’elle contient. Peut-on en effet. Monseigneur, n’être pas scandalisé de voir, sur une accusation
* Les Lamoignon, entre autres le célèbre Guillaume de Lamoignon, premier président du parlement de Paris, ont été les protecteurs les plus dé- Toués do la compagnie.
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vague, condamner toute la société des jésuites comme tine troupe de scélérats, de meurtriers, de parricides, fermer leurs noviciats , interdire leurs écoles , proscrire et anéantir leurs congrégations et les autres exercices publics de piété; intéresser la fidélité , l’amour des sujets pour la conservation de la personne sacrée du roi , pour leur défendre et leur empêcher de confier aux jésuites l’éducation de leurs enfants? La Fi’ance étonnée n’a poussé qu’un cri unanime contre l’injustice de cette vexation, d’autant plus odieuse que plusieurs jésuites ont écrit contre les maximes qu’on impute à leurs confrères, et que ce qu’il y avait de répréhensible dans ces auteurs a été défendu et proscrit par les souverains pontifes et par le clergé de France. Leurs supérieurs généraux n’ont-ils pas été les premiers à leur défendre , sous les peines les plus grièves,' d’enseigner 'c<‘s sentimenls pernicieux? Ont-ils réclamé? Se' sont- ils i-évoltés contre leurs décisions? Ont-ils enseigné depuis cette doctrine proscrite? Qu’on parcoure tous les livres imprimés depuis un siècle; qu’on lise leurs cahiers; qu’on interroge leurs auditeurs; qu’on consulte un nombre infini de personnes qui ont étudié sous eux ; qu’on demande aux villes dans lesquelles ils sont établis , si ces pères enseignent une doctrine meurtrière , et si c’est en conséijuence de leur doctrine que se commettent les assassinats ? ils vous répondront sans balancer que les principes de religion que ces pères leur ont enseignés dès l’enfance , que les retraites qu’ils donnent, que les missions qu’ils font, et que les congrégations établies chez eux , bien loin d’exciter les esprits à la révolte, à la scélératesse, au parricide, ne les portent qu’à la piété , à l’humanité, à la réforme des mœurs, au service de la patide, à la fidélité et à l’amour du roi.
Quelle règle de justice a donc suivie le parlement dans ses arrêts? si les jésuites de nos jours sont irréprochables dans leur conduite et im-préhensibles dans leur enseignement, était-il permis de les proscrire, parce que quelques-uns de leurs auteurs , étrangers presque tous , se seraieut rendus
ACTES DES ÉVÊOüES DE rHANCE. %33
coupables T A vaut de les noircir, ne faUait-il pas les convaincre de soutenir ces détestables maximes et d’en infecter l’esprit et le cœur de la jeunesse? Les plus téméraires, ensuite, ont-ils jamais avancé dans la sp<5culation des principes aussi affreux que ceux que l’on suit à l’égard de la société î Où en serions-nous. Monseigneur, si l’on pouvait imputer les fautes de quehjues membres à ceux (jui leur succèdent? Quel ordre rebgieux , quel corps de l’fitat pourrait éviter une pareille condamnation? Que deviendrait le piulement lui-méme, si, arracliant des ténèbres des arrêts rendus dans des tem{)S de trouble et d’horreui’, on lui montrait le procès lait au roi; le jour d’un exécrable régicide cunsacn; par des processions et d’immortelles actions de grâces; le feu de la sédition souillé, allumé dans tous les coins du royaume , lus propositions les plus contraires à nos lois fondamentales avancées et soutenues ? combien de fois les rois n’eu ont-ils pas été indignés et ne les ont-ils pas réfutt'spar la bouche de leurs chanceliers!
Si l’on jugeait des hommes par des excès passagers ou occasionnés par les circonstances, abolis par le laps du temps et détestés aujourd’hui , n’est-il pas évident que les jésuites, au lieu d’avoir à se défendre contre des ennemis qualitiés et res- • pectables, n’auraiemt à combattre que des criminels dignes de toute l’animadversion des lois?
Le second arri-t, du même jour, est marqué comme le premier au coin de la haine et de la passion. Le parlement ne représente l’institut des jésuites et les bulles qui le confirment que comme l’assemblage monstrueux des abus les plus énormes, les plus contraires aux luis de l’Église, à l’autorité des magistrats et ù la sécurité de nos rois. Des personnes qui réfléchissent peuvent-elles se former et réaliser de pareils fanhV mes? Et reconnfütra-t-ou à ce portrait des edustitutions dont tout le monde avait admiré just^u’ici la sagesse, la prudence et la modération? L’ouvrage de tant de papes, de tant d’hommes de piété et d'une nrudence consommée, de plusieurs saints canonisés par l’ÉgÛ^e;~aie sera donc, aux yeux d’un par-
DOCCMENTS. CHAP. ly.
lement chrétien qu’un ouvrage diabolique, et n’aura produit qu’un corps détestable qui ne tend qu’à la honte, au malheur et à la destruction du genre humain? A en juger par les effets. Monseigneur, on penserait bien différemment. Les ennemis des jésuites, qui furent presque toujours les ennemis de l’Église, de la religion et de l’État, ont eu beau examiner leur naissance et leur progrès, exagérer les pernicieuses maximes de leurs auteurs, les couvrir dans l’im et dans l’autre monde des plus noires calomnies, dénigrer et empoisonner leurs vues et leurs actions; il est cependant incontestable qu’aucun ordre n’a produit tant de grands hommes dans tous les genres; qu’ils ont été les principaux défenseurs de l’Église contre leshéréti- <jues; qu’ils ont prodigué leur sueur et leur sang pour établir la foi parmi les infidèles ; que c’est de leur sein que sont sortis les plus fameux prédicateurs, les plus zélés missionnaires, et une intinité d’auteurs et de professeurs qui ont illustré l’Église, l’État et les lettres par leurs écrits et par leurs talents. Comment un institut si abusif, un arbre si vénéneux a-t-il pu produire des fruits si excellents, des hommes si chers à la religion et à la patrie?
Mais quels sont-ils, ces abus. Monseigneur, pour être peints au public avec de si noires couleurs ? renversent-ils les lois de la nature, les principes immuables de l’équité? donnentrils atteinte à l’honneur et à la vie des citoyens, à la sûreté de nos rois? S’ils portaient cet odieux caractère, est-il à présumer que les souverains pontifes les eussent accordés et confirmés? que saint Ignace et ses savants et pieux compagnons les eussent sollicités ou reçus ? H y a de l’abus, je l’avoue, dans ces privilèges; mais cet abus n’est autre chose que l’opposition à nos lois, à nos usages et à nos mœurs ; ce sont des privilèges que les papes se croient en droit d’accorder, et dont ils avaient déjà gratifié d’autres ordres, ou des clauses de style sur lesquelles on fait semblant de s’alarmer, quoiqu’on en ait autorisé et enregistré plusieurs fois de semblables. Je veux. Monseigneur, que ces grâces extraordinaires renferment quelques abus, et
qu’on ne puisse en user en France sans causer quelque trouble et quelque confusion dans l’État ; un privU*5ge abusif est-il à craindre lorsqu’il a été rejeté, et que ceux qui l’ont obtenu y ont renoncé, lorsqu’il est par rapport à l’État comme s’il n’existait pas, et que jamais il n’a été réclamé ? Le parlement le sait, la déclaration en est inscrite sur ses regi^res depuis plus de deux cents ans, que les jésuites, en demandant d’être reçus dans le royaume , n’entendaient préjudicier aux lois royales, libertés de l'Église, concordat fait entre le saintsiège apostolique d'une part , et la majesté du roi d'autre part , ni aux droits épiscopaux , paroissiaux , ni aux chapitres et autres dignités , mais seulement qu’ils fussent reçus comme religion approuvée, auec la susdite limitation et restriction. Il sait que l’assemblée de Poissy ne les reçut qu’à ces conditions, et que l’acte d'enregistrement de la délibération de cette assemblée le renferme expressément; il sait que, fidèles à leurs prf>messes, les jésuites n’ont plus revendiqué ces concessions extraordinaires; qu’ils n’ont jamais refusé les dîmes, les tailles, ni les autres subsides auxipiels les biens ecclésiastiques sont soumis; qu’ils n’ont jamais pensé à excommunier les princes, les magistrats et les autres infracteurs de oes privilèges. Le parlement le sait ; et comment ose-t-il donc les leur reprocher comme s’ils étaient aujoiu^’hui le fondement de leur existence, la soimce de mille troubles, de mille divisions!
J’abuserais de votre patience. Monseigneur, et je passerais les bornes d’ime lettre qui n’est déjà que trop longue , si je voulais entrer dans le détail de tous les autres défauts de ce second arrêt , des contre-sens dans lesquels on prend le texte des constitutions , des passages tronqués et par conséquent falsifiés, de l’ignorance que l’on affecte touchant l’étendue de l’obéissance religieuse et de l’obligation qu’imposent les règles à ceux qui les ont embrassées, de l’indécence avec laquelle on se lève contre l’autorité du général qu’on veut rendre odieuse, ou la représenter comme monarchique , quoique , dans la réahté , elle lui soit bien inférieure et n'en emprunte
BOCtJÎŒNTS. CHAP. IV.
que quelques traits. Une expérience suivie n’a-t-elle pas prouvé que cette autorité du général, bien loin de rendre malheureux ceux qui y sont soumis , n’a servi qu’à maintenir parmi les jésuites l’union, la paix et la régularité?
Vous voyez. Monseigneur, avec quelle franchise et avec quelle sincérité je vous ouvre mon cœur. C’est un évéque plein d’attachement pour la religion et pour ceux qui la défendent, qui écrit au premier et au plus grand magistrat du royaume, dont il connaît la justice , le zèle et la piété.
Vous le savez , Monseigneur, tandis que l’autorité civile a favorisé et soutenu les ministres de la religion, tout tendait à la paix et à la destruction de l’erreur. On exigeait sans contradiction les billets de confession, on refusait les sacrements aux indignes sans exciter de plaintes : personne n’était surpris de voir refuser la sépulture aux plus coupables. Qui est-ce donc qui a allumé le feu de la guerre , échauffé les esprits, répandu les désordres , autorisé les sacrilèges et le mépris de la religion ! Que ne puis-je , Monseigneur, tirer un voile épais sur tous ces malheurs et sur ceux qui en sont les auteurs ! puissent-ils rentrer en eux-mèmes et reconnaître enfin cpie la tranquillité du monarque, la félicité des peuples et le bonheur de l’État dépendent du concours du sacerdoce et de l’empire. La Bulle ne seiait plus un prétexte de trouble ; elle n’aurait plus d’ennemis , si le parlement s’était montré aussi zélé que le prince à la soutenir de toute son autorité. Ce sont leurs préventions contre ce décret ilogmutique et irréformable de l’Église qui leur ont rendu odieux les corps qui lui étaient le plus attachés. La soumission des jésuites fait aujourd’hui leur crime ; ils cesseraient d’ètre coupables , s’ils pouvaient se résoudre à cesser de défendre la vérité et de combattre l’erreur ; mais trop éclairés sur l’étendue de leurs devoire, trop attachés à l’Église, les persécutions les plus vives ne pourront les ébranler, et on ne les forcera jamais à se prêter à un système qui ne tend qu’à perdre la religion en France, et à perpétuer une hérésie bien plus capable d’éhran-
1er le trône que les principes odieux dont on cherche à les noircir. Pénétrés de ces sentiments , ils deviendraient la victime de rachamemcnt de leurs perséaiteurs , si le Tout- Puissant, qui n’abandonne jamais ses serviteurs, ne leur avait préparé une ressource assurée dans la bonté du roi, qui aime la religion et ses ministres, dans votre protection, qui fut toujours l’asilo de l’innocence opprimée, et dans le témoignage que nous sommes tous obligés de rendre à la pureté de leur doctrine, au zèle éclairé, plein de retenue et de sagesse, avec lequel ils remplissent les fonctions les plus importantes et les plus pénibles du saint ministère.
J’ai l’honneur, etc.
Signé : J. J. , évéqite de Lavaur.
Lettre de Joseph-Guillaume, évêque de Basle, au chancelier.
Monseigneck ,
Obligé, comme je suis par état, à veiller au dépôt de la foi et de la sainte doctrine de l'Église de Dieu, rien ne m’a atfecté davantage. Monsieur, que ce qui s’est répandu depuis peu de la morale et de la doctrine erronée qui devaient être reçues par les jésuites ; et le soin pour mon troupeau ne m’a point permis dè rien négliger dans toutes les recherches pénibles pour découvrir ce que ces pères enseignaient ; mais les témoignages qui m’en sont venus de la partie de mon diocèse surtout qui est en Alsace , m’ont heureusement bien rassuré, et je dois, en vérité, dire qu’il est à désirer que le monde entier croie et prati(iue ce que ces religieux enseignent devoir être, cru et pratiqué, dans l’obéissance surtout, et la fidélité en tout temps et en tout cas inviolable envers le souverain. Je n’ai donc pas voulu omettre, Monsei-
DOCCMESTS. CHAP. IV.
gneur, de leur rendre cette justice aupri-s du premier magistrat de la France, par le témoignage qucj’ai l’iionueur de ^ous joindre ici.
Je suis, etc.
Signé : Joseph-Gcillauue , évêque de Bade. Porentruy, 13 octobre 176t.
Lettre de Jean - Marie de Cattelan, évêque de Rieux ,
OM chancelier. (16 octobre 1761.)
Monseicneir ,
Je Croirais manquer si, durant l’orage qui s’est élevé contre les jésuites du royaume, je gardais le silence, et si je ne rendais en cette occasion mi témoignage formel à la vérité en ce qui les concerne. Il y a longtemps que je connais et que je fréquente ces pères ; ils n’ont pas, à la vérité, d’établissement dans mon diocèse , mais je les y emploie volontiers i]uand l’occasion se présente ; et je me crois obbgé de dire en leur faveur que leur doctrine m’a toujours paru bonne et leur morale pure; qu’ils s’emploient avec une ardeur et un zèle particulier à l’éducation de la jeunesse et à l’instruction des peuples ; que leurs congrégations , leurs retraites , leurs missions produisent des fruits infinis ; qu’ils prêchent et pratiquent constamment la soumission au souverain ; qu'ils secondent en tout les pieuses intentions des évêques; et je n’ai jamais aperçu en aucun d’eiu la moindre trace de cette doctrine détestable qu’on leur impute ; de sorte que je ne puis m’empêcher de les regarder comme très-utiles à l’Église et à l’État ; et que je crois que ce serait un malheur pour l’un et pour l’autre, si leurs ennemis venaient à réussir dans les projets qu’ils ont formés contre euxi J’espère que vous
agréerez que je dépose entre vos mains ce témoignage que la conscience me dicte pour le faire passer jus({u’au roi , si les conjonctui'es le demandent.
J'ai l’honneur d’étre, etc.
Signé: J. W., évêque de Itieux.
lettre de P. -Fr. Xavier de Rebmd de Lambert, évêque de Saint-Paul-Trois-Chàteaux, au chancelier. ( 19 octobre 1761.)
MO-NSEIGNECR ,
Je me crois obligé d’avoir l’honneur de vous faire part de l’effet qu’ont produit dans mon dioci*se les arrêts du j»rlement du 6 août dernier, et sa résistance persévérante aux volontés du roi. Les protestants et les libertins en triomphent ouvertement , et tous les gens de bien qui réflécliissent sur les suites de cette affaire en sont consternés, parce qu’elle n’annonce rien tpie de funeste pour la religion.
11 n’y a point de corps aussi attaché à la saine doctrine et qui la soutienne aujourd'hui avec plus de modération que celui des jésuites ; il n’y en a point qui soit plus soumis à l’autorité légitime ; et il serait bien à souliaiter pour le bonheur du royaume que le roi trouvAt dans les parlements autant de fldélité et de soumission. Il n’y eu a point enfin de qui on puisse retirer les mêmes secours jrour la l>onne éducation de la jeunesse, iwur le ministère de la prédication et pour la direction des e^onsciences.
Les arrêts rendus contre eux sont évidemment marqués au coin de la hardiesse, de l’injustice et de la passion; on y flétrit des religieux honorés de la confiance du roi , de la famille royale , et de tous les honnêtes gens qui les connaissent, sans qu’ils soient convaincus, sans qu’ils soient même accusés d’aucun délit pei'sonnel. On veut détruire un corps tout dévoué à la sanctification des Ames , sous pi'étéxte
DOCCMÏSTS. CHAP. IV.
SiO
que quelques-uns de ses membres ont enseigné hors de la monarchie, il y a plus d’un siècle, des maximes auxquelles les jésuites français sont certainement bien éloignés de se conformer. Gnose, dans un royaume catholique, censurer des constitutions approuvées par l’Église dejiuis plus de deux siècles , admirées par toutes les pei'sonnes \ersées dans les voies de la perfection, et dont l’exécution justifie la sagesse , puisiiu’il n’y a point de corps aussi tranquille dans stni gouvernement que celui des jésuites; on veut leur faire un crime de certains privilèges qui s<)nt sans exécution, surtout en France; tandis qu’on ne devrait les regarder que comme le témoignage et la preuve des services qu’ils ont rendus à l’Église.
On trouvera dans tous les ordres religieux des casuistes qui ont enseigné la même morale que celle qu’on reproche aux jésuites, ün y trouvera une dépendance égale, sinon dans le fait, du moins dans le droit et dans l’obligation; on y trouvera des privilèges et des exemptions contraires à notre discipline; il faudrait détruire aussi ces corps pour agir conséquemment.
Vous êtes, Monseigneur, le dépositaire de l’autorité royale, et vous sentez l’atteinte que lui donnent les arrêts du parlement; ils n’en donnent pas moins A l’autorité de l’Église; et c’est pourquoi je prends la liberté de vous en porter mes plaintes. Je me flatte que vous vouilrez bien avoir la bonté de les faire parvenir jusqu’au pied du trône.
J’ai l’honneur d’être , etc.
iSi’^ .■ C évêque de Saint-Paul,
ACTES DES ÉVÊQUES DE FRANCE. ^il
Lettre de Joseph Morel de .Wons, évêque de Viviers, au chancelier.
(20 octobre t7CI.)-
Monseigneur ,
Le zèle que nous devons avoir pour le salut de nos ouailles, le compte que nous avons à rendre au tribunal de Jésus- Christ des Ames qui nous sont confiées, ne permet point h un pasteur de se taire , quand il est question d’une cause aussi intéressante pour la religion que celle dont il s’agit aujourd’hui ; les jésuites sont des ouvriers véritablement occupés de la gloire de Dieu, remplissant avec le plus d’exactitude leurs devoirs, qui se sont montrés avec le plus d'empressement pour défendre la religion , ixiur le service des malades, pour le soin des âmes, pour l’instruction et l’éducation des jeunes gens, et pour ramener dans tous les états les âmes à Jésus- Christ. Je puis attester, Monsi'igneur, que depuis 20 ans que je suis dans le diocèse de Viviers en qualité d’évèque ou de grand vicaire, personne ne s’est plus distingué que les pères jésuites dans les missions de mon diocèse. Les lieux les plus affreux par le climat, les cahutes les plus misérables, les rigueurs des saisons , le manque de toutes choses ne lt?s a jamais dégoûtés quand il a fallu travailler pour l’œuvre du Seigneur. Tout le monde sait combien Us sont intacts du cAté des mœurs; on se rappellera à jamais que les apparences du crime dans un de leurs religieux a été l’affaire dl^monde entier, j’ai été témoin des horreurs auxquelles on eut œcours pour le trouver coupable; aussi il faut que leur réputation soit bien intacte, pour qu’on ne les prenne pas de ce côté-là.
Quant à leur doctrine, Monseigneur, je dois attester, comme si j’étais au tribunal de Jésus-Christ , que je n’ai jamais ouï de leur bouche que la soumission , le respect le plus profond, l’obéissance aux souverains et à toutes les personnes à qui Sa Majesté confie son autorité. Slls avaient donné des principes dans leurs congrégati<ms, dans leurs crdléges ou<lans le particulier cajKibles d’ultérer les sentiments que l’on doit à ceux
DOCDMENTS. CHAP. JV.
qui sont établis pour gouverner, combien de voix se seraient élevées dans le royaume! avec quel soin n’aurait-on pas recueilli des témoignages qui auraient servi au triomphe de leurs ennemis contre une congrégation que l’on cherche à détruire et à dépeindre sous les couleurs les plus noires !
Monseigneur l’évéïjue de Montpellier attestera lui-même ce fait le plus honorable aux jésuitr's. Quaiul la peste fut déclarée à Aix et dans ses environs, la communauté des jé-suites de Tournon en Vivai-ais écrit à Mgr l’archevêquo qu’elle était prête à partir, au nombre de vingt et plus, pour aller se consacrer au serv ice des pcstiféi-és à sa première leth e. Vous savez que cette ville est à plus de trente lieues d’Aix et du diocèse de Valence. Un secoml témoignage (jui n’est pas suspect est celui de M. le manpiis de Villeneuve, ambassadeur à Constantinople pendant 13 ans; il m’a assui-é que pendanttout le temps qu’il avait été dans ce pays-là, ce iju’il avait vu de plus respectable, de plus éditiant et de plus zélé pour le salut des àines étaient les jésuites. Voilà, monsieur, les preuves les plus authentii{ues de la piété et du mérite des pères jésuites. Voilà des sentiments bien opposés à ceux qu’on leur prête. Quel malheur pour l’Église de France si nous n’avons plus ce secours; si les ouvriers les plus capables de travailler à la vigne du Seigneur ne peuvent plus être employés ilans des temps aussi tristes et aussi malheureux (pie ceux-ci, jwu' le progrès que font tous les jours dans le royaume l’hérésie, l’impiété et l’irréligion. J’ai cru. Monseigneur, devoir vous exposer ces réflexions en rendaul justice à la véi'ité, comme si j'étais à l’ai'licle de la mori.
Signé : JoSEru , évêque de Viviers.
Lettre de Claude Drouas de Boussey , évêque de Foui, au chancelier. (24 octobre 1761.)
Monseignecr .
J’ai dans mon diocèse sept missions de jésuites qui, jusqu'au moment de la violente rigueur dont ils sont menacés par- les
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aiTéts du parlement de Paris , ont joui de la considération qu’ils méritent; je regarde ces arrêts comme une injure faite à tout le corps épiscopal, qui serait complice de l’enseignement continué de cette doctrine meurtrière et abominable qu’on leur impute, s’il y avait ombre de fondement dans une accu* sation aussi atroce, puisque c'est sous l’autorité des évê(iues que se fait cet enseignement, (fuel que soit le motif de celle étrange proscription, elle est aussi injuste que préjudiciable à la religion. Obligé par devoir d’en protéger le ministère et les ministres, je dois à cotte société le témoignage authentique que c’est de tous les ordres religieux celui dont la conduite est la plus invprochable, le maintien le plus décent, les talents les plus précieux A l'instruction de la jeunesse et les plus utiles à l’Église. Bien loin que la doctrine des jésuites soit aussi pernicieuse qu’on le publie , nous avons cA craindi-e, au contraire , qu’en nous ravissant les secours et les services que nous en tirons dans les différents ministères qu’ils remplissent à notre satisfaction et à l’éditication des fidèles, on ne substitue à la fidélité de leur enseignement, dont nous s<jmmes les témoins, les garants et les seuls juges, une doctrine susjKicle et vraiment pernicieuse , qui , par le crédit qu’elle réprend depuis 10 années en France, a causé les maux de toutes espèces que nous éprouvons. C’est dans votre sein. Monseigneur, que je dépose mes chagrins et mes alarmes, en vous priant d’obtenir du roi de protéger efficacement la cause de ces dignes religieux. Plus le remède sera différé , plus le préjudice qu’on leur fait souffrir et à nous sera difficile à réparer.
Signé: Claude, évêque de Toul.
Lettre de Félicien Bacon de la Merlière, évêque d’Apt, au chancelier. (27 octobre 4701.)
Monseigneur,
Les arrêts du parlement de Paris contre les jésuites présentent, A mes yeux et à ceux de tous les fulèles, lapins
DOCCMENTS. CHAP. IV.
injuste oppression. Permettez que je vienne m’inWrpsser auprès de vous à la cause de ces religieux : la régularité de leurs mœurs, la pureté de leur doctrine , le zèle ardent avec lequel ils se prêtent à servir l’Église et l’État , tout semblait devoir leur concilier une protection efficace contre des ennemis jurés qui ne cessent de comliatli’e le vrai mérite. Fallaitil que l'humiliation de ces Pères sortit du sein d’un tribund qui doit servir de rempart à la ^él■ité? Énlreprendre d’éteindre un ordre dont on ne peut dissimuler l’utilité, c’est vouloir enlever à l’Église un secours que la Providence lui avait ménagé dans des temps difficiles; c'est... je n’ose eu dire davantage, et je me liorne à désirer que les projets des ennemis de cette société ne s’étendent pas aussi loin que leurs entreprises sembbmt l’annoncer. Pour les colorer, on reproche aux jésuites une doctrine meurtrière; voilà une imputation bien injuste. Si dans des teinjis de trouble, et dans un siècle d’ignorance, quelques-uns de leui’s jvères ont hasardé des maximes fausses et dangereuses à cet égard, ignorait-on que c’était les principes généraux de tous les ordres -et de tous tes États dans ces temps malheui’eux? Ne sait-on pas (|ue depuis plus d’un siècle ces maximes sont proscrites , et tout au moins aussi sincèrement de la parj des jésuites que de celle de leurs ennemis? Pourquoi tloiic leur en faire un crime aujouixl'huiî J’ai fait une partie de mes études tlans leurs collèges, et depuis que j’ai l’hoimeur d’ètre évêque, je les emploie avec succès dans mon diocèse; mais j’ose attesU'r que je les ai toujours vus enseigner, d’apivs les Livres saints, la doctrine la plus propre à faire rendre au souv erain le respect , l’amour et la soumission qui lui sont dus ; et certes Irouv e-t-on , dans ce royaume, une seule persoime à"(jui ils aient inspiré d’autr(‘s sentiments? On a sans doute senti la faiblesse de ce premier prétexte, et pour y suppléer, on attaque les constitutions même de cet ordre, mais y trouve-t-on quelques dispositions contraires aux maximesdu royaume?et n’est-r:e pas par la sagesse même de ces constitutions que cette société se maintient
dans sa première ferveur? II me parait donc, Monseigneur, que ce serait établir le principe de son relâchement ou de sa destruction , que de la soumettre à d’autres règles. Qu’il me soit encore permis d’observer que le parleiqent, par son arrêt, semble entreprendre Umt à la fois et sur l’autorité royale et sur la juridiction ecclésiastique: sur l’autorité royale, à qui seule il appartient d’approuver ou supprimer un ordre religieux dans le royaume ; sur la juridiction ecclésiastique, à qui la connaissance delà doctrine et l’enseignement sont dévolus, soit par le droit divin, soit par les lois de l’État. Je craindrais de me rendre indiscret d’ajouter d’autres réflexions, quoique cette affaire en présente en foule, et je me Irorne, en finissant, à réclamer vos bons offices auprès du roi pour une société véritablement digne de sa protection et qu’il honore de sa confiance.
Signé : F., évêque^ Apt.
Lettre de Henri-Ga$im de Lévis-Léran, évêque de Pamiei's,
• au chancelier. (1« novembre 1761 .)
Mo.nseignei'b,
Avec quelle confiance un évêque ne doit-il pas s’adresser à un magistrat qui comme vous aime la religion, et fait un des principaux devoirs de sa place d’en protéger les ministres ! Dans tous les siècles ils ont eu à combattre, et les plus zélés ont reçu les plus mdes assauts; les jésuites en éprouvent aujourd’hui de bien forts; mais que ne doitron pas attendre des lumières et de l’intégrité des juges qui doivent examiner la régularité de leur conduite et la sagesse de leurs constitutions? ne doit-on pas être persuadé d’avance qu’ils triompheront de l’envie et de la calomnie?
Il y a vingt ans que je suis à Pamiers, où il y a un collège de jésuites ; jamais il ne m’est revenu aucune plainte sur le compte d’aucun particulier : leur conduite a toujours été aussi édifiante qu’utile au public; ils sont chargés de plusieurs re-
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traites et missions, ils les font avec autant de zèle que de fruit; ils ne négligent rien pour l’éducation de leurs écoliers, ils se donnent tous les soins possibles pour former en eux des sentiments de religion qui ne peuvent que fructifier dans la suite. Si la prudence du roi exige de ne pas dissiper encore l’orage qui se forme sur lems têtes, on peut du moins se flatter que les choses seront conduites de façon à le faire dans des temps heureux, et qu’il ne souffrira pas qu’on anéantisse un corps si utile dans son royaume, et rempli d’aussi bons sujets dont plusieurs ont mérité depuis plusieurs siècles la confiance des-plue grands princes, qui font gloire d’être attachés à leur souverain encore plus par inclination que par reconnaissance, et qui servent l’Église avec un zèle infatigable. Telle est leur position : faire leur éloge en leur rendant justice , c’est faire leur malheur en leur suscitant des envieux qui sont autant d’ennemis. Je «rois. Monseigneur, que vous ne désapprouverez pas que je réclame, dans les circonstances présentes, votre protection pour un corps dont mon diocèse en particulier tire autant d’utiUté; il vous rendrait les mêmes témoignages que moi.
H. G., évêque de Pamiers.
Lettre de François de Beaumont d’Autickamp, évêque de Tuiles, au chancelier (9 novembre 1761.)
Monseigneur,
Les tristes circonstances où se trouvent les pères jésuites m’obligent à vous rendre un compte fidèle de leur conduite dans mon diocèse. Us ont dans la ville de Tulles un collège assez nombreux dans lequel ils enseignent la jeunesse pour toutes les classes jusqu’à la théologie exclusivement; ils instruisent avec zèle et application, soit pour les sciences, soit pour la piété ; leur conduite m’a paru toujours très-réglée et irréprochable. Depuis vingt et un ans (jue je suis chargé de ce diocèse, je les emploie avec une entière confiance à l instruc-
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tien des peuples et à la direction des âmes, et je n’aurais garde de le faire si je n’étais assuré de la bouté de leur doctrine et de la pureté de leur morale. Leurs congrégations, tant pour les écoliers que pour les autres fidèles, les retraites qu’ils donnent sous mes ordres et les missions qu’ils font fréquemment, produisent de grands fruits de piété. Ils n’ont jamais été soupçonnés ici de penser mal sur la soumission qui est due aux souverains; en toute occasion, au contraire, ils prêchent et pratiquent cette soumission, et l’on n’a aperçu en eux aucune trace de cette horrible doctrine dont on les accuse. Les peuples les écoutent avec empressement, et je m’en sers môme avec une très-gramle utilité pour mes diocésains. Je serais tji'*s-souvent eml)arrassé si je ne les avais pas, étant sans contredit l’ordre religieux le plus réglé dans ses mœiu-s et le plus utile à la religion par ses talents et par ses travaux. Votre amour pour l’Église, Monseigneur, me fait espérer que vous voudrez bien les honorer de votre protection , et faire du témoignage que ma conscience et mon devoir m’obligent de leur rendre, l'usage que vous croyez leur être le plus favorable. Tous les corps de cette ville me prient. Monseigneur, de mettre dons ma lettre les certificats qu’ils se croient obligés de donner en faveur des pères jésuites, qui sont généralement très-aimés et très-estimés dans mon diocèse.
Fra-vçois, évêque de Tulles.
Lettre de Mathias~Louis de Beaupoil de Saint- Aulaire, évêque de Poitiers, au chancelier. ( 10 novembre 1761.)
Mo.'îSEiGSEna,
Si je suis des derniers à vous témoigner la peine que m’a causée l’arrêt du parlement de Paris rendu contre les pères jésuites , je n’ai pas senti moins vivement qu’un autre combien les suites de cet arrêt peuvent être funestes à l’État et à la religion. Je ne connais point les constitutions de ces pères ; mais quand elles seraient aussi défectueuses qu’on les représente.
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l’on ne voit point dans leur conduite ni dans leur façon de penser les mauvais effets qu’elles ont produits : l’on remarque au contraire que de tous les ordres religieux il n’en est point (pii présente plus de régularité dans la conduite, plus d 'application et de lumières dans l’exercice du ministère , plus de soumission et de respect pour les décisions de l’Église et les lois de l’État ; plus de subordination soit au dedans , soit au dehoi-s, pour toutes les choses qu’on exige d’eux. Bien loin do faire un crime aux jésuites de cette subordination exacte à leurs supérieiu-s , l’on devrait s’appliquer à l’établir aussi dans les autres ordres religieux : ce n’est point à d’autre cause qu’au défaut de subordination, que l’on doit attribuer le relâchement et les désordres qui se sont introduits dans la plupart des monastères. L’on n’entend que plaintes et murmures contre le plus grand nombre des religieux sous prétexte du peu d’utilité que l’État en retire; et les seuls dont l’Église et l’État tirent les plus grands serxices sont ceux qui excitent l’indignation et que l’on s’efforce de détruire. Aussi tout ce qu’il y a de véritables citoyens et de gens non prévenus sont-ils consternés de la rigueur qu’exerce le parlement de Paris contre la société des jésuites. El comment n’ètre point touché de l’opprobre et de la haine que l’on affecte de répandre sur un corps qui , dans tous les temps, s’est le plus distingué par les talents utiles, et dont tous les membres sont perpétuellement occupés du progrès de la religion et du service du public? Quoi de plus injuste que l’odieuse imputation, qu’on s’efforce de lem' rendre personnelle , d’une doctrine abominable qui ne s’est montrée qu’à la faveur du trouble et delà confusion, et dont les jésuites sont les premiers à détester jusqu’au moindre souvenir? Quelque louable que soit l’attention des magistrats pour écarter tout ce qui pourrait donner atteinte à la sûreté de la personne sacrée de nos rois , l'on peut assurer que CO zèle n’a point d’objet lorsqu’il s'attache particulièrement à une société qui fait profession d’houorer et de respecter son souverain, et qui a plus d’intérêt que toute autre à
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respecter, ohdrir sa conservation, puisque, comme elle tient * tout fie lui , c’est aussi de lui seul dont elle doit tout attendre. Ces pères sont en grand nombre dans ce diocèse et y ont beaucoup d’établissements; je leur dois la Justice d’attester qu’ils y font le bien dans tous les emplois qu’ils y exercent, et qu’ils sont toujours prêts à le faire dans les occasions qu’on leur en fournit. Outre l’instruction de lu jeunesse, à laquelle ils sont particulièrement dévoués , et pour laquelle il serait difficile de les remplacer dans cette ville , ils y exercent avec fruit et édification les fonctions les plus pénibles du ministère : missions , prédications , confessions, conférences, retraites. Voilà , Monseigneur, leurs occupations journalières; ils ris- (juent leur vie au service du public , et néanmoins ils n’y sont point à l’abri de l’envie : ils trouvent à Poitiers comme ailleurs des ennemis. L’université à la(|uelle ils sont agrégés cherche toutes les occasions de les molester; elle a saisi avec une affectation chofjuante celle que lui a fournie l’arrôt du parlement de Paris, pour chercher à éloigner les jésuites et se mettre à leur place ; mais, dans cette circonstance comme en beaucoup d’autres , la partie la plus saine et la plus sensée n’est point celle qui a prévalu; le motif de cette démarche* a été, pour la plupart , un vil intérêt et non pas l’utilité publique, dont ils sont médiocrement touchés. Je n’ai pu m’empêcher de leur en manpier mon mécontentement; et je vous serais obligé. Monseigneur, lorstpie vous en aurez l’occasion , de leur faire sentir vous-même combien cette conduite est déplacée.
Par toutes les raisons , Monseigneur, que je viens d’exposer, je me fais un devoir de me joindre à tous ceux de mes confrères qui ont sollicité votre bonté et votre justice en faveur des jésuites ; leur cause est celle du bien public et de tous les gens de bien. Ces motifs ne peuvent manquer de trouver un accès favorable dans votre cœur ; et, en les appuyant de votre crédit auprès du roi, v»us rendrez un service essentiel à la religion et à la patrie.
M., évêque de Poitiers.
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DOCrifESTS. CHAT. |V.
* Lettre de Guillaume d’Hugues, archevêque de Vienne , au chancelier, {li novembre 17G1.)
Monseigneur,
Je m'étais toujours flatté que le roi aurait réprimé l’entreprise du parlement de Paris,' en anéantissant les arrêts qu’il a rendus contre les pères jésuites, c’est ce qui m’avait fait différer de vous témoigner mes alarmes à ce sujet ; mais voyant subsister ces an'éts,qui sont évidemment atlentatoii-es à l’autorité royale , contraires à la juridiction de l’Église, et destructifs de la religion en France par la suppression d’un ordre religieux dont les membres sont ses plus zélés défenseurs , permettez-moi de recourir à vous comme chef de la justice, et de réclamer la vôtre et vos bontés en faveur de l’Église et des jésuites , et de vous supplier de faire connaître au roi les suites funestes que ces arrêts entraîneraient nécessairement dans son royaume, s’ils avaient leur effet.
Au reste, que peut-on reprocher aux jésuites, qui édiflent par leurs mœurs et leur conduite, qui se livrent entièrement à l’instructioil de 1a jeunesse , qui forment à la piété et à la fn^uentation des sacrements, qui instruisent des mystères de la religion ceux qui assistent à leurs congrégations, qui se prêtent enfin aux différents besoins des diocèses parleurs prédications et leurs missions, lorsque les évêques les y appellent?
Le reproche qu’on leur fait d’enseigner une doctrine meuiv trière n’est qu’un prétexte injuste de l’oppi-ession dans laquelle on veut les plonger. On sait que depuis plus d’un siècle ils ont proscrit avec nous des maximes que le malhemr des temps avait fait adopter à quelques-uns de leurs théologiens, ainsi qu’aux autres ordres; on ne dit mot aux autres ordres, et on cherche querelle à celui-là, ce qui fait voir clairement l’animosité de ses ennemis. Je me flatte que vous ferez part au roi de mes alarmes.
L’arcuevèode de Vienhe.
Lettre de Guillaume d’ Arches, évêque de Bayonne, au chancelier.
( 17 novembre 1761.)
Monseioneur ,
Votre amour pour la religion ne me permet pas de douter que vous n’accordie/, votre protection auprès du roi aux RR. PP. jésuites, qui ont témoigné tant de zèle poiu' la foi et qui travaillent encore ü l’étendre avec la même aixleur qu’on voyait dans les hommes apostoliques aux premiers siècles de l’Église. Quelle consolation pour eux , Monseigneur, dans l’amertume où leur cœur est plongé, de trouver dans le chef de la justice les sentiments les plus propres à rassurer l’innoccnce, et quelle’coufiance ces mêmes sentiments ne m’inspireut-ils pas dans la démarche que je suis obligé de faire aujourd’hui auprès de vous pour ces dignes ministres de Jésus-Christ 1 Serait-il en effet permis. Monseigneur, à im évêque de garder le silence , lorsqu’il est (juestiou des intérêts de l’Église, et de conserver à l’Église et à la religion des défenseurs aussi zélés qu’éclairés? Il s’agit même ici de l’honneur de l’épiscopat, car si le corps des jésuites est coupable des excès dont on les accuse, ne nous en serions-nous pas rendus complices en les approuvant dans nos diocèses , et en leur confiant les fonctions les plus importantes du ministère? Nous les entendons tous les jours dans nos chaires, nous les chargeons de donner des retraites et des missions, nous exhortons nos peuples d’envoyer lem's enfants chez eux : de quelle prévarication ne serions-nous pas coupables, si nous donnions notre confiance à des gens qui en abusent et se portent aux excès qu’on leur impute ? Indépendamment de ces considérations si intéressantes pour nous. Monseigneur, ne sommes-nous pas encore obligés à nous plaindre de ce qu’on entreprend contre eux, puisqu’on attaquant la nature de leur institut et le fond de leur doctrine, on touche des points qui regardent essentiellement la
DOCUMENTB. CHAP. IV.
3Si
juridiction ecclésiastique et le sacré dépôt qui nous est confié? Cette seule raison peut nous imposer la nécessité de vous supplier de vouloir bien an-êter de pareilles entreprises , et protéger une société religieuse plus recommandable encore par ses vertus et par les nouveaux martyrs qu’elle fournit à la foi , que par ses Imnières et par les hommes savants et illustres qu’elle a vus naître dans son sein depuis son établissement.
Je ne dis rien, Monseigneur, des avantages que l’État retire de cette société, doutle zèle n’a jamais pu être refroidi par les contradictions les plus ii^ustes (ju’on lui suscite sans cesse; je parle à un ministre aux lumières duquel rien n’échappe, et qui connaît mieux que personne les intérêts du royaume. Je me bornerai donc à vous demander de conserver à l'Église sa juridiction , à la religion des ministres qui travaillent avec autant do désintéressement et de charité que d’efficacité et de succès, et à la patrie des citoyens zélés pour le progrès des sciences et pour l’éducation des enfants. Je ne puis parler de ce dernier point sans me rappeler que j’ai passé chez eux la plus grande partie de ma jeunesse, et que je n’y ai jamais rien aperçu que d’édifiant , et de propre à former le bon citoyen et l’homme chrétien. Mais c’est moins la reconnaissance que je leur dois que mou amour pour l’Église qui me fait agir.
G., évêque de Bayotm.
Lettre de Joseph- Amédée de Broglte, évêque d’Angoulême, au chancelier. (29 novembre 1761.)
Monseignece ,
Vous n'avez pas moins à cœur la gloire de l’Église que celle de l'État, et personne n’ignore avec quel zèle vous employez le pouvoir que Dieu vous a donné pour protéger la religion ; ce sont ces sentiments qui rendent digne de votre attention
le sort qui menace une compagnie qui , depuis son établissement, consacre tous ses travaux à l’étendre et à la faire aimer. On veut la rendre suspecte en toute manière, et on juge de tout le corps par les écarts de quelques membres. Si on jugeait ainsi de tous les corps qui composent l’État, quel serait celui qui pourrait jeter la première pierre ? Le coup que l’on veut porter aux jésuites rejaillit visiblement, Monseigneur, sur les premiers pa.stcurs; car s’ils confient leurs pouvoii-s pour annoncer la parole de Dieu, pour diriger les consciences, pour former des ministres du Seigneur, pour instrairo la jeunesse, à des personnes qui, par système, s’éloignent des principes de la bonne morale, les premiers pasteurs connivent à l’égarement et dispei-sent le dép<‘>t de la saine doctrine ; ce n’est plus la chaire de vérité qui est dans l’Église , c’est la chaire empestiu- du mensonge. Pourra-t-on nous faire entendre que ceux qui sont la lumière du monde ne sont plus que des ténèbres, et que, sans vigilance, ils laissent tranquillement l’homme ennemi semer l’ivraie dans le champ du Seigneur, et qu’il ne reste plus la moindre étincelle du zèle selon la science à ceux à qui il est donné de régir l'Église de Dieu, tandis qu’il est ardent et s’enflamme dons les tribunaux séculiers? Il n’est pas aisé de concevoir que prescpie tous les évêques catholiques emploient avec la plus grande conliance, dans le miuisti're, les jésuites, et qu’ils soient tels qu’on les dépeint.
Sans examiner d’où vient l’orage, et sans même me permettre de désapprouver les intentions de ceux qui le forment, puisqu’il peut arriver qu’on croie glorifier Dieu en persécutant le juste, je me borne, Monseigneur, à avoir l’honneur de vous rendre un témoignage certain , et oe qui m’est parfaitement connu dans mon diocèse. Les jésuites y édilient par leurs bons exemples; ils y fravaillent à la correction des mœurs par leur zèle ; ils n’enseignent que la doctrine de ri'glise. J’ignore leurs privilèges, je ne connais qu" leur soumission; elle égale et surpasse même celle des autres corps
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religieux; on ne pourrait les penb’e sans priver les diocèses d’un secours auquel il serait difficile de suppléer.
Le devoir d’un évêque étant de concourir de tout son pouvoir au bien de l’Église, et d’éloigner tout ce qui peut y mettre obstacle, j’ai cru ne pouvoir tue dispenser, Monseigneim, de vous rendre le témoignage dont je ^ous prie de vouloir bien instruire le roi; passant par votre canal, il conservera toute sa vérité et toute sa force, et acquerra même une uouvelle autorité.
Signé: J. A., évêque d’ Angoulème.
Lettre de Louis- Marie de Suarès d'Aulan, évêque (tAcqs (Dax), au chancelier. (!•' décembre 1761 '. )
Monseig.neur,
Le zèle que vous avez pour la religion de nos pères , à l’exemple de vos illustres ancêtres, et la protection que vous lui accordez en toutes occasions, comme je l’ai moi-même éprouvé , m’invite à la réclamer dans un objet des plus intéressants. J’apprends de tous cOtés qu’on fait des efforts pour proscrire les pères jésuites; agréez. Monseigneur, que je me joigne & une infinité de personnes respectables qui en sont
* Ici, au K” décembre, s'arrêtent dans le manuscrit de M. de Flesielies les ietlreades évêques ; soit que le chancelier, qui les avait communiquées jusquelà au rapporteur de la commission du conseil, cessât de lui envoyer les autres qu'it reçut, encore des prélats; — l'afliiire des jésuites dont était chargée la commission ayant été pour lors ( SO novembre ) soumise à l'eiamen d'une assemblée du clergé; — soit que les évêques des provinces , quand ils virent la cause de la compagnie de Jésus remise parle roi entre les mains des prélats réunis à Paris , eussent cru inopportun d’adrcssor désormais directement de nouvelles lettres au roi ou à ses ministres. Il est évident par là : i° qu'avant que rassemblée du clergé de 17S1 eût donné son avis favorable à l'institut de saint Ignace, déjà un grand nombre d'évêques avaient réclamé la protection du roi en faveur des jésuites ; 1* que la déclaration signée par les pères de Paris, le t9 décembre 1761 , n'avait point pour but ni pour résultat d'obtenir la protection des évêques, puisque ceuv-ci s'étaient déjà prononcés pour la compagnie, longtemps avant la déclaration.
ACTES DES ÉVÈOrES DE FBANCE. 235
consternées, pai’cc qu’elles connaissent comme moi leur piété, leurs talents, leur vie exemplaire dans l’Église de Jésus- Christ, et les travaux continuels évangéliques auxciuels ils se sacrifient en tous les lieux et en tous les temps. Depuis l’établissement de leur sainte société, quels biens n’ont-ils pas faits et ne font-ils pas dans le royaume ! Vous vous rappelez, ftlonseigneur, que la France a l’obligation au second général des jésuites, le P. Jacques Laynez, d’avoir confondu, au fameux colloque de Poissy, il y a précisément deux cents ans, les célèbres ministres Théodore de Bèze et Pierre Martyr, sur la réalité de la présence de Jésus-Christ dans l’eucharistie et dans le sacrifice de la messe (^«/. eccl. de Fledry); ce qui confirma i>eaucoup la catholicité chancelante dans le royaume. Plus de détail serait inutile; mais je ne saurais me taire sm* les biens qu’ils ont faits et qu’ils continuent de faire dans ce diocèse et dans notre province, par leurs instructions et par leur vie exemplaire, et dans leurs collèges. La partie de mon diocèse qui s’éteud dans te Béarn , où les religionnaires sont encore en grand nombre , serait restée dans l’erreur tout entière, sans le secours qu’ils me donnent pour instruire et ramener les huguenots au sein de l’Église, et pour ralfermir les catholiques, ce qu’il^font actuellement avec édification dans la ville d'Ortbez, où ils font la mission. Je crois, Monseigneur, en vous suppliant très-instamment de leur être favorable , de ne rien demander que pour le bien de la religion et de l’État. Enfin, quel est le fidèle sujet de Sa M^esté qui ne gémisse, dans le fond de son cœur, de voir l’autorité du plus grand, du plus chéri de tous les souverains si peu respectée t .
Signé évêque d’Acgs.
DOCUMENTS. CUAP. IV.
Lettre de Jacques-Marie de Cundorcct, évêque de Lisieux, à l’archevêque de Paris. { 1*' septembre 17G1 )
MONSEIGNEUn,
J’espérais, chaque jour, que le roi casserait les ari-éts du parlement de Paris au sujet des pères jésuites, et c’t'st la raison pour laquelle je n’avais pas eu l’honneur de vous ’ écrire. Mais voyant que cette affairé traîne en longueur , et que le triomphe des ennemis de l Église s’accroît de plus en plus, je viens à vous avec conliance pour vous supplier de faire pa-sser à Sa Majesté , comme son archevêque , l’étonnement et l’affliction que m’a causés l’entreprise de son parlement, en faisant fermer les écoles de ces religieux , établis spécialement pour enseigner. Ce tribunal de justice donne clairement à entendre qu’il prétend lui-méme régler ce qui regarde l’instruction en général , et la confier, à son gré, à qui il jugera à propos, sans égard poiu- les droits des premiers pasteurs.
Nous sommes donc à la veille de voir foule la jeunesse du royaume livrée à des gens suspects en matière de doctrine , à de vrais’jansénistes, puisqu’on ne saurait douter, par tout ce qui a été fait jusqu’ici , que ce ne soit pour les favoriser que la proscription des pères jésuites a été résolue. Les opinions vraiment condamnables qu’on reproche à certains autem’s de
> Lu deut pièeu qui suivent se rotlachent, comme complément, aux lettres précédentu ; ellu furent écrites vers la même époque et adruséu à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris , l'une par Jacques-Marie (te Condorcet, évêque de Lisieux, l’autre par Pierre LanUean, évÀjuc de Sistcron, ancien jésuite. Lu deux prélats conjurent l’arclicvêque do présenter au roi les vœux des évêques cl des populations pour la conservation des jésuites. On voit par là que Christophe de Beaumont ne fut pas le seul ni mcinc le premier des évêques à se prononcer en faveur de la société , puisqu'il y était lui-même pousse par des évêques de province.
La lettre de l'évêque de Lisieux a été imprimée, vers 18Î0, dans la collection de lettres en faveur des jésuites-, celle de révèqne de Sisteron était restée inédite.
ACTES DES Évioras DE FRAUCE. SS7
leur société, ne sont au fond (]u’un pi étexte pour colorer une proscription si violente. Un jwut en ellet défier leurs plus grands ennemis de produire un seul homme en France qui ait enseigné ces sentiments pervers qu’on leur reproche; un seul au contraire , à qui on n’ait inspiré la plus entière soumission piiir le roi, et le plus grand amour pour sa personne sacrée; de sorte ([ue, sous Louis XIV, on allait jusqu’à leur en faire un crime , ainsi que le prouve le fameux distii[ue qui fut fait contre eux, à l’occasion du buste de ce prince qui fut mis sur la porte do leur collège de Paris.
D’ailleurs, ces auteure dont on relève avec tant de scandale les mauvais sentiments n’ont-ils pas tous écrit depuis plus d’un siècle? ne sont-ils pas tous étrangers au royaume? Ces sentiments, qui étaient une suite du malheur de ces temps-là, ne leur furent-ils pas communs, non-seulement avec les autres ordres religieux, mais encore avec la Sorbonne d’alors et leparlement.de Paris, qui avait embrassé lui-méme avec plus de fureur le parti de la Ligue ? Si donc il serait injuste de faire le procÀ-s aux conseillers d’aujourd’hui , aux autreâ ordres religieux et à la Sorlwnne , pour les torts réels qu’eurent leurs pères , l’est-il moins de le faire aux jésuites de ce temps-ci , (|ui condamnent , plus solennellement que personne, cette doctrine abominable?
Nous voyons avec consolation qu’ils sont les religieux qui vivent dans nos villes avec plus de n'gularité pour les mœurs, ceux qui remplissent les chaires avec plus d’applaudissement; qui travaillent , dans les missions où nous les employons , avec plus de zèle ; qui se prêtent , dans toutes les occasions , à la dévotion des fidèles avec une charité plus désintéresa^e; ijui ont enfin plus de talent pour enseigner la jeunesse, et qui se montrent les plus opposés aux nouvelles erreure , qu’on voudrait faire prévaloir malgré les décisions des souverains pontifes qui les ont anathématisées.
Je crois donc , Monseigneur, devoir à la religion même de
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m’intéresser à la conservation de cette compagnie, et à ce que leurs établissements ne leur soient point ravis.
Nous déplorons trop amèrement les maux qu’ont faits et que font encore certaines pensions et c^dléges , pour ne pas craindre d’en voir augmenter le nombre. V’euillez donc vous charger, Monseigneur, de porter au pied du trône nos justes alarmes; car je présume qu’elles me sont communes avec vous et avec tout l’épiscopat. Si vous obtenez, comme je l’espère, de la bonté du roi et de son amour pour la justice et pour l’Église, l’anéantissement des arrêts dont nous nous plaignons, une infinité de familles qui ont confié aux pi>res jésuites l’éducation de leui’s enfants, et que ces derniers événements troublent, alDigent et dérangent, vous en rendiont d’éternelles actions de grâces.
Je suis, etc.
Signé: J. M., évêque de Lisieux.
Jjettre de Pierre-François Laffltenu , évêque de Sisteron , à V archevêque de Paris, ( i novembre 1761.)
Monseigneur,
Assez d’autres évêques portent, à votre exemple, au pied du trône les gémissements de tous les vrais fidèles sur le cruel coup dont la ivligion est menacée dans la s«x:iété des jésuites. Mais parmi les évêques , tout indigne que jcTsuLs de leur être associé , nul autre (jue moi ne saurait par lui-même produire en faveur de ces pères une preuve aussi convaincante de leur parfait dévouement à la pei’sonne sacrée de nos rois, que celle que je puis en fournir en ma propre personne.
J’ai été jésuite pendant près de vingt ans; j’ai imprimé plus de vingt volumes, et c’est chez les pères que j’ai puisé la doctrine que j’ai enseignée. Qu’on y cherche la moindre trace, le plus léger vestige, la seule ombre du détestable venin qu ou impute aux jésuites de nos jours. Qu’y trouvera-t-on?
ACTES DES ÊVÊ0ÜE8 DE FBANCÎ. 2.‘)9
Précisément tout Je contraire. Comment leurs agresseurs osenWls seulement pai-ler d’obéissance?
Au nom de Dieu, Monseigneur, portez nos vœux aux pieils ilu roi. U aime véritaldement la religion, et il l’a toujours aimée. Je suis sûr que son cœur souffre ilu nouvel orage (jui s’élève. 11 vomirait pouvoir contenter tout le monde. Mais Dieu doit aller devant tout ; et la sainte religion protégée attirera sur sa personne sacrée, sur toute la famille royale, et jusque sur le sort de nos armes, toutes les prospérités flue nous demandons tous pour lui, avec la durée des plus longs jours.
J’ai l’houneur d’être, etc.
§2. — Actes divers ; Mémoires; lettres des évéquet au pape ou à d'autres évéques; réponses du pape.
Avis du cardinal de Choiseul et des autres évêques de la minorité de l'assemblée du clergé (1761) ‘.
Après avoir protesté de leur obéissance au saint-siège apostolique et à la Majesté du roi ; après avoir déterminé, à leur point de vue jKtrf'Culier , l’état ou l’existence des jésuites en France, les évéques répondent ainsi aux quatre questions proposées.