ARTICLE QUATRIÈME
QqcI (empënincnt on pourrait apporter eu France i l'autorité du général des jésuites.
Après avoir parlé de l’autorité du général des jésuites oomme en auraient parlé les légistes les plus hostiles à l’Église, l’évèque de Soissons continue ainsi : a Toutes ces considérations semblent démontrer que , pour que les jésuites puissent être utiles au royaume , il est nécessaire de les soustraire à l’autorité du général qui est à Rome ; d’en faire un corps de jésuites français , qui atiront un général particulier dont on modérera la trop grande autorité , soit par l’établissement des chapitres particulieis et provinciaux, soit par d'autres moyens plus analogues à l’esprit de cet institut et en même temps conformes aux bonnes règles; qu’ils aient des congrégations générales en France , sans avoir aucune relation ni aucun rapport avec les jésuites étrangers ; qu’ils vivent comme une congrégation particulière française , sous la règle de saint Ignace , suivant les constitutions qu’a données ce saint instituteur; qu’ils présenteront au clergé de France pour les examiner, corriger, ce qui paraîtra sujet à correction ; les approuver, et , sur cette approbation , obtenir des lettres patentes du roi. Alors ils seront un ordre religieux légalement reçu dans le royaume...
O ... Ce nouvel ordre pourra alors être utile, ^'u les talents, les bonnes mœurs de ceux qui le composent, et le mérite distingué de plusieurs. Mais tant qu’il restera sur le pied où il est, les observations qu’on vient de faire prouvent, ce semble , qu’en rendant justice au mérite des particuliers, on ne peut s’empêcher de regarder le corps comme dangereux. »
En résumé , cet avis de l’évêque de Soissons semble n’être qu’un plaidoyer contre les constitutions, la doctrine et le corps de la société de Jésus ; cependant l’ou n’y trouve aucune
DOCUMENTS. CHAT. IV
conclusion bien explicite, ni aucune demande bien formelle de la destruction en France de l’institut et de l’ordre de saint Ignace. Mais n’est-ce pas vouloir détruire un corps religieux que d’exiger qu’on change ou qu’on altère les points les plus essentiels , les basses constitutives de son institut?
L’avis motipé de M. de Fitz-James nous fournit l’occasion de relever diverses erreurs dans lesquelles sont tombés la plupart des auteurs qui ont écrit sur l’as-semblée des évêques de 1761. 11 s’agit de l’avis qu’auraient donné au roi certains évêques de demander h Rome un vicaire général pour gouverner les jésuites de France. M. de Saint-Priest, dans son Histoire de la chute des jésuites ( p. 51 ) , prétend que l’assemblée, à runanimité moins six voix, avait décidé que l’autorité illimitée du général résidant à Rome était incompatible avec les lois du royaume; et que, fondé sur cet avis des évêques, le roi avait fait demander à Rome un vicaire général pour la France. Mais cette version de M. de Saint-Priest ne peut subsister, ni même soutenir le moindre examen; elle est en complet désaccord avec le texte officiel de la déclaration de la majorité des évêques. Ces prélats ont décidé au contraire « qu’il n’y a, d’après leur avis, aucun changement & faire par rapport à ce qui regarde l’autorité du général. » (Procèsverbaux du clergé, t. VIII , 3* partie, pièces justificatives, p. 31 7.)
D’autres auteurs, et c’est le plus grand nombre, racontent que ce furent les cinq ou six évêques de la minorité qui déclarèrent l’autorité du général absolument incompatible avec nos lois, et qui opinèrent pour la création d’un vicaire général ; mais cette assertion n’a aucun fondement ; elle est même formellement démentie parle texte de l’aDis de ces cinq évêques que nous avons publié ci-dessus, p. 359. Us affirment que l’autorité du général en France, telle qu’elle s’y exerce et doit s’y exercer, ne parait point exiger d’autres tempéraments; « quo la résidence à Rome du général d’une société de religieux répandus en France n’a rien d’opposé à nos maximes, comme l'a observé M. Talon... » Seulement les
prélats auraient désiré qu’il se fit un accord entre le pape et le roi pour fixer la manière dont s’exercerait en France l’autorité du général, conformément aux droits des évêques et de leiu: consentement.
Ainsi, ce projet d’établir pour les jésuites un vicaire générai en France, projet que plusieurs écrivains ont caressé avec une bienveillance un peu suspecte , n’aurait eu donc pour auteur ni pour premier moteur aucun des évêques de la majorité, ni même de la minorité; mais il paraîtrait plub'it que ce fut en adoptant en partie le système proposé par l’évêque de Boissons, cpie les membres de la commission du conseil du roi s’arrêtèrent au projet d’établir en France, non pas un autre général de la compagnie différent du général résidant à Home , mais un vicaire général temporaire , indépendant du gt‘néral dans l’exercice de son autorité.
Extrait de la lettre pastorale de Jean-Baptiste de Fontange,
évêque de Lavaur, sur le livre des Assertions duigereuses
attribuées aux jésuites, (!•' novembre 1762.)
... Ces ouvriers évangéliques ijue l’on enlève aux vœux du pasteur et aux besoins du troupeau , vous , M. T. C. F. et dignes coopérateurs dans le saint ministère, vous les ave* eus pour maîtres dans la science de la religion, pour directeurs tlans les voies du salut : ils vous ont aidés dans vos saintes et pénibles fonctions; vous avez été témoins de leui-s mœurs édifiantes , de la pureté de leur doctrine et de leur zèle infatigable. Vous pouvez, mieux que personne, rendre à leur vertu le témoignage que l’équité rétdame en leur faveur; vous le pouvez avec d’autant plus de liberté et de confiance, que le corps épiscopal , imi au souverain pontife , le leur rend avec les plusgramls éloges,que les magistratseux-mêmcsl’avouent et le confirmept, et que le livre des Assertions n’accuse que des auteurs qui, depuis longtemps, n’existent plus, et qui sont presque tous étrangers à là nation...
S0CÜ11£NTS. CUAP. iV.
Juge de la doctrine , jaloux de la i-üputaiion des niinistrés à qui nous coulions Us fondions du zèle, nous l’avons lu , ce recueil, avec toute la réflexion que .méritait rimportance de la matière. Nous avons confronté la pluftart des textes cités avec les auteurs d’où l’on prétend les avoir extraits; et après l’examen le plus réfléchi, nous croyons devoir vous faire pai’t du jugement (jue nous en avons porté , et que nous avons communiqué au magistrat chargé du ministère public, en l'assurant que nous éviterions tout détail (jui pourrait donner la plus légère atteinte au respect (jue nous portons, et « jui est toujours dû à des juges dépositaires d’une partie de l’autorité royale.
a Si nous n’avions, M. F. C. F., qu’à prononcer sur la cause des jésuites , nous ferions voir aisément (|ue dans ce recueil , destiné à l’instruction des juges, on n’a rapporté que ce (pii pouvait contribuer à noircir et à décrier ces religieux, et rien de ce qui servait à leur décharge et a leur justilicalion; (jue par une artificieuse et constante suppression des noms des docteurs étrangers a leur compagnie, on s’attache à leui’ rendre personnelle une doctrine qui leur était commune avec toutes les écoles; (pie dans un grand nombre d’assertions on leur fait un crime de la doctrine même de l’Église, et de plusieurs décisions autorisées par elle et soutenues par les docteurs les plus exacts; que les erreure véritables qu’on leur reproche, sont moins leurs erreurs que celles de leur siècle ; qu'ils ne les avaient ni inventées ni introduites, et qu’ils ont été les premiers à les modifier, à les abandonner , à les combattre même; que loin de les perpétuer après les censures des papes et du clergé de Franco, ils ont toujours donné l’exemple de la plus parfaite soumission; que l’on attribue à plusieurs de leurs auteurs des opinions (|u’ils n’adoptent pas, des opinions même qu’ils réfutent ; que pour les rendre plus coupables, lorsqu’ils ne le sont pas, ou qu’ils le sont moins que les autres, on ose se permettre des altérations ou des suppressions essentielles , qui défigiu-ent le teste- : nous dirions qu’il n’est point de corps, point d’école catholique, point de docteur de
l’Église, que l’on ne pùt ainsi accuser d’une doctrine pernicieuse. Nous ue rapporterons pas ici les preuves de ce que nous disons, nous les avons mises sous les yeux des magistrats, et elles se rendent assez sensibles à tout homme équitable dans l’examen impartial de l’ouvrage...
a Nous avons remanjué que, sur bien des points, il l eproche aux jésuites la croyance même de l’Église, des décisions avancées par elle, et appuyées de l’autorité des plus sages docteur.
a Oui, M. T. C. F., ces décisions incontestables sont relevées, sont censurées comme ime doctrine pernicieuse; ces vérités sont confondues dans ce recueil avec les erreure véritables. Un mélange si dangereux, et si injurieux à la foi, ne pourrait que jeter le trouble et l’incertitude dans des esprits peucapables de discerner l’erreur de la vérité; il ferait illusion aux simples, il alarmerait les fidèles, il pervertirait les cœui’S chancelants, et prêterait des armes au libertinage et à l’hérésie. ,
O Ce recueil contient encore un grand nombre d’assertions qui seraient exactes si elles étaient citées fiilèlement; mais, par la suppression des correctifs et des explications nécessaires, elles deviennent pernicieuses , et le danger est tout eutier pour le lecteur peu instruit. Ce recueil enfin renouvelle des erreurs anciennes; il remet sous les yeux du public une foule de propositions proscrites par les souverains pontifes et par le clergé lie France; ils avaient, de concert, employé toute la force des censures pom’ en arrêter le cours, et cette juste sévérité avait suffi pour en purger les écoles , et pour maintenir la morale dans sa pureté. Ces erreui's étaient heureusement alandounées, rejetées, oubliées, et voilà qu’on les repiwluit d’une manière encore plus dangereuse; elles ne s’étaient montrées en leur temps que dans une langue étrangère, et on les traduit aujourd'hui en langue vulgaire; elles étaient reléguées dans des livres connus uniquement des savants, on les met aujourrl’hui entre les mains et à la porféé
272 DOCUMENTS. CHAT. IT
des simples et des ignorants; elles étaient éparses et noyées dans dos ouvrages immenses, remplis d’ailleurs de tant de vérités utiles et nécessaires, et aujourd’hui toutes ces envurs sont réunies dans un seul volume , uniquement destiné à contenir et à préstmtor le poison le plus funeste. Pour en garantir le troupeau que la divine Providence nous a confié , et dont elle nous deman<lera compte un jour, nous défendons, sous les peines de droit, la lecture du livre ayant pour titre : Extraits des assertions jKrnicieuses et dangereuses en tout genre, etc. Nous vous exhorUms, M.T. C. F. , et nous vous enjoignons même , en tant tjue de besoin , d’ôter des mains des fidèles a)nfiés h vos soins ce recueil abominable , et de le faire remettre au greffe de notre officialité... »
( liecueil des pièces, 1763.)
Extrait du mihnoire de l’évêque de Suint-Pons contre l'ordonnance de V évêque de Soissons. (20 a\TÜ 1763.)
Après avoir établi que l’éAèque de Soissons, ou plub'it que le théologien, auteur de son Ordonnance pastorale, combat en faveur d’un rigorisme outré, a erreur, dit le prélat, qui est aujourd’hui fort à la mode ’ , » Mgr de Guénet continue ainsi : O Erreur, maximes révoltantes des nouveaux maîtres, qui en jetant dans le découragement et le désespoir ne sauraient qu’introduire dans les miuurs le relâchement et la Cfirruption. On ne se mi;t point en devoir d’obéir à des commandements, qu’on nous dit être impossibles, à ceux mêmes qui font tous les efforts dont ils sont capables, pour n’être point prévaricateui'S. On ne fait point d’efforts pour ariâ\ er au ciel, loi'squ’on lie nous en montre jamais la pjrte, pour ainsi tlire, que fer-
> L’évôque de Saint-Pons ne iieut-êlrc lui-mûmc suspect de rrUichement ni de trop d'indulgence en faveur des théologiens de la compagnie de Jésus. 11 fut un des premiers évêques de France à s'élever contre le livre du P. Pichon; il le combattit dans une savante instruction pastorale; ailleurs il accuse les jésuites de trop de mollesse à l'égard de leur confrère.
ACTES DES ÉVÉ0UE3 DE FnA.NCE. 37.1
mée herméfiqnement : et je ne crains point de dire, il y a plus de gens qui essaient d’excuser le dérangement de leur conduite et leur peu de mœui'S sur ce rigorisme, rjui aujourd’hui règne si im|)érieusemeiit et qui frappe également sur le dogme et sur la morale , qu’il n’y en a eu jamais qui aient pirtendu excuser leurs désordres sur l’autorité de la morale relâchée, loi'Siju’ellc axait encore des partisans. La prétendue ignorant' n’est pas aussi ce qui rend le christianisme dt? nos jours si méconnaissable. C’est à cette science orgueilleuse, ([ui enfle sms remplir, à cette nouxelle philos<ipliie qui décide de tout avec tant de hauteur et un tou si absolu, (ju’il faut s’en prendre. Le rigoiisine et la nouvelle philosophie : voilà les véritables causes du mal.
Le docteur de Mgr de Boissons feint de les ignorer. Il ne veut que donner le change, et procurer au rigorisme, sans qu’on s’en aperçoive, les moyens de s’insinuer où il n’a pas encore pénétré, et de s’all’ermir solidement où il est déjà établi, en faisant jeter les yeux sur d’autres objets qui n’existent plus, sur des chimères après les(|uellcs il fait semblant de courir.
Ce sont donc les jésûites (jui , suivant ce thi'ologien , ont par leur morale relâchée per lu et déslionoré la religion, et qui sont cause qu’on l’alxindonne, et que l’incrédulité fait de si rapides progrès? Pour découvrir le vrai, il n’est point du tout nécessaire d’ouvrii' leur institut ni le recueil des assertions, ni mémo de faire de grands raisonnements : il suflit de jeter un coup d’(eil sur hxus ceux qui font (juehjue personnage dans cette tragique scène. Je ne [larle point des spectateurs, dont les uns applaudissent et battent des mains , et les autres baissent les yeux, tremblent et gémissent. Or, j’en atteste tous les sujets du roi : qui sont ceux qui applaudissent aux événements qui mettent aujourd'hui tout le royaume en mouvement? Ce sont ces préteiulus esprits forts, ces beaux esprits, nos nouveaux philosophes, (jui se font un jeu de la religion et qui ne la l'egai'dent que comme une invention humaine : ce sont ces
DOCIME.NTS. CHAP. JV;
rigoristes, c«s fauatitjues, ces frondeurs, qui tourmentent et agitent riïglise de France depuis plus d’im siècle, (pii la décrient, qui cherchent à la déshonorer, et ipii ont résolu de la faire changer de face; ou bien c’est quel(|ue nouvelle recrue qu’ils ont faite à la faveur des circonstances : ce sont quelques religieux que leurs corps et leurs supérieurs n’osent désavouer bien ouvertement, frap[X‘S par l’exemple qu’ils ont sous les yeux, et dont ils sentent les conséquences, et dans la crainte que la chute des uns n’entralne celle des autres religieux; au reste, inquiets et turbulents, dissipés, vains, jaloux, fatigués et impatients du joug qu’ils portent, et qui espèrent de trouver à se placer au moyen du vide (jue les jésuites laisseront après eux, s;ins sentir qu’ils rendent ainsi aveu à leur j)ropre indignité, et hommage aux talents et aux vérins de ceux dont ils convoitent la déixiuille. Je viens de dire impatients du joug qu'ils portent, en se montrant dans cette affaire avec tant d'indécence st' ménager des protecteui’s auprès des magistrats, si enfin, les supérieurs se déterminent quelque jour à prendre les moyens que la prudence et la cliarilé leur suggéreront, pour les faire rentrer dans le devoir et tâcher de leur faire reprendre l’esprit de leur état. Ce sont enfin nos frères prétendus réformés : tons , ils regardent la défaite des jésuites comme une victoire signalée, qui semble leur eu assurer d'autres, plus brillantes encore, plus complèl(!S et plus décisives. Mais qui sont ceux qui gémissent de cet événement si effrayant et si subit, qui en sont consternés, et qui ne cessent d’élever leurs mains vers le ciel, [wur tâcher d’apaiser la colère de Dieu, si visiblement et si justement irrité? C’est tout le clergé s<‘culier de ce royaume; ce sont tous les premiers pasteurs, si on en excepte dans le premier ordre , Monseigneim de Soissons, au moins je n’en connais pas d'autres, et si CÆ prélat en connaît quelqu’un, je doute (ju’il ail la jx-rmission de le nommer ; et dans le s«!cond ordre, ces rigoristes décidés depuis si longtemps, et quclipies ecclésiastiques qui, chassés de nos diocèses, à cau-x* de leurs mauvaises mu'ui-s, ne
ACTES UES ÉVÊQUES DE FRANGÉ. 27o
manquent jamais de s’allicher pour zdlaleurs de ce qu’ils appellent la s<iiue morale.
Sur (juel fondement donc les magistrats nous disent-ils qu’ils n’agissent que conformément aux vœux de tout»! la France? Je les en atteste eux-inèmes : ([u’est-c.e qui se jwsse sous leui-s yeux? Les [u incipale.s \ ilU-s ilc loirn ressort leur ontelles demandé la destruction îles jésuites? est-ce contre eux qu'ils ont entendu crier vengeance? Ne puis-je pas juger de ce qui s’est jKissé dans les autres pai'lemenls, par ce qu’on a vu dans le nôtre, dont je suis plus à poriée? Or, si je l’osais, je demanderais aux magistrats qui le composent ce que leur a dit ce bruit sourd qu’ils ont entendu dans les audiences, bruit qui ressemblait si fort fi un murmure ((uc la douleur arrache, . et (juc la crainte ou le respect étouffe; ou bien, ce triste et morne silence qu’ils ont vu y succéder ! Qu’ont-ils démêlé dans la contenance et dans les yeux de tout ce qui composait l’auditoire ?... (Recueil de pièces, 1764.)
Lettre d'Alexandre de Milon,éccçue de Valence, au Paj>c, Beatissime Pater,
Ea est lemporis hujus calamitas, ut in mnximo discrimine versetur religio, nisi opportunimi ei auxilium praestet S. 'V. Quos ilia sui acenimos defensores, præconestjue fidelissimos habet in Galliis,RR. scilicet Patres societatis Jesii, eos nunc sæva agitat tempestas, parumque abest, ut viri illi moribus, düctrina et omni v irtutum généré consj>icui , suis e domibus misère extrahantur, licetque ab onini immunes culpa, tanquam criminosi, ex tories a patria in varias dispergantur plagas.
Sed quonam pacto fieri pdest , ut dum Patres illi nobis tôt titulis carissimi, sortem suam tueri ac illæsam custodire tôt viribus conentur, canonici regulares S. Rufi, alio spiritu ducti, omiiia status sui insignia et nmniti iirocul alijieere tentent,
DOCIMENTS. CHAP. IV.
liaud memores in quem dignitatis gradum vocati sunt. Pastores simul et canoiiici.
Jam novit Sanctifas Vestra, licatissime Pater, quid de suscepto tam inaudito senserit ultinius provinciæ nostræ Vienneusis conventus; qui quidem, auditis populorum geinitibus, non solum vicein eorum doluit, sed etiainenixe rogavit episcopos Parisiis congregatos, qualenus oinni ope pessiinam banc pestem ab eis averterent.
Longius sane esset ac lorsan supervacaneum ea denuo revocare, qiiæ jam sæpe exposuimus, nedum scilicet ex unione in quam insurgimus aliqiia in Ecclesiam utilitas redundet, orituruin potius gravissimum exinde detrimentuin , „neque siinile quidpiatn alTerre reiroacta hucus(|ue tempora. Qua in ;etafe omnia sic inversa vidimus; décimas a l la'icos translatas, bona ecclesiastica profanis hoininibus indecore tradila, inilitares in canonicoruin regulariuin sedos sullectos, parochias deiiii|ue divini oflicii cantu consuetoquc ininisterio orl3alas. Nuimjuid hoc est alwminationem destdaticmis in templum Doniini inducere, aperire(juc populis nostris perpotuum fontcin lacrymarum?
Ilaud dubiiini est, quin diîcepta fuerit Cbristianissimi regis nostri religio ; non enini præbuisset assensum, si nosset quonam modo sese res haberent, quantiimvc onlines illi et conditione et ofiiciis discrepai-eiit, post decrefnni præsertim a supremo regi;c majestatis Conciiio, anno 17Ô9 datnm, quo canonicorum regularium Rufi reformatio ipsis unanimiter conscnticntil)us statuta fuit et ordinata. Cuin autem ali eis exigeretui' reddituum ex beneficiis \acantibiLs perceptoruin ratio, iis omnino dilapidatis, ad sæculum rev erti inaluerunt, quam pervcrsi villicatores cxistimari.
Inde quidem nata est mali labes , sed non tanta, ut nullum BUjÆrstet remedium. Tandem enim bona rémanent, et iniminutus est canonicorum numerus, dum bénéficia non implenfur. Quid autem obstat, quoiniuus adhibita jirudenti administratione in pristinuin statum ordo ille reducatiir.
Noli ergo, Sanctissime Paler, male sanis istorum religiosoriim supplicationibus annuere; ncsciunt enim quid postulent; aut postulant ceide quotl illis Sanctitas Vestra concedere nequit sine magna diœcesium nosti-arum pemicie. Satis illo aUlicfantur Patnim societatis Jesu periculo, et novum illud malum ad alterum non accédai; dignumque est pietate vestra, ut utrumque procul a nobis abigat, quod (juidem toto pectore exposcit Episcopus longo renom usu exercitatus , qui laboranfi Ecclesiæ deesse nequit, et summa cum veneratione et observantia esse non desinit,
Beatissimc Pater, Sanctitatis Vestræ
Ilumillimtis et obseqnentissimus F ilius, Alexander Ejiiscopus et Cornes de Valence.
Datum in Abbatia San-Fluriacensi supra Ligerim, IG mensis maii 1762'.
(Coll. V. G.)
Réponse du pape à f évêque de Valence.
Venerab. Frat. Salut, et Apost. Benedictionem.
Litterarum tuarum, quas postridie Idus maii datas loaud ita pridem acccpimus, a gravissima eademfpie justissima querimonia sumis initium de injuriis quas mine temporis clerici regulares societatis Jesu accipiunt in vestra Gallia, homines sane de orthodoxa fide et de Christiana rcpnblica optime meriti, qui mine a suis inimicis, quos cum Ecclesia catholica communes halient, miseredix exati , omnibus rebus suis pejie lunditus sunt eversi ; quodque mirandum magis ante duo ferme sæcula istloic auctorilate Christianissimorum
1 Cotte pièce, ainii que la suivante qni est la réponse du pape à l’cvèquede Valence, ont déjà paru, mais dans une traduction française publiée h Avignon, l'année 179S. Nous en reproduisons ici les originaux latins inédits.
D0CIMBNT8. CHAP. TV.
rogum exccpti, coruniijue piissiinDrum principum prap#idio et benevolentia muuiti, île repente ab ii?, quos æqui bonique oportet esse custodes, non modo causa indicta , sed ne ullo quidem crimine in judicio accusato, et incertis tantum rumol'ibus per i'actiosorum huminum obtrectationem ac invidiam excitatis crudeliter lacemti , magno cum reipuldicæ inaimmodü et catholicæ Ecclesiæ detrimonto, contra jus et fas extinfcuuntur. Sed qiuxl prodigii simile videfur, id quidem in Ecclesia Dei,neque est imisitatum necuovum. lllud etiam novit Fraternifas Veslia : liomines qui pie voliint viverein Christo Jesu perseciitionem patientur. Nos quidem oorum miserot, nec paterna qua eos coinploctimur charitate quidquam tantopere vidumus quam ut ex bac excipiantur fœdissiina tempestale.
Sed eorum longe major subit animum nostrum miseratio , qui cum tantoadernæsalutisdetrimento, tam atrociler coorsi sunt in pium, Ecclesiæ utilissimum Institutum, de quibus ilia videntur Apostoli \ eiba ; Mali autetn homines, et sedmlores propcient in pejus errantes, et quod gravissimuin metiim afTcrt, in errorem miVtoi/cs; qiiid enim metuenduin magis, quam ne a mandatis veteribus, novisque magistris adserlis, aliiiua pravœ doctrinœ labes irrepat ad juventutem vcnenalis sensibus imbuendam.
Quamobrem te in Domino obsecramus, ut illiic oculos fuos intendasne præceptores novarum doclrinarum amantes ailliibeantur. Quod superest, Deum enixe precamur, ut qua in maximo vei’satui apud vos discrimine propitius respiciat tum catholicam religionem, tum ipsam universam rempublicam.
1)0 canonicis vero legularibus S. Rufi , quæ posterior et potior epistolœ tuæ pai’S est, totum negotium Congregniioni consistorialibus rebus pr.æpositæ examinandum commisirnus. Cum aulem de bac re a dicta congregatione nobis l'uerit relatum, ea volente Deo capiemus consilia, qua? cum sacris canonibus et diœcesium vestrarum bono quam coiuinodissimc
congruent. Intei ea videant cauonici illi , de quorum agendi ratione tanta orta est querela, ut ad mores sese conforment oliorum i]uorumdRm canouicorum , qui sui tenaces institut! ab eo quod professi sunt vivendi geueie non sunt ausi descicere. •
Deuiquc, eximiæ erga te benevolentiœ nostræ pignu-s, apostolicam benedictionem amantissime impertimur.
Uatum Romæ, apud S. Mariant Majorein , iO Kalendas julii 1702 , pontiücatus noslri anuo quarto.
{CdL V. G.)
Extrait du bref de Clément XllI, à François de Villeneuve , évêque de MotUqxllier. (7 décembre 1703.)'