NAPLES
Relation de ce qui est arrivé aux jeunes jésuites de Naples lors de leur expulsion , en 1 767 ; — traduit de l’italien.
.. Ce fut dans les premiers mois de l’année 1767 qu’il plut à Sa Majesté catholique de chasser de s<*s États la compagnie de Jésus. Un pareil événement donna beaucoup à penser et à craindre surtout aux Jésuites des Deux-Siciles. Ces p^res purent, non sansqueKjue fondement, s’attendre ft un pareil traitement, à cause de l’influence que l’Espagne avait sur Naples par les liens du sang qui unissaient les deux souverains. Malgré ces réflexions, s’appuyant sur le témoignage de leur conscience, qui ne leur reprochait pas d’avoir mérité l'indignation de leur roi, et sur les assurances que le marquis Tanucci, alors premier ministre, leur fit donner par le inédecin Vandegane, qu’il n’y avait rien à craindre pour eux ; et encore plus, sur ce qu’écrivait un saint religieux de Gapoue , ipii , ayant interrogé le roi, en avait eu pour réponse qu’il était trés-satisfait des jésuites ses sujets , et que ces religieux pouvaient demeurer en paix, les jésuites se tranquillisèrent et se crurent en sûreté. Mais peu de temps après , soit nouvelles sollicitations de la part du roi d’Espagne, soit nouvelles manœuvres des ministres des cours ou des ennemis des jésuites,
IiOClMENTS. CHAP. VI.
soit tout cela ensemble, il est certaiu qu’à la pluralité des voix, dans un conseil assemblé pour celb; lin, il fut an'été, le 31 octobre, (jue la société de Jésus éprouverait, dansjes Ueux- Siciles, le môme sort qu’elle avait déjà éprouvé eu Espagne. L’ordre en fut signé par le roi, forcé, comme il fut dit alors, par la mauvaise disposition de Latilla,sou confesseur, qui avait été un des théologiens que le roi avait député pour l’examen de cette affaire '.
On ne crut ce{)endant pas devoir, dés ce jour, exécuter l’arrêt de proscription, à cause du fracas que fit alors le mont Etna, dont le bruit était horrible; il répandait une quantité si prodigieuse de cendres bitumineuses , que l’air en fut obscurci, même à Naples; les pierres qu’il lançait intimidaient les plus hardis. On ne jugea donc pas à promis tie consterner davantage le ijeuple par l’exil des jésuites, dans une circonstance qui n’aurait servi qu’à l’irriter davantage et à le porter à la rélxdlion à laquelle il était disiH>sé, d’autant plus qu’il allait murmurant que tous ces châtiments ne lui venaient que parce qu’on voulait chasser les jésuites. (Juoi (ju’il en soit des clauses de ce retardement , il est sùi’ que ce ne fut qu’au 20 novembre de la même année, qu’on donna exécution à l’arrêt qui bannissait les jésuites de tous les États de Sa Majesté sicilienne. Je me prop<ise seulement d’écrire la façon avec laquelle cela s’exécuta dans le grand collège de Naples, où j’étais alors étudiant de la compagnie.
Ce fut vers les 24 heures d’Italie , 4 1/2 de France, que le conseiller Palante, muni de tous les pouvoirs à ce nécessaii'es, en habit de sa charge, vint au grand collège. Avec lui entrèrent encore plusieui-s agents inférieurs, et un bon déta-
' Le jeune roi, Ferdinand de Naples, quoique enfant, ne put être amené par toute l'ninnipntrnce de Tanucci à si);ncr notre expulsion : « Pourquoi, disait-il, ferais-je du mal .à de bons relifricui, qui ne m'ont fait que du bien, en m'enseignant lus clomeiiU des lettres. » Pour l'y décider, il Mlut que l'évê que Lalilla, son ronfesseur, lui fit un cas de conscience de désobéir an roi d'Fspagne son père. Le lendemain, dit-on, Latilla mourut frappé d'apoplcvic. ( /Uanusçrils du P. Cordam, archives du Gesù à Rome. )
JÉSUITES DE NAPLES
chemont de troupes réglées ijui portait les armes , dont une partie devait assister à l'intimation des ordres suprêmes et se répartir pour la garde des chambres des particuliers. La première opération lut de faire couper toutes les cordes des cloches, ce qui se fit encore dans toutes les autres maisons (on en avait sept dans la ville) ; craignant peut-être, comme on le disait, que les jésuites, par le son des cloches, n’appelassent le peuple pour s’opposer à leur départ ou exciter quelque émeute.
Après cette grande opération , le ministre se croyant en sûreté , ordonna que tous les religieux se rendissent dans la salle domestique et que chacun donnAt son nom, son prénom, son degré dans la compagnie ; et des officiers subalternes l’écrivaient. Quand cela fut fini, le conseiller Palante fit lire l’ordre du roi, par lequel on intimait le bannissement perpétuel dès États de Sa Majesté sicilienne à tous les jésuites prêtres, et non à ceux qui ne l’étaient pas mais seulement étudiants ou frères coadjuteurs; on laissait à ceux-ci l’option d’un de ces deux partis : ou de demeurer dans leur maison paternelle et dans le royaume comme tous les antres sujets du roi, avec une pension assez modique puisqu’elle ne devait pas excéiler 3(5 ducats, c’est-à-dire, da la monnaie de France, environ t.'îO francs, mais à condition qu’ils se dépouilleraient de l’habit de jésuite, qu’ils déclareraient par écrit renoncer à la compagnie , qu’ils garderaient exactement la défense de n’avoir ni directement ni indirectement aucun commerce avec les supérieurs de ladite compagnie, ni avec aucun des particuliers. L’autre parti , si on u’acceptait pas le premier, était d’être exilés avec les prêtres çt pour toujours, sans pouvoir espérer jamais aucun secours, ni de leiB^ propres familles, on donnerait là-dessus les ordres les plus ' ^ pressants, ni de la libéralité du roi, qui ne s’étendrait qu’aux seuls prêtres. Cette libéralité fut mesquine , puisqu’on ne leur assigna par jour ipie 12 sols environ de notre mon- , naie, et non aux frères, lesquels , ipiant ils voudraient se
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séciilarisser (l’eiix-iiu'mcs , n’vn devaient pas moins partir des fortunés domaines de Sa Majesté, le roi des ' Deux-Siciles. Après lecture faite des ordres du roi, le conseiller Palante interrogea, l’un après l’autre, tous cæux qui n'étaient pas prêtres, et surtout les jeunes étudiants, pour savoir quelle serait leur détermination, ne doutant point qu’on ne prit le parti que proposait la cour, et (lu’on ne se sécularisât. Tous, à sa demande, répondirent presque unanimement qu'ils étaient sensibles à la bonté du roi et à l’intérêt qu’il montrait pour eux , mais (ju’ils croyaient que leur devoir demandait précisément il’eux d’être fermes dans le parti ■pris, qui était de suivre à quelijue prix que ce fût le sort des prêtres leure piTes et leiire frères. Une réponse si l'ésolue,et à la(juelle le ministre s’attendait si peu, le surprit tellement qu’il ne fut pas le maître de cacher son étonucmeut. Son visage changea plusieurs fois de couleur {>endant un temps assez rx>nsidérable ; étourdi, il ne trouvait point de termes pour s’exprimer, jusqu’à ce qu’enfin, revenu à lui, il déclara qu’on avait trois jours pour examiner si on devait profiter de la clémence du roi ou non.
Nous a> ous dit plus haut que presque tous les non-prêtres avaient déclaré plulêt vouloir suivre les prêtres dans leur exil que d’abandonner la compagnie : la vérité veut que nous disions ici, ptmr rendre l’expression //resçue tous, que sept frères coadjuteurs, et deux jeunes étudiants intimblés par les bruits qui couraient sur la compagnie, avaient obtenu de Rome leur démission qu’ils étaient sur le point de déclarer ; ils le firent alors, et protestèrent qu’ils étaient dans la disposition de profiter des offres du rei, conséquemment de quitter la «ompagnie et de retourner dans leurs familles.
^ * Après cette première scène' finie, on permit à chacun de retourner dans sa chambré où l’on soupa as.sez mal, mais toujours gardé à vue par les soblats. Chacun put faire un petit ^ paquet de linges et autres choses des plus nécessaires, abandonnant tout le reste sur la parole donnée qu’on l’enveiTait
JÉSUITES DE HAPLES.
ensuild ; ce qu’on exécuta fort {hiu. Il fut iléfendii d’emporter ni papiers, ni livres. On fut ilonc dans les cliambres une partie de la nuit, jusqu’à neuf heures d'Italie , deux heures apiès minuit de France, qu’on fit de nouveau descendre dans la salle commune où, comme la première fois, on eut à décliner ses noms et prénoms. Alors on assigna les compagnons , et on ordonna le départ. A la porte se tenaient pour cet effet des carrosses et des calèches dans lesfpiels on monta , et les cochers ayant eu l’ordre de partir, on prit la route de la ville tle Pouzzole, distante de trois lieues de Naples, accompagnés de soldats à pied et à che^al. On arriva à Pouzzole d’assez bonne heure le matin, et on y fit le recensement par le moyen des agents ipii prirent de nouveau les noms et prénoms, et oixlonnèrent que les jeunes gens fussent absolument séparés des prêtres, de qui on craignait les exhortations à la persévérance. Ils furent donc conduits dans un ancien château d’un vice-roi, tout délaliré , changé en un magasin de foin. Les prêtres et les frères coadjuteurs, parmi lesquels plusieurs n’avaient {>as grand éloignement {R>ur la sécularisation, furent mis fort à l’étroit dans deux couvents assez petits de carmes et de capucins, jusqu’à ce qu’on eût tout disposé pour l’embarquement, qui se fit deux ou trois jours «qirès pour les .seuls prêtres et les frères : et non , comme on l'avait dit et selon l'arrêt, pour les pauvres jeimes gens ; puisqu’on les laissait dans leur palais ou grenier à foin, afin, disait-on, qu’ils ^ eussent le temps de mieux réfléchir sur ce qu’ils avaient à faire, c’est-à-dire, à se séculariser; et c’était là le point capital,^ celui qu’on voulait plus efficacement, quoiqu’on eût soin de publier que le roi laissait à chacun la pleine liberté de faire ce qu’il voudrait. » *
Les jeunes gens, malgré cela^ par une grâce toute particu-*. ’ lière, demeurèrent. fermes dans la résolution de conserver leur état à queb{ue prix que ce fût, et de ne se point dépouiller de leur habit; et probablement la chose eût été toujours ainsi , si on eût fidèlemeut observé les ordres du roi. Ce
tio:.rv?.îiT.->. CHAV. vi.
prince défen Init absolument que, dans la d»*lention à Ponizole, on pût parler à personne, ni parent» ni autre capable d’exhorter à al«indonner la religion, parce que sa volonté était que cela vint du libre choix de chaque particulier. Effectivement, pendant trois jours, personne n’eut la liberté de parler avec les jeunes gens, ni de les solliciter; on avait d’autres moyens -en usage pour les ébranler, la mauvaise habitation ouverte à tous les vents, une quantité surprenante de rats et de souris et autres animaux semblables, une nourriture positivement mauvaise, la terre pour lit, des soldats insolents dans leurs discours pour gardes et dont la friponnerie allait jusqu’à nous arracher une partie du linge que nous avions emporté, quantité d'autres inconvénients qu’on passe sous silence pour ne pas ennuyer du récit de ses souffrances.
Sur le soir du troisième, jour, quelques soldats corrompus et gagnés par l’argent d’une dame, qui avait son fils parmi nous, lui permirent de lui parler. L’assaut dura peu ; le jeune homme , attendri par les larmes de sa mère, sensible à sa tendresse , vaincu par ses prières, rendit bienb'it les armes, consentit à se dépouiller de l'habit religieux et à retourner chei lui. Le sieur de Lerne, commissaire dans cette partie, aur.ait dii faire punir une pareille désobéissance aux ordres expn'sdeSa .Majesté, et châtier l’insolence des soldats qui ne les exécutaient |>as. Il arriva tout le contraire, et précisé- ^ ment ce à quoi on ne devait pas s’attendre; l’exemple du jeune homme, qui n avait pas eu le courage de n'sister aux ymprêssements de sa mère , fit croire ijue c’était le chemin le plus court pour vaincre ce qu’on appelait obstination, folie, fanatisme; car tels étaient les noms que les ministres donnèrent à la constance des jeunes jésuites. On accorda donc vme parfaite liberté à tout le* monde de leur parler ; parents, amis, connaissances, personnes de tout rang se rendirent donc, en diligence à Portici, ofi étaient depuis quebpio temps le roi avec son premier ministre Tanucci , et on obtint de celui-ci un unli'e en vei-tu duquel on dilférait le départ des
JÉSUITES DE NAPLES
jeunes gens, et on leur permettait de s’entretenir avec tontes sortes de personnes qui se présenteraient pour leur faire perdre les idées de persévérance dans la comiiaguie. L'n officier assure que le commissaire avait promis une récompense de' 50 ducats (200 francs) à celui qui gagnerait un des jeunes gens et l’obligerait à quitter l’habit , doublant la somme h proportion du nombre. 11 faut avouer que, dès ce moment, les assauts livrés <k la constance furent si forts et si nombi-eux, que sans un secours particulier du Ciel , personne n’eût pu y résister.
En effet, non-seulement les pères et les autres parents, par leur tendresse , mettaient en œuvre raisons, prières, larmes, afin d’engager les jeunes étudiants à accepter la sécularisation; et aux motifs que leur suggérait la parenté se joignirent encore ceux de l’intérêt. On y fit même entrer un faux zèle. Des personnes de toutes les conditions, do tous les états se servirent dt; leur autorité ; des ecclésiastiques des plus distingués usaient de leur savoir pour arriver h séduire ces pauvres jeunes gens; et des religieux même des plus austères osaient buiter de persuader la défection, en déclarant ce qu’ils feraient eux-mêmes s’ils se trouvaient dans la même position ; et pour imposer davantage à ces jeunes jésuites ils eu vinrent à décider, comme autant de docteurs, que non-seulement dans le cas présent on pouv ait sans scrupule se dépouiller de l'habit religieu.t, mais encore qu’on y était obligé sous peine d’un péché grief, afin de prévenir les désordres que l’Ame et le corps ix>uvaient éprouver d’une pareille résistance.
Les sollicitations du commisaire n’étaient pas moins pressantes que celles des parents; comme eux il n’épargnait rien pour les engager à quitter la religion. .\ cet effet il les foirait souvent de s’assembler dans une salle où , prenant un ton de prédicateur, et avec une éloquence séduisante qu’on ne peut lui refu.scr, il s’efforcait par des arguments multipliés de leur persuader non-seulement les avantages qu’ils pouvaient retirer de la sécularisation , mais encore la
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nécessité de s’y soumettre; (juelquelbis il leur disait : « Vous croyez peut-être ne devoir jamais l’eutrer dans vos maisons en habit séculier, sans doute parce que vous vous croyez encore religieux ; vous vous trompez, car précisément vous ne l’êtes plus, puisque cette société que vous appelez de Jésus n’a jamais eu le consentement du roi pour exister dans ses États ; et ce consentement est si nécessaire, que c’est lui qui constitue un ordre religieux. Mais qui ne sait pas de plus que quand un ordre religieux est arrivé, comme le vôtre , au point d’être plus nuisible au public que les francs-maçons mêmes , que toutes les sectes des hérétiques , personne n’est plus obligé d’y persévérer, cpi’on est même obligé à s’en séparer , d’autant plus que le roi , par cette autorité reçue immédiatement de Dieu , peut tout , peut annuler les vœux , quand bien même on pourrait apptder ainsi les vôtres, et me donner, à moi qui suis séculier et marié , le pouvoir de confesser et d’absoudre? »
Aux incommodités dont on vient de parler, et du côté du logement et de la nourriture, il faut ajouter l’expresse défense qui nous fut faite d’approcher dt's sacrements, pas môme de celui de la pénitence, qui nous eût été d’une si grande consolation. Nous poux ions st>ulement entendre la messe les jours de fêt*^, d’une tribune qui restait de ce vieux palais et qui donnait dans une église. De plus on voulait nous faire croire que les prêtres qui avaient éh* embarqués, il y avait peu de jours, avaient été envoyés dans des pays éloignés, dans des lies désertes, et (jue nous poin ions nous attendre à un môme traitement si nous persistions dans notre résolution, sans compter l’opprobre et les autres disgrâces que nous procurerions à nos parents.
Mais où prendre des couleurs pour peindre au naturel le spectacle d’horreur et de compassion que nous donna le père d’un des jeunes étudiants qui, après avoir épuisé les commandements les plus impérieux pour engager son tils à se dépouiller lui-même de son habit de jésuite, ne se voyant
JÉSUITES UE NAPLES
3^fl
point oWi, se porta avec fureur contre ce m^me fils et le lui arracha par laml)eaux. Li, une inf-re qui, après avoir mis eu jeu tout ce (pie sa tendresse lui pouvait suggérer pour vaincre la constance de son tils,et n’avait pas réussi, tointia à ses pieds dans une faiblesse mortelle. LA, c’étaient quelques séculiers, quelqut's prêtres, quelijues religieux même dans la joie de leur cœur, triomphant parce (ju’ils avaient pu vaincre la constance d’un jeune jésuite, qu’ils enlevaient à son état qu’il quittait avec regret, avec larmes, vaincu par les importunités et les discours.
Enfin l’un pleurait son père, l’antre son ami, tous pleuraient leurs chers compagnons, non pas jiarce qu’ils les abandonnaient, mais parce qu’ils consimlaient eux-mèmes à se priver des avantages attachés h l'état religieux. Ce fut donc dans de si tristes aventures, au milieu d’une profonde tristesse, qu’oii arriva au douzième jour depuis l’expulsion ; et de cinquante jeunes jésuites, on n’en comptait plus que onze jusque-là persévérants; tous les autres, qvioique la plus grandi* partie contre leur inclination, avait cédé aux instances et étaient retournés dans leurs familles. Les liatteries continuaient à jouer contre le petit nombre des persévérants : ce fut pour liv rer un assaut à son frère que le nianjuis Dantoglietia vint exprès de Taiente à f’ouzzole ; sans parler des autres parents à qui le voisinage donnait plus de commodité pour se renih’e auprès des leurs et dans le même dessein. Mais, grâce à Dieu, on fut quelques jours sans voir de nouvelles désertions parmi ces misérables restes des jeunes jésuites de Naples. Alors le commissaire cnit devoir prendre une autre route pour réussir dans son dessein, ce fut de séparer les plus grands des plus jietiLs, et de faire ensuite courir le bruit parmi eux que les plus jeunes avaient pris le parti de la sécularisation , et faire croire la même chose aux plus jeunes de la part des plus âgés ; mais voyant que cela ne produisait rien, il les réunit de nouveau, et p<*u de jours après il résolut de les faire i>artir vers le 8 décembre pour le heu de leur exil, savoir cinq des plus grands, qui lu-
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rent Corletti, napolitain, jeune homme d’esprit, qui avait l'td le soutien et la force des autres; Bosi, de Nice en Provence; Laceza, grec; Confalone et Gantier dé Naples, sans pour cela cesser de dire qu’ils avaient (piitW l’habit de la compagnie.
Aux six autres ilétenus à Pouzzole, on ne discontinua pas ime guerre tr5s - importune , pour les engager à abandonner la religion ; et, contre eux , on changea les batteries. On ordonna qu’ils lussent im peu mieux nourris; que la liberté fût plus grande ; qu’ils pussent aller v oir, accomj»agnés d’un olficier du roi , les curiosités et les antiquité's de Pouzzole et des lieux voisins , espérant un bon succès de ces complaisances, et que la séculai'isation eu serait le fruit; mais, voyant que les jeunes gens n’en devenaient que plus fermes dans lem* vocation, le commissaire se résolut enlin de les envoyer aussi à leur exil , et le départ fut lixé au 16 décembre, jour qui fut jwur eux d'une extrême désolation, à cause de la désertiou d’un des six qui se sécularisa. Mais, avant, il fut encore nécessaire de soutenir un nouvel assaut. Le commissiiire envoya à cette petite troupe d’âmes foi'tes un oflicicr, son subalterne, homme lin et rusé, avec cependant un air de politesse.
A peine fut-il arrivé, qu’il prit à part le jeune Stanislas Genci , qui des cinq était le plus [«lit et le moins âgé , quoiqu’il ne fût pas le dernier en religion ; le tenant par la main, il lui donna des confitures, et lui dit avec un air de douceur et de compassion : « Ah ! mon cher enfant , où vous jetez-vous , faute d’un lx)n conseil ! » Et puis, dans les termes les plus forts , il exagéra l'horreur d’un perp«Hnel exil : quelles en devaient être les CA)nsé(iuences , la douleur cruelle , la mort même qu’il occasicmncrait à sa mère déjà avancée en âge, le déshonneur de toute sa famille; lui cita l’exemple de son fj’ère, son aîné, de deux de ses oncles, qui avaient abandonné la religion, et autres discours semblables. Genci l’écouta toujouis, gaivlant un profond silcjice , et se lecommandant intérieurement à Notre-Seigneur, à sa très-sainte Mère, à svn
J£SUlT£d U£ NÀPL£8.
ange gardien, à saint Ignace et a tous ses saints protecteui’s. Quand l’officier eut fini do parler, Geiici le leiumvia trf“s-fort du aèle qu’il lui montrait : mais que son parti dejiuis longtemps était pris de ne point (juitter l’iiabit rcligieiu', queliiue chose qui pût lui arriver de fdcheux ; que, pour ce qui regardait sa mère et ses autres pai-euts, il espérait que le Seigneur voudrait bien les préserver rentre toutes les disgrâces, et se tut. Alors le ministre , en colère, lui dit : « Allez, Jeune téméraire, où vous conduit votre obstination; le jour ne tardera pas où vous vous en repentirez sans fruit et trop tard. » 11 revint où étaient les autres, intima à tous que, puisqu'ils peraistaient à ne vouloir pas useï* des bienfaits de Sa Majesté, et qu’ils s’en montraient indignes, ils partiraient le jour suivant pour le lieu de leur exil. Une pareille nouvelle, au lieu de les attrister, leim causa la consolation la plus sensible; ils voyaient avec plaisir finir les combats qu’ils avaient à soutenir pour la persévéï'ance dans leur vocation, et se trouvèrent précisément au terme de leurs ardents désirs ; et, dans la joie de leur cœur, ils en rendaient mille actions de grâces au Seigneur, qui les délivrait des dangers les plus périlleux qu’ils pouvaient courir dans toute leur vie.
Dans la nuit du 18 décembre, on donna donc l’ordre du départ ; ils montèrent en calèche , toujours accompagnés d’un officier et des archers, qui furent leurs garées d’honneur jusqu’à la ville de Fondi, où ils furent relevés par une compagnie de cavalerie, qui les remit à Torcella, petit lx)urg aux confins entre Naples et l’État du pape ; là on les fit descendre de leurs voitures ; et, placés dans le centre de cette cavalerie, ou leur proposa, pour la dernière fois, de sortir de la compagnie. Mais, voyant qu’on ne les persuadait pas, on leur intima l’exil perpétuel , pour peine de l’indignation de Sa Majesté. Cette dernière scène d’une si longue tragédie aiTocha des larmes non-seulement aux soldats , mais encore aux autres agents ; et les cinq jeunes jésuites, bien satisfaits, remontèrent dans leuis calèches; et, après avoir pris congé
DOCCMESTS. GMAP. VI.
des soldaLs el de l’offir.ier, chantant de ^rand cœur le Te Deum, ils anivt’rent bientôt à Terracine, ville de l’Élat ecclésia.stiffue , il vingt lieues de Rome , désignée pour terme de leur exil. Les noms des cinq jésuites constants dans leur vocation sont : Dantoglietta de Tarente , Perrotta de Naples, Reali de Monteleone, Genci de Castellamare et Panzini du Mole de Rari.
Telles sont les choses dont Genci, après douze ajis , a pu se souvenir comme étant alors arrivées aux jeunes étudiants de Naples. Je l’ai prié de les mettre par écrit, pour en conserver la mémoire pour la plus grande gloire de Dieu, auteur de tout bien. Quelques circonstances auront pu lui échapper, mais de peu de conséquence, ou de nature à n’ètre point publiées.
(Inédit.)
2" Arrêté du mi de IVnples, pour le rétablissement des jésuites. { 180i.) .
L’éducation publique étant un des principaux objets des soins paternels du roi notre seigneur, parmi tous les autres moyens qu’il a déjà adoptés, et qu’il se propose d’établir, il a mis en exécution celui de rappeler dans ses États la compagnie de Jésus, afin que, par sa conduite exemplaire, ses œuvres de piété nombreuses et les instructions publiques qui lui sont propres , elle puissti procui er à ses sujets bien-aimés un moyen prompt , sûr et facile , pour que les personnes de qiiehpie condition qu’elles soient puissent en retirer les plus grands avantages en tout ce qui a rapjiort à la pratique des vertus chrétiennes. Sa Sainteté, à qui Sa Majesté a manifesté ses justes désirs à cet égard, y a acquiescé avec lionté, et a bien voulu en expédier un bref apostolique sur le modèle de celui ipii fut expédié en 1801 à la demande de Paul 1", empereur de Russie. Sa Majesté a déjà fait exécuter ce bref dans son royaume de Naples, et dans les formes régulières : elle a donné ses dispositions pour qu’il fût aussi exécuté dans son royaume de Sicile.
JÉSUITES DE NAPLES
Cependant , comme il faut, pour l’exécution de ce bref , beaucoup de zèle, d’activité et de vigilance, Sa Majesté a commandé que le président Veccbioni, délégué de la juridiction royale, s’attribue aussi la charge de délégué de la compagnie de Jésus, et de délégué particulier pour l’exécution prompte et exacte du bref susdit.
Quant au royaume de Sicile, Sa Majesté y destine le présisident délia G. C. D. Asmundo Paterno, lequel étant réuni au consulteurde ce gouvernement domGiacinto Froysi, et au conseiller conservateur des finances dom Donato Tomasi, devra exécuter ce qui a été confié pour le royaume de Naples au président Veccbioni.
C’est également la volonté du roi que la compagnie , tant en ce royaume que dans celui de Sicile , possède ,pour se procurer un entretien décent, tous les biens qui se trouvent à présent dans les départements respectifs des finances, à condition cependant qu’elle se charge de satisfaire à toutes les impositions qu’ils ont à supporter par l’autorité de Sa Majesté et de ceux de ses ministres qui sont destinés à cela, et sous la condition expresse (jue dans la restitution faite par ces départements des finances , on n’entende pas que la compagnie ait acquis le moindre droit de réintégration pour tous les biens et droits qui se trouvent aliénés , permutés ou distraits de quelque manière que ce st>it; la cession susdite devant, jxmr l’avenir , se rogarder comme une concession nouvelle , et comme une libéralité que la compagnie reconnaît devoir à la bienfaisance seule de Sa Majesté.
Et puisrpi’il se trouve plusieurs choses qui n’ont pas été prévues dans la cession des départements des finances, et qui demandent un plus grand détail et peut-être d’autres arrangements royaux , Sa Majesté se réserve , pour ces raisons , de déclarer ses résolutions suprêmes sur des objets semblables , d’après les remontrances qui lui en seront faites par les ministres délégués qui ont été nommés pour cela.
Le roi , considérant cependant qu’il faut, dès à présent,
DOCCMENTS. CHAT. VI.
pourvoir les individus de la compagnie d’un lieu dans la capitale, a commandé que l’on remette le pluslét possible à la compagnie le Jésus-Vieux , la maison délia Connacchia, le collège des nobles, et quelque autre demeure qui pourrait èti’c jugée nécessaire à l’exercice des fonctions dépendantes de la susdite compagnie.
Et pour que cette opération ait son plein effet. Sa Majesté veut que son secrétaire d’État au département des attaires ecclésiastiques s’ententle pour cela avec le secrétaire d’État au département des finances, et cela principalement afin do pouvoir placer ailleurs toutes les personnes employées en ce moment dans ces endroits. Comme il est parvenu à la connaissance du roi et à sa grande satisfaction , que quelques-uns de ses sujets bien-aimés, doués d’un mouvement religieux et animés du désir du bien public, sont disposés à laisser et à donner par contrat entre vivants des biens stables à la compagnie de Jésus, Sa Majesté, à cette considération, et pour procurer toujours davantage à la compagnie de nouveaux moyens de subsistance , et pour la mettre en état d’exercer, avec plus de facilité , les œuvTes de piété qui sont attachées à son in.stitut, lui accorde , avec la dispense de la loi d’amoi^ tissement , la faculté d’acquérir , et cela à condition de faire connaître ses nouvelles acquisitions à Sa Majesté, afin qu’elle puisse y donner son approbation, et pour qu'elle puisse étendre cette dispense jusqu’au temps où elle le jugera à propos.
En vertu de cette nouvelle détermination de Sa Majesté et de sa royale volonté , toutes les résolutions prises dans le temps de l'abolition de la compagnie jusque aujourd’hui doivent céder ; devant seulement subsister en plein toutes les aliénations, donations et permutations fuites par autorité souveraine en la susdite manière, et tout ce qui vient d’être réglé dans le dernier bref de Sa Sainteté muni du royal exeqimtur, comme tout ce (pie Sa Majesté an-ête par cette pi-ésentc résolution, et tout ce qu’elle pourra ordonner à mesure qu’il
AFFAIRE DE FARHE. 3oa
en sera besoin et qu’il lui sera trôs-liumblement représenté par les susdits magistrats.
Et comme Sa Maj<*«té est pe^uadée que la bienfaisance royale a obtenu la satisfaction de tout le public, elle se croit également certaine que les prélats, les ecclésiastiques et les ordres réguliers, tant du royaume de Naples que du royaume de Sicile, se prêteront de leur côté à tout ce qui pourra se rapporter ê l’heureuse exécution du bref pontifical , et qu’ils ne cesseront point de contribuer avec le lèle et l’exactitude auxquels ils sont obligés à l’exécution, à l’accumplissement de leure devoirs sacrés; Sa Majesté leur ayant donné, par la réadmission de la compagnie de Jésus, de nouveaux secours et de nouveaux moyens pour s’acrpiitter avec plus de facilité de leurs obligations.
AÜ ptilàis, 6 août 1804.
Signé : Francisco Miguorini.
PÉMÊLÉ8 KHril£ CLÉMENT XIII ET LES PRINCES DE LÀ MAISON DE BOURBON,
Affiùre de Perme.
1* £dil , OU pragmatiçw du duc de Parme, publié U 10 janvier 17(58.
Cette pragmatique, dit Schadl interdisait à tout sujet immédiat ou médiat du duc, séculier ou ecclésiastique, à toute corporation, collège et université, y compris les cxmvents et familles religieuses de l’un et de l’autre sexe, sans aucune exception, de porter et de défendre, dans telle instance que ce
< Cours d'histoire des Étals européens, t. XXXVIl, p. St7.
DOCUMENTS. CHAP. VI
fût, des causes litip;ieuses devant un tribunal étranger, nommément ceux de Rome, pour telle cause que ce fût, même ei’clésiasti((ue , et relativement à des biens, prétentions et droits dans les États du duc, à moins que ce ne fût par permission expresse du souverain. La pragmatique défend également à tout sujet du duc de solliciter auprès d’une autorité étrangère des pensions ecclésiastiques, commendes, dignités ou charges auxquelles serait attachée quelque juridiction ou prérogative. Tous les bénéfices ecclésiastiques avec ou sans charge d’àmes, y compris les bénéfices consistoriaux, les pensions, abbayes, commendes, charges et dignités aiuquelles est attachée une juridicticm dans les États du duc, ne pourront être conférés qu’à ses sujets , et non sans son agrément. Tous les écrits, ordres, lettres, jugements, décrets, bulles, brefs ou provisions venus de Rome ou de quelque autre pays, sont déclarés non valides, s’ils ne sont revêtus de la signature du duc.
Clément XIII opposa, le 30 janvier 1768, à cette pragmatique sanction un bref qui fut affiché dans tous les carrefoure de Rome. Tous les décrets et édits susdits et ceux du même genre qui les suivraient, y étaient déclarés nuis, invalides, téméraires, promulgués par des personnes qui n’avaient aucune autorité pour cela; défense est faite aux évêques des duchés de Parme et de Plaisance d’y obtempérer. En parlant de ces pays , le pape les nomme no» duchés de Parme et de Plaisance , faisant ainsi revivre l’ancienne prétention de la cour de Rome au domaine direct de ces pays. « Et comme il est reçu en droit, dit le bref, que tous ceux qui ont prêté leur ministère pour la rédaction, publication et exécution de ladite ordonnance, ont encouru toutes les censures ecclésiastiques, et ainsi que ceux qui leur succéderont, la déchéance de toutes les grâces que nous leur avions accordées, nous déclarons que jamais ils ne pourront obtenir l’absolution de ces censures que par nous-même , excepté à l’article de la mort*.
> Voir dam l'ouvraEe, aux pièces jiutificatives, n« xii, p. H9 , un exlrai I du bref de Clément XIII.
AmiKE DE PARME.
3” Réclamation des puissances.
Toutes les cours catholiques interdirent au monitoire lancé contre le duc de Parme l’entrée de leure États. Le parlement de Paris, par son arrêt du 26 janvier, supprima le bref. Le roi de Portugal le supprima aussi pour tous ses États par une loi du 30 avril, et déclara criminel de lèse-majesté quiconque le répandrait, imprimerait ou retiendrait.
Les cours de Madrid et de Versailles passèrent à ce sujet un accord, dont voici les principaux points :
!• Que les tribunaux de l’infant supprimeront le bref du Pape par un arrêt, ou ordonnance qui sera imprimée et affichée dans les États de Son Altesse royale , ainsi qu’il en a été usé en France par le parlement de Paris;
2** Que l’infant publiera un manifeste dans lequel il exposera d’une part les raisons solides qui l’ont autorisé à rendre les édits condamnés par la cour de Rome , et qu’il est résolu de soutenir; et de l’autre, la précipitation et l’injustice de la démarche violente de cette cour, qui a même osé altérer la vérité des faits ;
3* Que Son Altesse royale portera elle-même et directement au pape ses plaintes amères du traitement qu’elle vient d’éprouver par une suite de mauvais conseils que Sa Sainteté a suivis, et en demandera une juste réparation et une satisfaction publique; enfin , que le mémoire de l’infant sera présenté conjointement par les trois ministres réunis de France, d’Espagne et de Naples , ou par celui d’Espagne seulement, comme étant dans l’usage de traiter avant les affaires de Son Altesse royale ;
4“ Que dans le cas où le pape , soit qu’il admette ou n’admette pas les plaintes de l’infant, refuserait d’y a\oir égard dans im très-court espace de temps, c’est-à-dire de huit jours au plus tai’d, les trois ministres présenteront aU rs, de la part de leurs maîtres respectifs," un mémoire j)ar lequel ils deuian-
ItOCDlflNTg. CHAP. n.
deronf au nom et par oi-dre de Leurs Majestés, une réparation prompte et solennelle non^ulement de l’attentat commis contre la personne de l’infant, mais encore de l’insulte faite à sa souveraineté temporelle et indépendante de l’État qu’il possède...;
5° Que si le pape n’a point égard à la démarche éclatante des trois cours, elles ne différeront point & user de représailles, qui seront uniquement et légitimement fondées sur l’attaque et l’usurpation de la souveraineté temporelle de l’Infant, et qu’en conséquence les troupes de France s’empareront du comtat d’Avignon , et celles de Naples du duché de Bénévent.
3* Conduite et réponses du pape.
La nouvelle de l’occupation de Bénévent était arrivée à Rome le 1 3 juin, dans la nuit, par im courrier extraordinaire. L’entretien fut très-animé entre le pape et l’ambassadeur de France. Voici comment ce dernier en rend compte au duc de Clioiseul . le ta du même mois : a Le pape a reçu mon instance, l’a lue en entier avec beaucoup de tranquillité; ensuite il m’a dit que la dernière fois j’étais venu avec des menaces , et que présentement je venais les armes à la main. Je lui ai demandé ce qu’il voulait dire par là. 11 m’a répondu que j’airivnis avec l’effet des représailles que j’avais annoncées ; que Bénévent était occupé par les troupes napolitaines (la nouvelle en était venue dans la nuit; je l’avais su le matin,' mais j’ai fait comme si je l’ignorais ), et qu’il mettait ces représailles, ainsi que les menaces qui les avaient précédées , au pied de ton crucifix. De là il est entré dans un très-long discours sur ce qu’il a fait , sur la nécessité où il était, selon sa conscience, de se conduire ainsi, et de donner nommément le bref dont on se plaignait tant. Après qu’il a eu cessé de parler, j’ai repris tout son discours , et l’ai discuté de point en point.
AFFAIRE I)E PARME. 3.’i9
Je lui ai dit très-nettement que son bref était injuste, et dans le fond et dans la forme
a Je lui ai déinonti'é que l’infant était autant excommunié dans le for intérieur qu’il pouvait l’étre , supposé que l’excommunication fût juste, c Voilà , a-t-il repris alors , celui a qui la jugera, » en me montrant son cmcifîx. (lAttre d’Aubelerre à ChmKul, du 15 juin 1768). Voir le R. P. 'fuEiNER, 1. 1, p, 130.
D’autre part, Clément XIII, justement indigné de la cons duite scandaleuse de Tanucci , ministre de la cour de Naples, chargea l’auditeur de la nonciature de Madrid d’en faire les pluvives plaintes au roi d’Espagne, ainsi que du langage indigne dont son fil.s, le roi de Naples, s’était servi dans la réponse h la lettre pontificale sus-mentionnée, a De toutes les lettres, écrivait à l’auditeur, le 2 novembre, le caivlinal secrétaire d’Élat, que nous avons reçues en réponse à la lettre papale adressée aux souverains au sujet de l’affaire de Parme , celle du roi de Naples est la plus scandaleuse, sans contredit, puisqu’on y attaque même le dogme en qnelque façon. A lui, plus qu’à tout autre souverain, il serait cependant nécessaire que le pape fit entendre la voix de son auguste ministère apostolique; mais la crainte d’allumer davantage encore le feu de la discorde l’a retenu jusqu’à ce jour. Le saint-père, d’aillem-s, ne se laisse nullement intimider par les outrages que l'on fait, non-seulement à sa dignité pontificale , mais encore au temporel du saint-siège; et saura, malgi'é les injures, s’acApiitter de son devoir. Il est, au contraire, plus que jamais décidé àTaccomplir, en dépit de toutes les adversités , et à suivre l'exemple que lui ont donné tant de ses glorieux prédécesseurs, d'autres évêques et pères de l’Église catholique ; mais il désire le faire sans danger de multiplier encore le scandale, et d’une manière qui soit utile. » (R. P. Tueiner, 1. 1, p. 138.)
Les ambassadeurs rédigèrent un mémoire, et d’Aubeterre le présenta à Clément XIII, sur la fin de septembre. Le pape le reçut froidement, et lui répondit avec dignité qu’il ne chan-
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gérait jamais rien de sa conduite au sujet de Parme, quoi qu’il en pût arriver. Il parla dans le même sens aux ambassadeurs d’Espagne et de Naples.
Sans cesse poussé par les ambassadeurs à s’expliquer sur cette matière , Clément Xlll leur fit enfin remettre , le 16 octobre, par le cardinal Negroni , une réponse à leur mémoire, dans laquelle il justifia de nouveau sa conduite au sujet de l’alFairede Parme, elles chargea de la faire parvenir à leurs souverains respectifs. Ceux-ci lépondirent insolemment que, puisque Sa Sainteté ne voulait rien entendre , elle se chargeAt d’envoyer elle-même aux souverains sa réponse par ses nonces.
Clément Xlll, indigné de cette conduite impertinente des ambassadeurs , chargea en effet les nonces apostoliques près les cours bourboniennes d’en porter ses justes plaintes à ces souverains en paroles énergiques : a 11 ne résulte autre chose de tout cela, leur mandait Torregiani, le 27 octobre, sinon que le refus des ambassadeurs d’envoyer à leurs princes la i-éponse précitée du sainUpère n’a d’autre but que de multiplier davantage encore les insultes, a.ssez grandes déjà , adres.sées à l’autorité pontificale, et de vouloir en quelque sorte nous faire entendre que les lois que doit suivre le saintsiège sont sul)ordomiées au bon plaisir des cours.
a Mais, grâces au Ciel, le saint-père, quoiqu’il soit à l’extérieur si agité, n’est point découragé dans son esprit; les adversités l’affermissent de plus en plus et l’encouragent au contraire à souffrir avec patience les plus grands revers pour la cause de Dieu et l’honneur de son Église. Les violences ne l’empêcheront pas de parler toujours liautement avec une lilierté apostolique , et de rappeler les rois ses fils à leur devoir. C’est pourquoi il croit devoir charger Votre Excellence de faire entendre à sa cour ses justes plaintes au sujet de cette nouvelle injure : injure d’autant plus sensible au saint-père, qu’il y voit que les cours, bien loin de retourner à leur ancienne intelligence avec le saint-siège, prennent au contraire une voie tout opposée & ce but. n
ArFAlHE OK PARME. 361
Les nonces apostoliques s’efforcèrent en vain de faire agréer aux souverains la réponse de Sa Sainteté ; ceux-ci n’y voulurent rien entendre, et persistèrent à exiger l’accomplissenaent des conditions qu’ils avaient posées. (R. P. Theiner, ibid.)
PIÈCES CONCERNANT LES JÉSUTES DES ÉTATS DE LA MAISON d’aVTRICHE.
I* Lettre du directeur général des postes de F empire en faveur des jésuites.
Ferdiuandus Alexander, S. R. I. princeps, de Thum et Taxis, supremus postarum imperialium præfectus, ad primarios officiales earumdem postarura.
Vienna perscriptum nobis est cpiod varii, qui pagellos publicas (gazettes) per Germaniam vulgant, majoris lucri captandi studio, non horreant multa illis inserere contialionorem et famam PP. societatis Jesu , nullo prorsus fundamento nixa , et ex pagellis fere Protestantium, prœsertim Hollandiis descripta, eaque ausint non sine scandalo catholicorum publico obtrudere. Quoniam autem penitus, et ex pluribus indi- GÜs nobis rx)nstat de animu prorsus æquissimo aulæ imperialis erga societatem Jesu, neque nos ipsi indiffèrent! oculo intueri possumus quod id genus falsitatis ac calumniæ contra ordinem a summis pontificibus et ipsomet Concilio Générait approbatiun, ad ejusdem raajorem ignominiam typo publico vulgentur, et per pagellas postæ imperialis spargantur; idcirco tibi mandamus ut prsecipua cura invigiles, ne posthac articuli hujus modi ignominiosi ex aliis scaiidalosis foliis describantur, et per dictas postæ imperialis pagellas divulgentur. ( Coll. V. G. )
Ex arce Tragenhofen, 30 julii 1768.
Alexander, etc.
ttOCCMMTS. ClIAP. Vt.
4” Extraits de la correspondance privée entre eCAubeterre et Choiseul.
Dans une lettre adressée à Choiseul par d’Aubetenre en date du 24 juin 1767 , on lit : « M. le M*” m’a reparlé du concert de la cour de Vienne, sans lequel il ne croit pas qu’on puisse rien faire. Il m’a ajouté à cette occasion ce que je vous ai déjà marqué, Monsieur, dans ma dépêche du 27 mai, n" 18, que le cardinal Borromei , nonce à Vienne, avait rendu compte au pape des propos que l’impératrice mère lui avait tenus au sujet des jésuites , et qvie ce cardinal l’avait rendu de façon qu’il avait beaucoup plus l’air d’une recommandation de cette princesse en faveur de ces religieux que d’une simple protection de sa part : que le saint-père l’avait pris de même, et que c’était sûrement d’après cette idée qu’il m’avait répondu ainsi que je l’ai dit ci-dessus : qu’il était très-possible que le cardinal Borromei eût augmenté ce propos, et lui,eùt donné plus de valeur qvi’il n’en avait pour faire sa cour au pape et au seci-étaire d’État. Nous n’avons pas été plus loin sur ce sujet. » — Et à la date du 27 janvier 1768 ; a L'impératrice a déclaré positivement en dernier lieu au nonce du pape , que tant ((u’elle vivrait , les jésuites n’avaient rien à craindre et resteraient tranquilles dans ses États. Elle a coniirmé la même chose dans une lettre qu’elle a écrite au général. Cette protection décidée a redonné beaucoup do courage aux partisans de cette société, et rétabli ses affaires (jui commençaient à décliner. »