CONCLAVE
Mémoire pour eervir d’inttructions à MM, let cardinaux de
Luynet et de Bernit, allant à Rome pour assùter au conclave.
(19 février 47G9‘.)
Il n’y a peut-être jamais eu de circonstances où il ait été plus essentiel pour le bien de la religion, pour l’honneur du saint-siège, pour la tranquillité des États catholiques, et pour les intérêts de 1a cour de Rome , de placer sur la chaire de saint Pierre un sujet digne par s(>s vertus du souverain sacerdoce, et capable par ses talents de remplir avec gloire et avec succès les fonctions respectables et importantes du chef de l’Église.
Le règne de Clément Xlll n’a que trop démontré que la piété Id plus sincère , les mœurs les plus pures <;t les intentions les plus droites ne suffisent pas pour faire un bon pape, et qu’il lui faut de plus les lumières et les connaissances nécessaires pour l’administration tant spirituelle que tempo-
* Voir daai rourrago, aa chap. vu, p. S37 at aaif.,ce qui ra^rde l'élaclioa da Clénieut XIV, et l« dilTérentcs instructions données aux ministres des Cours; surtout aux pages îtï, 153, 255; et aux pièces justificatim, n» xiii, p. 552.
DOCl'MENTS. CHAP. TII.
relie dont il est chargé, et qui manquaient absolument à Clément XIII. De là vient que , certainement sans le vouloir, et vraisemblablement sans le savoir, il a fait plus de tort à l’Église romaine que plusieurs de ses prédécessem^ , moins réguliers et moins religieux que lui.
11 n’avait aucune notion approfondie des cours, des affaires politiques et des égards qui sont dus à la personne et à l’autorité indépendante des autres souverains. Conduit par des conseils passionnés et fanatiques, il a formé des entreprises et s’est porté à des démarches dont l’injustice et la violence ont obligé la France , l’Espagne, les Deux-Siciies , le Portugal , la Républi(jue de Venise et quelques autres puissances à réclamer hautement contre les atteintes qu’il a portées aux droits sacrés et inaliénables de la souveraineté.
MM. les cardinaux de Luynes et de Demis sont trop instraits pour qu’il soit nécessaire d’entrer ici dans un détail inutile sur les griefs communs et respectifs de cæs différentes cours contre celle de Rome. On se bornera à leur exposer en peu de mots l'état où la mort du pape a laissé les choses relativement aux discussions qui , depuis un an , subsistaient entre lui et tous les souverains de la maison de France.
Ces discussions ont été occasionnées par le bref que Clément XIII publia le 30 janvier 1768, contre quelques édita rendus par l’infant, duc de Parme, et qui avaient pour unique objet la réforme de plusieurs abus qui s’étaient introduits successivement dans les États de Son Altesse Royale, concernant les immunités ecclésiastiques.
Le roi et les rois d'Espagne et de Naples ne crurent pas devoir dissimuler le juste ressentiment qu’excita dans leur cœur le bi’ef dont il s’agit, et demandèrent une satisfaction prompte et authentique de l’insulte faite à la souveraineté temporelle de l’infant, et dans sa personne, à toutes les autres puissances catholiques , et plus particulièrement encore aux princes, qui lui sont unis par les liens les plus tendres du gang et de l’amitié.