‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 48 sur 89 · ÉLECTIOX DE CLÉMENT XIV · texte numérisé non relu

ÉLECTIOX DE CLÉMENT XIV

Le P. Loriquet, dans son ouvrage intitulé Intrigue des trois cabinets , parle ainsi :

« Nous ne suivrons pas les écrivains qui ont avancé, san6 preuves suffisantes, que le nouveau pape n’avait dù son exaltation qu’à une promesse signée par lui et envoyée au roi d’Es[)agne , par lacpielle il se serait engagé à éteindre la compagnie de Jésus. On n’a pas besoin de cette supposition, prescpic aussi injurieuse à Charles qu’à Clément lui-même, pour expli* • quer la conduite de ce pape, etc. » ( Suppression totale de la ' compagnie de Jésus, 110.)

Un autre jésuite français, le P. de Fontenay, dans un livre imprimé en 1800, sous le titre de Rétablissement des jésuites et de rinstructim publique, avait déjà écrit ces lignes :

a Je suis bien éloigné d’ajouter foi au bruit, qui se i-épandit alors, que l’élection de Canganelli à la papauté fut le prix de la promesse qu’il fit d’opérer cette abolition. Je suis persuadé que c’est une calomnie atroce , parce (ju’il n’est pas possible d’imaginer qu’im homme quelconque soit assez infâme pour se prêter à une simonie qui, seule, serait capable, si elle était constatée , de faire rayer son nom du catalogue des souvo* rains pontifes. » (P. 169.)

Non-seulement les jésuites, mais la plupart des écrivaiùs, leurs amis et leurs défenseurs , ont nié tout engagement simoniacfue de la part de Ganganelli. Ecoutons M. Lamache, Histoire de la chute des jésuites, p. 176 :

« A l’exception de Georgel , et peut-être de deux ou trois autres écrivains catholiques, ceux qui ont raconté l’histoire de. la suppression nient l’engagement qu’aurait pris Ganganelli , avant son élection , d’éteindre la compagnie. Tel est le sentiment de Picot, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiasliquc , tom. XI , p. 550 ; de Henrion , Histoire générale de l’Église, L Xl,p. 209. »

Un écrivain de la compagnie de Jésus résume tout ce qu’ont dit à ce sujet cæux qui l’ont précédé :

« Je ne veÜX ^his dégénérer de la piété de mes pères , dit le

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P. Cahour ; jamais je ne défendrai les disciples de saint Ignace aux dépens des vicaires de Jésus-Christ. En me tenant dans les bornes que réclame un événement aussi grave, j’espère produire assez de monuments pour faire plaindre à la fois la compagnie de Jésus et le pontife qui l’a supprimée.

O Des ennemis du saint-siège et quelques partisans inconsidérés de la société détruite n’ont pas craint d’affirmer que le cardinal Ganganelli avait acheté la tiare par la promesse de signer l’arièt de mort des jésuites. Mais cette calomnie est dénuée de preuves. Les princes ligués contre les religieux déjà chassés de leurs Étals, firent, je le sais, tout ce qu’ils purent, afin d’avoir un pape qui les aimât moins que Clément .\11I ; et les cardinaux attachés à la maison de Bourbon crurent reamualtre dans François-Laurent Ganganelli un homme propre à seconder ces vues.

O Voilà tout ce qu’on peut affirmer de plus défavorable à son élection : le pacte que l’on a méchamment ou légèrement supposé l’aurait rendu simoniaque. » ( De$ Jésuita, par un jénùte, 2* partie , p. 257.)

Dans ces derniers temps, je le sais, une discussion assez vive s’est engagée sur un billet qui aurait été présenté à la signature du cardinal Ganganelli , avant son élection. Je n’examinerai pas les motifs qu’on a mis en avant de pau-t et d’autre pour nier ou pour affirmer la réalité même du fait de la signature donnée ; mais je duai que ce billet ne constituerait pas une simonie, soit qu’on le regarde en lui-même, soit qu’on le considère dans les circonstances qui en auraient amené la souscription.

1" En lui-même : ce billet aurait porté en substance que a le souverain pontife avait, en conscience, le droit et le pouvoir d’éteindre la compagnie de Jésus, en se conformant aux règles canoniques; et qu’il étaità souliaiter que le futur pape lu tous ses efforts piour ojiérer cette destruction si désirée par

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les couronnes. » — La signatuiv de ce Itillel pourrait paraître un acte de faiblesse ou même d’ambition ; mais elle ne conslitue pas en soi , et suivant la prêc'siou tbéologiijue , un acte de simonie, proprement dite.

2" Enœre moins dans les circonstauves où cette signature aurait été demandée. — Il est bon de savoir ou de se rappeler ici nu’à l’époque du conclave où devait être élu le successeur de Clément .Mil , plusieurs écrits ou dissertations théologiques avaient paru sur cette question* : Si le pape futur ftouvnit ou ne ijouvait pas en conscience abolir entièrement la société de Jésus. Quelques théologiens , et il parait bien que Clément ,\lll avait pensé comme eux, étaient d’avis que le pape ne pouvait , dans les circonstances présentes, détruire l’institut de saint Ignace sans bles.ser sa propre conscience. J’ai sous les yeux plusieurs traités qui concluent en ce sens. D’autres théologiens ou canonistes, et en particulier le prélat Azpuru, ami)assadeur espagnol à Rome, dont le H. P. Theiner a loué le savoir, prétendaient que le pape futur pouvait, ou même devait éteimlre un ordre qui était , dans les circonstances actuelles, un sujet de discorde entre les princes chrétiens.

On comprend quel prix les puissances c^jujuiées attachaient à ce (pie le nouveau pajie ne se crût pas obligé en conscience de maintenir et do conserver la société de Jésus. Renonçant donc au projet d’une proinesse directe et positive , que les cardinaux des couronnes, dans le conclave, regardaient comme simoniaque , les princes ou leurs ministres auraient pu se contenter d'une simple déclnralinn de princijtes ou d'opinion de la part du candidat à élire. De cette sorte, rpiand

‘ Parmi ces opuscules théologiques l'on peut indiquer les suivants : Queslioni pi oposle net 1769, se puù il Pnpa in coscienza distruggere i Gesuiti 9 — Discussion canonique et historique sur les instances faites par tes Costrs pour l'extinction des jésuites ( 1769 ) ; traduit de l'italien. — Et dans le dossier du procès du générai et des assistants, au château Saint-Ange, l'on trouve cité un manuscrit intitulé : Réflexions sur le projet d'abolir la corn* pagaie, et plusieurs autres écrits du uièiiie genre.

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plus tard ces mômes princes voudraient demander au pape , successeur de Clément XIII , l’extinction totale de la compagnie de Jésus, ils n’auraient plus eu à vaincre d’abord les l’épugnanccs insurmontaliles de la conscience qui avaient résisté dans le |H>ntit'e pii'cédenf au projet des cours. Ce premier et grand obstacle aurait donc été ainsi levé; et il y aurait eu évidemment plus de facilité pour obtenir du chef de l’Église une mesure complète et définitive qui devait toujours lui coûter. Voilû quelles ont pu être , pour les ministres des couronnes, les raisons de ce billet.

Ainsi, sans rien décider quant à la réalité du fait, on doit dire que la signature vraie ou supposée du billet ne fait peser aucun repi-oche fondé de simonie sur la mémoire d’un souverain pontife; encore moins pourrait-elle soulever quelque doute sur la validité de l'élection du chef suprême de l’Église.

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