‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 7 sur 89 · ÉTAT 1)E LA OL'ESTIOX · texte numérisé non relu

ÉTAT 1)E LA OL'ESTIOX

a Vous connaissez, nos très-chers frères, l’excès de l’amertume et de la douleur, dont nous avons été pénéti'é par la dispersion de la vénérable société des jésuites dans le royaume : vous en avez été souvent les témoins; et une de nos plus douces consolations a été de vous la voir partager avec nous.

a Ce n’est pas cependant de cette destruction elle-même , ni de la perte presque irréparable de tant de zélés ministres , que nous sommes le plus vivement touché. L’Église de Jésus^hrist a subsisté pendant plusieurs siècles, sans qu’il y eût des jésuites : la chute de ce grand corps , quoique si utile , quoique même, nous poiwons le dire , si nécessaire à certains égtuxls, ne saurait ébranler les fondements sur lesquels elle a été établie. Ce qui met le comble à notre affliction, ce qui nous accable , ce sont les impressions que peuvent faire sur les fidèles , les motifs que quelques parlements ont allégués de cette destruction ; c’est la crainte des troubles et des incertitudes dont ils peuvent être agités, lorsqu’ils voient, dans les arrêts de ces parlements, l’institut des jésuites si approuvé, si autorisé, si estimé depuis plus de deux cents ans dans toute l’Église, taxé d’impiété et de sacrilège; leurs vœux consacrés par l’Église et reçus comme seûnts , traités de vœux criminels et contraires à la loi naturelle ; un corps si nombreux de prêtres et de ministres employés par l’Églisé, pendant deux siècles, à tous les ministères ecclésiastiques, avec une confiance particulière, chez toutes les nations, dans tout l’univers, représenté comme une société d’hommes pervers , qui , par état , par principe , par engagement, auraient porté la corruption généralement dans toute morale chrétienne, auraient toujours enseigné universellement , constamment , persévéramment , jusque à nos jours, des doctrines abominables, tous les crimes les plus horribles. C’est là, encore une fois, ce qui nous accable, ce qui nous perce le cœur. (Recueil de Pièces. 1763. )

2” Enfin, pour ne citer, entre beaucoup d’autres, qu’un

DOCUMENTS. CHAT. I

seul «^rrivain de noire époque , l’illustre et courageux Balmès s’exprime ainsi :

« Dès ([ue l’on étudie l’histoire des jésuites , un fait trèseXtraordinaire saute aux yeux. Leur existence ne compte que p«'u d’années si on la comjiare à la durée des autres institutions, et rependant il n’est pas un seul ordre religieux qui ait été l’objet d’une si vive animosiU*. Dès leur naissance ils ont eu de nombreux ennemis ; jamais ils ne s’en sont vu dé* livrer , ni dans la prospérité et la grandeur , ni dans leur chute , ni même après leur chute ; jamais ils n’ont vu cesser la pers»'‘cution ; nous dirons mieux, ils n’ont jamais vu cesser racharnement avec le(|uel on les a poui-suivis. Dès tpi’ilssont venus A reparaître , les yeux se sont constamment fixés sur eux ; on tremble (ju’ils ne remontent à leur ancien pouvoir) la splendeur (jui rejaillit sur eux des souvenirs de leur brillante histoire les rend plus visiblreen tous lieux etaugmento Ire craintes de leurs ennemis. Combien d'hommes parmi nous s’alarment de la fondation d’un collège de jésuites, plus (|ü ils ne sauraient s’alarmer il’iine irruption îles Cosaques I Il y a donc dans cet institut (juelipie chose de bien singulier et de bien extraordinaire, puisqu’il excite h un si liant degré l’allenlion publique , puisipie son seul nom déconcerte ses ennemis. On ne méprise jxiint les jésuites , on les craint; parfois on veut tenter de jeter sur eux le ridicule; mais dès (jue celte arme est employée contre eux , un sent que celui qui la manie n’a pi>inl assex de calme ixmi- s’en servir avec succès. En Vain veut-il afTecter le mépris; A travers ratri-ctation, chacun sent percer le trouble et l’inquiétude. On cximprend aussitètque celui qui attaque no se croit pas en face d’adversaires insignillants, sa hile s'exalte > ses traits se contractent) ses paroles, trempées d’une amertume terrible, tombent de sa bouche comme les gouttes d’une coupe empoisonmie...

O Ou je me trempe fort, ou cela même est la meilleure démonstration que l’on puisse donner du mérite éminent des jésuites...

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