‹ Clement 14. et les jesuitesChapitre 2 sur 22 · KT · texte numérisé non relu

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baae à ce récit) elles le consUtuenl. Il ii'eii est h propremeut parler que l'expression alTaibÙe ; car plus d'une fois j’ai dû, en rougissant, renoncer It les suivre dans les épanchements boufl'ons ou Laineux, impies ou immoraux de leur intrigue.

Et cependant lorsque mon tr avail fut achevé, je m'ef- Irayai moi-méine de mon œuvre, car au dessus de tant de noms qui se heurte ut pour se déshonorer les uns par les autres, il en dominait un que la Chaire a{)osloli(|ue semblait couvrir de sop inviolabilité. Des pruices de l’Église, à qui depuis longtemps j’ai voué une respectueuse alVection, me priaient de ne pas déchirer le voile qui cachait aux yeux du monde un jrareil pontificat. Le général de la Compagnie de Jésus, qui devait, pour tant et do si puissants motifs, s’intéresser aux découvertes ([ue je venais de faire, joignait ses instances à celles de quelques cardinaux. Au nom de sou Ordre et de l'honneur du SaitU-Siége, il me suppliait presque les larmes aux yeux de renoncer- à la publication de cette histoire. On faisait même intervenir le vœu et l’autorité du souverain Pontife Pie IX, dans les conseils, dans les représentations dont mon œuvre était l'objet.

D'autres éminents jiersonnages au contraire, envisorgéant la question sous un aspect peub-étre plus hardi, m’excitaient à divulguer le mystère d’iniquité. Us aflirmaient qu’au milieu des tempêtes qui ont battu et r|ui l>euvent encore battre le Siège romain, il fallait nettement trancher les positions; cai', disaient-ils, c’est l’inertie des bons qui fait la force des méchants. Us prétendaient que la Providence n’avait pas inutilement sauvé CCS manuscrits précieux de tauf de mains ayant intérêt .à les détruire, et que puisqu’elles m’eu constituait le dépo.si taire, ce u’ était pas pour tenir plus longtemps la vérité sous le boisseau. Alin de m’encourager .'i ne rien taire, ils s’appuyaient sur de vénérables autorités.

CLÉMENT nv

Ils invoquaient là liberté avec laquelle saint Pierre Damien parlait au pape Nicolas II ; « De nos jours, lui écrivût ce docteur, dans des circonstances bien plus difficiles, l'Église romaine, selon son ancienne coutume, ne manque pas de soumettre à une sérieuse discussion toute 3 espèce de question de discipline ecclésiastique qui se présente; mais lorsqu’il s’agit de la dissolution du clergé, la crainte de provoquer les insultes des séculiers lui ferme la bouche. Cette réserve de la part des docteurs de l’Église, surtout dans une matière qui excite les plaintes de tout le peuple, est très répréhensible. Si du moins il s’ agissait d’un mal occulte, le silence serait peut-être tolérable ; mais, ô scandale affreux ! cette

peste audacieuse ne connaît plus de bornes; Qu’on

omette donc, par ^é ne sais quelle honte, de traiter en synode ce dont tout le monde s’entretient publiquement, afin que non seulement. les coupables ne soient pas flétris, selon leurs mérites, mais pour que ceux encore qui devraient être les vengeurs de l’honneur de l’Église soient regardés comme les complices du désordre. »

La situation par bonheur n'était pas la même qu’au temps de saint Pierre Damien. Je n’avais ni ses vertus ni ses talents ; on me conseillait d’y suppléer par une franchise qui, dans ce cas exceptionnel, devenait une nécessité.

Ces deux sentiments, exprimés par des hommes d’une rare sagesse et d’une probité plus rare encore, firent naître dans mon esprit des doutes et des incertitudes. Le pour et le contre se balançaient ; je restai longtemps combattu entre le désir et la crainte ; enfin la pensée d’accomplir un grand acte de justice l’emporta sur toutes les considérations.

L'n pape, des cardinaux^ des évêques, des prélats, des religieux, des ministres et des ambassadeurs se trouvaient malheureusement engagés dans la question.

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ET I£S JÉSDITES.

Us y avaient compromis leurs noms et la dignité de leur caractère. Je ne crus pas possible de me résigner à une injustice raisonnée envers les innocents pour amnistier plus longtemps des coupables que leurs complices proposent encore eomine des modèles de probité et de vertu.

Nous vivons dans un temps où le géniei la pensée et l'esprit trahissent leur mission civilisatrice pour réhabiliter le crime. Du sein de tous les partis il s’élève des hommes qui, afin de conquérir à leurs noms une popularité éphémère, s’improvisent les adorateurs des intelligences perverses et les panégyristes des sanglantes journées, ün entreprend comme à forfait la déification du vice et l’apothéose des passions mauvaises. On a des larmes pour l’assassin, pour le spoliateur qui se drape dans un manteau patriotique. On l’admire, on le poétise, et c’est la victime qu’on accuse. On chante des harmonies en l’honneur de la guillotine. Le bourreau sera magnifique de dévouement et de nationalité ; le martyr, en échange de sa résignation, ne doit recueillir que l’anathème de l’histoire. Brennus, en prononçant son terrible nr rictisl ne s’adressait qu’à des ennemis toujours armés et encore redoutables. Aujourd’hui le : malheur au.\ vaincus ! tombe sur tous les sentiment honnêtes, sur toutes les probités qui ne consentent pas à se laisser corrompre pour flatter les masses.

Les artisans de désordres sociau-x, les coupables que l’ambition précipita dans le meurtre, les sophistes qui le professèrent à la tribune, les orateurs qui le firent passer dans la loi et qui transformèrent cette même loi en une prostituée gorgée de sang et de débauches civiques, tout cela, par une fatale aberration d’esprit, ou par une mystérieuse disposition de la Providence, se trouve adulé au moment même où l’on ébranle les bases de la société. C’est au nom de l’intelligence et de la liberté, principes éternellement bénis jiar les hommes, que,

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dans la préméditation d’un style romauesque, ou descend à l'apologie de la démoralisation révolutionnaire et de l'idée spoliatrice. On bafoue les notions du juste. La destruction devient une doctrine après avoir été une orgie, et on immortalise la méchanceté humaine en sanctionnant ses fureurs. On prétend que c’est au progrès mural, à laperfectiou, à la fraternité que l’on veut arriver, et l’on fait des livres pour légitimer l’extermination. Un exhmue des chants de gloire pour ceux qui se plongèrent dans ces longues ivresses du mal ; ou invente dcÿ {raroles de mépris ou de honte pour ceux qui mom urent enveloppés dans leur vertu.

£n com tisant ainsi les mauvais instincts des multitudes, en forçant sou esprit à saluer l’avénement de l’athéisme dans l’histoire, on peut, il est vrai, acquérir' à son nom une triste, une dangereuse célébrité; mais ce n’est pas ainsi que nos devanciers procédaient. Ce ne sera pohit à cette école que j’irai chercher mes modèlqs. Je ne fabrique pas de l’histoire avec des rêves d’ imagina; tiou ; je la médite sur les autographes de ceux qui l’ont faite ; je l’écris sans crainte et sans haine, parcequ’elle est l’expression d’une vérité aussi exacte, aussi démontrée qu’une solution de géométrie.

11 ne ni’a])partient pas de prévoir quel sera le sort de ce livre. 11 froissera sans doute beaucoup de préjugés ; il soulèvera peut-être des passions qui ne voudront pas se condamner à l’aveu de leurs erreurs; il blessera des susceptibilités que je respecte ; il amènera dans le cœur ou sur les lèvres de quelques hommes dévoués cotnme moi au Siège Apostolique des paroles de blâme ou de reproche. (ie n’est| point la réhabilitation des Jésuites que je pj'oclaine ; les Jésuites ici ne sont que l’accessoire. 11 y a eu une déplorable iniquité commise; c’est cette iniquité qu’il faut dévoiler sans se préoccu})er des uwultals. Le monde regorge d’écrivains qui ont le génie du mal.

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£T LES JÉStm». It

il De oous reste à nous que l'audace dans la vérité. Le moment est venu de la dire à tous.

Elle sera triste et pour la chaire de saint Pierre, et ])our le Sucré Collège, et pour l’univers catholique ; mais au fond de ces amertumes que je partage, il y aura des enseignements qui ne seront pas perdus. Ces enseignements, sortis du Conclave et des chancelleries, doivent amener une nouvelle ère. 11 n’est plus possible, en elTet, que Rome soit faible ou timide, lorsqu’elle entendra la voix des diplomates signalant ses complaisances comme un symptôme de décompasition et se réjouissant entre eux de leur victoire, pareeque cette victoire est l’aurore du triomphé sur uotre mère la samte îiglise romaine.

Ces aveux, que Don Manuel de Roda laisse échai)per tlans l’enivrement du succès, se renouvelleraient encore si un pape marchait sur les traces de Clément XIV. 11 n’est pas heso'm de dicter jeur devoir aux vicaires de .lésus-Cdirist. Ils le comprennent,. ils savent le rempUr dans une mesure pleine de dignité et de sagesse. Venir le leur rappeler serait donc une tentative au moins inutile. Je me renferme dans le cerclé que je me suis tracé. Je n’ai pas à m’occuper du dogme, de la morale et de la doctrine, toutes choses sur lesquelles l'Église a la mission, a le droit de veiller. Je reste dans l’appréciation d’un lait historique. Je discute, je raconte sur pièces originales des événements qui ont eu une portée immense et qui tendaient à détourner de ses voies Injustice buma'me. C’est la tâche de tout écrivain, disons mieux c’est une ohUgation de conscience imposée à tout honnête homme que je remplis.

Sans doute il est cruel pour un catholique de prendre des princes de l'l<iglise en flagrant délit de mensonge ut de vénalité, plus cruel encore de voir un souverain Poutiié résister timidement à l’iniquité qu’il encouragea |iar sou ambition et s’annihiler sur le trône, quand il lit

(CÉMENT UV

tout pour y monter. Mais un pareil spectacle, qui ne sera plus donné sans doute, n’inspire-t-il pas un sentiment de douleur que l’histoire ne peut s’empêcher de recueillir? Le crime du prêtre suprême n’est-il pas égal à ceux de tout le peuple ? Ne les dépasse-t-il point aux yeux du juge éternel ? Et s’il en est ainsi, ne faut-il pas, • après avoir fait une large part aux misères de l’humanité, aux bonnes intentions trahies par la force des événements, aux calculs mêmes d’uùe prudence trop mondaine, rentrer dans le positif des choses, puis sans sortir des bornes du respect que l’on doit toujours et |>artout à la dignité du Père commun des fidèles, ne devra-t-on jamais blâmer les atteintes portées aux droits imprescriptibles de la justice ?

Tant que la Société de Jésus n’eut qu’à lutter contre l’instinctive cruauté des Sauvages, contre les haines périodiques des Huguenots, dçs Universités et des Jansénistes, on la vit s’opposer aux attaques et souvent même jeter dans le camp ennemi la division ou la honte. Forte du principe d'autorité qu’elle proclamaût sous tous les modes de gouvernement, elle avait jusqu’ alore, à quelques raies exceptions près, trouvé dans les chefs des ]>euples un constant appui, une intelligente protection qui tournait à l’avantage des nations et des.princes. De Rome, le centre de la catholicité, elle régnait par lé martyre ou par l’humilité, par les services rendus à l’éducation ou par la gloire littéraire. Le Saint-Siège la présentait dans seaJbatailles théologiques comme l’avantr ‘ garde et la phalange sacrée de l'Église ; mais, au contact d’une nouvelle école qui sapait les trônes en flattant les rois, qui détruisait la morale en calomniant la vertu et en glorifiant le vice, les Monarques avaient vu se glisser dans leurs âmes un sentiment de crainte et d’égo'isine. Endormis sur le trône, ils voulaient vivre heureux, sans songer que ce bonheur viager serait la mort

ET LES JfiSCITES. 1S

de letir empire. Pour ne pasfttre agités dans lenr royale fainéantise, ils laissaient un à un briser entre leurs mains les ressorts de la puissance publique. Ils s’annihilaient pour le bien, ils n’évoquaient une somnolente énergie que pour consacrer le mal.

Dans cet affaissement de la force sociale, dans cette décomposition du pouvoir que les Philosophes du dixhuitième siècle, n^ d’une orgie de la Régence, firent accepter comme un progrès, les Jésuites furent désignés à toutes les colères, fl fallait leur passer sur le coi-ps afin d’arriver au cœur de la vieille unité ; on remua le ciel et la. terre. Les incrédules eurent foi dans l’Église, les Gallicans condescendirent à proclamer l’infaillibilité du Pape, les extrêmes se rapprochèrent. Il y eut une ligue de toutes les vanités, de tous les rêves, de toutes les erreura et de tous les préjugés. On y enrôla les ministres des rois ainsi que les ennemis des monarchies, les propagateurs de l’impiété et quelques prélats dont la c.apacité n’était pas au niveau des turbulentes vertus. Le Saint-Siège était entré dans la voie des concessions. Par amour de la paix, il se laissait dépouiller de’ sés droits, il sacrifiait son initiative à des besoins factices, il atermoyait avec les passions pour essayer de les cîilmer ou tout au moins de les diriger.

La Compagnie de Jésus avait signalé en Europe ces sources de désordres intellectuels ; elle s’y était opposée, « tantôt avec audace, tantôt avec modération ; elle avait lutté contre les sectes séparées de la Communion catholique, elle luttait- contre le Jansénisme fomentant la guerre ch ile an sein de l’Église. Un nouvel allié était né à ces éternels adversaires. Cet allié c’était le philosophisme, qui, marchant plus franchement à son but, s’at- * taquait à toutes les religions établies et se faisait une arme de leurs dissensions intérieures pour les traduire au tribunal de ses poètes érotiques ou de ses rhéteurs

(XtaCNT XIT

ampoulés. Les nouveaux maîtres proclamaient l’indi®rence et la vertu spéculative pour tout principe s ils s’arrangeaient un Dieu et un monde à leur guise, sans foi et sans culte ; ils se plaçaient sur un terrain encore inexploré. Leur esprit frondeur prodiguait le sarcasme aux choses saintes. Us envenimaient les querelles entre l’épiscopat français et les parlements, ils tournaient en ridicule les billets de confession et les refus de sacrements (1), grave question que Voltaire tua sOus le feu

(4) Les dUneoUiés qui surfissent dans les matières de foi oii de discipline ecclésiastique SMit toujours sérieuses et conpliqaérs; elles eotratuent à leur suite des dangers, elles provoquent souvent des lévoiulioBS. L'affaire des billets de confession et des refus de sacremeols avait une double ori* gine; elle tenait au for intérieur et à la lui civile. La Rullc Vmgenitus, sollicitée par TEgUsc de France^ surtout par Fénelon, comme runique moyen de mettre un terme ou Jansénisme, n’otleignit pas le but qu'elle se proposait Louis XIV, le Régent et Louis XV, avec les parlements et la presque unanimité du clergé, eurent beau l'accepter, il se trouva quelques évéques et un certain nombre de réguliers et de séculiers qui se Créât appelants. Nous avons dit à quel point les choses eu étaient sous la régence do Philippe d'Orléans, on a vu la port que les Jésuites y prirent; il faut raconter en peu de mois l'origine des refus de sacrements. On l'attribua aut Jésuites ; en étudiant les écrittiins du Jansénisme, on est tout étonné d'apprendre que ce ne sont pas les Pères de la Compagnie qui inventèrent ces précautions et qui les poussèrent à l'abus.

En 1720, Baudry, Ucutenaut de police, fit comparaître devant lui envi» ron trois cents Jansénfvtes, prêtres {lour la plupart; un certain nombre furent evilés; Doi*sannc, à la page 64 du tome ii de son Journal^ nomme routeur d'im pareil acte, t Celle procédure, dit*ll, avait été imaginée par le P. de La Tour, général de l'Oratoire. > L'abbé Couet, le confesseur du cardinal de Noailles, et l'un cjés agents les plus actifs de la secte, ■ roulant, raconte Dorsanne, faire entrer l'abbé Dubois dans ce genre de procédure, en avait dressé le projet et le lui avait envoyé. * Ainsi ce ne sçnt pas les Jésuites qui persécutent les Jnuséuislos, mais les Jansénistes mitigés qui les premiers pouisuivcnt les Jansénistes exaltés. Le premier refus de sacrements, toujours au témoignage de Dorsùnne, eut lieu en 1721. Le curé de Saint-Lonis-en-l'Ile ne conaentil point h admiolstrcr POratorien LHong, qui ne voulait pas K’tncler son oppcL Le second exemple de ce reAis est

ET LES jesriTES.

de ses motpieries. I,es Philosophes du dÎT-httitlf'ine siècle tendaient à r.snéantissenient des idées pieuses par toutes les routes possibles ; ils en ouvraient de nouvelles à leur besoin de destruction. Le Catholicisme était la religion la pins immuable et la plus populaire ; 'ce fut sur elle

signalé dans la \illc d'Arles eu 1723. L^abbé Boche, ap|)dant, est sur le point de mourir; le P. Savomln, de Tordre de Saiot*Domiuique, refuse de TahMudre; te prêtre qui Tadministrat Ait interdit par TarebeTêque. Cn faits se muHipttèrent ; bientêt on demanda aux malades leurs billets de coo» fe&ÿion, pour safoir s'ils avaient été secourus par un prêira orihodoui» Même avec nos idées de tolérance, œtte mesure sera légitime aui yeux de tout liomme qui comprend assez largement la liberté pour laisser aux autres le droit qu'il s'accorde lui-ménie. Si on veut vivre et mourir catholique, il Ihut bien se soumettre aux prescriptions de TÊglise catholique, qui ne nous contraint pas à accepter sa loi, maisqui nous repousse de son sein si nous n'a» tons pas voulu y rentrer. Cependant cette mesure des billèts de confhs^on cul des conséquences si funestes qu'on ne sait si on doit l'approuver ou la blAmer. Les Jansénistes sc plaçaient dans une situation particulière et qu'au* cun sectaire n'avatt encore adoptée. Les Hérétiques, en se séparant du corps de TÊglisc, se glorifiaient de rompre sa communion et son unité, ils an* raient rougi de participer à ses sacrements. Le Janséniste fût plus perfide: il osa être enfant de TÉglise malgré elle, et il maintint son dire jusque dons les bras de la lUorL

L'usage des billets de confession pour les malades est expressément établi dans les avis de saint Charles Borroméc et dans l’un des conciles de Milan. L'assemblée du clergé de 1654 Tavait consacré ; le cardinal de Noaillcs en recommanda lui*mémc Tobscrvaüon. Les Jésuites, dans cette circonstance, exéculèrent ce que Tépiscopat enjoignit. On a prétendu qu'ils avaient inspiré et poussé la mesure aussi loin que possible. Les preuves de cette accusation manquent partout L'immixtion du Parlement dans ces affotres de conscience, qui ue sont pas du domaine de la police publique, rendit le mal incurable. Le Parlement prêta aux Jansénistes une imprudente pro* leclion, qui alla jusqu'au sacrilège. Il fit profaner les sacremenh, il condamna les curés h administrer des hommes qui déclaraient i>ersévércr dans Terreur. Souvent U fOrça les prêtres h porter le viatique entre des soldats que la forée judiciaire requérait pour sanctionner ses coupables arrêta. De 1738 a 1750, ce scandale envahit la France; il fournit aux adversaires de la religion le droit d'outrage et de moquerie ; la faiideasc du gouvernemeot fit le reste.

16 CLÉSŒNT XIV

qu’ils concentrèrent leurs efforts. Dans cette levée de boucliers les Jésuites ne se déguisèrent pas que tant d’assauts habilement combinés devaient porter un coup funeste à leur Ordre ; mais ils avaient à sauvegarder la foi des peuples. On les vit se jeter dans l’arène et, sans mesurer la force de leurs ennemis, combattre avec la parole et avec la plume. Ces savantes discussions, auxquelles le P. Berthier et les autres disciples de saint Ignace conviaient les novateurs^ pouvaient entraver leur marche ; elles les forçaient à démasquer avant le temps leurs secrètes batteries ; elles éclairaient le gouvernement sur des projets dont il leur eût été opportun de nier encore l’existence. Le parlement, hostile aux Philosophes, proscrivait d'une main les ouvrages qu’il encourageait de l’autre. 11 sévissait en corps contre les doctrines impies ou révolutionnaires, il y applaudissait individuellement; il laissait se détendre le frein modérateur des peuples. Pour peu qu’on fit une guerre sourde ou patente aux Jésuites, il accordait droit de passe à toutes les idées subversives. Engagés dans des luttes sans dig^nité et forts de l’appui que la magistrature leur offrait, les Jansénistes évoquaient chaque conflit sacerdotal à la barre de laGrand’-Chambre. Ils vivaient en opposition avec la loi catholique, ils voulaient mourir impénitents et absous par elle. Us niaient son autorité souveraine, et par une dérision delà conscience ils l’appelaient à leurs derniers moments pour la braver et la compromettre.

Cette situation intolérable prêtait des armes à toutes les passions. La malignité publique fut tenue en éveil par le bruit que l’on sut faire des refus de sacrements. Les évêques, le clergé et les ordres religieux remplissaient un devoir. Dans son accomplissement il y eut peut-être des abus, des excès. Quelques prêtres poussèrent les précautions jusqu’à l’intolérance ; les Jansénistes et les Philosophes s’attachèrent à montrer partout

-, -• . ET tES JÊSl'ITBS. . ’ it '

1(1 mam dos Ji^suitos. Los Jésuites furont (févoliis .aviv. inimitiés; ils avaient, disait-on, provoqué la bulle Ihùfimitus, et «<était ^ cette constitution apostolique qu’il* fallîrit faire remonter les désordres.. On avait trouvé', un le\ier pour battre jnçeksamijtent en brèche les Pères de • l’Institut, -ôji Tenqiloyail Ltôute lin. Les' Jans'énistes «t ^ les Parlcnientaîres ■ se coalisaient avec les Kncydopè-'- . (listes pour miner la Société; les- plus ardents conc^ valent même d^à la j)ensée^tle la dissoudre. L’orage s annuicelait à 1 abri de tant d’intelligences et de tant (kî vo-ux. opposés qui néanmoins .se réunissaieirt danij une

espéronce-comihune-vil é€iatq,Sttr Je pbipt où jierisoiHie ’

«'aurait osé le ‘signaler. U Portugal furie premier des royaumes catholiques qui èqtra en campagne.

Il y avait à la cour de Lisbonne un ministre qui, pour étemi.ser ^sou asceodant sur Joseph I", ne (U'aignait pas • de le tenir en tutelle et de remplir son imagination de ' fantîwtiques coinpîçts contre ses jours. Ce ministre se nommait Sébastien Carxalho, comte d’Oyeras, marquis de Pomhal. Né en 169P, à Soure, d’une famille sansfortune, Ponibal, car c*eSt sous ce titre qu’il est connu • dans l’histoire, ne manquait ni d'énergie ni de talents administratifs. Souvent son énergie dégénérait.en vio-.' lence (1) ; plus souvent encore la vigueur de son esprit' '• était obscurcie par des manœuvres hypocrites', par une^ avidité sans /re'm et par des colères jalouses qui,. avec "Z '• .S()Ti car;vclèrè, .devaient 1 emporter dfanS des. .voiès san- ' glîintçs.' Orgueilleux, despote, yindreatif, cet homme, " qui n entreprenait le bien qu’à coups de hache, s’était pris eu Allemagne et en .\nglelerre d’une haine profonde

(») La tiolcoceet la cr.iaulé élairtif ,( bien enracinées dans la tamilic ' r.ar«allio qu’à Overas même il nistait nn Icrs pour la ronstater. Chaque dimanclie, le curé dcsail, h b messe paroissiale, rééilcr Irois fols le Pa/er »«/«• avec les fidèles ponr que le ciel les délivrlt ions de la-furéur des ' Carvalbo. — • . .. . •

18 , ' r.I.ÉMENT XIV

])mir les religieux et pour la hi<^rarchie'ece.lésïasVKjiie. La noblesse portugaise l’avait repoussé, il se déclara son euneniii et lorsque le 31 juillet 1760 Jean V mourut laissant la cotiroiine’à don Joseph, son fils, Pombal comprit qu’un grand rôle lui était destiné. Ce prince, comme la plupart des monarques de son siècle, était soupçonneux, timide, faible, voluptueux, toujours prêt à accorder sa confiauce au moins digne et au plus courtisan. Pour arriver au ministère il fallait avoir l’approbation (lu P. . Joseph Moreira, confesseur de l’infant devenu roi. Pombàl avait préiiaré ses plans de longue main ; à force d’artifices il s’était jnsinlié dans l’amitié des Jésuites (1) ; il avait gagné leur estime par des dehors pieux, et le second de ses fils, encore enfant, était par lui revêtu de l’habit de la Compagnie. Ainsi que beaucoup de ses col- •lègiies, le P. Moreira ne croyait pas à l’hypocrisie. Le zèle dont Pombal faisait parade l'éblouit; il ne vit que

(1) On lit i ta page de X'Ûutoire i* par le comte

Albiis de Saiiit-I’rIcsI, les lignes suivantes : • En ponnulTUit ta Société, il (Pombal) n^acru&ail pas les Jésuites d’appartenir à un institut coupable ni dcprofoMcr des luaximes-inimorales cl mauvaises; il leur reprochait scu> lemenl d’être restés moins tidêlcs que leurs devaiicicrs aux principes de saint Ignace, et même il se faisait gloire dV'tre attaché au tiers «ordre de Jésus et d*en observer les pratiques. i L'historieo de la Chute des Jésuites nt comp'étcment dans le vifai pour la première partie dé sa proposIlioQ, il n’en est pas de même pour la seconde ; car si, par iiers'-ordre de Jesus^ il entend une congrégation, tine aifiliation quelconque dépendant de rinslitiit de safnt Ignace, M. de SainUPriesl est, comme tousses devanciers, dans une erreur compUtc. Il existait ù Lisbonne un liers-ordré et une église de Jésus ; mats Téglisc et le tiers«ordre appartenaient aux Franciscains, appelés Jes Pères du tiers-ordre de la pénitence. €n liérs-ordre de séculiers était établi dans cette église; Pombal en tut le chef ou le ministre; mais celte congrégation n'avait rien de commun avec les Jésuites; ils n'ont jamais eu de tiers-ordre, de tertiaires pus plus eu Portugal, en Espagne qu'ailleurs. CV.sl pour cela qgedous les écrivains hostiles à la Compagnie en voient partout, qnc les ministres d'Espagne, dans leurs correspondances secrètes ou niliciellcs, dieiclieront accK'dîler ce mensonge historiqoeb*

' . • . -ET LES JfiSl'ITES. . t9‘

ses brillantes qualités. Sans vouloir sonder les vices d*" ce caractère et les dtiplieités de cette ambition, il tomba tlans lé piège que l’intrigue lui tendait. 1,’liomnie que Jean V avait toujours écarté du pouvoir sô trouva totit.\ coup secrétaire d’état des affaires étrangères. Bientôt après il devint principal ministre, et, comme il aimait à se L’entendre dire, le Ilichclien du Louis \lll portugais.

Il connaissait les ombrageuses susceptibilités de sou 'souverain ; il s’imagina qu’en se présentant lui-même eu victime il capterait encore mieux ses bonnes' grâces. Dans le mois d’août 1754, il fit signer au iloi un d('*cret par lequel il était- dit «qu’un ministre d’I'Itat pourrait bien èU'e assassiné par le manège de quelqu'un. » La semblable attentat était assimilé au crime de lèse-majesté, et le sénateur Pédro Gonzâlès Cordeïro, l’ûme damnée ^de Pombal, fut chargé de faire des informations continuelles et illimitée.s. Séjan, dans les plus beaux jours de sa tyrannie, n’ avait jamais poussé si loin le mépHs des hommes. L’arbitraire ne prenait plus la peine de se dégitiser; Pombal avait coiivèrt de prisons les bords du . Tage ; ceux qui loi étaient odieui ou suspects, prêtres ou géntil.shommes, moioes ou citadins, les remplifenf.- La délation était encoliragéc, il la tenait à sa soldé ; elle soupçonna, elle "dénonça. Joseph 1" n’êut pas de peine à se persuader que, si la vie de Pombal était ainsi exposéé, la sienne devait nécessairement courir des dangeré encore plus certains ; il trembla, et lais.sa passer sans contrôle le's iniquités de son ministre. Le dernier rerioutait les contradicteans ; il craignait que d’ auti es bouches ne révélassent au Iloi lé mystère d'épouvante qui l’en- . veloppait. -IJiielques hommes dont la franchise lui paraissait trop expansive sont plongés dans les cachots ^ c’était un avis jiôur les autres,' ils en profitèrent. Mais il .sentait qu’il ne serait piùs possible d’abuser les Jésuites-: Leur sage attitude, le crédit dont ils jouissaienl h la

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cour, chez les grands et dans lé peuple devaient le perdre tôt ou tard'. Ponibal se. détermina à prendre l'iiiTtiative : il était ^iidacLeux, et il n’avait en -face de lui •que des liommes'timorés ; il algissait avant de réfléchir, son succès matériel était donc 'assuré, (liiiq Pères de l’institut- Se partageaient la conlîancei- de la'" famille royale. Moreira dirigeait le Roi et la Reine, Oliveira - instruisait les Iirfântes, Costa était le coufesseuf .de don Pédro, frère de Joseph; Campo -et Arànjues, ceux de don Antoine et de dcui Emmanuel, oncles du Roi.'

L’élôiguément des Jésuites ne pouvait pas .s’obtenir de haute lutte; Pombal appela l’intrigue à^sou.aide. Il fit entrer le' soupçon dans l’ânie du monarque ; il lui persuada que son frère voulait jouer eu Portugal le rôle dç tous les Pédro," qu’il se rendait populaire dans cette intentiqtij et que les Jésiiites le secondaient. Il n’en fallait paS tant pour éveiller les inquiétudes de Joseph; Pombàl avait mêlé le nom des Jésuites à. cetui.de son frère’, dont le Roi enviait la grâce clmvalere'sque :'les Jésuites' devinrent peu à pdft un 'objet de' défiance pour lui. Le .mihistté s’aperçutdes progrès que cette idée faisait dans un esprit sur lequel il avait pleinement assuré .sdli empire; il songea à tirer p*ti d’une première ca- ' lonmie. 11 nourrit le cô-ur de ce prince de tou.s les ou- vrages contre la Société de Jésus, en lui recommandant le plus inviolable secret sur ces lectures : elles eurent Fallrait du fruit défendu. 11 venait de risquer sur le Roi une exj)érience qui avait réussi ; il la tenta sur le j)euple.

Il inonda le Portugal des oeuvres qui, à diverses époques, avaient cherclié à flétrir les Jésuites. Quan'd iljugea ([ue ses artifices n’avait jdus rien à redouter, il-fif n'j.-villir<. sur les Pères de llnstitnt la persécution dont lenrs amis étaient déjà. vicl'HUOS..... '

■ peux Jésuites fureijt .exilés; le P; Bîdfister, comme soupçonné d’avoir fait en chaire des allusions contre

EX;iXS JÉSIITES’.

une ‘Uée de Poq^hal ; le P. Fonséca^ parceçju’il avait donné un sa'gc avis à dés négociants-porlugais lo consultant sur cette iiÆine idée. Le ministre avàù bésoiir d’or, les confiscaiions jie’ l’enrichissaient pas assez .vite ; il créa; une compagnie du Maragon,‘qui minait Je cbnv- • mer<;e, ei^.spûs' peine de banPiSstînient, il fallut admiipr le.monopole qu’il inventait. "Fonseca fit romprertdi*e aux iharcharids. que cette mesure était déplorable f.es niarr chands adreswnt inie requèt» au Roi^ PondiaJ le^ pros-’ cril ou lès jefte daiis desladjots. 11 pai lait même déjà de frapper l’Ordre de Jésns, lorsque, le f" novembre 1755, un tremblement de terre, auquel l’ibcendlB joignit ses ravages. Vint porter le deuil et la misère dans Lisbonne. ' 'A cette^Hle si crnellemenf épmuvéô, et .où la mort plane ax;« îa dévastation * dçs hommes de courage et de dévouement sont nécessaires. Pombal fut beatjLde calnre, d’intrépirÛté et de prévbjance sur ce théâtre d’iiorreur. l>es Jés'uite’s, à sesrétés oM devant Ifti, se précipitèrént darjs les ruines et au milieu des (lammes pour disputer qùelques victimes au trimas, l.eiirs sept niaiscins étaient renversées nu bridées (1), le malheur des autres fut la seule calamité qui pùf émouvoir leurs cœurs. Leur charité trouva. des ressources pour offrir un asile à ces multitudes consternées, à cette foule de blessés que la faim tourmentait, que la douleur et Teffroi rendaient' stupides. Us -les rassurèrent en priant avec eHe, ils leur apprirent à avoir foi dan.s l’énergie religieuse-, le P. Ga-

(IJ.LTiôtcl de pombal a\alt été prûnché dans te désastre* général, et le roi fut IcUemént frappé de ce fait qn'il ne cessait de raltribucr ù uqé provLr dcncc particulière. Le comte d'Obidos, célèbre par les saillies de son esprit, lui répondit un jour:.< Oui, Sire, il est vrai que la maison de don Canalho a clé conservée, iMüis celles de la rue Siya ont eu Iç même boii- •lieur, • *Or la rue Siija, ou.rue <lc Boue, à Lisbonne*, élîvl le réccptaclq de toutes les prostituées. Au dire de Link, dans son \'ov<tge en Poriugaf, le comte d'Obidos expia celle plaisanterie pur plusieurs anndes de prison*

22 • (.l.feMENT XIV ,

briel dè 41alagijda et le Frère Biaise furent pour tadt d’uilbrtuilés une provideiice dont, sur les débris (le Lisbonne, cliacnn bénissait le nom avec celui de Pombal/

' ('.es bénédictions du peuple remontèrent jusqu’au trône; don Joseph eut un mouvement de'gratitude ou de repentir. Afin dç récompenser les Jésuites," il rappela de • l’exil Ballister et Fonseca; il voulut mèmè qu’Ôn rebâtit, la maison professe aux frais de la coiiroime, et Malagrida • prit assez d’ascendant sur cette nature léthargique pour la ramener à des sentiments pieux. Ce'retour déi'angeSit les plans de Pombal, il faisait échouer ses rêves de grandeur. Lu péril commun ,avait confondu dans une •mémo pensée dé zèle patriotique les Jésuites et le ministre ; le péril n’existait plus, le ministre fit peur au Roi, et Malagrida fut banni. On ne pouvait encore frajiper - l’Ordre tout entier, ’Pombal se résigna à l’attaquer en détail. Pour le vaincre, il a besoin de lui- chercher des crimes dans les deux hémisphères. Les Protestants et les Jansénistes^ fournissaient à l’Europe un contingent de forfaits, U leur oilrit en échange ceux qu’il improviserah en Amérique. Po.mbal n-’ avait auctine liaison .av'ec les Philosophes du dix-huitième siècle.- Leurs idées d'afi'ranchissement et de liberté inquiétaient son despotisme; et, en les jugeant sur leurs écrits, il accusait souvent ces hommes de vouloir briser les fers des peuples par le’ raiscninement. C.’était une erreur;" mais, comme toutes celles qui se font jour dans les caractères de cette trempe, elle devait être aussi tenace qu’irréfléchie.' Pom-bal servait les Encyclopédistes français sàns les estimer; eux devinrent- ses auxiliaires tout en blâmant ce qu’il y avait de trop odieux dans son arbitraire réformateur. Le ministre portugais doutait de tout, excepté de la force brutale. Les Philosophes espéraient bien en arriver à ce point, la dernière raison du sophisme révolutionnaire ; mais ils jugeaient que l’heure n’avait pas encore.

Eî‘ LES JÉStlïES. ■ 23

sonué. Ces . dissidences d’opinions n'einpèciiaieiit |uis Ponibal et les écrivains du dix-lmitiéine siècle de seprêter un mutuel appui pour renverser l’édilico social.

Le Portugais s’arrêtait dans ses innovations religieusesau culte anglican ; il espérait ressusciter sur les bords du T^e les sanglantes péripéties du règne' de Henri Vlll d’Angleterre : les. Philosophes le dépassaient dans ses rêves : ils allaient jusqu'à la consécration légale de l’athéisme. Néanmoins, pour eux ainsi que pour le Portugais, il existait un ennemi dont il fallait se défaire à tout prix : cet ennemi c’était la Compagnie de~ Jésus. Pomhal ayait isolé les Jésuites; il avait frap[)é de stuj)eur, d’exil ou de confiscation leurs protecteurs et leurs clients; ils restaient à peu près seuls sur la brèche en face de lui, qui concentrait, qui résumait tous les pouvoirs. .Avant de marcher résolument à la destruction de l’Ordre, il voulut procéder par la calomnie. Alin que la preuve ue pût pas renverser trop vite sou échafaudage -d’imposture, il transporta, eu Amésique ia première, scène de sou drame. . ■ '

. On a vu qu’à diverses reprises le bruit de mines d’or existant dans les réductions du Paraguay s’était répandu eu Europe, et que ce bruit avait été démenti, d’abord |)ar les faits, ensuite par les commissaires royaux envoyés sur les lieux. L’Espagne savait à quoi s’en tenir sur de pareilles rumeurs, lorsque Contez (l’ Andrada, gouverneur de Ilio-Janeiro, en 17A0, pensa que les Jésuites ue faisaient si bonne garde autour des Réductions du Parana que pour décolter aux regards indiscrets 1a trace de cette chimérique fortune. Andrada conçut le projet , d’un échange entre les deux couronnes, et, pour obtenir les se{H lléductious de l’Lraguay, il imagina de qpder à . l’Espagne la belle colonie del San-Sacramento. Il avait découvert un nouveau Pactole, il en lit pat l à la cour de . Lisbonne, qui s*'empressa de négocier avec le cabinet de

■ 24 ■ • ClinENT XIV .

. Madrid. L’éçlianf^c éûit trop avantageux à ce 'dernier jour ne pas être acçepü5. Le Portugal abandonnait nu pays fertile qui, -par sa situatLon sur la PlataJ ouvrait 'ou fermait la navigation -du fleuve, -et, pour ctmipensalioiK . il ne detnamiait qu’une terre condamnée à la stérilité.' L’Espagne adhéra au traité ; mais, comme si les ^liplo-*, mates des' deux- États eussent eu, le pouvoir de dire à ces sauvages devenus hommes d’emportèr, leur patrie à la 'semelle, de leurs .souliere; il fut stipulé 'quç les habitants . des 'sept rédiiétious cédé*es 'iraient défricher loin de là un Sol aussi désert. qu inculte. Désirant explo'Unt tout à son aise les mines d’or dont il avait leurré le coitseH de ! Lisbonne, Gemez d’Andrada avait posé pour condition - • - que trente mille âmies se trouveraient subitement sans . patrie, sans famille, et qu’elles pourraient aller à la grâce de Dieu r^mmencer leur vie errante.

Les Jésuites étaient les pères, les maîtres, les.am’is de ces Néophytes; ils avaient une influence déterminante sur eux. Le 15 février, 1760, ils furent chargés par les deux j:ours signataires' d^i trsilté et p|r le chef de •> l’Institut de disposer Ip peuple à cette transmigration. Francis Retz, ^néral de la Compagnie, expédiait, pour plus de sûreté, quatre copies de son ordre.. Après avoir' pris toutes le$ précautions, il ajoutait qu’il se ferait luimème un devoir de vaincre les obstacles qui le retenaient à Rome, et d’accourir dans ces vastes contrées pour . favoriser, par sa. présence, la prompte exécution des volontés royales, tant il avait k cœur de .satisfaire lès deux puissancas. Le P. Barreda,' provincial du Para- .guay, se met en route ; il était vieux et cassé par l’âge : il nomme pour le remplacer Bernard NeydorATert, qui, depuis trente-cinq ans, résidait parmi les Néophytes et leur était cher à plus d’un titre. Le Jésuite communique cet étrange projet aux Caci(iues; de tous il reçut la même réjwnse. Tous déclarèrent qu’ils aimaient mieux

• • • ■ , > ET JÉSIHTts.. • ' 25

la mort sur Je sol dé la patrie'.qu'un exil sans terme, Immérité et qui les'àrraclfàit aü ioniitcâu de leurs aïeux, ^au berceau de -leurs enfants pour consommer, leur ruine.' Kes Jésuites s’attendaient à ces naïve’s douleurs : ils s’y associèrent, et nous regfettôns qu’ils n’aient pas eule courage de s-’ opposer à de pareilles vioiepces. Ils connaissaient les sourdes manœuvres aiLxqueire? la Compa- . gnie était en butte; ils n’ignoraient pas.que des coalitions dçpr^ugés ou de haines se formaient contre elle; Ils crurenr les conjurer en se faisant les auxiliaires des cabinets de .Madrid et.de Lisbonne, -qui ’traliquaient des- "Néophytes comme d’un bétail. " Cette ' condçsceudancb » fut un tort qui, au lieu de les préserver,- hâta leur chute. La souuHSslon qu’on calomniait fut -regardée par tcui's ennemi? Compie, un acte (Je faiblesse ; ellei'çmlit l’oinbal .'plus exigeant. Le ministre les voyait tçntér d’inutiles eflbrLs pour calmer l’irritation.des Indiens, ij "accusa les Missionnaires d’entretenir sous rnain le mécontentenient.'. Il opprimait les Néophytes afin de faire l’essai de ses forces ; les Pères, bien'loin.de résister, se prêtaient avec un douloureux abandon aux mesures que la cupidité et l’ambition lui suggéraient : Pombal sentit que de pareils adversaires étâlent vaincus d’avance. U se servit d’.eux pour désorganiser les Iléductioris et pour les écraser, tout en peignant les Missionnaires commè desl fauteurs de révolte.

Us avaient la clef de l’échange immoral proposé par la cour de Lisbonne ; ils savaient que la dispersion des ■ Néophytes n’était réclamée qu’afin de laisser aux agents portugais la faculté de tarir les fabuleuses mines d’or auxquelles les Jésuites puisaient d’une manière si discrète. La vérité -et l’honneur de l’Institut étaient engagés dans la question, ils aimèrent mieux seconder leurs ennemis que de s’appuyer sur leurs amis. Ils entraient dans dette funeste voie des concessions qui n’a jamais

sauvé personne, et qui a perdu plus d’une juste cause, en jetant un vernis de déshonneur sur ses derniers inôinents. Les Jésuites s’effrayèrent des clameurs soulevées autour d'eux; ils crurent en amortir le coup en pactisant avec'ceux qui le dirigeaient. Pour ne pas soulever une tempêté jieut-ètro utile alors, ils se résignèrent au rôle d’hécatombes involontaires et de martyrs par concession, le seul éhemin qui conduit à la mort sans profit et sans gloire. Les Indiens en appelaient à la force afin'de paralyser l’arbitraire ; l’arbitraire incrimina les Jésuites, et Pombal les dénonça ô l’Europe comme excitant ouvertement les peuples à. l’insurrection. Les Jésuites n’eurent pas l’heureuse pensée d’ètre aussi noblement coujiabies. ]h>s intrigues de catholiiiucs sé coalisaient ]>our tourner à mal leurs actions, un écrivain protestant se montra plus équitable, et ^hœll put dire (1) : a Lorsque les Indiens de la colonie du Baint-Sacrement, attroupés au nombre de dix ou quatorze mille, exercés dans les armes ' et pourv us de canons, refusèrent de se soumettre àVordre d’expatriation, un ajouta diflicilemenl foi aux assertions des Pères d’avoir enqdoyé tout leur pouvoir jjour les engager à l’obéissance. Il est cependant prouvé que les Pères firent, extérieurement du moins, toutes les démaiches nécessaires pour cela; mais ou peut supposer que leurs exhortations, dictées par le devoir, mais répugnant à leur sentiment, n’avaient pas foute la chaleur qu’ils leur auraient donnée dans une autre occasion. Lue pareille supposition ne suffit pas pour construire une accusation de révolte. Que deviendrait l’histoire, que deviendrait la justice, si, sur les assurances d’un mi- ' nistre, destituées de jireuve, il était loi.sible de flétrir la réputation d’un lionime ou d’une corporation? »

Par amour de la paix, les Jésuites se plaçment entre

(t) Cqut$ d'kiitoitt dtt Étati européenê, t. xxxui p. Si.

BT LES JÉêüITES. - -27

deux écueils : d’un côté, ils s’exposaient aux justes reproches des Indiens; de l’autre, ils se mettaient à la discrétron des adversaires de l’Institut. On allait calom- . nier jusqu’à leur incompréhensible abnégation; et ils se ■ dépouillaient de leurs armes au moment môme où on •leur imputait de s’armer. Les Néophytes avaient en eux là 'confiance la plus illimitée; les Missionnaires pou'- . vaient. d’.un mot soulever toutes les Réductions, et, par une guerre entré la métropole et les colonies, faire vibrer au cœur des Indiens ce sentiment d’indépendance qu'ils avaient eu tant de peine à refouler. Ils n’osèrent pas évoquer une pe'dsée généreuse; ils prêchèrent l’obéissance à la loi, et ils se virenten butte aux. traita des deux partis. • •

. Les familles bannies attribuèrent à leur faiblesse les maux dont elles se voyaient'les Victimes ; elles menacè- .. rént, elles poursuivirent même quelques Jésuites, qui, comme le P. Altamirano, se croyaient forcés dans l’intérêt général d’accepter les fonctions de comnàissaireschaj'gés de l’exécution du traité d’échange. A la respectueuse affection jusqu’alors témoignée aux Missionnaires succédaient des soupçons que d’habiles agents avaient soin de fomenter dans l’âme des Néophytes. 11 fallait les entraîner à une guerre partielle, afin de briser à tout jamais, par lé éang 'versée l’union existant entre les Indiens et les disciples de l’Institut. Ce résultat fut obtenu. On avait arraché les tribus chrétiennes du Maranon à la garde spirituelle des Jéiîuites, on voulait leur e'nlever . leurs pieuses conquêtes de l’ Uruguay. Dans ce tiraillement intérieur, les Catéchumènes ne purent agir avec ensemble : ils n’étaient habitués qu’à l’obéissance vo- ' lontaire ; tout à coup ils se trouvaient, sans chefs et sans Jésuites, obligés de lutter pour conserver leur patrie. L,’ action pacifique des Pères se faisait encore sentir sur quelques Réductions ; ils -les amenaient à subir en si-

VÆÉBENT XIV ♦.

leiiCÔTc:iil auquel on les vouait, (let <l‘patpilleniênt de ■: la- force coniihmle pi-oduisif de tristes cITéts V quelques •

• Iribîis coururent aux- armes; plusieurs, inspirées pai- les'

' iMissioynaires, se contenjenent de niurmureivLes unes J furent vaiheues-; les autres, au çontact de la corruption . • • inafcbande, ^imprégnèrent peu à peu deS vices de' • lÆurope'. Ce fut ainsi que l’on commença à ébranler ‘ ce vaste édifrce'de^'Missipns gui ayaitt cOtitè tant dé sacrilices. '.* . . . •

Cornez d’.'Vndrada demeurait maître des Réductioiis de riiruguay. Lcs Jésuites et leurs Indiens en étaient explüsés, Ici par la violence, par la ruse ; il ne’ "lui restait. plus qu’à découvrir.les-inines d’or et. d’argent qiCil .avait promises à Pomb’al. U fit battre les, pjaines, ai>, '

. pcnt’cf lès ftïtô’tg,' étudier lê? .montagnes,’. sontTerlcs’lacs . 'Cf iiiterrogèr partout les’entfaille'kde la terre. ITcé ingé^ .• îiieurs furenf aj)pejés; 'ils mirent la science ap s.tTvice” .. •de sa ci'édulité. La science, dans ses explorations,' ne • • fut pas plus heureuse que Cornez dans ses rêves. Cet homme s’avoua enfin la faute qui l’avait poussé à tant d’irréparable.s désordres ; il la confessa aux Jésuites et à Poml)al ; il les supplia de travailler, chacun dans la sphère de -ses pouvoirs, à’ ronipre le traité de liniitep^ provoiiué par son insatiable avidité. La Comixignie u’é-. tait plus en mesure de couvrir ses erreurs’; Poiubal les jugeait favoral)les à ses dess’eins ultérieurs^- Cornez fut condamné à la honte, et le ministre dont il avait flatté • les cupides instincts usa de sep raenteusès révélations . pour dénaturer les faits.

('.'était l’époque où les espi'its, travaillés par un mal inconnu, se jetaient dans la comqition pour arriver plus vite à ime perfection idéale, que la philosophie leur faisait entrevoir sans Dieu,'sans culte, sans mœurs et sans lois. On marchait résolument à l’assaut des principes et des vertus, on cherchait à briser tout ce qui pouvait de-

. ^ BT les' jésuites. ' ‘ ... 29

venir baiTière à l’idée d^structivé.. Sous le titre de» IkUition abrégh- de la répt{bliguc que les Jésuites des prorinees du Portugal^ ont établie dans les possessions ' dont remuer, ^t dq- la giwrne qu'ils ont excitée et sonleuiw coiUre les arttu'es des detu: couronnes, Pombal ré- * pandit à,- jirofusiopï dans la Pénins'ule et en Europe, des récits dont la preuve, toujouis annoncée, ne se' donnait jamais. Les Jésuites, selon cette relation, fwsaient au Paraguay monopole des Corps et des âmes ; ils étaient le Bénit-Pére ou roi de chaque réduction. Ils avaient môme tenté de réunir ces provinces sous le sceptre d’un de leurs /rèrparoadjuteura, àquid’ouV.corda le jjtrede ^l'eibpereüh Nicolas 1". • "cette distance des lieux et de.s hommes, Pombal avait le droit Je calomnie ; il calomnia ppiu- Je compte des deu.v royaumes. En Portugal, son autorité et ses menaces empêchaient de briser ce liiisceâu de mensonges ; mais l’Espagne, qu’il associait â pes crimes de la pensée, refusa d’eii accepter la solidarité. Pombal avait cherché, dans le gouvernement de-Eerdi-' naml M des complices' aussi intéressés que lui à populariser l’erregr ; à l’exception du duc d’Albe, il ne trouva que des hommes indignés de son audace. Le Iloi d’Espagne et "son conseil, éclairés par don Zevalos, gouverneur du Paraguay, prirenl.en pitié l’œuvre du minisüe ]»or- •lugais. Afin de manifester le sentiment que cet écrit letir faisait éprouver, la cour.suprème de Madrid le condamna à' .èti-é 'brûlé publiquement par la hraiii du bourreau. A trois reprises, le 13 mai 1755, le 27’ septembre 175i> et le U> février J7dl, Ferdinand VI et Charles HI (létrirent par des déctets royaux le lil^lle de Pombal. '.Sa cupidité avait..?emé la désosganisation daiguses provinces ; Châties Uk, qui bientôt va s'alliçr à lui contre les ■Jé.siiites, cômmence sou régne par leur rendre complète 'justice. Le 10 août 175$), Ferdinand Vl mourait; à peine assis suç le trône d’Esjiaguç, Chérie? 111, son frère, rom-

so ' r.rjÉMENf XIT ' • •

pit le fatal traité il’t'rhange, auquel -il s’ôtait toiijoufs, . inoiitiV! hostile,. •

Dcm Zevalos était venu, jiu nojn de la métropole, pour renverser le trône et combattre les armées de cet empe- • reur Nicohis, que l'imagination de Pombal et du duc d’Albe avait créé, et qui, disaient-ils, fai.sait frapper à son coin l!or et l’argent tiré des mises dont l’existence fut un ap|)ât tendu à d'oisives cfédulités. « Qu’est-ce qu’il trouva de tout cela dans ces peuples innocents ? se demande don Francis'co Guttierez de La.Huerta, dans ,, son rapport au conseil de Gastille du 12 avril I8iô (1). »

Et ce magistrat ajoute ; « Que l’on examine ses relations,

. et ellesrépdndront à cette question en disant que ce que l’on trouva ce fut le désenchantement et l’évidence des faussetés inventées en Europe : des peuples soumis au lieu de peuples soulevés ; des vassaux, sujets pacifique.s,

■ au lieu de révoltés ; des religieux exemplaires au lieu de séducteurs ; , des missionnaires zélés au lieu de chefs de bandits. En un mot, ôn trouva des conquêtes faites à la Religion et à l’État par les seules armes de la douceur,"du bon exemple et de la charité, et un empire composé de sauvages civilisés, venus d’eux-mêmes à demander la connaissance de la loi, assujettis volontairement à elle, et mis en société par les liens de l'Évangrle, la pratique de la vertu et les mœurs simjiles des premiers siècles du christianisme. » . ‘ ' -

Au dire du gouvernement espagnol, voilà ce que Zevalos avait remarqué dans les Réductions du Paraguay ; il leur restituait la paix, niais il n’était plus po.s,sible de , leur rendrn cette innocence primitive, cette piété docile que les Pères. leur avaient inspirée. Les Néophytes avaient sucé le vice au contact de la mauvaise foi européenne ; . on leur avait appris à se défier de leurs pasteurs, on avait

(1) Expotirion y iliclamcn de et fitcnl de c< conscj'o'ÿ eitmarti d, Frai4ci.u a Gvtlierei de Iji Huertii, ,

■ - • ÊT IEB JteClTES. ' Si - .

essayé de les corrompre pour les amener à déclarer devant les.magistrats que chaque enl'ant de saint Ignace était iin.fauteur d'insurrection/ Les Néophytes ne transigent pas avec leur conscience, ils s’accusent seuls; -leurs La- ’ ciques racontent même les soupçons que les efforts pacifiques des Jésuites firent germer dans leurs âmes. .Us avaient regardé les Missionnaires comme les coinjdices des Portugais et des Espagnols; à l’appui de leur iujustq méfiance ils apportent tant de témoignages què Zevalos crut de son devoir de renverser l’ échafaudage d’iniquités dont Pombal se faisait un bélier contre la Société de Jésus.

(ies événements se passaient en 1757 ; ils auraient dfi éclairer l'Europe et lé Saint-Siège sur les projets de Pombal. Ce .ministre venait de détruire en quelques années une œuvre de civilisation qui avait coûté des siècles de patience et de martyre. Son arbitraire frappait en même temps sur les rives de F Uruguay et sur les bords du Maranon j sous sa main la vérité se transfor- ' niait en calomnie, il réveillait . les anciennes querelles des marchands ]x>rtugais et des Jésuites ; il excitait la soif du lucre chez les uns, et la défiance contée les autres. Il s’emparait des vices ainsi que des vertus pour créer de tout cela une tempête d’accusations au milieu de laqueUe la probité et l’intelligence auraient peine à discerner le men.songe de l’erreur involontaire. Son but était atteint ; ses libelles, répudiés par le clei^é, par la noblesse, par le peuple portugais, trouvaient des complaisants échosxlans les pamphlets des Philosophes, dans les œuvres des Jansénistes, dans les vieilles animosités des Protestants. Pombal fut un ministre selon leur cœur, ils célébrèrent- son courage, ils exaltèrent ses talents, ils le dotèrent de toutes les perfections. Les fables qu’il avàit inventées furent proclamées comme vérités absolues par des hommes qui doutaient de tout ; et, dans ce

' J. • - : , «^LÉilKNT XIV ./ Jt

y 'i siècle sûiguliur, où tbut ftait matière à so^i.smè,* on • -

. crut aveiigléiiieiit à une imposture qui ne prenait même -pas le soin de se déguiser. " .. • .

• ' l’ombal sortait de tenter mi.graud coup, et^ il n’avait, -,'v.

rencontré cliez les Jésuites qu’obéiksance et^ timidité;* ■ . '

' çëlté découveiàë, 41 laquelle; il ne s’^ûit peiit^ti-e pas! \

attendu, 1 enliaitUt. üe 1’. Amérique liréiidionalé,' il ré;-.'' .

■: solut d'acclimatér en Edi'ope ja guerre qu'il dtelarait à •• . la (lorapaguie. Mais cet liomuie, si 'téméraire dàiis^ses .* ‘

. plans, sentit qu’en présence d’un peuple, religieùx il ,'*/•. .

. iàllait ])rocéder par des voies souterraines, et minér la!,,!.' ;^

... Séant 4e.l’attaquôè4 forcé. cfu>;cr.té^ ;Ce^l]ùtâtJl^

. •’^qtt’il alla chefclier les armes' .doTî^.avaït liélûto!/^^^ *^^^^^ 'li

• On \myaitiqr la chah-e dfe saint PiBire «n- pontife don^ ^

le. mondé chrétien salua les toléi'aiites vertus, ?et que le " •

monde savant honora .comme une dé ses gloires. Be- '

’.*'^iKJît-Xiy, de la famille Lamberlini, ri^uait depuis 1740 '

Ami des lettres, protecteur des -arts, profond canoniste, * '■

• politique plein d’haltileté, il avait rendu à l'Eglise d’émi-7 " .

. ueü^ 'services.; et son nom était si févéré que les AuglL-, ■ " * '

• -'caiis, que les Philosophes eü-v-inùnrés rentouraient de

lcuf.s hommages. Benoit XIV,. élévé'iles Jésuites, s’était • ’ * '•

. , trouvé sur certains pohits eir désaccord avec eux, notam-

îneut dans la question des. cérémonies chinoises. Mais ce.s- *

, diJïérences d’avis, ces improbations 'même, tombées du ■ Siège apostolique sur quelques Pères de l’Institut, n’al-^.

'• térèrênt: ph riefr.l’estiniô .qu’il avait \ohée‘ à ■Ià'Ço)npa.»- ' " J •.giilc. En- 17Â2, il .coudanmâit au $Jlencc les. inissiou- • . • I

, nalics. du Malabar et du Céleste Empire ; eu 1740, 1748 ' . * ot J /'53', par .ses bulles- (liortouK Doniiiuv ' ii\,

;■ rèccxsti,.ï\ comblait d(i(i.maiqpéSleS pjus éCla-',. -

’tante.s de soiV aft’ectioii « les religieux de cette Société, ' .marchant, ainsi qu’il le dit iui-mérae, sur les traces glorieusés de leur père. » Benoît XIV ri’était'donc pas •* , "‘4

hostile au.\ Jésuites; le cardinal Valent!, son célèbre se-

ET LES JÏSinTES. JJ

crétaire d'État, les estimait; mais le Pape avait pour conseiller intime un cardinal qui ne les aimait jias : cVtait üominique Passioiiei, esprit supérieur, quoique toujours disposé à la lutte et ne cédant jamais. Ce prince -de l'Eglise s'était fait contre les Ordres religieux, et en particulier contre c^lui de saint Ignace (1), une théorie dont il ne se départit que le plus rarement possible. Janséniste sous la pourpre, tenace dans ses convictions et les défendant avec un acharnement dont sa vive intelligence n’aurait pas eu besoin, Passionei jouissait auprès du souverain Pontife d'un ascendant incontesté. Il n’avait pas vu sans une joie secréte les manœuxTes de Pombal, dont U ignorait sans aucun doute les desseins anticatholiques; il l’avait plus d'une fois encouragé de ses vœux ; U allait, au moment où le Pape se débattait avec l’agonie, lui offrir un gage de cette alliance.

Dans le cours tle ce beau pontificat, où Benoit XIV déploya tant d’aimables vertus, Passionei se posa toujours en contraste de son aménité. Comme pour mieux en fa'œe ressortir l’éclat, il s’efforça de se montrer savamment opiniâtre, lorsque Lambertini apparaissait conciliant et modéré. Le Pape, dans ses rapports avec les princes et avec les grands écrivains, poussait quelquefois la condescendance jusqu'à la faiblesse; Passionei se révélait toujours acerbe, toujours guerroyant contre les Instituts religieux. Depuis longtemps les Jésuites avaient éprouvé ses mauvais vouloirs ; Pombal, qui connaissait la situation, l’exploita au profit de ses calculs. En 17A4, Pasftionei avait donné une preuve significative de sa répui-

(â) D^AIembert, à la page 38 de son ouvrage sur la Dfttructton (Us Jé^ suiUSf s'exprime ainsi : • On assure que le feu cardinal Passionei poussait la haine contre les Jésuites jusqu'au point de n'admettre dans sa belle et nom* breu.se bibliothèque aucun écrivain de la Société. J'en sois fâché pour la bibliotbéqiie et pour le maître; l'uney perdait beaucoup de bons livres ^t l'autre, si philosophe d'ailleurs, à ce qu'on assure, ne l'était guère k cet égard. •

OLÊMEM XIV

Sft

sion pour la (’ompagnie de Jésus; le ministre portugais, en évoquant ce souvortir, était silr que le cardinal s’empresserait d’accueillir ses projets. A cette époque, un capucin, connu sous le nom de Norbert, puis d’abbé Plalel, avait publié en Italie un livre intitulé : Mémoires /lisloriiiiirs sur (es aljaires des Jésuites. Norbert avait visité les Indes et l’ Amérique; il s’était alTilié à toutes les sectes protestantes, il apportait sa gerbe à la moisson de haines qu’elles amassaient contre l’Institut. On déféra son œuvre au Saint-Oflice, et unecominission fut nommée pour l’examiner. Dans cette congrégation figuraient Passionei et le cordelier Ganganelli, qui sera le pape Clément XIV. Passionei se prononça en faveur de Norbert, et il remit au souverain pontife un mémoire contre la censure infligée au livre du capucin. L’autwité que les fonctions et le talent du cardinal donnaient à ses avis était grande. Passionei justifiait Norbert, essayant de démontrer que les missionnaires de la Société se livraient il un commerce profane. Ce grief était sérieux ; Passionei pouvait le soutenir en avocat ou en prêtre. Ministre tout puissant, il avait sous la main les éléments de l’accusation ; il aima mieux recourir à des subterfuges. Pour défendre son protégé, il s’efforça de prouver qpie Norbert ' ne reprochait pas aux Jésuites des faits de comroerœ. O Le capucin, ainsi s’exprime Passionei, cite sur ce point une lettre de M. Martin, gouverneur de Pondichéry, et il cite cette lettre imprimée dans les Voyages de M. Duquesne. » Il jiarle donc sur le témoignage d’autrui, et non sur le sien ; et, pour plus ample correctif de ce qu’il doit dire, il ajoute (tome 1" de ses Mémoires, p. 152) : H Nous ne voulons pas que le lecteur croie à ce gouverneur ni à tant d’autres qui attestent que ces Pères vendent et achètent les plus belles marchandises des Indes. Ils savent bien leurs devoirs; ils savent que les Papes et les Conciles défendent le commerce aux ecclésiastiques

ET Les JÉsiTTES. 55

sous peine (Vexcommurricalion. Et tout cela, ainsi conclut Passionei, ne s’appelle pas, en bonne loi de discours, reproclier le délit de commerce. »

('.et artifice de langage ne trompa personne. ,\ux yeux du cardinal, Norbert ne mérite pas d’être censuré, non imlnt parceque les Jésuites sont réellement coupables du commerce dont il les accuse, mais jiarcequ’il ne les en a pas accuéés. C’est sur cet unique argument que Passionei basait la défense de Norbert. Si les MLssionnaiies étaient soupçonnés de cette infraction aux lois ecclésiastiques, le cardinal, dahs l’intérêt de l’Église et de la morale publique, devait poursuivre à outiance et ne s’arrêter que lorsque justice aurait été faite. Avec son caractère et son animosité contre les Jésuites, il n’était pas homme à reculer, si ses espérances eussent répondu à son désir. Il avoue donc tacitement que, jusqu’en 1745, les Missionnaires de la Compagnie apparaissent purs de ce crime ; nous verrons s’ils le furent toujours. (1)

(1) Un grand nombre d'aHCTÜons gintrales, ragucs par comdqaent, ont tu portées oonlie les Jéniites, rdaUfoneDt au eommeroe. Ces aseertions ne s'élayaient sur aucune base, on ne pouiail que les démentir ; mais aus^ sitôt qu'elles se sont traduites en faiU et qu'elles ont été parliculariiécs, des témoignages authentiques et iriécusables les coufundirent. Ainsi ou a sonrent imputé aux Missionnaires du Canada de Iraliquer sur les pelleteries. En 16^3, La Ferté, Bordier et les. autres directeurs ou associés de ta compagnie de la Naurella.nmnc«, dont les Miuites se seraient établis les concunents, attestèrent jnridiqneaieol que cette incriminitioB étail sans aucun fondement Ainsi on accusa à diflérentes reprises les Jésuites du Paragua}' d'exploiter des mines d'or et d'argent au préjudice de la couronne d'Espagne. En septembre et octobre 16S3, don Juan de Vatrerde et, le 18 Jéccsnbre lUi, Pkilippe V déclaiérenl qu'il n''y arait aucune trace de mines dans ees contrées. Bi les monanfucs de la Péninsole araient été trompés pendant deux siècles sur lenrs intérêts, ees mines auraient été retronrées depnis l’expulsion des Jésuites, h moh» que l'on ne suppose qn'ils les aient emportées arec eux an moment où ib abandonnèrent les Rédactions. Ainsi encore, l'antenr anoo} me des Àticcdotn sur la Ckine imputa au P. de Gorille d'exercer ù Canton tm négoce qui consistait ù

Néanmoins Schœll, qui, du haut de sa probité historique, démasque ces calomnies, adresse à la Société de Jésus un reproche qui a quelque fondement. Benoit XIV avait, en 1740, publié une bulle contre les clercs se livrant à des négoces interdits par les canons. Les Jésuites n'y sont ni nommés ni désignés, aucune allusion directe ou indirecte n’est faite àleur Société; Schœll cependant, armé du décret pontifical, dit (1): « Les deux bulles de Benoît XIV ne pouvaient être exécutées dans les Missions des Jésuites, où les Indiens, dans leur heureuse simplicité, ne connaissaient de. chefs, de maîti'es, nous aurions presque dit de providence, que les Pères, et où tout commerce était entre les mains de ces derniers. » Pour porter un jugement dans cette question il faut connaître et les Içis de l’Église sur le commerce des clercs, et la position des Jésuites au Paraguay, ainsi que dans Içs autres chrétientés, où ils furent en môme temps Missionnaires et administrateurs du temporel.

Le négoce que lés canons interdisent aux clercs et aux religieux, celui que l'Institut de Loyola défend à ses disciples, consiste à acheter pour vendre ; mais les lois ecclésiastiques ne se sont jamais étendues jusqu’au débit des denrées ou des fruits provenant de ses domaines. Les Jésuites étaient les tuteurs des chrétiens qu’ils avaient réunis en société au Paraguay. Vu l’incapackô de ces sauvages, que la religion civilisait, plusieurs rois d'Eépagne, et Philippe V par son décret du 28 décem-

changer les pièces d*or chinoises contre l'argent européen. Gorille évo<nia des témoiR.s et des autorités compétentes. Le procureur généra) de la Propagande* à Canton* Joseph Céru, homme peu farorable aux Jésuites ; La Dretesebe* directeur de la Compagnie' des Indes à Canton* et du Velaî, son successeur ; du Drossay et de l'Age* lieutenant et capitaine de raisseau ; Arson*négociant* rerlU](;rent par acte authentiquequejamaisleP.de Coville ni aucun,^ autre Jésuite n'araient exercé ni pu exercer le change.

(I) C our$ tThUioire de» Sfats européen», t. xxxn, p. 5i.

ET LES JÉSl’ITES.

bre 1743, renouvelant et confirmant des édits antérieurs, acçordèrefit aux Missionnaires le'droit d’aliéOer les denrées des terres cultivées par les Néophytes, ainsi que le produit de leur industrie. Ce commerce s’était toujours fait publiquement. Les Papes, les Rois, tout l’univers eu furent témoins pendant dent cinquante années, et il ne s’éleva aucune réclamation. Les pontifes et les' monarques encouragèrent les. Jésuites, tantôt par des brefs, tantôt par des lettres approbatives. Lès évêques du Paraguay célébrèrent môme à diverses époques le désintéressement des Pères ; les autorités 'civiles, qui apmaieut les comptes annuels, louèrent lem* économie et leur fidèle administration (1). Un tel négoce patent et néces-

(1) Nous croyons deroir mettre sous les yeux du lecteur les deuxième et quatrième articles du décret de Philippe V, daté du 28 décembre VUS. Leur teneur fera mieux comprendre que toutes les explications la manière de gérer adoptée par les Jésuites aü Paraguay.

Le second article indique-quels fruits on recueille dans ces bourgades ; où on les négocie ; leur prix respectif ; la quantité de l'herbe qu'on relire chaque année ; où on la porte ; l'usage qu'on en fait, et combien elle se vend»

Il résulte des infonnations qu'on a reçues dé don Juaii Vasques, sur des recherches qu'il a faites, que le produit de i'herbe, du tabac et des autres fruits, est de cent mille écus par an ; que ce sont les procureurs de ces Pères qui, 1 raison de l'ineapacilé des Jndieos, ci-dessns remarquée, sont chargés de les rendre et d'en tirer l’argent. - •

Enta, ayant devant les yeux la preuve que le produit de l'herbe, des autres fruits de la terre et de l'industrie de ces Indiens est de cent mille écus, ce qui s'accorde avec ce que disent les Pètes,'Icsquels certifient qu'il ne reste rien de celte somme pour l'entretien des trente bourgades de mille babKants chacune, ce qui, h raison de cinq personnes pour chaque bahitanl, Ihit le nombre de cent cinquante mille personnes qui, sur la somme de cent mille écus, n'ont chacune que sept réales pour acheter leurs outils et pour entretenir leurs églises dans la décence où elles sont ; ce qui, étant prouvé, fait voir que ces Indiens n'oiit pas même de fonds pour le léger tribut qu'ils paient Cela posé: • J'ai jugé ù propos qu'on uc cbangeùt

• rien dans la manière dout les fruits qui se recueillent dans ces bourgades

• se négocient par les mains des Pères-procureurs, cemme il s'est pratiqué « jusqu'à psésent, et qiie les ofikiers de mon trésor royal de Saula-Eéel de

ï» CLÊUSNT XIV

saû'e u’ avait riep d’illicite; c’était te propriétaire oh. sou ayant-cause qui vendait le produit de ses biens et de son trava^. Mais ce négoce, objectera-t-on, lésait les intérêts du gouvernement ainsi que ceux de certains marchands. l..e gouvernement avait lui-même fixé la législation de ses colonies du Paraguay ; cette législation établissait le commerce des Jésuites dans ce sens. Us

• B«KU<B-A}res envoient Ions les ans un compte exact de la quantili et de

• la qualité de ces fniiU, suivant l'ordre qni en sera cxp<ldid par une cé-

< (Iule de ce jour, auquel ordre ils se Conformeront avec la plus ponctiiellé t obéissance. • ' . . •

Le quatrième irtkOe le rtdnit k ntoir li cet Indiens ont nn domaine parUenSer, on si ce domaine ou son adniinIstràtloD est entre les mains des Pères.

U eooste, par les inlbrniatioiM ikites sur oet article, par les actes de coAfèrenoes et les auiies.pièces, qne, su l’incapaeilè et l'indolente paresse de m IndleiM dans le maniement de.lent bien, oh msiqne k cbaeun une portion de terre pour la euHirer et ponr, de ce qn'il en retire, entretenir sa fcmilie ; que le restant des terres est en comnian ; que ce qu'on en rccaeillr de grains, de racrâes, comestibles et coton, est administré par les Indiens, sons k direction des curés ) aussi bien que l'herbe et les trou- (irans; qne dn tout on fasse trois lots, le prcinier pour pajer le . tribut fi mon trésor rojal, sor quoi sont prises les pensions des curés ; le second poor l'erneneni et l'enlrtltien dm églises ; le troisiénie pour b nourriture et le TélCTBcnt des reuves, des orphelins et des infirmes, de ceux qui sont employés ail'eurs, et pour les anités nécessilés qni surviennent, n'y ayant presque pas nn de ceux k qui on a donné nn terrain en propre poor le eaUiver qui en retire de qiMi a'entrclenir pendant tonte l'année ; que, dans cliaqne boargade, des Indiens majordomes, coinputislrs, liscani et gardemagasins (ienneni un compte exact de celte administration, et marquent sur kun Unes tant ce qui entra et tout ce qui sort du prnduil de la bourgade, et qne tont cela a'obserré avec d'anlanl plus de ponctnaUlé qu'il est détendu ans curés, par leur général, sous des peioes très grièves, de. faire tourner k leur profit rien de ce qui appartient aux Indiens, même k titre d'auméne xra d'emprnnt, ou sous quelque prétexte que ce soit ; qu'ils tont obligés, par le même préccple, de rendre compte do tout au Provincial. Cm CO qu’asanre le Itévérend frèn Pierre Faiafdo, ci-devant évêque de Buenas-Ayrts, qui, au retour de la vMIe qu'il avait faite de ces buuigaties, proteste qu'il n'avtil jamais rien vu de mieux réglé, ni nn désinlércsMacnl

devaienl v«üler aulûeu-êlre elà la foi Uiuo Uuü |H3U)4t» coaquis par eux au ühristianisine. Lcih- viKilance a pu, elle a même dû fruaUci' des calculs tendaul à sjMxuler sur la simplicité des Catéchumènes ; mais nous pensons q^u'il est difficile de bâtir une accusaUon sur de semblables données, et Schœll, .qui a discuté tous ces points, est le premier à eu détruire l'eflet eu avouant que u dans celte (fussion les Pères' ont été coudainnés jnuvl'es-

pardi à çdui dn Pèm Jésuites, puisqii’FIs ne tirent absolument rien ih! •leurs Tudiens, nt pflnr leiir nourriture ni pour leur tfteuieni. Ce lfnioi- ^agé s’aetorde parfaitdnent arec phisienrs autres qui ne soM pas mains sCra, et surtout ireo les latbmiadons qni- m'ont été enrayées en dernier lien pu In lèrèrend éréque de nuenovA.vies, don Joseph de Peralta, de l'Ordre de Saint-Dominique, dans la lettre du 8 de janvier de h> présente année 1743, rendant compib de la visite qu'il venait d'achever des susdites boDrftades, tant de celles de son diocèse que "de plusieurs de l'énVlié du Parattnay, arec la permission du ehapilie de la eathédrale, le siéqe étant racant, appuyant snriont 'snr la bonne édncniion qne ces Pères donnent 4 leurs Indiens, qu'U' a Ironvés si bien inMrulls de la raHpion et en tnnl ec qui regarde moaamiceret si Uengeovemés pour le lemperel, qn'il nti quille ces bourgades qn'4 regret. Tous ces motifs m'engagent 4 déclarer-;

• Que ma volonté royale est qu'il ne soit rien innové dam i'admhiisiralion

• des biens de ces bourgades, et qiié l'on continue roÀme on à fait jusqn'i

• présent dis le commeneement des rédncllorm de ces Indiens, de leur

• consentement et à leur grand aranlage, les' Mitsionnaim-curés n'éii c élant-proprcment qne les directears, qni, par leur lage éeenomie,4et eiit

,• préservés de la meuvaise distributions et des raalversaUons qid le re- > marquent dans prcsqiic toutes les antres bourgades indiennes de l'un et

• de l'autre royaume. •

Et quoique, par une cédule royale de l'année 1661, il ail été nrdonaé qne les Pèms ’n’exerceraienl point l'oflice de prolecfcnrs des Indiens; comibe cellé délènse leur araH été fhite snr ce qu’on leur ImpnKII de t'étre ingérés dans la jurkUetion ecclésiastique et temporelle, et (Tempécber qU'on ne lerM les tributs, et comme ce|te imputation était alors incertaine, que le contraire même a été rérifié. dspuis, et que la protection qu'ils donnaient ans Indiens se bornait 4 les bien gouverner, soit daas le spirituel, soH dans le temporel, o j’ai jugé qu’il convenait de déclarer la vérité de ce ■ fait, et dé commander, comme je fais, qu'on n'altère en rien la forme

• dn gouvernement établi présenleSMol dana ses bourgades. •

prit de perti (1), sans avoir été entendus'dans leur d^ fense. ‘

'11 n’allait 'pas au génie de' Pombal d’attaquer un ennemi avec la raison, pour unique bouclier. Il aimait à. surprendre aü moment où l’on s’y attendait le moins; Quand cet homme d’État avait dressé ses batteries, il poursuivait son adversaire avec tant d’impétuosité qu’il ne liii laissait même pas le temps de se reconnaître. Les écrits commandés ou inspirés par le ministre, ceux qu’il composait avaient eu plus de retentissement en Europe qu’à Lisbonne. En Portugal, il épouvantait, mais ne convainquait past En France et en Allemagne, il servait des inimitiés qui ne se déguisaient plus; ses lourds pamphlets passaient pour des oracles dictés par le bon goût et par la vérit^. Pombai, entouré de tout ce qui était hostile aux Jésuites, tenant à ses gages, le capucin Norbert, et aspirant l’euceus que ses flatteurs ,ou ses parasites avaient intérêt à faire fumer au pied de l’autel qu’il s’érigeait, Pombal sollicitait du Saint- Siège un bref de réforme pour la CompagniOf A ses yeux, elle déviait de l’Institut, et il pr^ndait l’y ramener en la supprimant. Dans les conseils du Pontife, les cardinaux Passionei et .\rcbinto secondaient ses démarches; par obsession ou par subterfuge. Us devaient à la longue les faire réussir. Benoit XIV était au lit de hiort; le 1" avril 1758, Pa.ssionei, en sa qualité de secrétaire des brefs, présente à la signature le décret si ardemment désiré. Le Pape l’accepte. Les négociations relatives à cette mesure furent tenues si secrètes que les Jésuites de Rome n’en soup<;onnèrent l'existence qu’au moment où Pombal annonça ses piemières victoires à l’Europe. En bouleversant les Réductions, en expulsant par ruse ou par force les Missionnaires des pays que

(1) Ctmri d'kUloire, t. xxux, p. 56.

ET LES JÉSEITES. 41

leur sang av«it‘ fertilisés, il venadt de dépouiller l’arbre de ses rameaux les plus productifs. 11 ne restait plus qo-'à en saper la racine; le ministre, armé du décret pontifical, se mit à l'oeuvre.

Cependant,, au mUieu des afiaissanents de l’agonie. Benoit XIV pressentit qne des e^irits jaloux ou passionnés pouvaient mésuser du^bref de réforme. 11 était adressé au cardinal Saldanba, chargé de le faire exécuter ; le Pontife voulut l’initier à- ses .dernières pensées, et il dicta à .Ircbinto des instructions pleines de justice (1)., Le cardinal portugais était uommé visiteur des maisons de la Compagnie dans le Royaume très iidèle, et Benoit XIV lui recommandait d’agir avec discrétion ef douceur, de garder sur'tous les chefs d’accusation ie silence le plus ab^lu; de l’imposer àses subordonnés, dp tout peser avec maturité, de repousser les suggestions des. adversaires de l’Institut, de ne rien communiquer aux ministres d'État ou au public, enfin de ne rien décidei', et seulement de faire un rapport consciencieux au Saint- Siège, qui se réservait le droit de prononcer. Ces jirescriptions étaient sages, mais elles contrariaient les plans de Pombal ; elles furent mises de cété, comme les rêves d’un moribond. Le 2 mai 17ô8 le bref fut signiiio aux Jésuites, et le 3 Benoit XIV expira avec la crainte d'outrepasser son devoir.

Les Jésuites étaient frappés au cœur, (ioufier la réfonne d’une Société religieuse, qui n’en avait pas besoin, au ministre qui jurait la perte de cette Société, c’était l’étoulTer sous une calomnie légale, ils avaient défendu , relise, et l’Église les abandonnait. Il dut y avoir, dans ces âmes éprouvées par de hmgs travaux, une heure de fatal découragement, car le complot ne faisait plus doute, et -Saldanba, le protégé de Pombal, s’était entouré des

[i) BenttHcH XiV PoniifuU Uaximi tccretiora manénla eirca ^UUatio-titm w^uali S^àankn'i^9êrwiHda*

(xfiMBNT.nr

plne violents ennemiR de l’institut. Le jouV d'un suprême comliat commençait à poindre, et les Jésuites, se fiant à la sagesse du Siège apostolique comme à la reconnmssance des Monarques, n’avaient rien prévu. Sans autres armes que la croix, sans autre appui que la probité de ’ leur vie, ils marchaient h l’ennemi qui' s’élançmt sur eux et qui déjà 'faisait retentir le cri du triomphe. Ils s’étaient laissé imposer la" loi au Maranbn et au Para^ guay, ils allaient accepter la défaite en Portugal, sans même essayer une résistance que l’état du pays aurait rendue si facile. Il y eut de leur part une funeste prostration de la force mor.-ile ou un sentiment d’obéissance

poussé jusqu’au sublime de l’abnégation chrétienne. Les saints doivent admirer une pareille- abnégation ; fts hommes déploreront toujours cette torpeur qui cherche à pactiser avec le danger, et qui perd les sociétés et les trônes en les déshonorant aux yeux de leurs adversaires. '

Pombal avait deux buts, qu’il atteignait l’un par l’autre. Il aspirait à détniire la religion catholique dans la Péninsule; il poursuivait donc les Jésuites,- comme les 'défenseure les plus persévérants du Saint-Siège. 11 prétendait changer llordre de succession dans la monarchie, et mettre, par un mariage, la couronne sur la tête du duc de Cumberland (1) ; il importait donc d’avilir La famille

(1) • On sait que le duc de Cumberland s'élait flatté de devenir roi de Portugal. Je ne doute pas qu’il n'v efll réussi, si les Jésuites, confrssmrs de la hmille royale, be s'y fosænl opposés Voilé le crime qu’on n’a jamais pu leur pardonner. • (Tetfamerit poUlique du maréchal de Setle-JtU,f, 108.)

L'idée de prutestantiaer le Portugal, en mariant le duc de Cumberlnnd avec la princesse de Bcira, germait depuis longtemps dans la tête de Pombal, et le comIe Alexis de Saint-Priest, dans son Histoire de ta chule ' des Jésuites, p. Si, en apporte d'autres preuves. Il Vcxprinic ainsi :

• Opposé à PAngieterre en parolea, Pombal Int fat tmijours soumis de fait. 'Jandis qu'il proclamait hautemeu la librrté 4n Portugal, U sonlasait

ET 1^ j&Kuinfô. ^

royale et d’iiuinilier les grands qui ne se faisaient pas les esclaves de ses caprices. Pour mener à bonne lin cette 'douille entreprise^ sa politique ne recula devant aucun. moyen* Les plus extrêmes étaient ceux qui entraient le mieux dans .les ardeurs de son c^actère : il n’épargna ni la CQi ruption ni l’intiraidation. il touanenla les gentilshommes, qui étaient-bostiles à sa personne oUà ses idées. Il ne pouvait pas s’élever à ledr rang ; dans son orgueil de parvenu, il voulut les faire descendre plus bas que le point d’où il était parti. Alin de sê faire accueillir par la haute noblesse, il la dégrada ou la proscrivit. A ce ministre, ne sachant môme pas être modéré dfuis le bien qu’il cpncevait, des honimes dont toute l’inte^ence put se r^umer en. une obéissance passive étaient de première nécessité. 11 plaça scs créatures ou pés parents à la têm de la biérarchiç administrative ; il réduisit le Roi à n’être qu’une machine à confre-seing, il l’isola de toute influence catholique ou monarchique, il lui gangréna le emor, il étoulfases i>rincipes religieux, 'il ouvfi^ l’entrée des L'niversités aux .Jansénistes et aux Protestants ; puis, lorsqu’il eut établi son omnipotence,

' on le vit marcher à grands pas. à la réalisation de ses projets. Le 10 septembre 175.7, jl avait fait enlever du palais les PP. Aloreira, Costa et Üliveira. Il écrivait le même jour aux Infants don Antoine et don Emmanuel, oncles du monarque, qu’ils eussent à se ehoisir d’autres confesseurs que les PP. Campo -et Aranjuès. U interdisait aux Jésuites de venir è la cour, et, par des mesures arbitraires, il .s’efforçait de les cçnstitucr ep rébellion, ou tout au moins en mécontentement. Les Jésuites baissèrent la tète et se turent. A la vue de ces hostilités, le

la vilk* de Porto pour l'àtiblisscmenl de la compngnic qui livmU aua Angtal» le monopole, des Tins. Il est mémo do tradition dans le monde diplomaiK|uc, à Lisbounca quo ces rodomonUdes du marquis éuioiit pai-rob coiicorlêes .avec le cabinet de Loadreg pour aerrilf de voile à des coaidaîMaces. a

Ük~ CLÉMENT

P. Heiiriquez, Provincial de Lis^nne, se contente d’ enjoindre à ses frères de l’institqj de garder le silencele. Général leur ordonne de- ne pas relever le gant qu'on leur jette; les Jésuites obéissent. Lq malveillance et l’outrage acquéraient ainsi droit d’impunité; l’attitude des Pères enhardit Pombal (1). Tout se dressait en Portugal contre la Société, fet, au lieu de se défendre, elle ne songeait qu’à faire respecter la verge qui allait la frapper. . . , , ,

Sur çes entrefaites,, le bref de Benoît XIV fut notifié ]>ar la cardinal Saldanba au Provincial de la Compagnie. Le Pape était mourant ; son trépas prévu remettait eu question ce qui avait été arraché à sa faiblesse; Pombal crut qu’en brusquant les événements il leur donnerait la sanction de la chose accomplie^Saldanha mit l’autorité dont il était investi à la merci dir ministre. Au terme des lois ecclésiastiques, les commissions des nonces ou des visiteurs apostoliques expirent par la mort du Pape, pour tous les lieux où le bref n’a point été signifié de son vivant, La. province du Brésil se trouvait- dans ce cas. Saldanba entretient Pombal de ses scrupules; Pombal les lève par. un arrêt du conseil. L’inégularité canonique était flagrante; Saldanba passe outre, et, le 15 mai,, treize jours après avoir reçu le bref, il déclare dans un, mandement que les Jésuites s’occupent d’un commerce prohibé par les loiè de l’Église. En l’espace de treize

(1) Scbœll racoQle, à la page 52 do treolo^troUièmc Tolume de soo Cour» d'kitioire de» Etat» européen» : i Lc 3 février 1757» Pombal publia, soim la forme d'un manifesle» la diatribe intiluléc t Préei» de la conduite ^ cl des dernières action» des Jétuite» en Portugal et à la cour de Liêkonne, un récit eoUùrcmcul pa»»ionué nlè tout eu qui était arrivé en Amé-

nque depuis les premien éliiblisscmcnU que les Jésuites avaient romiés dans l'inl^riéur de ce vaste pays. La caloinnie était si manifeste que le nroriiHual et ensuite lé général de l'Ordre jutérait convenable d'abandonner cette faUe à son sort, sans daigner la réhiler. • •

• ET l£S JÉgClTBS. (5

jours, le réformateur avait embrassé les faits èt ge.stes de l'Institut dans les quatre parties du monde; il les condamnait à son tribunal sans avoir entendu leur défense. Le ministre, dans sa pohémique ou daus ses édits, accusait les' Jésuites d'enfreindre les canons; le caidinal, dans son mandement, -les' déclarait convaincus de transactions coupables. Ce mandement n’avail pas seulement le tort de la précipitation, il devenait injuste pareeque le négoce auquel se livraient les procureurs des Mission? était autorisé par lè bon seife, par les souverains pontifes et par les monarques. . '

Mais alors il ne s’agissait ni d’équité ni dé droit, La force et l’astuce se coalisaient pour détruire; l’ambition et rimpéritie se donnaient la main pour seconder la violence. Les registres des Pères, leurs livres de comptes et de correspondance, leurs magasins, tout fut ouvert, tout fpt saisi. Op fit le dénombrement de leurs biens et de leurs revenus ;. on constata l'état das dettes et des obligations dont chaque nîaison était grevée ; on remonta jusqu à l’origine de la Société; on ne découvrit aucune trace d un négoce Illicite. La vérité apparaissait sur un point, le ministre l’ensevelit dans la poussière'tle sas archives, èt il chercha une autre voie. 7 juin 1758, le cardraal-patriarebe de Lisbonne, Joseph- Emmanuel, dont Saldanha convoitait lè siège, interdit les Jé.suites dans toute l’étendue de son diocèâe. On avait intimidé ce vieillard moribond en faisant intervenir la volonté du Roi. n expira peu de jours après, et Saldanha fut appelé à lui succédet. •

. Dans le môme moment le Conclave faisait asseoir, sur ,1a chaire de saint Pierre le cardinal Rezzonico, qui prit le nom de Clément Xlll. Élu le 6 juillet 1758, le nouveau Pape sentait vivement le besoin de relever aux yeux des puissances séculière la dignité de la tiare. C’était un de ces prêtres de haute vertu et de grand cœur, tels que

CIÉMBNT XIV

rftglise en a tant vns à sa tète. En faee’ile la plrilosnphve ton^^ tour sceptique et railleuse du dix-hultiènîe .siècle, au spectacle plein de trîstésse que l’incurie des Rois offrait à l’Europe; élément Xlll ne pensa pas que le seul moyen dcr* sauver la (’.atholicité fût d’attiédir le zèle et de protester tiihidënient contre les eïcès de l’intelligence qüi devaient enfanter des révolutions. Modéré, paxcequ’il se jugeait fort de l’autorité de sa foi, et ne reculant jamais devant l’accomplissement d’un devoir, ce Pontife allait soulever contre lui toutes les pa.ssions. 11 était équitable et bienfaisant, le père de^sbn peuple (1) et le chef couragoux de l’Église militante. On ne lui épargna ni la calomnie ni l’injure. 11 arrivait à tine époque oii la vieille société européenne se dissolvæt plutôt ppr l’impéritie des princes et par la corruption des grands qlie par les agressions auxquelles elle se trouvait on butte. On n’attaquait plus le Catholicisme par riiérésie, on le minait par le doute ou par la licence des mopurs; On ne cherchait plus à renverser les trônes en souillant au cœur des nations des désirs d’affranchissement ou de pillage ; on avilissait la royauté en là berçant de cruelles flatteries, on l’endormait dans les bras de la volupté en apprenant aux péuj^les à lui préparer un sanglant réveil. Clément XIII ne consentit pa.à à être le muet témoin ou le complice de ces hontes. L’Ordre de

(1} L'astronome François de Lalande^dtns son Voyage ra Ualù, U fi, page 452, parle de Gldment Xlllpn ces termes : i Le Pape, djt-d en tmilant la question du dessdclicmrnt des marais Pontins, le déslrailpersoniicllemeul. Lorsque je rendis compte 4 Sa Sainteté de celte partie de lAôn voyage, elle y prit un intérêt marqué et me demanda avec empressement ce que je pensais de lo potsibilllé et dà .avantagés de ce projet. Je 1rs lui exposai eu détail ; mais ayaul pris la liberté d'ajouter que ce serait une époque de gloire pour son régne, le religieux poulilê intcrrumpil ce discourt proTane, et, joignant les moins vert le ciel, il me dil,jirrsquc les larmes aux yeux : < Ce n'est pas la gloire qui nous touche, c'est le bien de • nos peuples que nous cherchons. •'

ET LES JifUITES.

Jésps était le point de mire dea ennemis de l'Église, le Psp<? se déclara le protecteur' des Jésuites. La situation était ditliciie, car de tous côtés U surgissait un écueil. Tout se faisait hostile au pouvoir, le pouvoir lui-mènie; et, dans ce chaos, la voix de la éaison ne s’élevait que ppur retoinher étouffée sous le rjre moqueur des uns ou sous la phraséologie des autres. ' ;

Kome avait. un nouveau Pontife; le 21 mai î/èS la Compagnie s'était donné un nouveau chef. A peine ins^ tallé sur le siège apostolique. Clément Xlll voit , Je

juillet 1758, LauienUlUcci, Général des Jésuites,.s’a-. genouiller au pied de son trône et remettre entre ses mains le mémoire suivant : , » i ,

« Très sauit Père,

« Le Général de la Compagnie de Jésus, prosterné devant Votre Sainteté, vous, représente hambiemenl l'e^lréuie abcahlemeut et les malheurs qu’éprouve .son Ordre par les révolutions connues du Portugal. Car, en attribuant les crimes les plus graves à ceux de ces religieux, qui sout lixés dans les .possessions de. Sa Majesté très hdële, on a obtenu de Benoit XIV, d'heureuse mémoire, un bref qui crée Son Éminence le.cardinal Saldouha visiteur et réformateur, 'et lui attriJtuë les pouvoirs les plus étendus. Ce bref a non seulènient été publié eu Portugal, mais encore réimprimé dans toute r Italie. En conséquence, réiniheutissinie Visiteur a publié un décret où ou déclare tous ces religieux coupables de. fabe Te commerce. De plus. Son Éniiiieucc le cardinal-patriarche, n’ayant aucun égard à' la constitution Supenui de Clément X, (|ui défend aux évêques d’ôter à toute comuTuuauté religieuse à la fois les pouvoirs de confesser sans eu avoir consulté le SainUSiége, inconstilla SreU Apotloiica, a interdit de la confession et de la prédication, tous les religieux de la Compagnie qui

Â6 cLénent xit

sont non scnlein«it dans son dioëëse de Ljsboime, mais encore dans toute l’étendue du patriarcat. Sans leur lavoir intimé persannellement un pareil interdit, il en a fait subitement aflicfaer le décret à toutes les é^ses de Lisbonne : faits dont le Général a en main des preuves authentiques. , . ..

U Les religieux de Portugal ont supporté ces exécutions si accablantes pour eux avec niumblé soumission qu’ils devaient. Ils sont très intimement persuadés de la toiture des iutentions.de Sa Miqesté très fidèle, de ses ministres et des deux éminentissimes cardinaux. C^wndantils craignent qu’ils ne soient prévenus par. les artifices de personnes malintentionnées. Ils ne peuvent se persuader que leurs frères soient coupables de délits si atroces, d’autant que, aucun d’eux n’ayant été.appelé personnellement en justice, ils n’ont point eu lieu de produ’me leurs défenses et leurs décharges. . . •

' « Au reste, quand il y aurait des particutien coupables des crimes atroces qu’on leur suppose, ils se Aattent que ce délit n’est pas celui de tous ni même de la plds grande partie, quoiqu’ils se voient tous enveloppés dans la même peine. En'fin, quand môme tous les reli-r • gienx qui se' trouvent dans les états de Sa Majesté très fidèle seraient coupables, depuis le premier jusqu’au démier, ce qui ne parait pas pouvoir se supposer, 1^ autres, (jui dans les diverses p irties du monde emploient leurs fatigues et leurs tiavaux à procurer l’honneur de Itieu et le salut des âmes, selon le peu d’étendue de leur pouvoir, demandent instamment d’être an moins traités avec bonté. Le discrédit et le mal s’étendent à toute la Communauté, quoiqu’elle ait en horreur les crimes qu’on attribue aux Pères du Portugal, et spécfalement tout ce qui peut tendre le moins du monde à offenser les supérieurs, tant ecclésiastiques que séculiers. Elle dé- •rire, au contraire, et ftiit en sorte, autant qu’il est pos-

BT LEà JÉSUITES. 69

sible, d’ètre exempte de ces manquements auxquels la condition humaine est sujette et surtout la multitude.

ec Assurément les supérieurs de la Société, comme il paraît sur les registres et par les lettres écrites ou reçues, Ont toujours insisté sur l’obseiTance des règles la plus exacte, dans les provinces du Portugal ainsi que dans toutes les autres. En certaines occasions on les a informés des manquements d’un autre genre; mais, pour les délits qu’on impute aujourd’hui à ces religieux, ils n’en ont jamais été instruits ; on ne les a point préalablement avertis ni requis d’y apporter remède.

O Informés enfin, quoique indirectement, que ces Pères avaient encouru la disgrâce de Sa Majesté, ils ont témoigné la plus extrême douleur. Ils ont supplié qu’on leur donnât une connaissance particulière des délits et des coupables. Ils ont offert d’envoyer des pays étrangers les plus capables et les plus accrédités de la Compagnie pour visiter et réformer les abus qui pouvaient s’être introduits; mais leurs humbles prières et leurs- offres n’ont pu mériter d’être écoutées.

« De plus, on craint fort que cette visite et cette réforme, au lieu d’être profitables, n’occasionnent des troubles sans aucune utilité. C’est ce que l’on redoute surtout pour les pays d’outre-mer, pour lesquels l’éminentissime cardinal Saldanha est obligé et a pouvoir de déléguer. On a toute confiance dans ce cardinal pour ce qu’il fera par lui-même; mais il semble qu’on peut craindre avec raison que dans les délégations il ne se trouve des personnes ou peu au fait des constitutions des réguliers ou malintentionnées, qui par conséquent pourront causer de grands maux. Pour toutes ces raisons le Général de la Compagnie de .Jésus, au nom même de la Société, implore avec les plus humbles et les plus sincères prières l’autorité de Votre Sainteté. 11 la supplie de pourvoir, par les moyens que lui suggérera sa haute

prudence, à la sûreté et ^arantio de Ceu.x qui ne sont paS' coupables, et particulièrement k l’honneur de toute la Société : qu’ainsi on ne la rende donc point inutile à la gloire de Dieu et au salut des âmes, qu'ou ne l’empêclie pas de servir le Saint-Siège et de seconder le pieux zèie de Votre Sainteté, pour qui le Général lui-mème et sa Gompagnie olfriront à Dieu les vœux les plus sincères pour lui obtenir toutes’ les bénédictions célestes, une longue suite d’années, à l'avantage et à la postérité de l’Église universelle. »

Le Souverain Pontife reçut ce mémoire d’un accusé demandant des juges, la seule chose que les hommes ne |)euvent pas refuser à un autre homme. Une Congrégation est nommée. Sa réponse fut favorable aux Jésuites (1). Poinbal n’allait plus agir sans contrôle; il avait à lutter contre un poptife qui ne se laisserait pas tromper par d’hypocrites démonstrations. Les ressorts de sa politi(]ue étaient mis à découvert. 11 avait exilé de Lisbonne les Jésuites qu’il redoutait : Fonseca, Ferreira, Malagrida et Torrez. Le P. Jacques de Caméra, fils du comte de Kibeira et d’une Rohan, avait énergiquement repoussé touté espèce d’intimidation. Pombal essaya de provoqiwr dans l’Ordre de Jésus quelques défections qu’il aurait su rèiidre éclatantes. Il existait parmi les Jésuites portugais deux Pères que leurs antécédents dé- ^uaient aux intrigues du ministre : l'un était le P. Cajetano, esprit chagrin, mais intelligence aussi vive que profonde ; l’autre, Ignace Suarez. En les flattant, Pombal espérait qu’il serait facile de les amener à trahir une

(1) L« couunaudcur d’Almida Mrndoua, parent de Pombal et son ambassadeur & Home, lit imprimer et répandre parlout une fausse décision de ccUc conpréüalion. C’élail ’ponl-étrc l'avis particulier d’un dcsc.-irdinaui, auquel Almada prêtait de son clief toute autorHé. Cet arrêt supposé ftit brftiê i Home ey Madrid par In main du bourreau, comme pièce apocryphe et ralomilirase. '

ET ip rtst^fiis. . ifl

(lompaghle tlotU la lentinnce dé Jolirs caràcTéres jrortalt à Croirt! qn’ilè né devaiént pas avoir 'toujours Tu à sé louer. Le cardinal Salilanfia ftit chargé tîe les' enrôler sous la banïiièrc ministérielle. Cajctanuèl Suarez, que Je" patriarche caressait d'un côt#, qu’il menaçaU <îe l’autre, dédaignèrent des’àsso’cier à de pareils projets. Ils avaient chancelé dans leur foi de Jésuites lorsque l’institni éiâit puissant ; ils s’y rattachèrent au moment'ôù 4a persécîition lui arrivait. Cette opposition et lés mesures prisas à Rome compromettaient les' espérances 'de Pombal; un événement imprévu changea tout à coüp la face des affaires.

Dans la nuit du 3 au A septembre 1758, liioips de deux ans a"près l’attentat de Damiens sur Louis XV, le rôi don Joseph, revenant en carrosse de l’hiHel de "faTora au palais, fut frappé d'une balle dans le bras, t’.e crime, que le lendemain toute la ville attribuait au marquis de Tavora vengeant son honneur sur le royal séducteur de dona Tereea, son épouse, ce'crime offrait à Pombal uncf chance inespérée. Les Tavora étaient ses ennemis, car ils avaient repoussé l’alliance de son fils. Ils apparienaient à la plus haute noblesse ; tout semblait conspirer en faveur du- ministre. A défaut d’auttes preuves la clameur publique suilisait pour faire arrêter les meurtriers ou les fauteurs présumés du meurtre. Dans Ub autre pays la justice aurait ainsi procédé; Ponibal li’ adopta point cette marche régiilière. 11 frappa de terreur le souverain, -R le tint caché à tous les regaids, à ceux même de la famille royale ; il fit planer le soupçon sur les gentilshommes dont il redoutait le crédit ou dont il convoitait les richesses ; il représenta toujours et partout les Jésuites comme les instigateurs du régicide. 11 lakwa ainsi s’amonceler la tempête, dont à son gré il dirigeait les nuages'. Leâ Tavora continuèrent à venir à la cour, et le 12 décembre, plus de troismois après l'at-

52 ’ (lÉMENT XIV

tcn^ que l’inexplicable inaction de Pombal faisait alors rejeter au nombre des fables ou des paradoxes, le duc d’Aveiro, leintH-quis de Tavor^ dona Éléonor, sa mère, leurs parents et leurs amis furent saisis àTimproviste et plongés dans les cachots. Les femmes obtinrent des couvents pour prison, mais la pitié envers tous ces personnages devint aux yeux de Pombal un titre de proscription. On fut suspect pareequ’on les plaignit; on se trouva criminel pour douter des mystérieuses trames qui avaient coûté trois mois . de réflexion au ministre. La haute noblesse refusait de l’accepter comme un des siens, elle lui avait fait expier son orgueil par des sarcasmes ou pai' le mépris ; Pombal se vengeait de ces affronts en se baignant dans le sang -des races les plus illtt.Stres. L’opinion publique ne vit en tout cela qu’une machination de Pombal pour absorber ses ennenüs dans un complot impossible. Les lenteurs calculées, les méningés diplomatiques où judiciaires du ministre furent si pleinement percés à jour que ses panégyristes les plus exaltés réprouvèrent tant de cruautés, et n’eurent pas le courage de s’associer à sa fureur. « Les Encyclopédistes, dit le comte de Saint-Priest (1), auraient dû lui servir d’auxiliaires zélés et fidèles. Pourtant il n’en fut paS'qinsi. Les pièces émanées de la cour de Lisbonne parurent ridicules dans la forme et maladroites au fond. Cet holocauste des chefs de la noblesse choqua les classes supérieures, jusqu’alors soigneusement ménagées, par les philosophes. Tant de cruauté contrastait trop avec les mœurs d’une société déjà frondeuse, mais encore tr£s élégante. Oiv eut pitié des victimes, on se moqua du bourreau. » ^

Le bourreau, car jamais homme ne mérita mieux que Pombal ce titre sanglant, le bourreau tenait sous sa main

(4 ) llhtoirc de la Chute det Jéfuii^t 24« '

ET CES JÉSITTES. ' 53

une partie de ses adversaires ; maïs, pour la satisfaction de ses haines, ce n’était pas asSet. L’attentat du 3 septembre lui fournissait une occasion 'toute naturelle de mêler le nom des Jésuites à un régicide présumé.- « Les reproches qu’il leur avait adressés dans ses manifestes, raconte l’historien peu vértdique de la Chute {tes Jésuites (1) , ne reposaient point sur des idées générales* mais sur des faits particuliers, contestables et mal exposés. » Pombal tenait beaucoup plus à sa vengeance qu’à l’opinion publique. Sa vengeance se trouvait d’accord avec des projets aoticatboliques ; il fit de tout cela un horrible mélange, et, en confondant les notions de justice, et d’humanité, il enveloppa dans cette catastrophe tous les Jésuites résidant en PortugaJ. Aveiro, les Tavora, Atouguia et la plupart des accusés auraient dû èty^ugés par leurs pairs; le ministre créa un tribunal d’inconfidenoe. Par un oubli des règles les plus sacrées, il présida luimême cette commission exceptionnelle, dans laquelle siégèrent d’Acunha et Corte-lléal, ses deilx collègues. La torture fut appliquée à chaque inculpé; ils la subirent avec fermeté. Le duc d’ Aveiro seul, vaincu par les tourments, avoua tout ce qu’on exigeait de sa douleur, ll'sc déclara coupable ; il accusa scs^tmis et les Jésuites ; mais à peine fut-il déUvré de la question qu’il se hâta dé nier ce que la violence lui avait arraché.'Les juges fefusèreht d’entendre sa rétractation. 11 n’y avait eu ni témoins, îTi interrogatoires, ni débats; on ignore môme si les prisonniers forent défendus; Tout ce que l’on sait, c’xist que le fiscal Costa Freire, le premier jurisconsulte du royaume, proclama l’innocence des accusés, et que sa probité le fit éharger de chaînes; c’est que le'aènateu^ Juan Bucafiao se plaignit de la violation des -formes judiciaires et de l’iniquité do la procédure; c’est que Poni-

' fi)ni$foir€ delà Chute âe$Msu\te$t p, 56,

bil lu|-u)énie fédigea la sentence de mort, et quelle est ^rite de sa main. Elle fut rendue le 12 janvier 175Ô; on l'e.t^cuta le lendemain.

• Le peuple et l’armée nrurmuraient ; les grands s’agitaienU Pombal ordonna de dresser l’écliafaud dans le village de Belem, à une demidieue de Lisbonne. Portant la barbarie jusque dans les moindres détails, il avait aoulü que la marquise de Tavora et que toutes les victimes parussent sur l’échafaud la corde au cou et presque nues. C’était une dernière humiliation qu’il réservait à ceux qui l'avaient accablé de leurs (jédains. ITona Éléonor, encor plus fière en ce moment qu’aux jours de ses prospérités, arriva la première sur cette immense estrade où le billot, la roue, le bûcher et le poteau s’élevaient,* comme pour réunir les différents supplices sous les yeux dés condamnés. Elle s’avança, le crucifix à la main, pleine de calme et de dignité. L’exécuteur veut lui lier les pieds : « Arrête I s’écrie-t-elle, et ne me touche que pour nie' tuer. » Le bourreau intimidé s’agenouille devant cette martyre de la justice humaine, il demande pardon. « Tiens, continue-t-elle plus doucement’en tirant une bague de son doigt (1), il ne me reste que cela ; prends , et fais ton devoir, u La tète de doua Éléonor tomba so.Us la hache. De demi-heure eu demi-heure, son mari, ses fils, ses gendres, ses doinestûiues.et le dud d’Aveiro vinrent successivement, en face de ce cadavre palpitant, mourir dans les horreurs de la strangulation, sur la rouq ou dans les Aammes. Quand le massacre fut consommé, on mit le feu à l’échafaud, * et le Tage roula daus ses eaux les cendres des immolés, confondues avec les sanglants débris île lit torture. (2)

(1) ilcmoiret du mnrquii de Pmnbal.

(3 J IVMnbal fUt jugt h son tour) mais H rencontra ilnns la reine liona Maria, héritière de Joseph iv, plus de pitié qu'il n'en devait inspirer. J.e 7 arril t7St, cet homme, Agé de qpatre.rliigt.dfux ans, Tut h sqn toorfrappé

Digilized by Cotï^le

ET Ui-S JÉHUTK.>i. ^

Le 27 mar^ 1760 La Condainine écrivait à Maupcvtuisl « On ne me persuadera jamais que les^Jéauileÿ aient eq effet commis l'horrible attentat dont on les accuse, » et le sceptique Maupértuis lui répondait : « Je pense comme vous sur les Jésuites ; il faut qu'ils soient bien innocents, puisqu’on, ne les a pas encore punis ; je ne les croirais pas même coupables quand j’apprciid'cais qu'ils ont été brûlés vifs. » Le P. Malagrida fut lér servé à ce supplice, et un cri de réprobation uniycrseUe répondit à cette dernière lâcheté de la force. Pomb^l s’était attribué oti il avait partagé entre ses, créâtuf es lés biens de ses victimes. 'Il les tuait dans le présent, il. les 0'

d'uoe condamnation que l^istoirc Irouvera peu sév6re. Le conseil d'état et les ma^straU déclarèrent, à la majocUé de quinze vôh contte Iroi», l'qné les personnes tant vivantes que mortes qui forent jostldées, ou evlléfs^'ou é rmprisonnées'efi vertu de la sentence de 1759, élaiciU tdiilée Innocaples da crime dont ou les avait accusées. » C« jufemeot de' rébabilitatiou est looguement et lagemeot motivé. Il tire qne ^aitde force de la prcipièm Kotenoe» qui abonde en contradictions et ep faits se détruisant les uns par les autres' Ainsi on Ht, dans rarrij;t rendu par Pombnl, que ■ le coup p;)issa cl ne fil que percer le derrière du carrossç; puis, que six coups pénétrèfeiH à la poitrine du roi; puis encore, que le coup, tiré par derrléfe, passa entre les bras et les côtes et ne fit qo'efteurer Ugèremcot ré|»ale dlt»ilc par devant; » un peu plus bas la sentence ajoute (|ne t le roi eut des blm^ suret coiisidérables et mortelles. . ; 4

11 à peu près avéré maintenant que deux ou trois pistolets furent dé^ chai^^ sur la voiture de Joseph I*'. La version la plus accréditée est que deux servUeuK atla,rhés‘ à la maison de Tavora se portèrent ù ce criiiiv; . mais Pombal a mis tant deconfoston et d'acharnement dons la procédure qu'il est parvenu même k faire douter de la réalHè de l’aUeniat, et que plusieurs bistorieps n'ont pas craint de le lui altrilHier. Ce qui lui aj>|mrüenl d’une maoière incontestable, c'c.st l'iniquité, et ou doit dire avec i'Apglais Shirlry, dans sou Magasin, de ÏAjndrts^ mnrs 1759 : • L'arrêt du tribunal d'iuconfidence ne peut être regardé ni comme cnneluant pour le public, ni comme juste à l'égard des accusés.. .*Dé qifol poids peut être ifvi jugement qui n*cst d'un bout à Pautre qu’une vagne dédaBution, où l'fiu cache au public les dépositions et les lémoiitSi où toute» k.*» forom» lépaie» neMnt p«s moins Nioiées que l'équité ntu relie? » ^ ^

56 CUHENT xit

déshonorait dans l’avenir de leurs familles ; mais il convoitait encore une autre proie. Il venait de terrasser la ïvoblesse, il voulut écraser les Pères de l’Ordre de Jésus. La fermeté de Clément Xlll lui était connue, ses intrigues allaient être déjouées à Rome ; par un de ces coups d’audace qui, au premier moment, font douter même de l’innocence de toute une vie, le ministre ne recula pas devant la plus absurde des accusations. 11 en avait tant &it que personne n’osait plus prendre au sérieux, un homme que la fureur poussait jusqu’aux limites de la déraison. La veille de l’exécution des Tavora, les Jésuites . du Portugal, soumis depuis quatre mois à la plus ombrageuse des inquisitions, sont déclarés en masse les instigateurs et Jes complices du régicide présumé. On emprisonne le Provincial Henriquez, les PP. Malagrida, Perdigano, Suarez, Juan de Mattos, Oliveira, François- Édouard et Costa. Ce dernier est l’ami de l’infant don Pedro, frère du roi. On l’applique à la question pour lui arracher dans les tortures un aveu ou une réticence qu’on essaiera de tourner contre le prince. Costa, teuaUlé et déchiré, reste inébranlable.

Pombal avait tout disposé pour consommer son mystère d’iniquité. Les PP, Malagrida, Mattos et Jean- Alexandre, vieux missionnaires blanchis dans les travaux de l’aiwstolat et dè la charité, avaient passé leur jeunesse et leur âge mûr au milieu des sauvages du Maranon et du Brésil. La marquise de Tavora suivait les exercices spirituels de Malagrida ; le P. de Mattos était lié avec la famille Ribeira; Jean-Alexandre, revenant des Indes, avait fait la traversée sur le même vaisseau que les Tavora. Tels furent .les seuls griefs que Pombal aJlégua;. ils sulürent pour faire condamner à mort les trois Jésuites. On ignore par quel motif le ministre leur épargna l’échafaud du 13 janvier.

La consternation régnait dans les maisons de la Com-

pagnie ; les traitements' les plus acerbes, les insinuations les plus perfides, tout était mis en jeu pour désoler leur patience ou pour les compromettre ; les Jésuites, qui n'avaient pas su dissiper cette tempête d’injustices, eurent le courage du martyre. Ils étaient séparés les uns des autres, sans communication avec leurs frères ou avec leurs supérieurs, livrés à un ennemi qui ne cessait d’accuser sans jamais prouver la moindre de ses allégations ; ils attendirent dans la dignité de leur silence le sort qu’on leur réservait. Le ministre s’avoua que ses paroles perdaient de leur autorité; le 19 janvier 1759, il réduisit le souverain au rôle de pamphlétaire à sa suite. Chaque marche du trône se coevrait de sang ; la captivité, l’exil ou la ruine était le partage de ses plus fidèles sujets ; ou lui apprenait à se défier de ses amis et de sa famille. Pombal, afin de l’engager encore plus avant, plaça sous la sauvegarde de son nom les mensonges dont il sentait que tant de crimes auraient besoin pour être justifiés. 11 prit à bail le contre-seing de ce monarque esclave, et il força la royauté à calomnier sciemment les hécatombes de son arbitraire ministériel. 11 avait, au nom de Joseph I*', rédigé une lettre adressée à tous les évêques portugais; elle fut répandue à profusion. Ce manifeste était la glorification de Pombal et Aine honte jetée aux rois prédécesseurs de Joseph.

Quelques évêques s’en emparèrent pour créer un piédestal à leur fortune ecclésiastique ; d’autres s’épouvantèrent à l’idée sèule d’afl'ronter les colères du ministre omnipotent, et l’évêque qui recule en face d’un devoir est bien près d’immoler sa conscience pastorale à de fausses nécessités de position. Ils se prêtèrent aux exigences de Pombal ; il y en eut même qui les outrèrent. Les Jésuites, frappés de stupeur, environnés des adversaires inattendus que le malheur agglomérait autour de ses victimes, n’élevaient pas la voix. même pour prô-

CLfiMENT XIV

tester contoe tuit de foreurs calouiées. Ils n’agisBsIent pas ; Pouibal koagiofi de les faire écrire. De viruleates satires contre le roi parurent sous le nom de plusieurs Pères. La mesure étah coipblée. Deux cents évêques de toutes les parties du monde chrétien, des cardinaux, lee trois électeurs ecclésiastiques u’osërent pas rester 8{>ectateurs muets de cet opprobre, qui constituait un prinoë ' en flagrant délit d’imposture. Ils supplièrent ClémeatXlii de venger la Compagnie de Jésus. La voix .de la Catholicité fut entendue, et le Père commun remp)U le v«ea de l’Église. > hh;

Pombai ne se laissait pas arrêter par des jMÎères ou par des menaces ecclésiastiques. Son despotisme ne trouvait aucune résistance en Portugal ; il pensa qu’il serait toujours temps de l’expliquer lorsqu’il aurait consommé l’œuvre de destruction. 11 tuait la Société de Jésus, mais c’était dans un but catholique, afin de la réformer et de la rendre plus parfaite. Le ministre portugais ne sortait pas de ce thème convenu. Il accusait les Jésuites de tous les crimes que l'imagination de ses pamphlétaires à gages pouvait inventer ; en même temps il déclarait que sa pensée ne tendait qu’à ramener les disciples de saint Ignace à la pureté piimitive de leurs règles. En présence des contradictions qu’offre ce grand procès, l’un des événements les moins connus 'et les plus curieux du dixhuitième siècle. Voltaire a donc raison de dire (1) : <rCe qu’il y eut d’assez étrange dans leur désastre presque universel, c’est qu’ils furent proscrits dans le Portugal pour avoir dégénéré de leur Institut, et en France pour s’y être trop conformés. » . ’

Les biens et les collèges de l’Ordre étaient. sous le séquestre ; il fallait se les approprier, afin de payer les complaisances épiscopales, de^distraire le peuple par des • «

il) OKitiinM de Voluin, Sivt* d* Lmit XV, L xu, p. 854.

fêtes et d’acheter l’armée. Le jïiinistrc tenait captifs plus de quinze cents Jésuites, qu'il avait dépouillés de tout, même du droit de pleurer sur les ruines de leurs maisons. La pitié en leur faveur était un crime, il la punissait de mort ou de bannissement. Au Brésil et au lUaranon, ses agents les poursuivaient avec un achacneinent inouï; ils les enlevaient à leurs sauvages; ils les entassaient, sans provisions, sans secours, sur le premier vaisseau faisant voile vers I4 métropole. Tous ces Jésuites, qui ne savaient de quelle accusation U allait plaire au gouvernement de lës charger, arrivaient à Lisbonne ; on les agglomérait dans les prisons ou dans les lieux publics ; puis on les oubliait entre deux haies de soldats, qui. souvent moins cruels que l’autorité, partageaient leur pain avec eux.

Cette étrange situation ne pouvait durer. Le 20 avril 1760, Pombal -fit remettre au Pape une lettre de Joseph 1*', qui annonçait l’intention d’expulser de ses États les membres de la Société de Jésus. Clément Xlll ne répondant pas assez vite aux désirs du ministre, le ministre le prévint. Clément Xlll ne prêtait pas les mains aux iniquités de Pombal ; Pombal, afin de tromper le Roi, fait fabriquer à Rome, par Almada, sou ambassadeur, un bref qui approuve ses projets, qui détermine à quel usage seront employés les biens de la Société de Jésus et qui autorise à punir de mort les coupables. Ce bref, si audacieusement supposé, entretenait l’Europe dans des dispositions malveillantes contre les Pères portugais; il plaçait les Jésuites des autres contrées dans l’impossibilité de les défendre. Pombal se hâta de mettre à profit ces impressions. 11 savait que le souverain Pontife s’efl'rayait de ses menaces de .scliisme,iet que, |K)ur maintenir la^paix de l’Église, il ferait toutes les cQhcesaious compatibles avec fa dignité du Saint- Siège. Le véritable bref n’était pas aussi explicite que

celui dont Pombal s’était forgé une arme ; Ite Pape descendait jusqu’à la prière pour vaincre l’injuste obstination du Roi et de son ministre. Pombal s’indigna de voir le vicaire de Jésus-Christ disputer à ses convoitises la proie qu’il leur promettait. Ln conflit diplomatique entre les deux cours lui parut nécessaire à susciter. ‘Acciajuoli, nonce en Portugal, croyant d’abord que les choses ne seraient pas poussées si loin, avait favorisé les plans ofliciels ; mais, lorsqu’il en eut saisi la portée, il refusa de s’y associer. 11 devint obstacle; Pombal mit tout en œuvre pour lui rendre impossible le séjour de Lisbonne. Clément Xlll et le cardinal Torregiani, son secrétaire d’État, ne voulaient point proscrire les Jé.suites, par l’éternel principe d’équité qui ne permet pas de confondre les innocents avec les coupables. Pombal s’imagine que ces refus équivalent à une déclaration de guerre ; il la fait à sa manière. Les Jésuites Malagrida, Henriquez, Mattos, Moreira et Alexandre sont condamnés à être rompus vifs, comme instigateurs du duc d’Aveiro et des marquis de Tavora. Le 31 juillet est le jour de la fête de saint Ignace de Loyola ; Pombal choisit cet anniversaire, si cher au cœur des disciples de l’Institut, pour rendre une sentence qui ne reçut ni publicité ni exécution, mais qui devait les exaspérer ou les consterner.

11 y a ici une apjiréciation que l’histoire ne doit pas oublier. Les Jésuites ont, pour se défaire de leurs ennemis, des moyens secrets; ils ne reculent devant aucun crime. Ils conseillent le régicide, ils l’àbsolvént, et, quand ils ne* savent plus de quelle manière amener le Iriomphe de leurs ambitieux projets, le fer et le poison leur viennent en aide. Jusqu’au jour oîi Pombal s’acharna contre leur Institut, les Jésuites, si souvent accusés do légitimer les moyens par la fin, u’out jamais eu recours à l’assa-ssinat. Cette espèce de tribunal véhéinique, dont des imposteurs révélèrent l’existencei n’a été qu’une fà-

ET LES JfiSOlXES. M

ble jetée eu pâture à quelques crédulités imbéciles. I^s Jésuites u’avaieut jamais trouvé de 'séides dans leurs partisans oü dans leurs novices; mais si, comme l’adirmait le ministre portugais, la vie des hommes était si peu de chose à leurs yeux quand l'intérét de l’Ordre périclitait, il feut bien convenir qu’en 1759 les Jésuites laissèrent échapper l’occasion la plus urgente d’appliquer leur principe meurtrier. Un homme seul brisait le passé et l’avenir de la Société. Dans la situation des esprits, son exemple menaçait de devenir contagieux. Pombal ne se laissait arrêter par aucun scrupule : il abusait de la faiblesse de son Boi; il défiait le Saint-Siège; il portait une main sacrilège sur l’arche de l’Institut.' 11 dépouillait les Jésuites ; il savait même trouver des magistrats pour les flétrir sans iscussion, pour les condamner sans examen. On les arrachait à leur patrie ; on leur annonçait qu’ils périraient tous dans un aiito-da-fé ou qu’on les parquerait comme des pestiférés sur quelque céte dé^ serte. Us étaient réunis, dan» l’attente prochaine de la mort ou de la proscription; Ils n’avaient pas tout perdu, il leur restait des amis ; ils auraient’évoqué des yengeurs. En désespoir de cause, ces religieux si habilement vindicatifs, si bien préparés aux excès du fanàtisme, pouvaient frapper Pombal dans l’ombre. Rien né leur émit plus facile. "Des quinze cents prêtres qu’on disait liés les uns aux autres par de terribles serments, pas un seul ne conçut l’idée de cette expiation. Le ministre leur imputait de porter en germe la pensée de tous les forfaits, et le ministre vivait comme la démonstration la plus évidente de ses impostures (1). Si jamais trépas a

(t) L'cmpfaase de Pombal, u crvaulé, ses iojiislices, que plus lard le duc de Ckoiseul devait rcaouvelcr en partie, inspiraient b ce dernier un sciiüment de Iroide moflucrie. On entendait souvent le ministre français dire an prince de Kaoniti, en parlant dn ministre portngak : 4 Ce monsieur a donc toujours uu Jésuite b cheval sur le net ? t Gette ptainnterie, qui peut

62 CLfiMK\T *lv

été nécessaire pont préserver l'Ordre de de queK qtips désastres," ce'firt fl coup silr celui dé Pbmbal ; et det homme, dans les combinaisons de son audace, nie siitigfea pas que ses jours couraient quelque danger. Il conaalasait beaucoûp miett* les Pères qu’il ne le donnait 4-e«tendre. 11 les calomniait tout haut, mais tout bas Ü'He daignait même point pnendre les précautions dont kt tyrannie s’enveloppe plutôt pour Iç vulgaire que pour sa propre séeü‘rltéi‘,Pombal survécut vingt-trois mm» Ü la destruction de l’Ordre, et 11 ne rencontra jamws ni de Châtel ni de Barrière pour prévenirscs desseinè, ou pour

s’adreocr i U)iw la Pominl du monde, ne le corrigea pas de sa manie de voir, de wellre porloul da /ésnileS. Il la «tsU ebassés d« po«e»lons da roi lii-s ri(U;le ; ils liaient prosci iu de France el d’Espagne ; ,taul io mo^ parlemcnlnire jaiisdiiistc cl pbilosopliiqiie, SC ligucU coiilrc eus. Du fuiid de son palais de NoIrc-Dame-d’Ajuda, Pombal lûve qu'ils sont plus piiisso'nls que jamais, el le 20 jansier 17(i7 il adresse au • comte ^d’Aciiiiha, mioisire da aSblra étrongèra i Lisbonne, la lettre oflicielle dont nous nliairoBS ce possage t c Pliisieura l‘oHs ouosi certaint qne iiotoira ont prouvé é $0 Uajalé que la Jésqila sont Iput é fait d'intelligence a«cc la Anglais, auxquels on sait qu'ijs oui promis de les introduire dans tous leq domaines que le Portngal el l'Espagiic possédeut eu dc(ù du sud de la ligne, cl de'contiibuer é ce projet de louta leurs torces, en employant tanta leurs trames, qui consistent toujours i semer le TanatUme podr tromper la peupla par la dehors de leur b'jpocrisie, el la soulerer contre tours souveraloi légitima sous de faux prétextes de-reUgioo, et enaflisetant da OMlirs purement spirituels.. Ce que la Anglais peuvent eulrepiendre de commun acedrd avec la Jésuites se réduit aux trois cas suivants : en premier lieu, les Anglais ruuniiraienl aux JésUita des troupes, des arma it des munitions, cacheraient les liras qui porteraient ca coups eu cmirrant la'mlliMira de IFca jésuitiqua, comme on l'a déjé hit pinsicurs foié, el la cour de Londres dirait qne tout cela ii'est que l'effet de l'immense pouvoir da Jésuites. •

C'est au. ridicule seul qu'il appartient de faire justice de parsilla inepüa. Nous ne citons ceilc lettre de Pombal, qui sc conserve |irécieusement é Liabonne dans le quinziéme rcg'isirc des ordres, de 17CS à 176A, que pour montrer jusqu'à quel point la passion contre le Jésuite peuitroubler quelqua intetUgenca qui veulent atoic le mal de la pair. ‘ - ' . ‘ '

ET LES JÉSUIIES. %%

Ivii faire expier le succès de son complot. Xlet argument eu action doit peser davantage dans la balance .«le l'Iiistüirç que toutes les théories de régicide qu’aucun lait n'a justifiés, Les Jésuites ne tuèrent pas le personnage qui leur fit le plus de mal, et dont l'existence était à leur merci. Faut-il les supposer assez inconséquents pour créer, contre les Aois qui les protégeaient en les aimant, un système de meurtre qu’ils n’auraient pas osé apj)liquer à des ennemis plus déterminés, et dont la mort n’ entraînait ni périls ni désordres?

l’ombal, qui réguait sur don Joseph en lui faisant peur des Jésuites, ne concevait pour sa vie aucune crainte personnelle. 11 se jouait de ses victimes avec une froide cruauté, qui provoquait la vengeance ; la vengeance ne vint pas. Le Souverain Pontife ne cessait de supplier le Roi de savoir être juste envers les innocents comme envers les coupables; Pombal répondit à ces prières par des proscriptions en masse. Le Pape, dévoué aux Jésuites, faisait toutes les concessions ; le ministre se raidissait dans son opiniâtreté. Le Saint-Siège traitait avec lui de puissance à puissance. Le Pape aurait eu le courage de mourir ; mais, croyant que la condescendaqce atténuerait des colères mal Ibndées, il ,s’etlorçait de .calmer l’irritation. Pombal affecta d’autant plus de violence qu’il semblait même à ses propres yeux être devenu un objet de terreur. Les craintes des autres firent que le ministre commença à se prendre au sérieux. 11 menaçmt, et dn s’humiliait devant lui; il frappa, bien sûr d’avance que le pardon était au bout de la plus insignifiante concession ou du remords le moins compromettant.

Le Pape aimait les Jésuites; le ministre, qui, jusqu’au 1" septembre 1759, .est resté irrésolu sur les mesures définitives qu’il adoptera contre eux, se décide â les faire jeter &u rivage romain. A travers toutes les

douleurs qu’un caractère comme celui de Pombal peut susciter^ le premier convoi arrive à l’embouchure du Tage, où l’attendait un navire de commerce, sans provisions et nullement destiné à recevoir un si grand nombre de passagers. Le pain et l’eau manquaient à dessein ; mais les flots ne secondèrent pas le projet du ministre. Le bâtiment fut obligé de relâïher dans les ports d’Espagne; les vents contraires le poussèrent encore sur les côtes d’Italie. De partout il ne s’éleva qu’un cri de généreuse pitié en faveur de ces proscrits, bénissant la main qui les frappait. La charité fit renaître l’abondance sur le vaisseau ; elle rendit aux exilés l’énergie dont ils avaient besoin. Le 24 octobre 1759, ils débaiquèrent à Civita-Vecchia au nombre de cent trente-trois. Ils avaient été reçus avec respect dans toutes les villes où le navire fut contraint de faire relâche ; à Civita-Vecchia on les salua avec admiration. Les magistrats se firent honneur d’entourer de bons soins ces prêtres qui priaient encore pour leurs persécuteurs. Les corps religieux leur offrirent une hospitalité toute fraternelle; mais la réception des Dominicains eut quelque chose de plus cordial encore. On les proclamait leâ émules de la Compagnie de Jésus. Leur rivalité s’était montrée dans les tournois théologiques et dans les Mi.ssions, rivalité que la conscience et le talent inspiraient plutôt que la jalousie. Il y eut tant d'unanimité dans l’accueil fait à ces première exilés annonçant de nouvelles tempêtes, que les habitants de Civita-Vecchia consacrèrent sur le marbre, dans l’église des Frères-Prêcheurs, le passage des Jésuites. Les Dominicains eux-mêmes érigèrent un monument pour rappeler cette alliance contractée à la veille des désastres; D'autres navires, chargés- de Pères de la Compagnie, partirent à différentes époques pour les états ecclésiastiques. Le Pape était leur défenseur : Pombal, en encombrant la ville de Rome de cette

ET LES jteURES. 66

multitude de bannis, espérait le faire repentir de sa ju»ticé et de sa pitié. (1). * '

Tandis que l’exil ou la captivité s’appesantissait sur les Profés de l’Ordre, le cardinal Saldanha s’arrogeait le jrouvoir, de dispen.ser de leurs vœux les jeunes Jésuites. L’éducation publique était compromise dans ses" œuvres vives ; Iç ministre et le patriaa cbe djerchèrent à provofjuer des défections pour ne pas se trouver juis au dépourvu. Ils en’appelèrent aux caresses des familles, aux menaces de l’autorité, aux séductions de la pall ie et de la fortune. Quelques-uns de ces novices se laissèrent gagner ; mais alors ces apostasies devinrent Tobjet de l’animadversion universelle. Le peuple et les soldats , de garde autour des maisons et des collèges acciieillTrent avec des buées ces hpmmes que l’imminence du danger eArayait,'et qui ouvraient leur carrière par une lâcheté' Lé plus grand nombre résista aux flatteries et â*

(1) L'inacription Frèm-Prüclieurs était ainsi connue : ,

Lnailanis Patribns Sodelatis Jesn,

. ob prarlssiinas apud Regem calunniai,

. ‘ ' post profaroaas nolas, ' .

, mulUpliccg crucintns,

bonorum piiblkatioiKni, . .

ad Ilalisr oram aipandalis; '

■ terra tnarique

• ■ inlegrilale, palientia, constanlia, ‘

probalissiniis,

. - in bac Sancii Dominici ade exceptis, anno n. dcc. lix,

' ' Patres Pnediçatores

rhristlanx fidei incremento et tuldie • ' ex institnto intenti,

ipsiqoe Societali Jesu

ex majonin suoram decietis '

exemplisque deTinaUsimi, ponendum ctiranniU

en . “ CI.ÊMENT XIV ' .

l’intimidation. H y ent à Evora, à BragâncCj^à Coïmbre surto'ut, des luttes où la frauchise de la jeunesse l’emporta snrla pnidence de l’âge mûr. ün.parent de PonibaU le P- Joseph de Carvallio, se mit à ..la tête^du mouvement généreux qui entraînait les Jésuites non encore Profés à suivre le sort de leurs aînés dans l’JnsUtut. fis Soutinrent le choc avec tant de courage, que les agents de Saldanha; vaincus; les reléguèrent dans les cachots. Ce’qui s’accomplissait au sein de la métropole se faisait simultanément sur tons les points de mission. C.hez les Cafres et au Brésil* au Malabar, sur la côte de Sâlsctte, partout enfin où les Jésuites avaient fertilisé' lé désert, on les enleva à leurs travaux civilisateurs. .On les réunit à Goa, où les cupidités de Pombal commençaient la spoliation du torpbeau de saint Frauçoi^ï-Xuvief ; nuis, après les avoir entassés sur quelques galfolés, bn lès lais.sa errer sur les mers*!

L’Ordre de Jésus n’existait plus en Portugal; le ministre poursuivait son oeuvre : il cherchait paf d’incessantes attaques contre le Saint-Siège à réaliser sa chimère d’ Église nationale. Le schisme était dans ses espérances; en étudiant les doctrines de Fra Paolo et de Giannonc, il essaya de le faire passer dans les mœurs du peuple. Là, il rencontra des obstacles devant lesquels son invincible ténacité . se vit contrainte de reculer. Pombal avait des magistrats complaisants, des évéqnes dévoués jusqu’à la bassesse, qui lui arrangeaient un culte, qui traçaient au gré de ses désiré les limites dli spirituel et du temporel ; mais ce n’est pas avec des légistes ou quelques prêtres courtisans que l’on change une religion. Le peuple était catholique, il répudiait avec tant d’énergie ce qui poHait atteinte à sa viéille foi, que le ministre s’aperçut enfin de l’inutilité de ses tenutives. Elles lui sertaient de conlrepoidà^ à Rome, il persévéra dans sesinenacés. Rome, qùi, en àa faveur.

HT lis JÊsrAi.s.

^ussâit la condescenaaacc Jusqu’à la faiMessp. . eopvau dans les Etats pontificaux les Jésuites expulsés de Portugal. Sur le littoral de la Méditerranée rommp dans les cités -maritimes de l’Espagne, les bannis avaient été .salués en martyrs. Cet hommage iiiqiiiétart ses orgueilleu^ susceptibilités; les princes et les catholiques avaient alors de Pombal l’opinion qu’un écrivain protesta^ devait exprimer plus tard. « Les conséquences de celte destruction, soit en bien, soit en mal, dît Schmll fi) nous restent ici étrangères. Simple historien, nous allons rapporter les faits etc tant qu'Us concernent le Po,-tugal. Il est vrai que ces faits om été' enveloppés dans iM ténèbres, çt que plus d’une fois il est Impossible de ^nétrer jusqu’à la vérité. Néanmoitts. malgré les omises qu on a épaissies autour d’elle, une chose est claire • c est que Tes réproches fondés que Carvalho a pu faire à CM Pères se réduiseht à bien peu de chosé. Le ministre' R est plus souvent servi dés armes de la mauvaise foi, de la calomnie et de l’exagéraüon que de celles de la loyauté; » i

Pombal semait l’or et les promesses pour multiplier ^8 complices. 11 en remontra dans lé royaume très fidèle et même dans les ÉUts pontificaux. Le commandeur d Almada Meiidozza, ministre de Lisbonne à la coim ^niiflcale, était devenu comme tous les diplomates ambiüeux un ardent ennemi des Jésuites. Ce fut lui qui se ch^^ d’imprimer contre eux les pamphlets que produisait l’bmcine de Pombal. Un libraire, du nom de ^lcolas Pâgliarini, vivait alors à Rome. Semblable à ces aventuriers d’alfaires qui vendent le vice, l’erreur ou le mensonge comme une marchandise, et qui débiteraient au public leur condamnation à mort pour achalander eur boutique, Pagllarini était besogneux, avide et in-

(1) ùmr$ tfhutmre det Élalêjniropéent, t «tn, p. SO.

trigant. Almada le choisi pour son agent de.publicilé. Nous avons entre les mains la correspondance ainsi que les mànuscrits de ce libraire, et c'est dans un nréinbire antograplic que, le 12 mars 1788, il adresse à la reine dona Maria, que l’on trouVe le nœud des manœuvres^ tenlée&en Portugal. Voici ce document, que nous traduisons sur l’original : ’ . •

« Son Excellence don Ftançois d’ Almada, ay'ant, en 1767, reçu ordre de la cour de faire impririier la Retution abrogée des faits des Jésuites eji Amérique, poui' la présenter au Pape Benoit XIV et aux cardinaux, et n'àyant pas pu obtenir, la permission de le faire à l^ome, le cardinal Alberico Arebinto, secrétaire d’Ét^, lui suggéra l’idée non seulement’ de la faire imprimer hors des États du Pape, mais de plus lui insinua dç se seo'ir de Nicolas Pagliarini, qui, ayant des correspondances en Toscane, pourrait avec toute l’exactitude et la sollicitude désirables s’employer pour la cour de Sa Majesté très fidèle. Pagliarini fut en conséquence envoyé par Iç secrétaire d’État à M. d’ Almada, qui, par le. moyen du frère Antoine Rodriguez^ son secrétaire, lui livra le manuscrit qui, en quinze jeurs, vint^de Lucques tout imprimé. Les copies en furent distribuées au Pçpe et aux cardinaux ; et bientôt après parut lé célèbre bref de réforme adressé au cardinal Saldanha. Benoit XIV mourut le 3 mai 1758 ; et pendant le conclave vint de Lisbonne la notice de ce bref, que Pagliarini imprima par ordre de l’ambassadeur Almida. — Clément XIH fut créé papé, ef aussitôt le Père général des Jésuites lui reuilt un mémorial .dans lequel il demandait que le bref fût retiré. Almada, ayant eu une copie de ce mémorial, pensa à le réfuter. Mais se rappelant les diilicultés qu’il avait rencontrées sous Benoit XIV pour imprimer ‘la Uclalion abrégée, le secrétaire «frère Antoine s’arrangea, avec Nicolas Pagliarini pour trouver lés moyens d’imprimer

ET LES JÈStrras.

tout ce qùL pourrait seconder les vues de Sa Majesté fidèle. On convint d’établir uné'petite imprimerie dans lé palais'de l’ambassadeur, comme l’avaient établie les ambassadeurs d’Espagfie et dè France dans leurs résidences. Ce fut cet exemple qui donna à Pagliarini la pensée de^' créer ladite imprimei-ie; et il e.xécüta sou dessein avec tant de secret et de circonspection, qu’il n’en trtnspii a absolument rien. Lorsque pour réponse au Mémorial durent paraître les célèbres Rffle.viom faites par monseigneur Jean Bottari, sur une minute du secrétaire don Antoine, elles furent imprimées et distribuées dans Rome par le moyen de la poste de Gênes avec tant de circonspection, que les Jésuites et le cardinal Torregîani crurent que ce livre avajt été imprimé à Gènes ; et ils s’en plaignirent au ^nat de la république. Voyant l’applaudissement uiiiverset avec lequel étaient reçues les Ré flexions; le P. Urbain Tosetti (des écoles-pies) voulut cômposer l’Appendice, et le même monseigneur Bottari fit la Critique.

a De lu même imprimerie sortit tout ce que la cour voulutqui.se publiât à Rome; la matière fut abondante et intéressante. Tout fut exécuté par les soins et sous la direction de Pagliarini et sans qu’il ail reçu aucune récompense. Bieu loin d’avoir touché de l’ambassadeur la plus petite somme d’argent pour avoir assisté continuellement à l’impre.ssion desdits ouvrages, il n’a pas même obtenu le simple remboursement de ses dépenses. — 11 n’était pas possible de cacher plus longtemps à la vigilance des Jésuites et de Torregiani le secret de notre Imprimerie, et il suffisait pour tout découvrir de voir Pagliarini aller chaque jour au ]>alais de l’ambassadeur, et y rester beaucoup dé temps. Il devint donc leur point de mire, et fut destiné à être la victime de leur firreur. Pagliarini demanda au ministre une patente pour sa défense, mais au lieu d’une patente on lui donna un billet

CLÊWKT XIV

d'oflke par lequel il était chargé de mettre en ordre les Ardiives roydles ^ les juges u’eh tinrent aucun compte (jans le procès. £n i 7 60, étant survenue la rupture entre la CQur très fidèle et le ministère romain, l' ambassadeur Almada partit (le Rome, et Paglii^ini, qui restait abandonné à la vengeance des Jésuites et du secrétaire d'État Torregiani, fut recommandé pai* l’ambassadeur au cardinal Neri (lorsini, protecteur de la couronné de Portugal. Mais cette recommandation n'empècba pas que le pauvre Pagliarim ne fût arrêté le soir du 11 décembre 1700, et mis au secret aux Prisons Neuves pour y rester jusqu’au 14 novembre 1761.

. « 11 est impossible de redire la rigueur, employée dans le Pcrtfiiiratur que la justice fit dans sa maison. Les exécuteurs cbercbèrent pendant très longtemps sans pouvoir trouver daus son magasin, rempli de livres de tagil^’espèces, une seule feuille qui pût servir de fondement à une accusation. Après ccnf cinq jours d’un péni^ ble seact, il fut élargi et put ainsi, avec ses amis, s’oor ciiper de sa défense. Il suffit de lire les deux AMgatiotut impi'imées qui portent la signature de l’avocat Gaétan Gentomani, mais faites par son ami l’abbé Nicolas Rossi, sérrétaiio de la maison t’airsini, pour voir avec quelle noblesse et quel courage, dans tous les interrogatoires (|u'il eut à subir, Pagliariui soutint la dignité de la cour de Portugal, et conserva le secret à lui tant recommandé de no jamais manifester les auteurs desdits écrits, ce qui était l’unique objet des recbercbcs des Jésuites et de' Torregiani, pour exercer contre eu* la plus atroce veugeauce. Ce fut en vain que les magistrats le tentèrent dans le procès en lui promettant, s’il manifestait les auteurs, de le renvoyer aussitôt dans sa maison.

« -Viirès une année d’emprisonnement , le procès de Pagliarini fut décidé, et au scandale universel des liounètes gens, sur le vote'de monseigneur Brasebi, aujour-

d’hui Pie VI, ^fut portée la .sentence qiÿ ^ coiniamnait^ sept ans de galères, bîen^que quatre t-oa 1 eussent déclaré innocent. .Cependap) Clémént XIII , malgré, ses préventions, resta si peu persuadé de la justice de la sentwce, que le samedi suivant fl accorda lâ grâce à Pagl{arùii,-^t le- renvoya libré'sans’ aticune àdnduion ni restriction.

« Du 15 novembre 1701 Riglia'rrnl réstâ^'à Rome fété par tous, et principalemeht par le ministre d’Kspagnq, don Emmanuel de Roda, jusqu’au 7 févrler'1762, que Sa Majesté très fidèle Joseph I", par décret eqybyé par un- exprès à don Ayres de Sâ, son ambassadeur h Naples, le fit appeler à cette cour par le tnàrqûis Tànüccl au nom’de Sa Majesté sicilienne. Etant arrivé là, il luj fut fait communication des grâces qu^le Roi très fidèle hp avait accordées en récenipense des SerticCg qifil avait rendus à sa couronne. 11 était déclaré chevalier FidalgtJ de sa maison, Secrétaire d’ambassade, avec la jjensioid viagère de 100,000 reisT par mois, et aVét tin présent de 12;p00 crociati pour se mettre en état ciJhvenable, et avec ordre à l’ambassadeur de le tenir dans sa maison et de le traiter comme fidalgo portugais. Pagliarini resta à Naples depuis le mois de février de 1762 ju.squ’au mois de "novembre de 1763, où, la paix ayant été fhifC, .M. .lyres fut envoyé ambassadeur à Madrid. Le marquis Tanucci fit instance auprès de don Ayres afin que Pagüarini restât à Naples chargé cl’ affaires; mais lé ministre ayant écrit sur ce point au comte d’Oyeras, celui-ci lui répondjt <pie le roi désirait connaître Pagliarini, et qn’il devait le conduire avec lui à Lisbonne. Pagliarini partit 4ivec Mi Ayres, et alla à Turin, où il fut reçu avec une bonté toute .spéciale par le toi de Sardaigne et par le duc de Savoie, dont il était bien connu, parceqii’ij avaft été â cette cour en 1755, et qu’il av.'üfèté comblé de bienfaits par,ce souverain mèjue pendant le temps de

72 rXÉllENT MV

sa’ détention. Il arriva à Lisbonne le 15 mars 170&, et fut reçu avec beaucoup dé bonté par le comte d’Oyera», ét habita d^s la mmson de M. Ayres de Sà plus d’une année, fréquentant toujours l’hôtel du ministre et ia cour. Après le départ de M. Ayréh pour Madrid, Paglia^ rini passa dans la maison de don François d’.llniada, et quand cet ambassadeur fut renvoyé à Rome, par ordre du Roi une habitation conuiiode fut donnée à Pagliai’ini dans le collège des nobles, dont il dut soigner la bibliothèque, et où il resta jusqu’à oe que l’administratiou en passa à la Mera censoria. PagKarini alors eut son logement dans l’imprimerie royale, Outre les services rendus à Rome par Pagljarini à la couronne dé Portugal, comme en font foi les pièces- et les dépositions faites à l’occasion de son procès, et qui lui apportèrent de si grands dommages dans sa personne et dans ses intérêts, aussitôt arrivé à Lisbonne, il fut employé par le comte d’Oyeras à mettre en ordre sa bibliothèque et son cabinet, et resta dans sa maison quelques mois.

«,n fut chargé d’imprimer la Déduction chronologique en trois tomes in -A*; il dut choisir l’imprimeur, 'et même par ordre du ministre il traduisit en italien le même ouvrage, qui fut également imprimé en cinq tomes in-S*. •

V II fit par ordre de sa Majesté deux fois le plan (T un établissement pour l’imprimerie royale. Le projet fut exécuté ; l’imprimeur et le substitut furent choisis selon .son désir, et l’établissement fut formé tel qu’il existe aujourd’hui. Il en fut déclaré directeur général, avec deux mille crociati de .paie annuelle, mai^n, et deux copies de .«diaque livre qui était imprimé.

<1 Lorsque la paix fut conclue avec’ Rome, eu 1770, Pagliariui continua à être employé par le ministre pour traiter a\ec les nonces du pape, comme eu fout foi les faits arrivés à cette époque.

ET LE8-JÉSITTES. 73

« Mais sous le Pontificat de Clément XIV, lorsqu’il s’agit lie la suppression des Jésuites, le Pape lui-même suggéra au marquis de Ponibal de se servir de Paglîarini pour lui faire arriver, les pièces traduites en italien; vu que M. ,41mada, employant à Rome pour cette traduction des personnes vénales, il ne pouvait pas trop compter sur leur travail. Le roi voyant cela dit que Pagliarini, son secrétaire de légation, avait tousles titres pour être admis dans le cabinet, après tant de preuves données de sa probité et de son attachement à la cour. Depuis ce moment le marqiris de Pombal commença à s’en servir pour les" pièces les plus délicates concernant Rome. Il écrivait la pièce en portugais, puis la mettait au propre; ensuite la traduisait eii italien ; et après qii’elle avait ôté revue par le "marquis, il la copiait dans la forme sous laquelle elle devait être présentée au Pape. Ce travail l’occupait depuis le matin jusqu’à minuit (rendant quinze jours, car il devait encore les exjrédief par le coun-ier, et écrire d’autres lettres selon les occurrences. Dans la secrétaireriê d’état il doit se trouver des papiers écrits de la niain de Pagliarini, çt MM. Jean Corner, d'Araujo et José Leitzeb en peuvent être d’excellents témoins, sans , parler des autres.

« Nicolas Pagliarini, qui se trouve âgé de soixantedouze ans, dont trente ont été employés au service de la cour de Portugal, sachant que l’auguste souveraine daigne bénignement considérer les services des |wrsonnes quij)nt bien mérité de la couronne; et ayant un neveu appelé Thomas qui s’applique avec succès aux études ecclésiastiques , jeune homme recommandable par sa benne conduite et son excellent caractère, et capable de bien servir sa Majesté très fidèle, prend la liberté de le j)iésenter au trôm; de .sa .Majestés et de supplier de vouloir le substituer à lui-iiième à sa mort dans l’emploi d’agent royal, qu’il remplira même sans

U CUMStlT HV

aucun éfuokiment, se coptentaut des bonnes mains qui ÿont attachées à son ofl'ice. ». '

•. (juaud lé libraire l’agliat'ini^adressait à Ut fiUe d&Jo^ Sepb l** de Portugal cette sin^iëre supplique, il étaii bien éloigné de penser qu’un ^Qur'ce. document serait produit par l’histoire coipme une preuve à la charge de ses protecteurs dans le Sacré Collège, et dans les chancelleries. -Vprès avoir’ été corroinpu par Almada, Pagliariui s’pccppait à corrompre les autres. 11 avait mission d’infester l'Europe de üvres çbscènes ou irreligieux; U était l’ennemi déclaré du ^aint-Siége et de la Compagnie de Jésus; on en fri une espèce de personnage. Eb feuilletant les papiers qu’il a laissés, ou s’étonne de le voir en correspondance active avec des cardinaux, des ministres et plusieurs religieux de divers ordres. C’était sous leur couvert qu’il propageait les œuvres enfantées par les scribes de Pombal. Une lettre de ce.PagUarini pu cardinal .\ndré Corsini va nous initier aux moyens que le libraire diplomate employait pour répandre ses pamphlets dans la ville de Rome.

il L’impression de la Réduction rhronologiqiie et am- Ijftiqne est enfin terminée, lui mande-t-il. Par ordre de l’excellentissime seigneur comte d’Oyeras, je vous ai fait expédier par Gènes un nombre d’exemplaires correspondant .à celui de la première partie qui vous a été transmise. Comme ces. premiers exemplaires ont été adressés à Votre Eminence par notre consul Piaggie pour être distribués dans cette cour, et en supposant que la même chose puisse s'exécuter relativement à ceux-ci, j'ai voulu enlever tout motif de scandale au Quirinal. J’ai donc formé différentes enveloppes qu’on .pouna faire parvenir à leur adresse sans qu’on sache ce qu’elles contiennent. Il suffit que Votre Eminence veille au moyen de les faire arriver siirement.de Civita-Veccliia à Rome.* VoUe Eminence est pleinement informée de^ tout ce que

ET tES JÉSITTES. 75

ces paquetâ eontiennent. Elle comprend donc quels peuvent en ôtre les cons^uences et les préjudices pour la Cour romaine, qui, en persévérant dans son système, marche à grands pas à une ruine, totale. »

La haine vouée aux Jésuites, par ayidüé ou par ambition, réduit un prince de l'Eglise à mettre un des plus beaux ^noms de l'Italie au service des pamphlétaires qui attaquent le Siège romain. Le cardinal André Corsini s’est fait le colporteur de .Nicolas Pagliarini. Ce ne sera pas assez do pette honte : môme après sa mort Pagliarini a voulu ôtpe.l'atal à l’Eminence devenue son commissionnaire, et il n a jias détruit sa correspondance. Le cardinal .Vndré était le complice de Pombal; voici en quels termes U mendiait à la ^rte du ministre ; « Je ne saurais, écrit-il de Rome le 12 novembre 176«, exprimer à Votre ExceUence l'infinie consolaÇon que j’épmuve des bonnes nouvelles de sa santé, qui me sont parvenues par 1 entremise de M. Nicolas Pagliarini. Je voudrais vous exprimer comme je le désirerais ma constante affection envers Votre Excellence et toute sa très lionorée famille, ainsi que mon sincère et intime dévouement à cette royale cour, pour laquelle j’ai toujours eu et aurai toujours le respect et la reconnaissance que je lui dois à tant de titres, Que ce soit là les véritables sentiments de mon âme, j’espère qup vous en aurez été assuré" pai- M. le commandeur d’Almada, qui sait fort bien av^ quelle sollicitude nous nous sommes employés, le cardinal .Neri mon oncle et moi au service de votre cour. C’est sans contredit de cette attitude dg notre part que provient l’éloignement non équivoque de Sa Sainteté et -du ministère pontifical pour nous et notre famille, qui en a souffert de notables préjudices. Nous n’en tenons aucun conipte pourvu que nos soins se trouvent agréé.s par cette œur, et que nous puissions être sûrs de sa proteètioq. Nous y avons sacrifié tous nos intérêts; nous

76 CLÉMENT HV

sommes encore disposés à le faire 'dans quelque occasion que ce soit. Je vous écris avec autant de liberté, parceque cette lettre doit vous arriver par M, Pagliarini. Je sais’qu elle est en main sûre. »

Le ministre portugais avait besoin' d’encourager à Home de pareilles vénalités. André Corsini fut pensionné par la Cour de Lisbonne, et ses leUres autographes.à Pagliarini font foi de cette transaction.

Cependant Pombal ne trouvait pas partout des imprbbités semblables. Les Pagliarini, les Corsini et les Norbert étaient rares à Rome et dans la Catholicité. Il s’irritait du silence qui se faisait autour de lui et des ovations de la charité accueillant partout les victimes de son arbitraire ; il, crut qu’il modifierait le sentiment universel en livrant un Jésuite au bûcher de l'inquisition. Le P. Malagri’da lui était depuis longtemps odieux ; ce fut à lui qu’il demanda compte de la réprobation dont les peuples le frappaient. Gabriel Malagrida était un vieillard pres- /jue octogénaire. Né en Italie le 18 septembre 1081), U avait passé dans les Missions la moitié de son existence". Rappelé en Portugal, il était, surtout depuis le tremblement de terre de Lisbonne., un objet de vénération’pour les pauvres et pour les riches. Il vivait dans l’intimité do là famille des Tavora; mais cette liaison n&le constituait pas complice évident de l’attentat du 3 septembre 1758. Pour l’y mêler, il fallait d’abord établir la préméditation, connaître les coupables, et procéder les preuves à la main. Pombal ne s’arrêta point à ces indispensables préliminaires de la justice : il souhaitait que Malagrida et'd’autres prêtres de l’institnt fussent les fauteurs du régicide; la sentence qu’il rendit le déclara. Le Jésuite devait périr avec ses coaccusés ; un caprice ministéi'iel le réserva pour de plus longues soulfrances. Malagrida languit trois ans dans les fers; il y paraissait oublié, lorsque tout à coup Pontbal se ravise. Le Père est sous

le, coup d’un arrêt de mort ; en vertu du jugement, il peut être exécuté d’un jour à l’autre comme instigateur d'un attentat contre ta vie du Roi; Pombal dédaigne cette première sentence. 11 a lui-même condamné Malagrida,, U veut que l'Inquisition prononce à son tour sur ce vieillard. 11 ne s’agit plus de régicide, mais de fausse prophétie et de dévote immoralité. On lui impute d'avoir,dans la solitude de son^acbot, composé deux libelles suite Règne de l’ Antéchrist la Vie de la glorieiue sainte

Anne, dictée par Jésus à sa sainte Mère. ^ ,

Malagrida, infirme, et captif, sans force, privé d’air, de lumière, d’encre, de plumes et de papier, était supposé se repaître d’hallucinations qui, relatées dans .son jugement, attestent bien plutôt un cen eau malade qu’un hérésiarque. Le manuscrit n’est pas représenté ; on cite quelques fragments de ces deux ouvrages, que lé capüciii Norbert arrangea pour la circonstance, et on appelle le Saint-Office à flétrir le J[é8uite. lin des frères du Roi était grand-inquisiteur, il refuse de juger le délire ou l’innocence ; ses assesseurs l’imitent. Pombal saisit ce prétexte pour conférer, la dignité de grand-inquisiteur à Paul Carvalho Mendozza, son frère, qui fut au Maranon l’ennemi lo/plus implacable de la Compagnie de Jésus. Lu nouveau tribunal est formé. 11 n’a pas l’institution pontificale, il ne peut exercer aucun pouvoir juridique t mais Pombal lui a dicté'ses ordres, le tribunal s’y coijfonne. Le P. Malagrida est déclaré auteur d’hérésie.Sv impudique, blasphémateur et déchu du sacerdoce. On le livre au bras séculier, et il périt, le 21 septembre 1761, dans un auto-da-fé solennel. « L’excès du ridicule et de l’alisurdité, dit Voltaire (1) , fut joint à l’excès de l’horreur. Le coupable ne fut mis en jugement que comme uti prophète, et ne fut brfllé que pour avoir été fou, et non pas pour avoir été parricide. »

(1) OEsvrtt de Voltaire, Siècle de Lmit XV, t. xil, p. 351, . ,

Malg^ Voltaire et cètte inquisition de contrebande, le Jésuite n'étalt pas plus insensé que participe. Ses réponses devant le tribunal, le bAillon dont on couvrit sa bouche pendant le trajet fitnèbre, les paroles qu’il prononça sur le bûcher, tout atteste qu’il mourut comme- if avait vécu, dans la plénitude de sa ralsoû et de sa piété.

■ ' Afin de braver le Pape jusque sur lacljaire apostolique et de lui prouver que ses prières étaient aussi IndtUcaces que ses înjonctiçns, Ponibal avait jugé à propos de lui renvoyer dans un dénuement complet la plupart dea .lésuites dont il confisquait les biens. Il en avait assez réuni dans ses proscriptions générales pour essayer de faiiguer rinépuisîible charité du Pontife. Clément XIll se montra* toujours plein de dévouement; Portibal, en face des prisonniers qu'il s’était réservés, ne transigea jamais avec ses cruautés. Le Pape et le ministre portugais restèrent dans le rôle qu’ils s’étaient tracé : l’un adoucissait dos souflrances imméritéès, l’autre cherchait à les aggraver. II avait fait abandonner sur les éOtes d’Italie leitrop plein de ses prisons ; mais ses captifs assumèrent sur eujc'seuls les tortures dont il aurait voulu accabler la Compagnie, li avait fait saisir dans les Missions plusieurs Pères français ou allemands ; il consen a de préférence les Jésuites étrangers, ctu* il espérait qu'aucune famille n’éleverait la voix pour les réclamer. Il les soumit aux misères de détail que la tyrannie la pins tracassière. peut inventer.

11 en avait retenu deux cent vingt-un dans ses chaîné : quàtre-vingt-huit y périrent; d’autres ftirent arrachés à sa barbarie par dona Maria, l’héritière du trône de Portugal ; par Marie-Thérèse d’.iutriclje et par la reine de France (1) . 11 reste encore un certain nombre de let-

(I) La raloc Uarie Laninki, épomt de L«ui* XV, avait chargd le laarqnit de SailU-PriesI, ambasMidcur de France eu PoriUftal, de idclaBMr laa Jésttitca Iraiiçait que Pombal retenait captifs. Ce fut ainsi que les Pères Dd Cad, de Ranceau et le EKtos Dcbart se virent.délirrds. Le comte de

DigitizêdîyCTi i

ET LES JWfltES. 7tt

"tre« écrites par les Jésuites prisonniers de Pombal; toutes retracent les mêmes douleurs et la même patience. Le protestant Christophe de Murr en a recueilli quelquesunès sur l’autographe latin pouHas reproduire dans sou journal (1) . Nous lui empruntons celle que le P. Laurent Kaulen'adressait de la tour de San-Juliano au Provincial du Bas-Rbid. . • • . •

•I Mon Révérend Père,

«'La huitième année de ma captivité est prête à finir, et je trouve pour la ])remière fois l’occasion de faire passer dette lettre. Celurqui m’cn a donné le moyen est un de nos Pères français, Compagnon de ma captivité, et à présent libre par les soins de la reine de France.

Je suis prisonnier depuis 1759. Enlevé par des soldats qui, l’épée à la main, me conduisirent à un fort appelé Olpreïda, surla frontière du Portugal, j’y fus jeté' clans un cachot affreux, rempli de rats si importuns qu’ils infectaient mon lit et partageaient ma nourriture, sans que je pusse les écarter, à cause de l’obscurité du lieu, f^ous étions vingt Jésuites renfermés chacun séparément. Les quatre premiers mois, on nous traita avèc’ 'quelquéf égards; après cela, ou commença à ne nous donner d’aliments que ce qu’il fallait pour nous empêcher de mourir de faim. On nous enleva avec violence nos bréviaires et ce que nous avions de médailles, d’images de saints et d’autres meubles de dévotion ; on voulut même arracher à l’un. de nous son crucifix; il fit une si forte résistance qu’on le lui laissa, et on ne chercha pas à exercer sur les autres une si indigne violence. La

Lcbnltern, anbMtadeur d« ITmpanlriee, refiU le* même* ordre* ) U l«« rciBflil *«Bc le nitiiie empreacment. Les tradiUoni do par* et de la Coia* . pafpiic fiiDl eqeore foi de cette btuuaiii)& :

(i) Journal de ta LUiérature et det Art$, t. it, p. SOS.

cLÉusurr m

' \ *îi

mois après, on nous rendit nos bréviaires: nous souiMmes * dans ces’ cachots obscurs la faim et beaucoup d’autres incommodités : ou n’y donnait aucun secours aux malades. Nous y étions depu’is trois ans, lorsque, à l’occasion de la guerre qui survint, on nous en retira au nombre de dix-neuf : un de nous était mort. Nous traversâmes le Portugal escortés par des escadrons de cavalerie, qui nous conduisirent aux prisons de Lisbonne. Il nous prit en route, à trois Allemands que nous étions, une grande tléfaillance; on nous fit passer la première nuit avec les prisonniers renfermés pour crimes. Le lendemain, nous fûmes amenés dans ce fort, qu’on appellede Saint-Julien, sur le bord de la iper, où je suis avec les autres Jésuites; Au moment où je vous écris, notre prison est des plus horribles ; c’est un cachot souterrain, obscur et infect, où il n’entre de jour que par une ouverture de trois palmes de haut sur trois doigts de large. On nous y donne un peu d’huile pour la lampe, une modique et mauvaise nourriture, de mauvaise eau^ souvent corrompue et remplie de vers ; nous avons une demi-livre de pain par jour ; on donne aux malades la cinquième partie d’une poule; on ne nous accorde les sacrements qu’à la mort, et il faut que le danger soit attesté par le chirurgien qui fait l’office de médecin dans notre prison, (’.omme il demeure hors du fort et qu’il n’est permis à aucun autre de nous voir, il n’y a aucun secours spirituel ni corporel à- espérer pendant la nuit. Les cachots sont remplis de quantité de vers, et cf autres insectes èt de petits animaux qui m’étaient inconnus. L’eau suinte s*ns cesse le long des murs, ce qui fait que les vêtements et autres choses y pourris.sent en peu de temps; aussi le gouverneur dû fort disait-il dernièrement à quelqu’un qui me l’a répété : « Chose admirable I tout se pourrit promptement : il n’y a ici que les Pères qui s’y conser- • veut. 1) A la vérité, nous paraissons conservés par mi-

BT US JlBDms. M

' rMle, afij) .de souffrir pour Jéso^C.hrist Le clûrurgien s'iétoune souvent cotnnicnt plumeurs malades d’entre npus se 'guérisseut et ap r^tablissenl ; il avoué qiie leurs guérisons ne sont p^s l’-effet des remèdes, mais .d’une vertu divine. Quelques-uns reeouvrent la santé après les vœuX qu'.ils ont Gûts; on de. nous,- prêt à mourir, fut subiledient guéri après avoir' pris 'de la farine miraculeux dé saint Louis de (jonzagne; un autre tombé en' délire, dans lequel il jetait les plps horr'ibles cria, se rétablit tout d’un coup après quelques prières dites auprès de lui par un de ses compagnons ; un autre, après avoir reçu la sainté Eucbaristie,se trouva sur-le-champ soulagé et fortifié dans une maladie qui l’a réduit plusieurs, fois à,rextrémité. Le chirurgien, qui a vu cela, dit ordinairement : « Je sais le remède de celui-ci : donnez-lui le. corpa de notre Seigneur pour l’empteber de mourir.. » U. en est mort un dont le visage a pris un éclat qu’il

'n’avait pas pendant sa vie,en sOrte que les soldats et les autres qui le contemplaieiit ne; pouvaient s’empêcher dé ^re ; « Voilà, le visage d’un bienheureux, p Témoins de ces choses, et fortifié par le ciel en d’autres manières, nous no.us réjouissons avec ceux •d’entre nous qui meurent, et nous envions en quelque sorte, leur destin, non pareequ’ils sont.au bout de. leurs* travaux, uiais j;>arce-; qu’ils ont remporté la palnie. Les- vœux de la plupart sont de mourir sur le. cliamp de bataille. Les trois Français qui ont été mis, en liberté en ont été tristes, regardant notre position plus heureuse que .la leur. Nous .sommes dans l’^iction, et cependant presque toujours dan.s la joie, quoique- n’ayant pas unjnoment sans quelque souffrance et presque nus ; il y en a peu d’entre nous qui conserv ent quelques lanil)eaux de leurs soutanes. .4 peine pouvons-AÔus obtenir de quoi nous couvrir autant quç la modestie l'exige. Vn tissu de je ne àai.s quel poil à {milites aiguës nous sert de couyertuçe, un (mu de (mille

in- ctriiiniT XIV

KAt tout tiotre li(t eiie (lourtit en }>en de tem)l»,' ainsi que la couverture , ét nous avons Wien de ia peine wi ' obtetrir autre t'ce nS»t souvent qu’apres eivavbif mar^ qué longtenqia. ' v*-' . ^ ' »

Il 11 ne noua e6( pertnia de parier à pèrsoriùe, et pçr^. «mno ne peut parler et demander pmir nofts. Le gediier eft d'une diifeté extrême, et s’étudie à nous faire sou/frirç' ii neus dit rarement un mot de dopcOTr, et paratt ne . nous fournir qu’avec répugnanoe les oboMs dont notrS ■ avons liésoin. On ofl're la liberté et toutes sortes de bons traitements il ceux qui voudront-abjurer l’însfitut. NôS Pères qui étaient à Mactu>, ét dont quelques-uns. ont déjà enduré avec courage, -fianni les infidèles, les prisons, les fer# et les tourments souvent réitérés, ont été aussi amenés ioit et il B été, ce semble, plùs agréable à Dieir de les voir aenfü-ir en ce paj-s, sans l’ avoir mérité, que mqurir pour, ta fbl ohes les idoiâtres.-^ Nous avons été dans ces cachots vingt-sept de.îâ provtnoo dé Goa, un * de la province de Malabar* dix de-celle de Portiigàl,’neuf do aeUe du BréslL, vingt-trois de celle du Marapon, dix de celle du Ja^n* doue de la province de Chine. Dans ' ce nombrejll f avah un Italien, trdxe Allemands, trois fîhinoln, cinqiiante-qnatre Portngais, tréls Fronçais et (Wux BspSgnols. De ce nombre trois sont iports et trois ont été mis en liberté. ‘ ^

.'■« « Nous restons encore soixante-seixe.; il y en a 'd’antrès enfermés dans lés tours; mais je ,n’ai pu savoir qui ' ils sont, ni en quel nombre, ni de qilel pays. Nous dem'ando'ns aux Pères de votre province dés prières, pour nous, non pas comme des îiommes à plaindre, puisque nous nous estimons heureux. Pour pioT,’ quoique je sou.» balte la délivrante de me^ compagnons dç” souffrances, je ne changerais pas mon état avec le vôtre. Noua souhaitons à nos Pères une bonne santé et le bonheur de travailler rmirageusemenl pom Dieu dans votre pays.

JiT lES JfÉ*nTÉti.- ■ 8J

«fin fp)e sa gloire reçorre autant 4’âccr(MJW('menf îia’élle

■ reçoit (lé (hmiinit ion. ’ *' ^

K De la priiron üe Samt-Jollen, sur le bord du Tage,

le IS octobre 17(W. . '

■ » ■ ■ . « De votre Révérence le très ImmWe

’ et très pbéis.«^nt serviteur.

. U KAb'LE^i, captif de Jésus-Cluist. n,

D’autres lettres sont aussi ''éloquentes de douleur, aussi magnlTupies tic çoitrage chrétien. Ces jésuites, dont le nombre décroissait Chaque ânnée, étaient pour Poinbal une satisfaction de tons les instants. II so' délec^ tqit lès voir souffrir, connue il aimait :V réaliser des projets .auxquels le san^ versé paràis'sait (Hre un Insnrmon- • fablo obstacle. 11 avait rév'é, dans- le? prettilels jours de aa puissance, le Jiiafiape de son fils avec une Tavoi^. Cu refue entraîna peut-être les malheurs que nous \ enoiisdo raconter. Pombal avait brisé’' cette. Hliislre fkmille, il voulut que, son fils réalisât le plan formé dans sa tête. L’enfant du bourreau épousa la fille des victimes. ’Poinbal avait tout fait pour rendre impossible aux Jésuites leur Féüitégràtion dans le royaume. En 19â9, lorsqu'on les y rappela^ le marquiB ^ Ponibal et la .comtesse d'O- , livcira, les deu.t héritiers du ministre portugais, Icsre^ çurent' à' leur arrivée. Ils les comMèfent de tilmoignages d’i^ecfucux regrets, et les trois premiers pensionnaires que te collège restauré de Coïmbre vil entrer dans ses • *■ murs avec lea Pères furent les «rière-petits-fils de riiommc. qni travailla le phis activement à la destruction, des Jésuites. (1) "

- . (1) Quelque cfaoce manquerait & ce récit si nens ne doniHnns pas On (rsriBem iTune lettre écrite df la viHe de Pombal par le P.. Delranx, qui, eu 1M9, Ibt ebarfé de réInstaUer les léssHes en Poctugal. Les restes mocr feis do grami ^mArqirit n'afsient pas efteore été déposai dàés le tombeau . que, svirant ses dernières Tolonlés, sa ramHIe lui IH Wger I Ôerras. Le-

nu ' CLÉMENT XIV. : .

La^fiMÜli'té v>pc latjuelle il avait pu tromper son Roi, éluder les prtères ou les décrets du Saint-Siégei et arri- \ er iirésque s^is oppositiou .au reuversemeut de la Société de J^sus, fut un encouragement pour les adversaires d’elle comptait en Europe, l^inbal'ayait réussi jiar des ■ • moyens coupables : les Philosophes," Ifes Jansénistes ét les Parlementaires blâmaient sa froide cruauté, son dfespotisme- inintelligent; maisj forts de l’expérience tentée, ils commençaient à espérer, qit'avec des mesures moins acerbes Ils' pbun aiênt paryenir au. même but. La chute de.s Jésuites dans le -royaume trè^ fidèle réveilla les hai- * nés. On ne songea pas à les tuer ; on crut que la calomnie^ sulTirait pour s’en débarrasser. On attisa contré' eux .ôétte- guerre de sarcasmes ou d^invraiseinblances quî avait eu -ses intermittences, mais qui alors se développa

cfteueiU couvert d'uo drap fuuM>rCt était conOé I la garde àn Fraoebr^nf. Lie F. DHvasx raconte le* triste* viciasHudes qa^éprutiva ce rervaail pémlaat les guerres de la PéninsulCi puk il ajouter . .

« Il faut remarquer que Pombal esl^la |>rcinière populaiioo du diocèse de CoZmbre, du cdlé de Lisbonne. Or, l'évéquc de Colo^re aspil envoyé Fordre é toutes les paroisA* que nous devions traverse de nous recevoir en triomphe. C'qst d<mc è la lettre quMI avait thllu me dérober au triompbe poureourir à Saint'Frunçois; mais c'était un besoin du cœur. Je ne saurais ^ rendre ce q|ue j’éproûvai en OlTrant la victime de propitiation, TagAean qui pria sur la croix pour sel bourreanx^ en l'offrant pour le repos de rùme de don Sébastien Carvgiho, marqnis de PcHnbal, rorpo/e prcraenlc.' H y avait donc cinquante ans qu'il attendait là, au pasage, cette Compagnie revenant de Texll auquel il l'avait si durement condamnée, etdont, mi reste, InMuème avait ^frédit le retour. ^ "

] tt^endanl que je satisfaisais, à ce devoir rdigien, le triomphe qu'on nous forait d'accepter, je voulais dire endurer, éblouit toute la tille et ses environs; toutes les cloches sonnaient; le prienr, arebiprétre, venait processieaDellcment chercher nos Pères pour les conduire à l'égKse, où tout était illuminé. C'était comme un songe. »

La vengeance des Jésuites ne pouvait pas, en effet, être plus complète* Iis *se dérub^leat à l'cuUiousiasme dan( ils devenaient l'objet à Pombal, pour SC recueillir et prier en silence sur le tombean non encore fermé du ministre, leur epDemj. . ^ • •

. . ' . . ÊT LES lÊSL’im. -, • 85 .

dina toute 5on èxtensloii. Depuis ^origine de la Sodi'té, il ÿ a\iait’ tradition, chaîne non interronipue do libelles et de mensonges. On exhuma ce ivieux passé d’imposttmes. Le» Protestants avaient commencé, les Jansénistes enchérirent encore. Il est impossible de ramasser toutes ceâ hontes de la pensée ; mais l’histoire se voit condam- • née-è enregistrer celles qui sont pour ainsi dire légales. • Avant d’entrér dans le réôâfdes événements relatifs à la’ France, à Itispagne et 'à Fltalie, il faut donc s’arrêter à quelques faits ^qui po>tent lénr 'enseignement a\ÿic. eu.\. . '

t^ea Jésuites étaient les infatigables tenants contre 1^ 1’rote.staiitisme. En 1602, au moment où Henri IV sedis^ posait jk-'les rétablir, le Synode' calviniste Assemblé à 'Grenoble prend la résolütioh d’émployer'tous les moyenh des’opposeï- à leur retour. Uilistoire du P. JJeniy, Jé- Htiiie brûlé à Anver» le 12,rtoi}t 1601,. sort dés presses hérétiques.- Elle est bientôt répandue en France, fcè P. Henry, avait commis tous leé crimeSj et le titre du Kvre annonçait que- « Oette histoire était tournée de fla^ mand en français. » Le Roi et les Jésuites établissent une enquête, dans toutes les.Flandres. 11 n’a jamais été question ni jle c^t autoja-fé ni du Jésuhe. Guillaume, de Bérgbes,' évêque d’.Vnvers, constate le mênsonge, H en fait retomber la. confusion sur les Sectaires, ugens accoutumés, selon lui,’ à promouvoir leur Évangile par telles feintes.' 1) Les magistrats de la ville où le P. Henry > était né, où il avait prêché, où, il venait d’être brûlé, déclarent que cés événements ne sont'qu’un tissu defables. Ce Père était un être de raison. Les Hérétiques proclamaient qu’il se nommait Henry /Mangot, fils de Jean Mangot, fourbisseur ; les magistrats attestent que,'

« de mémoire d’homme, il ne s’ est fait à .\nvers ]>unition • du crime abominable dont on accusait le prétendu P. Henry, qu’il n’y a jamais eu à .Anvers de Jésuite du

cumb^it xiv. • ' <

nom Henry Ù3ngpt,çt qu’entre les bourgeois d’.Anvers

il u'y a jamais eu dp nommé Jèan Mangot, même duméticr des fourbÎ8sem;3. » ‘ .

L’jmposture était coufondue : eUe fit la morte, pour se ^éveiller quand lés animosités seraient plus vivaces. £lle reparut èat758, comme si un siècle et demi auparavant elle n’avait pas 'ôté écrasée sous le poids des preuves juridiques. l.efait du P. Henry était notoire. Au moment * de la suppression, on l'évoqua contre les /ésuites. 11 en bit de même pour la mortetpour l’ héritage d'Ambroise Guis.

En 1716, un artisan de Marseille, nommé Esprit Bérengier, et Honoré Guérin, prêtre interdit par son évêque, arrivent à Brest. Ils annoncent qU’ils viennent réclamer une fortune de plus de deux millions qu’a dLb' laisser un de leurs parents, Arabrotsë Quia, mort, selon euxr À Breôt en 171)1. Leurs démarches n’aboutissent & •aucun résultat. Personne n'a vu, n’a connu cet homme si riche. L’ autorité locale n’en a jamais entendu parler^ - Deux aanéos s'écoulent, et en 1718 les Jésuites du Gol- . lé^ de là marine sont tout à coup accusés d’avoir attiré - ^piM^lcur maison Guis, qui débarquait malado, et de l’aVoir dé{)ouiJlé de son .trésor. Guis, disait-oii, avait été . tué chct les Jésuites, et l’abbé Rognant, recteur de 1«. paroisse de Saint-Louis, avait fait transporter le cadavre à.l’hôpital, où il fut inhumé. , \ .

L'imputation était gravé. Les Jésuites réunissent les éléments qui peuvent la détruire. Le gouvernement, de son côté, charge Le Bret, premier président du ParlO;meiu d’Àix, d’informer. Ge magistrat, qui était en même temps intendant de la province, fait interroger à Marseille les ]>arenU d’Ambroise. Ils racontent que Guis, tombé dans la mlséru-«t déjà vieux,' s’embarqua pour Alicaple en 1661 . et que. par divers rapports, U éuk 'venu à leur eonaeiasance qu'U-H’evait pas été plus keu-

Digilized by Giiugle

• . et 97

reux «w Kspaguü qu w Fraaov, f>> )>r«»iutii âceit à Alicante : i) en ra^itcat cxirait niurtueUa « Anibrolâc Gui», Françni» de umioo. vendradi U uu* veuibre lüdô ou enterra le su»dit dans ceUo éybee |Mui i'^uur de Dieu, et tout . le clergé y aseieU ou.esécuûoti de l’ordonuance et décret du Grand-Vicaire iiqrain dû celte. ville^d’ Alicante et du toe.^étriteiiu » Gu(-acte^ dont copie nutbeutique .e.t légale était cerdTiéé par Uni» notaires et par le'cousûl IVauçais, renversait l’échalbudage de succession si péuiblemeùt dressé conUe ^ Jésuités- On avait ajouté lui aux insinuaüon.s de la ntalx'eillance, on se tut devant cette preuve irrécusable. Les béciliers d’Mibreisc Guis ayàiciit évoqué l'alTi^c ati • Parlement de Bretagne. Le It) février 173A, «la'cour, faisant droit, sm* les cliargcs, infurtnations et requêtes des Pères Jésuites do Brest, les a renvoyés hors Paecusar tiou-, sauf à eux è se pourvoir pour icurs réparations, dépens, 'donunoges et* intérêts, a- . ‘

Getté fable avait eu le sort rie tantd’auUee t elle était depuis longlenips oubliée ainsi que la succuesion d'Auu? bruise Guk ; mais contr e les Jésuites lacakurmie ne subU jamais de prescription élèriielie. On a toujours une heure où elle peut ^user d’autres géuéraûons. Pombal était doits le feu de ses violences. 11 parut. eu Frauue un écrit destiné à révelBei' cette allairc. U avait pour titi-e ; ArvH du conseil d'EliU du Iloi, qui condamm tous les Jésuites du ro§uunu! soiiduirenu-ul ù rendre ueu- Itériiiers d'Am‘‘ broisc Cuis les effets en nature de sa sueeessioH, au à leur payer, par forme de restitution, la sonune ds kuil utUlious de livres. Le 3 inar.s 175P, cet arrêt fut siguihé' aux Jésuites de Paris. L’-audace de ceux qui l'avaieui fobriqué était grande; mais à celte époque U) |>uuv<Mr s'pufoiiçait dans dt» voies qui le oondqisaiuui à t'u|qMu-

. l, ArdiivM de la paruitk &ainle*Maric»'|>« ^ ^

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bre et au suicide. Circonvenu par tant de corruptiotts avouées ou secrètes, il ne se trouvait' encouragé que ' pour faire le" mal. Une trame habilement ourdie avaK essayé de séduire la probité du secrétaire de la chancellerie; cette trame fut déjouée. Le 30 mars le conseil d’État annula l’édit supposé, et on lit dans ses registres :

« Sa Majesté ~a estimé ne devoir pas laisser subsister ht «gnification d'un arrêt qui n'a jamais été rendu, et, il est de sa justice de faire punir sévèrement ceux qui seront convaincus d’avoir eu part à la fabrication du prétendu arrêt et de l’avOir imprimé, .vendu, débité pu autrement distribué en public, n . ‘ ' ' '■

' A Brest, à Paris, on-accusait les Jésuites de vol ,et. d’homicide. Vers la même époque la Provence, retentissait d’inculpations non moins délicates contre l’honneur d’un Père de la Compagnie. Jéan-Baptiste GiraTd, recteur du Séminaire royal de la .Marine, à Toulon, était un ' prêtre pieux, mais crédule. D fut- trompé par les enthou-' siasmes d’une jeune fille portant au plus haut degré la '' ^ssioli d’une célébrité de dévote. Catheriile La Cadière feignait des extases. Elle avait reçu les stigmates comme sûnte Catherine de Sienne. Elle écrivait des lettres brû-, lantes de la plus haute spiritualité, comme une nouvelle sainte Thért^l et le P. Girard prêtait une oreille docile à ces récits de visionnaire. Sa foi^ut si entière qu’il ne sOupçr>nnà que deux ans après Terreur dans laquelle cette jeune fille le faisait tomber, Par une candeur inexbusi^'' ' We le Jésuite s’était fourvoyé dans un labyrinthe de mysticisme non sans péril pour le directeur et pour la péni-' tente. 11 fit retraite, et dans une lettrp aussi convenable qné sage (1) il engagea La Cadièie A choisir un autre confesseur. Cet abandon froissa l’irritable vanité de lajeune illuminée. 11 dérangeait les calculs de. ses deux

;{) Crue lettre a éW produite au procis de La Cadière, doot ou a eu l'art de CorBier ait voluom in-11. ' '

BT'LES JÉSCITIS.’ - g* ■

frères, qui rédigeaient sa corresjwndanCe, et qui, quoique prêtres, cherchaient à abuser de < la tfrédiilité d’un autre prêtre. Catherine était repoussée par un Jésuite s elle dut nécessairement chercher sa vengeance che» les Jansénistes. Elle s’adressa à un Carme nommé le P. Nicolas, fervent discipre de Quesnel. C’était le temps des convulsions et des miracles du cimetière de Saint- .Médard. Les IMrilosophès commençaient àme plus croire en Dieu ; les sectateurs du diacre Pàris acceptaient plus facilemeut que l’Évangdc toutes les merveilleuses Absurdités s’improvisant à son tombeau. La mode était aux possessions : LaCadière feint d’être possédée du démon.

Le P. Girard a exercé contre’elle tant de sortilèges et d’enchantements qu’elle s’avoue infanticide. Le crime Se mêlait à l’imposture rejigieûse. Le Janséniste comprit que sa secte tirerait bon parti de cette feramev entraînée par la vengeance jusqu’au sacrifice de son honneur. La cause est portée devant la ‘grand’chambre du Parlement d’Aix. Catherine, soumise à une minutieuse instruction, se trouve en face de magistrats que ses visions' n’éblouissent guère. Aujourd’hui elle accuse le Jésuite, le lendemain elle rétracte ses dires. Girard pour elle esttantôt un homme de mœurs exemplaires, et de solide piété, tantôt un ange déchu. Dans èette Confusion de récits, le Parlement hésitait. La correspmidance de Girard avec l.a Cadière lit cesser ses doutes-. La conviction 'de ce Jésuite s’y révélait à chaque mot : on l’y trpuvâit toujours simple et crédule, mais aussi toujours chaste et pieux. . “

('.et étrange procès était un coup do, partie pour les ennemis de la Société de Jésfls î ou l’exploita de toutes les manières. Le pampliletet la clianson, le' raisonnement et l’injure, la défiance janséniste et le sarcasme philosdphkjué, tout fut mis eu jeù. Oii'xihnonça’même qùe le P- Girard avait été brûlé vif à .-Vix, eomme sorsier et

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sioos. ^ofia ce dr^e, qui a fait «wlsr taai de Ilots d'encre, se termina lé 10 octobre 1731 par. un. arrêt ainsi conçu : « Dit a esté que la cour, Xaisant droit sur toutes les fins et conclusions des parties, a- déchargé et décharge ledit J; B. Girard des accusations et crimes 4 lui imputés, l’a mis et met sur iceux hors de cour et de procès. »

Les Jansénistes n’étaient' plue daugereux , iis avaient perdu leurâ hommes de génie : pcrsonas né lepipl^tût cette génération des Arnauld, de Pascal, dé Sa^y et de . Nicole. L’intrigue succédait au- talent, Pbypocrisié à U* foL L’autel élevé par des ihains puissantes s’affaissait sous le ridicule. Les Jansénistes ne pnévaieàt plus rieit par eux-mêmes, ils crurent qu’ils seraient {dus heureux en se donnant un Jésuite pour complice de leurs miracles. En 1782, au moment où le procès de La.Gadiêre finissait, comme tout finit en France, pai- la lassitude, leà Jansénistes inventèrent que -le P. Ghamillard était mort à Paris en appelant de la buUo li mgemlus. L’appel était la parole sacramentelle de l’époque, le motd!ordro . souillé aux factions. Au dire des Sectaires, dont les zettes étaient les porte-voix, un combat s’était livré suc le cercueil dç Ghamillard, que se disputaient les deit^ . opinions, et ht cause du Jansénisme avait enfin triomphé. Le P. Ghamillard, mort en odeur de sainteté hérétique, a\Ait été déposé dans nue cave ; de là, il exhalait un paffqm, que son intercession avait la vertu de guéi^ toutes les maladies du corps et de l’esprit. Il y a des gens qui ont pour, principe dè croire à l’impossible. Li) enfant de Loyola, devenu'disciple deJanséniu^ était quelque chose dé si étrange, que tous les adeptes s’emiressëreiit d’^ ajoutei foi; mais le . P. Ghamillard, qui u'éUit ui mort ni partisan de ressuscita

toutà ’cnupf.ejL, le 15 février i782, il écrivit urte lettre

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se terrtinaiH ainsi : « Il est "évident,” par ce qui Vient d’arriver h ipon égard, que sî les J^uites voulaient se*' • rendra appelants de Ja constitution, 'dès lors ils deviendraient tous de grands honjmes et des hommes à miracles, au jugement'tte ceux. qui sont aiijourd’hursi acharnés à les décrier, comme je le suis devenu un moment sur le bruit de mon prétèndu'sppel. Mais nous n’açhétons pas à ce' prix les' éloges des noviûeurs. Nous nous croyons honorés par leurs outrages, quand nous faisons réOexion que ceux qui nous déchirent si.. cruellement dans leurs discours et dan? leurs libelles sont lés mêmes qui blasplièment avec tant d’irupiélé contre cë qu’il y a de plus respectable et de plus sacré dans l’ÉgliSe et dans : l'État. » ■ . .

. Ce que le Jésuite disait en 1732 sera vrai tint qu’il y aura des partis dans le monde. H mettait le doigt sur la plaie vive de toutes les oppositions ; cela n’ arrêta point les Jansénistes dans .leurs attaques. L’Ordre de Jésus était en butte à tous les coups. Mille accusations du ' geure de cetlêe que nous avond retracées se renouvelaient dans les royaumes catholiques. La paix» et te bonheur .semblaient devoir |)artout renaître, si euiui la proscription atteignait l’Institut de saint Ignace, seul obstacle à la conciliation des esprits. Protestants, Kncyclopédistes. Universitaires, membres du Parlement ou sectatetirs'du jansénisme, tous sortis de camps si divers, se réunissaient dans une pensée commune ; chacun s’apprêtait h écraser les Jésuites pour préparer le triomq>bç()c sa cause. Un événement inattendu doiina prise ^ toutes les espérances, et offrit. une réalité k toutes les accusations t cet événenlent fut la banqueroute du P. Lavatette. •' >-

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