CHAPITRE. II
Cauâc de la lieslrucüon des Jésuites eu Fjaucc. — Opinion des écrivains prot^ lants — Louis XV ft Voltaire r6i. C^iaiition des rarlcuienls^des Jaosénlsiesetdes Philosophes contre la Société. Lesdooteors dol’éconoMiepoUlkiue. — Impala tiooo dont un charge les Jésuites. — Les coiircsseurs.de la fanülie royale. — Portrait depuis XV. — Attentat de Damiens. — Madame de P^mpadour veut faire amnistier m vie passée par un Jésuite. — Le P. de Socy et la Mdrcpiiae. — Kllc négocie à Itome.-^ Sa lettre conrideiiiirllc. •>- 14.* p7 de l^ivuletic i la Martinique. Il est dénoncé pour (Ml de négoce.'- L'intendant de la Martinique prend sa défense. — Encouragement ^ue lui dtwmc le iiiiniatrc de la marine. *— De retour aux AoUUes, LavaleUe acMte tics terres & la Dominique. — Scs travaux et ses eoiprunts. — Son counuerce dain> les ports de Hollande. Les t^rsaires aAglais capturent ses vaisseai4x. -r Les traUes- ^ du P. Lav aieltc sont proiestécs. — Les Jésuites ne s'accordébt pas sur les nwycoa tl’apaiser ce scandale. — lis sont cundanmés & payer v»HdaireinenL — Ouolîon de solidarité. — lis en appellent des tribunaux. consulaires au ParTedicnt. — Les %’Hi' t^r nomn^s Pour la Martinique. — Accidénis qui le» rciienneuL ~ .Le P. de I .a .Maichi' parvient enfin apx Antilles. — Il juge M condamne I.,avalclle. — Sa décta> ration. — (.es créanciers au Parlement. — !.« maréchal de Belle-lslc et le duc de Uioiseul. — Caraclère de ce dernier. — Saleitru i Ixiuis XVi sur les Jésuites. ~ Uc la question do faillite, le Parlement remoirte aux Constitutions de l’Ordre.'*- Le» GoagrégaUons supprintéed. — Arrêt d6 &mai ITdL — ).« ConseH du roiet le Pario>
• lueiu iioiiiiutAU, chacun de son céié, une coiumissiou pour Texaiucn de ITnstituu — Chauselinel l^’pcllciiov Saint'Fargeao. — llappoi^de ChauveUn. — lOiOT' dyime de surseoir. — Le Parleimmt élude Tordre. ** 1^ Parlement reçoit te proculi^i général upiwlant de toutes les bulles, brefs, en favéur des Jésuites. — Arrêta sur arrêts. — Les JiHuites ne se défciMlcnt pas. — Louis XV consulte les évéquts d^ Kfance.sur TlnstiuiL — l.eur réponse. — £inq rmxdo minorflédemandmtquH' ques modilicatiuns. » Les Jésuites font une déclaration ; Us adhèrcntA Teaseignemf*nt di^s quatre ailicles de td82. Concession inutile. — 1^ roi annule toutes les piocéridn's entaméeq. ^ Paluphlets contre la Société de Jésus."— KxtraiU des Jsxr/'Horu.~LesJésu1te!i expulM’adc leurs collégci. — ^Vsvéïubléescxlraordinaiiea du vjrrgé de France. — réassemblée sc pronotKC en faveur des Jésuites. — Sa lollre au roi. — Vuliairc et d'Alembert, — I es Parloncnu de provhico. — 1^ Chalolala, Dmioii et MoïKÜar, procureurs géiiviaux de' nenues, de üi^dcaQx et d'Aîx. — ^eurs coiupfes-renduS. — Situation des Parlements de province. — La majorité' et la luinorlié. — Le président d'£guiUcs et ses mémoires inédits. — Le Pariemuot 0e Paris pi oiionce son arrêt de desiruciiua de la Compagnie. — l>es cours souveraines de Franche-Conrté, d’AIsarc, de Flandre et (TArtois ainsi que la Lorraine s’opposent il roxpulaiocl des J.ésttile». — CunfiM'aiio» des biens -de la Itociéid. Pension faifé aux J' .“uiU*s. — Jngementqm* poiVnl les Protestants sur ect arrêt. — Proscripiiou des Jesuitt». — Causes de la proscription. —ScIioh?! etlji Metmais. — Christophe de gcaafnont, archevêque de Paris, et sa pastoralesur les Jésuites. — Côlère dirPartcment' — 'Chi istuplie de Beautnoiit dté J la barre. — Sa pastorale brûlée par la tnaip du bourreau. — l.e$ Jésuites forcés d'opter entre ■l’uposüisie cl Tenlj. — Cinq sur sur quatie iiiille. -■ Lettre des txiNfcsseur^ dû la-rantilie soyaIeL Louis XV — Sa i^poutf Le dauphin aiiLonseif. — £dit du roi gui rcsü efm les arrêts da Parleriient.
• .»• Uénieiu Xlil al la huHc Aposioliotm, — Les Jéâoiles eit. Etipainc. — Charte* DI
EX LES iiSDlTES. *3
l(('4<iead ooaire Pouitwli — Ltaeulrdcs Chapeaux i|>ala*c pW les JCMilha. — ■■Kèiieiulinenl du i«l d'Espagne. — Le conte irAraada dctieui tninisire. — U doc #âlbelnTéDle«r de l’empereur NiooluI*.— las hialorinis piulestanu ncomeui de quelle mauiere on ludi^oea Gbat les UI cootre rhisiiutc— Lee Icilrea apocryphaaL .r Qioi^l et tPAraadat— La eentencpxia cooseU extraordimitc.— Uystittieuse trame, cautre lefMovlies.^(kdre du roi donne h tooaâeaol^cn drikMniili' Uires pour enlever les Mtuiles A la menie heure. — Don Jlaoud de Heda M le ' cotrihiaeur dn roT — LXpdralion cesardenna tain ï la Saciéte de JPuu. — La Carreepondance de Roda. — Lw Jdaultca arréMa en Espegrw, en Amérique <T aax Indet. — Aenaoca «phnaatiquea de Roda. — Provocation du minMiie au Satm- Siégé. — Les Jésuliei oMIseent. — la P. Joseph Pignaielll.— Client XU1 supplie Onrlhs B1 de lui Mygcoonalire lea causes de cette grande mesure. — Rétlcqnce de Roi, son ohaiinaUoo — BieCdu Pape. Auitiide do ordinal Tarregiaiii.
— nfcrcead silence le goaremeitient espagnol. — lat Jésuites Jetés sut le terntoicejvnialn — Causes qui leeen hmireponaeer. '— Pmieatani ceniieLailiollque.
— Rodé ttaoigue en faveur des Jésuilea — Les Jésoiies h Naples. — Tannoai
hnlte d’Aranda. — las Jésnlles prdscriis. — On les expulse de Parme et de liaiie. V— Oémeoi xm proclame ht décbdancednducdePame. —4a Primce l’empare d'Avignon, Naples de Bénéreot et de Punle^Ainro. -c Mcna^ du m«quisrl’Atttaeiarre au noen de Cbolsetil. — Courac^ dn Pape. — Sa morl. ,
Afio d’apprécier avec équité les évédeiuenta qui vobt précipiter eu Frauce la ebutede l’ürdre de. saint l^ace, il faut se placer au point de vue protestant. Dans ce* faii de la destruction des Jésuites il y eut, sans aucun doute, des causes aooessoires, des mobiles subalternes, des intérêts accidentels ; mais celui qur prédomine fut inedn-. testablement le besoin Qu’avaient tontes les sectes ednpbinées d’isoler le Catholicisme, et dé le trouver sans défenseurs au moment où elles L’attaqueraient à fond. Les écrivains eaivhiistes ou- luthériens ont parfaitement saisLoette situation. Scblossej- écrit (1) : n On avait juré nné haine irréconciliable à la Religion oathoUque, depuis des siècles incorporée à l’État.... .Pour achever oette révolution intérieurç et pour ôter à l’antique système religieux et catholique sou, soutien principial, les .diverses cours de la maison de Bourbon, ignorant tlii’ elles allaient mettre par là l'instruction de la jeun^se en des mains bien lüfler.entes, se réunirent contre les Jésuites, aux-
(Il ijitloire dc$ révoluliohs potUiqnettt littéraires de CEui'dpe au dix- Ahilicdw sUele, t. I, par SchloMer, ÿrofemcâr dSinlaire t ISwWrrailé dp
Hpidélberg. • . . . '
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quels leÀ Jansénistes avaient fait perdre dès longtètùps, et par des moyens souvent équivoques, l’estime acqu^
■ depuis des siècles, s * . ’ ■ . *
Ce n'est, pas le seul témoignage que rende k la. vérité r école protestante. Schmll s’exprime ainsi (l)-.: « Un» conspiration s’était foimée outre les aueiena Jansénistes et le parti des Philosophes; ou plutôt, comtne’ces" deux . factions tendaient au mépte but, elles y travaillaient dans une telle harmonie ipron mirait pu croire qu’cHes . concertaient leurs moyens. Lee.Jansénisies, sous l'apparence d’un sèle religieux, et les Philosophes', eu ajlîchant des aentimeiits dé philanthropie, travaillment tons le.s deux au renversement de l’autorité pontificale. Tél fut faveuglement de beaucoup d’hommes bien pensante. qu’Hs firent cause commune avec une secte qulls’auraieiit abhorrée s’ils en avaient connu |es intentions! Ces .sortes d'erroups ne sont .pas rares; chaqm siècle a la sienne... /Mais, pour renverser la puissance ecclésiastique, il fallait l’isoler en Jni enlevant l’appui de cette phalange sacrée qui s'était'dévouée à la défense du trône pontifical, c’est à dire les Jésuites. Telle f\it la vraie cause de la haine qu’on voua h cette Société. Les imprudences que commirent quelques-uns de ses membres . , fouruireqt des armes poui' .combattre l’Ordre,, éf la guerre contre les Jésuites devint populaire; ou plutôt, haïr et persécuter un Ordre dont l’existence tenait k celle de la Religion catholiquô el du trône devint un titre qtri ! donnait le droit du se dire philosophe, » ■ - - *
Les écrivains protestants tranchent la question. D’après eux, les Jésuites ne furent calomniés et sacflflés que parcequ’ils étaient l’avant-garde et le corpSde réserve de l’Église. L’animosité et la passion ne s’attachèrent k les détruire qu’au raoment.où U fut démontré que rien *
^ (t) CffUPs'iChUtoire dts État$ europénts, U xuv» P* . * '
' - ET Lfes lÉsmw.. $5
ne ponrrntt l^'sépàrer du centre d’unité ; on ne !ee ac- ' caWa ffué lorsqu’il fut av^é qu’ils né transigeraient ja-, mais avec leur devoir de pr&tres catholiques. Ils tena'ient en main les générations ftitures, ils çntravalerrt le mou-' vemenf imprimé. Rien d'hostile au Saint-Siège, et, par . conséquent, â la Religion, ne pouvait réussir tant que les Jésuites seraient là jwur déjouei* les complots de la pensée ou pour rompre le iaisoeau ,de haines que l’on a’éflorçait de^grpssir en les agglomérant. Le» Jésuites étaient inébranlables dans leur foi. Ils repoussaient toute idée de conjuration menaçant l’autorité spirituelle. Ils vivaient sams demander h des utopies jxtlitiqnes le dernier mot de la royauté. On conspira contre enx; on les «léchfra cotipablcs puisqu’ils refusaient des'associer an»' trame» enveloppant le Saint-Siège et' les monarchies».
« Pans toutés le» oouré, an dLx-hnitième siècle, dit I,éopold Ran\e (1), se tornjèrtnt deux partis, dont l’nn faisait la guprre k la Papauté, à l’Église, k l'État, et dont L^dntre cherchait 4 maintenir les choses telles qu’elles étaient et 'à conserver Ja prérogative de FÉglise universelle. te dernier parti était snrtput représenté par les ' Jésuites. Gel Ordre apparut comme le plus formidable bonlevart des principes catholiques : c'est contre lui qùe æ dirigea immédiatement Forage. » ^ '. ■*
' L’orage s’ était amoncelé de plusieurs cétfe 4 la fois. Vieilles inimitié, jeunes espérances, lllaslbns philan- Üiropiqncs, songes décevants, ambitieuses pensées, tout' se coalisait pour précipiter la rüîne des Jésuites. Les Rricyclopédistes suspendirent leurs feux croisés contre les disciples de'Janséniûs ; il y eut trêve entre eu.x parceqn'ils avaient un même ennemi à étouffer. Les uns onbllèrent leur foi parlementaire, les autres leur rancunê [)hflo8ophique ; tou»' ensemble ils s’acharnèrent sur la
{i} ffiêtotre de ta Papauté^t, tŸfP,
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* Couipagiue. £Ue avait en lace d'.eUe tie redoutable» . athlët^, il n’était cependant pas impossUde de leur ré^ sister ; mais, au moment. du combat, les Jésuitès se virent trahis par )e gouvernement. Alo^s, saisis de ce vertige ({tii s’emparait de toutes les tètes. Us s’abandonna rent eux-mêmes. Le 'pouvoir et l'autorité morale ne résidaient plus 4anS la' i ne' se concentraient pas dans, les grands cocps de l'État - . .. :
^,Au milieu de. ses insouciants plaisirs et du profond ennui qui. l'accablait, Louis XV prenait à tâche d'avilir la majesté du L'âne. 11 la déconsidérât par ses faibless^, |1 la déshonorait par ses mceurs., Comme â Loti'is XIV, son aïeul, il lui avait été donné de voir surgir autour de lui d'Ulusti^ capitaines, de savants et vertueux prélats^.
' . dps bominôs de génie qui, en étendant le cercle des idées, pouvaient produire dans les intelligences un mouvemenC pacifique vers le bien. Lüncurie du prince fit tourner ces avantages contre la Religion et contre la monarchie. Louis ^V n’osa pas^être'le roi de son siècle ; Voltâmé usurpa ce glorieu.\^ titre.; il fut en rédité le ' maître de ses contemporains., . ^ , .
. ' C'était l'esprit français élevé à sa dernière puissance, ot< dans sOn étemelle mobilité, ébranlant, plutôt par, .saillie que par conviction, tout ce qui jusqu’à ce jour avait été saint ét honoré. Voltaire s’était imposé ane mission qu'il remplissait çn faisant servir à ses fins le ' théâtre et l'Éistoire, la poésie et le roniau, lepamphlef et la plus active de toutes Tes correspondauces.. Réformateur ImnsXci'uauté, bienfai.saiit par nature, sophiste par entrainèmciit, adulateur du poiAoir par caractère et par calcul, hypocrite sans nécessité, mais par. cynisme, cœur ardent qui se laissait aussi vije emporter pàr un sentiment, d'hiuuanité. que par un bla.sphéme^ intelligence scept'ique qui attrait, pu avoir l’oi^ueil du génie, et qui sf contenta de la vanité. de l'esprit. Voltaire réunissait
tous les contrastes. Avec un art merveilleux il sajait les approprier à toutes les classes. 11 corrompait parcequ’il devinait que la corruption était l’élément de celte société (iu dix-liuitième siècle, encore si élégante à la surface, et néanmoins si gangrenée à l’intérieur. 11 la résume daiis ses ouvrages, il la reflète dans sa Vie, il plane sur elle dans les annales du monde. Les rois et les ministres, les générau.x d’armée et les magistrats, tout .se rajjetisse à son contact. Depuis la régence de Philippe d’Orléans jusqu’aux premiers jours de la révolution française, tout se donne la main pour former cortége à cet homme, qui entassa tant de ruines autour ()e lui, et qui régne encore par sa moqueuse incrédulité. Voltaire avait fait les hommes de sou temps à l’image de ses pas.sions : il se créa le distributeur de la célébrité. La science, le talent, les services rendus au pays furent peu de chose tant qu’il ne vint pas les consacrer par son suffrage. La France et l’Europe se prirent d’un fol enthousiasme pour un homme qui immolait sous une raillerie la vieille foi et les gloires nationales. Puis, qiiand le rire ou l’indilférence eurent légitimé cette souveraineté, Voltaire laissa à ses adeptes le soin d’achever l’œuvre de destruction.
L’ascendant que le patiiarche de Ferney exerçait sur son siècle eut quelque chose de si prodigieux qu’il fit accepter comme intelligences d’élite cette cohue de médiocrités vivant de l’esprit des autres et exagérant leurs haines. Vnltaire, élève des'Jésuites, se plaisait à honorer ses anciens maîtres. 11 les savait tolérants et amis des lettres : il n’aurait jamais songé à les, sacrifier, aux Parlements et aux Jansénistes, dont la morgue revêche et le rigori.sme d’apparat n’allaient point à son caractère. Cependant, pour arriver au cœur de l’unité catholique, il fallait passer sur le corps des grenadiers de l’Église. Voltaire immola son aiïection i>our les Jésuites au vaste
CLtMENÏ XIV
({Ut! iui et tes sieue avaient conçu. Hs voulàient t'crascr l'inftlme, mot d’orcire épouvantable qui retentit si souvent au.dix-hukiàme siècle. Les Jé.suites seuls s'opposaient b. la réalisation de leur pensée : les Jésuites se virent en butte à toutes les attaques. D'.\lenibert les pourAiivit avec le 4-aisonnement, Voltaire avec l'aitillerie de ses sarcasmes, les Jansénistes avec leur infati- :gable inimitié. On mina le terrain sous leurs pieds, on les représenta sous les traits les plus disparates-: ici on leur accorda une fabuleuse omnipotence, lè on les lit |)lus faibles qu’ils n’étaient en réalité. Les ennemis de l’Kpilise se portèrent les avocats des privilèges épiscopaux. Ou enrégimenta dans cette croisade contre la Société toutes les passions et tous les ' intérêts. Buflon dédaignait de s’y aâs(}cier. Montesquieu, en 1765, mourait chrétien entre les bi-as du P. Bernard Koutii ; mais ces deux écrivains, isolés dans leur gloire, ne se mêlaient (pte de loin au tumulte des idées. On respecta leur neutralité. 11 n’en Lut pas de même pour Jean-Jacques Rousseau. Le philosophe de Genève était à l’apogée de 3(Hi génie. Du fond de sa solitude, cet homme, pour qui la pauvreté fut un luxe ei un Iresoin, s'était créé une immense réputation. Les adversaires de la Société cherchèrent à l’attirer sous leur bannière. Jean-Jacques, comme beaucoup d’esprits éclairés, se prononçait toujours en faveur des opprimés. « On a sévi contre moi, dit-il dans sa lettre à Christophe de Beaumont, pour avoir refusé d’embrasser le pArti des Jansénistes et pour n’avoir pas voulu prendre la plume contre les Jésuite, (|ue je n’.aime pas, mais dont je n’ai pas à me plaindre, et que je vois persécutés. »
Ces exceptions ne modiGaient pas le plan tracé, elles n’ empêchaient point (f Alembert de mander à Voltaire(l) *
) Oi:urr0» o/toirv, U unif, p. 900, Lettre du ^ mai 1709.
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ET LEE JlêVtTEE. Q9
a Je ne sais ce que deviendra la Aeligion de Jésus ; tttais, en attendant, sa Compagnie est dans de mauvais draps.» Et, lorsque la coalition a triomphé, d' Vlembert laisse échapper le cri de la philosophie, le dernier to»u qu'il a contenu' jusqu’au jour de la chute de l’Ordre de s.iint Ignace. Les Encyclopédistes ont tétrassé le plus ferme appui de l’Église, voilà le plan qui se déroule sous leur plume. D’Alenvbert écrit au patriarche: « Pour moi, qUi vols tout en ce moment couleur de rose, je rois d’ici les Jansénistes mourant l’aimée prochaine de leur belle mort, après avoir fait périr celte année-ci les Jésuites de mort violente, la tolérance s’établir, les Protestants rappelés, Iqs prêtres mariés, la confeèsion abolie et te fanatisme écrasé sans qu’on s’en aperçoive. »
S’il eût été donnéàrhoimne de prévaloir ainsi contre la Keligion catholique, jamais il n'aurait pn trouver de circonstançes plus favorables à ses desseins, et cependant l’Église a survécu à cette longue tourmente qui, née au souffle dé Voltaire,, tombera d’épuisement miil’échafaud de la Révolution. ’ ,
En 1767 l’on n’apércevait que le beau côté du rêve antichrétien. Les Encyclopédistes le poursuivaient én tuant l’Ordre de Jésus, les cours judiciaires, en sapant l’autorité royale sur un autre point; ntàis faisant cause commune avec ces passions nouvelles, il s’élevait une secte qui prétendait se voner âu bonheur de rhumanité. Cette secte marcliait sons l’étendard dé l’économie politique, indéfinissable Sdence qui ne part d’àûcnn principe certain et qui arrive forcément à toutes les conséquences les plus disparates. Derrière le manteau de l’économie politique, on réunissait les utopistes, les amants du progrès, les visionnaires toujours en quête d’un mieux iraposs'ible. On s’attendrissait sur les misères du peuple, misèi'es auxquelles ou ne trouvait jamais de * remède efficace; on créait des théories inapplicables, » - .
iOO CLÉM£MX XIV /
on dÎBCUtail les lois cjui régissent le pays ; oa les attâi^uait dans leur essence, on apprenait a^ux niasses à les mépriser ; puis, lorsque ces premiers jalons furent placés, les professeurs d'économie politique, les Quesnay ou les Turgot de tous les temps s’effacèrent poui' laisser à de plus audacieux le soin de recueillir la moisson de tempêtes qu’ils avaient fait germer. C’est en effet par les vagues enseignements de l’économie politique que cornuiencent toutes les révolutions. Au dix-buitième siècle il en fut ainsi, et cette science élastique qui ne dira jamais son dernier mot propageait ses doctrines décevantes sous le couvert des ministres et de madame de Pompadour. Tout ce qui était hostile & la foi catboUque ou contraire aux principes d’un sage gouvernement rencontr&il dans les sommités du pouvoir une tolérance ' allant jusqu’à l’encouragement. Le royaume de saint Louis était égaré par des sophistes avant d’être gouverné i>ar des bourreaux.
Les questions religieuses se confondaient avec les (luestions politiques. Le Parlement de Paris s’était vu exilé eu 1753 ; êt, i>our offrir à sa vengeance une victime que personne ne lui disputerait,, il accusa Iss Jésuites de ce. coup de vigueur. Les Jésuites inspiraient à la l^eine et au Dauphin des seùtimeuta de répulsion contre la magistrature; ils gouvernaient l’Archevêque do Paris, ce Christophe de Beaumont qui poussa la vertu jusqu’à l’audace ; ils disposaient de Boyer, ancien évêque de .Mirepou, chargé de la feuille des bénéfices. (1)
(1) Le P. Péruseeau, coofesBeur du roi» éUiit mort en 1758, ou forma line ligue pour enlever ces fouctioos aux Jésuites. L'ancicD évêque de Mi> repoix opposa; et, dans les archives du Gésu, à Rome, il existe uuc IcUrc de ce prélat au général de Tlnslitut, dans laquelle on lit : « Je n*ai pas grand mérite dans ce qué ]c viens de faire pour votre Compagnie, écrit Ho^rr te 18 juillet 1758. 11 fallait ou abandonner la religiou, déjà trop* dicauUe dans rcs temps fàcbéox, ou placer uu Jésuite dans le poele en
ET LES JESITTES.
Us nourrissîlient chez le comte d’Argcnson des préveirtions que les Parlements ne songeaient pas à ‘justifier ; Hs régentaient le maréchal de Belle-Isle, vaillant capitaine, habile diplomate et ministre qui ne transigea jamais avec son devoir; ils dominaient Machault et Paulmy; ils inquiétaient la conscience du Roi; ils tenaient la marquise de Pompadour en échec au pied de leur confessionnal. Tout puissants à la cour et dans les provinces ils enrayaient le mouvement que, par des motifs divers, les tribunaux,’ les Jansénistes et les Philosophes cherchaient à imprimer,. Quelques-unes de ces allégations n’étaient pas sans fondement. Louis XV, vieux avant l’âge, dégoûté de tout, aspirant au repos, et, afin de se le procurer, fermant l’oreille à tout bruit sinistre ; Louis XV n’avait plus même assez d’énergie pour imposer sa volonté. Esprit lucide au milieu de la voluptueuse apathie à laquelle il s’était laissé condamner, il voyait le mal, il indiquait le remède; mais il ne se sentait pas la force de l’appliquer. La monarchie de-
qucsUoo. J'ai ainvi mes incHnalion^» je Kavotiet mois !cf le devoir pariait bien aussi haut que rinclinatioa^ CesI votre gloire et en m^roe temps votre consolation qu'au moins dans le* circonstaoces présentca» Tapparenee seulelRne dl^râcé pour la Compagnie en efit été pour ainsi dire une véritable pour la religion. Les Jésuites exclus de la place» le Jansénûme triomphait, et avec le Jansénisnie une troupe de méeréants» qui n'est an< jonrd'bul que trop nombreuse. » •
Le P. Onuphre Desmarets succéda au P. Pérusseau. D'après ces dates», relevées sur les archives de la Compagnie de Jésus» d'après celle lettre de l'évé^e deMirepoix, qui les confirmerait au besoin» il devient bien difficile d'expliquer le mot qu'au tome fv, p. 32 de son Histoire de France pendant U dix-’huitiéme siéeîe, M. Lacreielle attribue à Louis XV. En pariant de la sécularisation des Jésuites, ordonnée par le parlement» il raeonlc : «On croyait le roi fort agité; il atTccta de montrer riudiffiérencc In plus apatbi* que. « Il .sera plaisant, disait-il» de voir ^ abbé le P. Pérusscau. • Or, l'airét du parlement est de 1762, neuf ans après la mort de ce Jésuité. Le comte de Saint-Priest, qui, ù la page 52 sa Chute des Jésuites, reproduit le même mot» tombe dans la même erreur,
iQa ci-MMT nv
voit durci' ÿuUiit que lui, son égoïsme royel n’allait pas au-delè- U viyait entre la débauche et le' remords, quand, autour de lui, sa famille et tous les cœurs généreux ne cessaient d'exposer le tableau des misères inatériellps cl morales qqi accablaient la France.
|.e Parlement était disgracié lorsque, le 5 janvier 175Ï,. un homme frappe la Iloi d’un coup de poignard. Cet honuuo a servi comme domestique chez les Jésuites d'abord, chez plusieurâ,parlementaires ensuite. 11 est Janséniste ardent : Iqs Jansénistes s’empressent de porter l'atteutat au compte des disciples de saint Ignace. L'oc-: casion de remettre en lumière les doctrines de régicide atti'ibuées à la Société de Jésus se présentait tout naturellenient: personne ne s’en fit faute. Voltaire seul recula devant cette calomnie, et,' en écrivant à Damilaville un de scs proxénètes d'impiété, il disait (1): « Mes frères, vous deve% vous apercevoir que je n’ai point ménagé les Jésuites; mais je soulèverais la postérité en leur fa-* veur si je les accusais d’un crime dont l'Europe et Da^ miens les ont justifiés. Je ne serais qu’un vil écho des Jansénistes si je parlais autrement. » I.es Jansénistes n’eurent pas cette loyauté. La blessure de Louis \V l’avait disposé au repentir ;'è peine guéri, il rentra sous le joug de la marquise de Pompadour.
('.elle femme n’avait jamais eu qu’une seule passion : elle aspirait à gouverner la France comme elle rtgent.iit le Roi. Les Philosophes et les Jansénistes s’étaient fait d’elle un bouclierr W l’abri des adulations dont ils l’enivraient, on les voyait obtenir partout droit d’impunité et propager leurs principes dans tontes les classes. Le vice, s'étalant, au pied du trône, ruinant la France par •les' prodigalités insensées et la déshonorant par de con- ]>ables négociations, le vice'ifeflfrayait point ces grands
(IJ Æuitm de Kd/f«ir«, Lcttrf J 4143. '
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KT LES -IteUirES.
prédicateurs de vertu. Us se faisaieiU patruiter pai* lui; et lui rendaient en adorations la petite monnaie des services qu’ils en tiraient. Cette impure alliance était une honte. La cotifi^isane et les Plnlosoiplies unis an\ jansénistes et aux docteurs d'économie politique la subirent sans rougir. Us parlaient de donner au peuple de salutaires exemples, d’émanciper l'esprit humain; de l’honorer par qne noble rénovation^, et fléchisatit le genou devant toutes ces royales turpitudes, Us n’avaieot àlfeur ulTrir, en guise de l^ons, <|ue -des poésies corruptrices ou d’impudentes flatteries. Us avaient et) à se prononcer entre le vice triomphant et la vertu humiliée. Leur choix ne fut pas douteux. • ,
Madame de Potqpadour, fatiguée des hommages de la philosophie, aspirait à quelque chose do plus réel. Ule méprisait ces Encyclopédistes qui, à leur tour, la inéprisiûent tout en abusant de son crédit, elle essaye de se rapprocher des enfants de- saint Ignace. Elle aurait depuis longtemps marché de concert avec les Jésuites si ces inventeurs de la morale relâchée eussent eu pour le prince aiusi que pour elle les accompiodemeuts de cunscience dont Pascal leur avait fait uu crime. Ellp n’igiu)rait pas les sentiments de, la famille royale âsen égard: elle voulut la réduire au silence. Afin de reconquérir l’estime dont son âge mûr commençait â éprouver le besoin, elle essaya d’implorer au tribunal de la pénitence une sauvegarde contre le mépris public. Tout à coup elle afliche des dehors de piété ; elle a uu oratoire. 8uy sa toilette ou voit se succéder aux romans licencieux de Créhillon, aux poésies érotiques de Gentil Bernard, les livres des asoëies le.s plus consommés, tille feint même un rapprochement épistolaire entre elle et Lenorm.ondr d’ Étioles, sou mari, (iette hypocrisie ue yompanl personne, Madame de Pompadour croit nécessaire de jouer sou rôle jusqu’au bouL Les Jésuites oqt la coi)luiM;e de
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la famille royale : Louis XV les estime, la marquise résolut de s’adresser à eux.
\jn P. de Sacy avait été le guide spirituel de son adolescence. Elle espéra que ce souvenir l'amenerait à une transaction avec sa conscience. Après avoir combiné ses artifices, elle sollicite des entrevues particulières, elle les obtient, et pendant deux années elle lutte avec Sacy, tandis que le Roi, de son côté, livre les mêmes assauts à la fermeté de son- directeur. L’absolution que Sacy déniait à Madame de Pompadour, les PP.' Pénisseau et Desmarets la refusaient à Louis XV. Iæ scandale était public ; mais le Roi, mais la marquise, mais la plupart des courtisans savaient alors le voiler de. spécieux prétextes. Les Jésuites n’ignoraient pas à quel péril leur Compagnie s’exposait. Madame de Ponipatlour pouvait apaiser l’orage, ou tout au moins en amortir 1^ coups. Rien ne détourna Sacy, Pénisseau et Desmarets de la ligne de leurs devoirs. l.a marquise n’avait pu enlacer les Jésuites dans ses filets, elle imagina que le Saint-Siège serait plus facile que ces intraitables casuistes. Par l’intermédiaire d’un agent sectet, elle fit mettre sous les yeux du Pape une note ainsi conçue ; (1)
« Au commencement de 1752, déterminée (par des motifs dont il est inutile de rendre compte) à ne conserver pour le Roi que les sentiments de la reconnaissance et de l’attachement le plus pur, je le déclarai à Sa Majesté en la suppliant de faire consulter les docteurs de Sorbonne, et d’écrire à son confesseur pour qu’il en consultât d’autres, afin de trouver les moyens de me laisser auprès de sa personne (puisqu’il le désirait) sans être exposée au soupçon d’une faiblesse que je n’avais plus. Le Roi, connaissant mon caractère, sentit qu’il n’y avait pas de retour à espérer de ma part, et se prêta à
(I) MaimscriU du duc de Ctioiiea),
ce que je désirais. 11 fit consulter des docteurs, et écrivit au P. Pénisseau, lequel lui demanda une séparation totale. Le Roi lui répondit qu’il n’était nullement dans le cas d’y consentir, que ce n’était pas pour lui qu’il désirait un arrangement qui ne laissât point de soupçon au pubfic, mais pour ma propre satisfoction ; que j’étais nécessaire au bonheur de sa vie, au bien de ses affaires ; que j'étais la seule qui lui osât dire la vérité, si utile aux Rois, etc. Le bon Père espéra dans ce moment qu’il .se rendrait maître de l’esprit du Roi, et répéta toujours la •même chose. Les docteurs firent des réponses sur les- ^elles il anmt été possible de s’arranger si les Jésuites y avaient consenti. Je parlai dans ce temps à des personnes qui dfeiraient le bien du Roi et de la Religion ; je les assurai que, si le P. Pérusseau n’enchaînait' pas le Roi par les sacrements, il selivrerait à une façon de vivre dont tout le monde serait fâché. Je ne persuadai pas, et l’on vit en peu de temps que je ne m’étais pas trdmpée. Les choses en restèrent donc (en apparence) comme par le passé jusqu’en 1755. Puis, de longues réflexions sur les malheurs qui m’avaient poursuivie, même dans la plus grande fortune, la certitude, de n’être jamais heureuse par les biens du monde, puisque aucuns ne m’avaient manqué et que je n’avais pu parvenir au bonheur, le détachement des choses qui m’amusaient le plus, tout me porta h croire que le seul bonheur était en Dieu. Je m’adressai au P. de Sacy, comme à l’homme le, plus pénétré de cette vérité ; je lui montrai mon âme toute nue : il m’éprouva en secret depuis le mois de septembre jusqu’à la fin de janvier 1756. 11 me proposa dans ce temps d’écrire une lettre à mon mari, dont j’ai le brouillon qu’il écrivit lui-même. Mon mari refusa de me jamais voir. Le Père me fit demander une place chez la Reine pour plus de décence ; il fit changer les escaliers qui donnaient dan» mon appartement, et le'Roi n’y entra
lOfi CUWNT »V
plus que par la pièce deconipftgnie. U ine prescrivit une r^le de conduite que j.’ observ ai exactepient ce changement fit grand bruit à la cour et à la ville : les intrigants de toutes les espèces s'en mêlèrent ; te P. de Sacy en fut entouré, et me dit qu’il me refuserait les sacrements tant que je serais k la cour. Je lui présentai tous les engagements qu’il m'avait fuit prendre, la différence que lüntriguenvait mise dans sa façon de penser. Il finit |)ar me dire- « Que l’on s’était trop moqué du confesseur du « feu Roi quand M. le comte de Toulouse était riprivé au « monde, et qu’il ne voulait pas qu’il lui en arrivàrau- « tant, n Je n’eus rien à répondre à un semblable motif, et, après avoir épuisé tout ce que le désir que j’avais de remplir mes devoirs put me faire trouver de plus propre à le persuader de n’écouter que la Religion et non Tintrigue, je ne le vis plus. L’alwminable 5 janvier 1757 arriva, et fut suivi des mêmes intrigues de l’jLnnée d’avant. Le Roi fit tout son possible pour amener le P. Desinarets à la vérité de la Religion : les mêmes motifs le faisant agir, la réponse ne fut pas différente, et le Roi, qui désirait vivement de remplir ses devoirs de chrétien, en fut privé, et retoml» peu après dans les mêmes erreurs, dont on l’aurait certainement tir^ si l’on avait agi de bonne foi. >
a Malgré la patience extrême dont j’avais fait usage pendant dix-huit mois avec le P. de Sacy, mon cccur n’en était pas moins déchiré de ma situation.; j’en parlai à un honnête homme en qui j’avais confiance: il en fut touché, et il chercha les ipoyens de la faire cesser. Un abbé de ses amis, aussi savant qu'intelligent, exposa ma position à un homme fait ainsi que lui pour la juger; ils pensèrent l’un et l’autre que ma conduite ne méritait pas la peine que l’on me faisait éprouver. En conséquence, mou confesseur, après un nouveau temps d’épreuve assez long, a fait cesser cette injustice en me permettant d'appro-
ET jE^ites. 1U7
cl)«r des sacrements; et, quoique je sente quelque peine du secret qu’il faut garder (pour éviter des uoirceurs k mon confesseur) , c'est cependant une grande consolation pour mou âme.
« La négociation dont il s'agit n’est donc pas relative à moi, mais elle m'intéresse vivement pour le l\ei, k quije suis aussi attaché que je dois l'étre ; ce n’est pas de mon côté qu’il faut craindre de mettre des conditions ' désagréables; celle de retourner avec mon mari n’est plus'proposable, puisqu’il a refusé pour jamais, et que par conséquent ma conscience est fort tranquille à ce* sujet;- toutes les autres ne me feront aucune peine; il s’agit de voir celles qüi seront projiosées au Iloi ;. c’est aux personnes habiles et désirant le bie2i4e Sa Majesté à en rechercher les moyens.
« Le Uoi, pénétré des vérités et des devoirs de la Religion, désire employer tous Iqs moyens qui sont en lui * pour marquer son obéissance aux actes de religion prescrits par l'Église., et principalement Sa Majesté voudrait lever toutes les oppositions qu’elle renco«tre k l^pprocbe des sacrements; le Roi est peiné des diflicultés que son confesseur lui a marquées sur cet article, et il est persuadé que le Pape et ceux que Sa Majesté veut bien, consulter à Rome, étant instruits des faits, lèveront pac leur conseil et leur autorité les obstacles qui éloigneut le Roi de remplir un devoir s^nt pour lui et édiliant poulies peuples. .r « . ^
: « 11 est nécessaire de présenter au Pape et au cai-dinal S(jiiielli la suite véritable des faits, pour qu'ils ceiuiaiÿsenl et puissent apporter jemëde aux diflicultés qui sont suscitées, tant |K>ur. le fond do. la chose que par les intrigues qui les suscitent, n '*
Le Pape n’avait rien h voir dan.s res scrupules des Jésuites, réÿ41t'? avec uue si jierfide candeur j)ar madame
defoœpadoùreüe^méjwe ; il deyaU l^çqjb>wy..ïp(umg
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les approuveront tous les cœurs honnêtes, à quelque culte qu’ils app.artiennent. f/ était renVerser les projets d' avenir.de la marquise, ne lui laisser que la honte d’un échec ou la perspective de triompher des répugnances de la famille royale, eft se vengeant de l’affront qu’elle subissait. Madame de Pompadour ne recula pas. Les événements de Portugal faisaient déborder en Frânce les inimitiés que la Société de Jésus s’était attirées. Il y avait recrudescence de haines, parceque chacun comjrrenait que l’hritation de la mairquîse était un levier dont il importait de profiter. Le Parlement voyait lès Jésuites se défendre à Lisbonne avec-tant de mollesse, qu’il jugea que ceux de France n’.auraient pas plus de courage humain, ils tombaient à la voix de Pombal dans un pays où tout leur était dés'oué ; qu’allaient-ils devenir dans le Royaume très chrétien, où une coalition d’intérêts réunissait le ministèfe, les corps de magistrature, les Jansénistes et les Philosophes, c’est à dire la force légale et les accapareurs de l’opinion publique ? Un prétexte seul manquait pour mettre en- mouvement tant de mauvais vouloirs ; le fait le plus inattendu le provoqua.
Antoine de Lavalette résidait à la Martinique en qualité de Supérieur Général. Issu de la famille du Graud- Maitre de Malte, qui illu.stra ce nom, le Jésuité, témoin de l’état de pénurie auquel étaient réduits les Missionnaires, conçut le projet d’y remédier. Né le 21 octobre 1707 près de Sainte- Affrique, il partit pour les .Antilles en 17Â1. I^a carrière des Missions allait à son caractère entreprenant; il la remplit pendant de longues années; puis, en 17.53, il fut tout à coup dénoncé au gouvernement comme se livrant à des actes de négoce (1). Rouillé,
(1) Le P. LavaicUCi comuic lot» Ir;s procureurs des niUsions, comme tons les colons, Tendait ou échangenil en France le sacre, Tindigo, le caft et les autres denr^ que produisaient les tcires appartenant anx maisons qu’il dirigeait. Comme eui encore, il avait en France des correspondants
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miuistre de la marine, et le P. Visconü, Général de la Compagnie, lui intiment l’ordre de revenir en France pour se justifier^ mais Hursou, intendant des lies du vent, se. constitue le défenseur olliciel du Jésuite. Eu date de la Martinique, il écrit pu clief de l’Institut le 17 septembre 1753 ;
U Mou très révérend Père,
« Je vous avoue que j’ai été extrêmement surpris, ainsi que tous les honnêtes gens de ce pays, d’un ordre que nous avons reçu de renvoyer en France le Révérend P, de Lavalette, et cela sous, prétexte de commerce étranger. Il y a trois ans que M. de Bompar et moi nous gouvernons cette colonie, et, loin d’avoir eu la moindre suspicion' contre le P. de Lavalette à ce sujet, nous lui uvons toujours rendu la justice la plus complète sur cet objet, ainsi que sur les autres qui regardent son ministère. Il a eu ici des ennemis qui ont tant crié auprès du ministre, qu’ils ont surpris l’ordre en question :
« 1* Je commence par vous assurer et vous jurer que jamais le P. de Lavalette n’a, de près ni de loin, fait le commerce étranger. Ce témoignage lui sera rendu par M. de Bompar, par moi et par tous les gens en place. Vous y pouvez compter, et vous pouvez parler haut dans cette occasion, sans craindre d'avoir du dessous et du désagrément, paTceque, plus les choses seront éclaircies, plus son innocence et la méchanceté horrible de ses accusateurs seront éclatantes.
qui achetaient leurs proUoils ou leur faisaient passer eu échange les denrées ou uiarchandises d*ua autre gcoret telles que farineSf vioi, toiles, étoffes. Cc-bcsolà d'échange établissait des opérations commerciales, îles comptes-courants et un roulement de fonds plus ou moins impqriani. Mais ces transacüoot se réduisaient k vendre le produit des terres pour acheter d'autres objet» de première nécesûté. Jusque là il n'y avait donc rien d'illicite. * , . ,
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n 2* 11 tt’y a point d’exemple que dans cte pays on sé soit conduit ainsi vis U vis d’un hôhime en place ét d’ün Supérieur. On examine auparavant ; on se fait rendra compte dés faits, .le conclus de là que le ministre, rjrii est rempli de justice et d'équité, à été surpris. Si les soupçons ou les imputations étaient suscité^ pat' les chefs du ])ays, cela mériterait atieution ; mais, lorsque les accusateurs n’osent pas se nommer, H me semble qu’on doit.aller doucement, et vérifier aupaiavant. .
U J'aj(Milerai à tous ces inolifs la cunsulération que mérite une Société comme la vôtre; et le bienlnfuii (jwe je lui vois faire ici, par l’usage que vos supérieurs, et surtout le P. GuUlui et ensuite le P. de Lavalette ont fait du bien de la Missiou, pour leadre service à quantité d'honnët^ gens qui, sans eux, auraient été bien etnbarrassés. Si je n’étais sûr de l’innocence entière du P. de Lavalette et de sa conduite, je puis vous assurer que je ne parlerais pas si allirHiaüvemeut. »
Le P. Leforestier, Provincial de France, recevait dans le même temps des lettres semblables. Toutes attestaient que Lavalette n'exerçait aucun négoce prohibé. 11 était aimé à la Martinique ; U s’y rendait utile; on jugea convenable de l’y renvoyer. Ce fut peut-être une faute, car daus ces matières, le soupçon seul vaut preuve contre un- Jésuite. La faute commise, le P. Lavallette devait renoncer à tout commerce illicite, s’il en avait entrepris déjà, ce qui parait improbable, ou ne pas se laisser leuter par son caractère. 11 ne sut point se tenir dans la réserve qu’une pareille leçon lui Imposait. Chargé tout à la fois du spirituel et du temporel, il ne chancelait pas sous cette double tâche. 1,’insouciance dans les alîaires cher les Jésuites était si universellement reconnue (1), que
(1) itepranin- président (luillaumc de Lamoignon disait souvent i a II . Tandrait traiter lesJéaniléseonmiedarnranta, et leurnommeron curateur..!
Un Jésnite, à propos même de LaraleUe, confinne les peuroles do preaiei